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Blocage des lycées : «Une forme d'hybridation entre les violences urbaines et l'extrême gauche», note Olivier Vial

Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité. Aujourd'hui, Olivier Vial, directeur du CERU, laboratoire d’idées universitaire en charge du programme de recherche sur les radicalités.

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Transcription
00:007h, 9h, Europe 1 matin.
00:027h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le directeur du CRU, Olivier Vial.
00:08Bonjour Olivier Vial.
00:09Bonjour.
00:09Bienvenue sur Europe 1, le CRU, laboratoire d'idées, think tank, comme on dit en bon anglais, universitaire.
00:13Vous êtes en charge du programme de recherche sur les radicalités.
00:16Chaque semaine, on peut lire votre lettre des radicalités.
00:19Vous retrouvez aussi sur Substack, on va parler avec vous de la mobilisation des lycéens
00:23pour lequel le ministre de l'Intérieur, dès lundi, parlait de violences urbaines
00:27attisées par l'extrême gauche et la France insoumise.
00:29Olivier Vial, vous connaissez très bien ce monde d'étudiants, des syndicats.
00:34Qu'est-ce que vous voyez, vous, dans ces blocus de lycées ?
00:36Effectivement, on a l'impression que la violence, elle n'est pas inédite,
00:40mais elle arrive beaucoup plus tôt dans la séquence que d'habitude.
00:44En réalité, ces scènes de violence qu'on voit, d'habitude, c'est ce qu'on appelle le pourrissement du
00:48mouvement.
00:48Ça vient à la fin du mouvement, quand le mouvement va s'éteindre.
00:51Là, en fait, ça a commencé par la violence.
00:53Et en fait, on s'aperçoit qu'effectivement, on a une forme d'hybridation
00:56entre les violences urbaines, l'extrême gauche et des mouvements lycéens.
01:01Et ça ressemble finalement beaucoup à ce qu'on a vécu, pas dans les autres mouvements lycéens,
01:06mais dans la journée du 10 septembre 2025, la journée qu'on appelait Bloquons-Tout,
01:10où effectivement, on avait vu déjà exactement les mêmes images,
01:13des lycéens brûlant des poubelles, affrontant les forces de l'ordre.
01:17Ça avait duré quelques jours, mais effectivement, il y avait une volonté, pour le coup, extrêmement politique.
01:22Et l'extrême gauche était à la manœuvre dès le début.
01:24Donc, on a l'impression, effectivement, d'avoir un mouvement assez différent.
01:28Avec ce que je disais, il y a des grosses ficelles de manipulation qu'on connaît bien.
01:32La seule différence avec ce qui se passait avant, c'est qu'elles sont beaucoup plus longues.
01:35C'est-à-dire qu'en fait, les agitateurs n'ont pas forcément besoin d'être présents sur le terrain
01:41à côté des lycéens.
01:42Aujourd'hui, il y a tout un écosystème des caisses de résonance médiatiques et sur les réseaux sociaux
01:48qui leur permettent de faire passer les mots d'ordre et d'habituer les jeunes à des modus operandi.
01:54On a très vite vu des figures de la France Insoumise se rendre devant les lycées, notamment Louis Boyard.
02:02Dans cette affaire, elle est fille, initiatrice de l'opération ou récupératrice, d'après vous ?
02:07En fait, elle est un peu plus que récupératrice,
02:10parce qu'en réalité, Louis Boyard a déjà fait des tournées des universités et des mouvements lycéens depuis plusieurs années.
02:18Il agite cela.
02:20Le président du syndicat lycéen qu'on voit partout aujourd'hui était présent aux universités.
02:25Il était présent aux universités d'été de LFI aux côtés de Louis Boyard cet été.
02:31Il était sur une liste LFI au municipal d'ailleurs à Boitreloce.
02:35Et effectivement, on sait qu'il y avait cette volonté de leur part.
02:38Et Louis Boyard va intégrer le mouvement et faire le tour de certains lycées dès le troisième jour du mouvement.
02:45Donc on peut dire qu'il est réellement...
02:46Le mouvement n'avait pas encore démarré, que LFI était déjà présent.
02:50Et aujourd'hui, effectivement, on voit des mi-temps de LFI, mais aussi de toute la galaxie de l'ultra
02:54-gauche,
02:55du NPA, de Révolution Permanente, des mouvements aussi plus nouveaux.
03:00C'est-à-dire qu'on a des mouvements indigénistes, on a des mouvements proches des frères musulmans qui sont
03:04également présents sur ces mobilisations.
03:06Alors vous avez une formule pour parler de ça, de cette stratégie de coalition, des colères, des mobilisations, des radicalités.
03:12Vous appelez ça la montée en généralité.
03:14Qu'est-ce que ça veut dire exactement, LFI ?
03:16En fait, effectivement, c'est un des moyens très classiques dans l'extrême-gauche.
03:20C'est en fait de partir d'une revendication pour la transformer en colère et en force de mobilisation.
03:25Par exemple, on voit que dès le début, et Jean-Luc Mélenchon a été extrêmement actif en la matière,
03:29vous parlez du manque d'une infirmière, ça se transforme immédiatement en ségrégation sociale.
03:34C'est parce que vous n'êtes pas dans le bon lycée qu'il vous manque une infirmière.
03:37Et donc cette ségrégation sociale va devenir une ségrégation raciale.
03:41Et ainsi de suite, on va essayer comme ça de monter en généralité pour faire passer d'un problème concret
03:45à un problème qui revient dans l'agenda insoumis ou dans l'agenda de l'extrême-gauche.
03:50Derrière un problème ponctuel et particulier, il y a une cause systémique.
03:53Une cause systémique, et cette cause systémique, elle vient tout de suite résonner.
03:56Et c'est là où, effectivement, LFI connaît bien ce milieu-là.
03:59Elle vient résonner sur quelques grandes thématiques qui sont des thématiques qui sont catalyseurs de la jeunesse.
04:04La violence policière, le racisme systémique.
04:07On sait que ces deux sujets-là sont très longs, sont partagés très fortement chez les jeunes,
04:12alors que ce n'est pas du tout cas dans la population.
04:14Raciste, médias racistes, on a tout entendu.
04:16Et ça, effectivement, la majorité de vos auditeurs pensent que c'est marginal,
04:21sauf que chez les jeunes, ce n'est plus marginal, parce que ça fait des années
04:24que grâce à cet écosystème médiatique, grâce à ces influenceurs,
04:29il y a une grande partie de la jeunesse qui a été conditionnée,
04:31et c'est ce qui rend ce terreau extrêmement inflammable.
04:35La violence aussi là-dedans, parce qu'évidemment, ce qui frappe depuis le début de la semaine,
04:38ce sont ces images. Hier, comme une voiture bélier lancée et brûlée dans le portail d'un lycée,
04:46ça n'est quand même pas banal pour un mouvement lycéen.
04:49Quel rôle joue la violence là-dedans ?
04:51La violence, effectivement, là aussi, c'est pour ça que le terreau est très inflammable.
04:54Chez les jeunes, la violence politique est beaucoup plus acceptée que dans le reste de la population.
04:59Et effectivement, on a ce que j'appelle la bruméisation de la contestation,
05:01c'est-à-dire que petit à petit, au fil des années, il y a eu une culture de la
05:06violence qui s'est passée.
05:07Quand vous voyez aujourd'hui plein de lycéens arriver au lycée, habillés tout en noir,
05:11ils n'ont pas, ils n'ont jamais été black bloc avant, sauf qu'ils connaissent les codes,
05:15ils savent comment il faut faire.
05:16Et donc, on a une forme de mimétisme de la violence qui se met en place,
05:19qui fait que même sans mot d'ordre, mais c'est pour ça que je parle de ficelles très longues,
05:24en fait, les mots d'ordre, ils sont envoyés depuis très loin.
05:26Mais c'est comme si avant, effectivement, il y avait besoin d'un agitateur pour vous dire ce qu'il
05:31fallait faire.
05:31Là, ils prennent leurs consignes via des messageries, via des réseaux sociaux,
05:35et ils agissent de la même façon.
05:37Et après, il y a...
05:37Les mots d'ordre, les schémas de pensée, vous les avez en permanence dans votre téléphone, sur TikTok, Instagram, etc.
05:42C'est ça, c'est très important.
05:43Après, il y a quand même, il ne faut pas être naïf, il y a aussi quand même des agitateurs
05:48qui interviennent.
05:49On a vu, par exemple, des usages de mortiers.
05:52Là, clairement, le lycéen classique, il n'a pas des mortiers sous son lit quand il se dort,
05:56donc ça veut dire qu'il y a bien des gens qui leur amènent les mortiers,
05:58soit de l'ultra-gauche, soit des mouvements beaucoup plus radicaux.
06:01Et eux, effectivement, on les a vus, par exemple, en trottinette,
06:04passer d'un établissement à l'autre pour fournir aux lycéens des mortiers.
06:08On va terminer sur quelque chose peut-être d'un peu moins important,
06:12mais tout de même, le succès d'un livre vous interpelle, Olivier Vial.
06:16Ce livre, je vais le citer, c'est Saint-Louis-Gi,
06:18comment répondre à la violence du capitalisme qui fait l'apologie,
06:21comment répondre à la violence du capitalisme.
06:23Alors, ce livre, il parle de Luigi Mangione.
06:26Luigi Mangione, c'est le meurtrier de Brian Thompson, il y a deux ans.
06:29C'était le PDG d'une grande assurance américaine.
06:31Et ce livre, il se vend comme des petits pains en France.
06:35Et ça dit quelque chose, Olivier Vial.
06:36Effectivement, c'est pour ça que, pour moi, c'est un signal faible,
06:39mais qui est très inquiétant.
06:40Quand il y a eu cette affaire Luigi Mangione,
06:41il y avait une seule personnalité, c'était Nathalie Arthaud,
06:44qui avait dit qu'effectivement, peut-être qu'on avait besoin de héros de ce type-là.
06:48Et ça, c'était marginal.
06:50Sauf que ce livre, il s'est vendu à plus de 30 000 exemplaires en France en moins d'un
06:53an.
06:54Il a été réédité.
06:55Dans sa réédition, il y a un nouveau chapitre qui s'appelle « Que faire ? »
06:58et qui, en gros, incite à accepter, légitimer la violence,
07:03y compris dans ce qu'elle pourrait être la plus violente,
07:05c'est-à-dire ce qui pourrait conduire à des assassinats.
07:07On pense à Charlie Kirk, par exemple.
07:10Merci beaucoup, Olivier Vial, de vos lumières
07:12concernant cette mobilisation lycéenne
07:14qui n'a pas grand-chose de scolaire,
07:16mais toute la politique de rue,
07:17dans sa version la plus brutale.
07:19Merci d'être venu nous en parler.
07:20Bonne journée à vous.
07:21Au revoir.
07:21Il est 7h18 sur Europe 1.
07:23Dans un instant, votre édito éco.
07:24Agnès Verdi-Molinier, juste après le jour.

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