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Vendredi 2 octobre 2026, retrouvez Xavier Chapon (Directeur de la gestion cotée et de la dette privée, Arkéa Asset Management), Wilfrid Galand (Directeur stratégiste, Montpensier-Arbevel) et Axel Botte (Directeur de la stratégie marchés, Ostrum AM) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Pauline Gratelle.
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00:093 invités avec nous chaque soir pour décrypter les mouvements de la planète marché, Wilfried Galland, directeur stratégiste de Montpensier
00:16Arbevel, bonsoir Wilfried, Xavier Chapon, directeur de la gestion cotée et de la dette privée d'Arkia AM, bonsoir, et
00:24Axel Botte, directeur de la stratégie marché chez Ostrom AM, bonsoir Axel.
00:28Bonsoir à tous les trois, merci d'être sur ce plateau messieurs, alors, semaine chargée qu'on va débriefer ensemble,
00:34on a pris connaissance des données d'inflation aux Etats-Unis, données d'inflation privilégiées par la Réserve fédérale avec
00:41l'inflation Corpice et PCE, ce chiffre qui marquait par ailleurs une décélération par rapport au mois précédent, 3,7
00:49% le mois dernier, 3,4% ce mois-ci,
00:52et puis une croissance de l'économie américaine aussi qui a été publiée et révisée à la hausse à plus
00:59de 2,2% sur le trimestre dépassant les 1,5% publiés précédemment, et évidemment ce rapport sur l
01:08'emploi Wilfried.
01:10– Qu'est-ce que vous retenez donc de ces derniers chiffres, en lien évidemment avec ce que fera ou
01:16ne fera pas la Réserve fédérale le 28 octobre prochain,
01:20donc 90 000 créations, 90 000 créations attendues, 29 000 au final, qu'est-ce que vous retenez de ces
01:27chiffres sur l'emploi ?
01:28– On a deux axes d'analyse en général, quand on regarde ces chiffres-là, on regarde effectivement la dynamique
01:34interne de la croissance américaine,
01:36est-ce qu'on va avoir par exemple un ralentissement de la consommation, et on regarde également les pressions inflationnistes
01:46qui peuvent dériver de ce chiffre,
01:48puisqu'on sait que la clé c'est les fameux effets de second tour, on sait qu'on est dans
01:52une économie avec des effets de choc d'offres,
01:55énormément de chocs d'offres, la question que tout le monde se pose c'est est-ce qu'on va
01:59avoir ces fameux effets de second tour
02:00qui vont entraîner le triangle de Gordon, d'abord la hausse des prix des biens, puis la hausse des services,
02:06et ensuite on enchaîne avec la hausse des salaires, et derrière il y a la boule qui se met en
02:09place.
02:10Donc là-dessus en fait, le rapport était assez rassurant, déjà on est en création d'emplois positifs,
02:15alors certes inférieurs aux attentes, mais on n'est pas en destruction, ensuite quand on regarde le détail,
02:20on a une destruction d'emplois, mais sur la partie publique, ça c'est plutôt assez rassurant sur le fait
02:25qu'on a quand même
02:26une économie du secteur privé qui continue à créer des emplois, un peu moins que ce qu'on attendait,
02:30on est à peu près autour de 40 000, on attendait 80 000, mais ça veut dire quand même que
02:34la partie privée
02:34continue à créer des emplois, un peu moins, vous l'avez souligné dans la partie de la santé,
02:39mais qui avait énormément contribué jusqu'à présent à cette dynamique, donc on est toujours sur un marché de l
02:45'emploi
02:45qui reste dynamique, mais pas trop dynamique pour inquiéter quand même sur l'inflation,
02:50en particulier quand on regarde les salaires, en tout cas les earnings, puisqu'il y a pas mal d'éléments,
02:55en plus des salaires qui rentrent dans la composition, on voit qu'on est toujours en croissance salariale,
03:01donc c'est bien pour la consommation, mais on n'est pas en surcroissance, donc on n'est pas une
03:05économie en surpression.
03:06Donc je trouve que le rapport, il est finalement relativement équilibré, c'est d'ailleurs ce que semblent nous dire
03:11les marchés aujourd'hui, après la publication de ce rapport, on a un petit peu une détente,
03:15du côté obligataire américain, on a des marchés actions qui profitent un petit peu,
03:20donc pour l'instant ça se passe plutôt bien, après il faut suivre, effectivement,
03:24savoir si le fameux moteur de consommation américaine, qui est quand même le moteur majeur
03:28qui pourrait donner des signes de faiblesse, on sait que l'investissement il est animé par l'IA,
03:32donc ça on le met de côté, donc la consommation, est-ce qu'elle continuera véritablement à tenir ?
03:36On sait qu'on a un indice du Conference Board, cette semaine, ou la semaine dernière,
03:41qui est sorti un petit peu inférieur aux attentes, et cet indice, il y a 40% à l'intérieur
03:45de l'indice,
03:45c'est la partie emploi, donc avec le rapport de l'emploi en plus qui est arrivé,
03:49qui est un petit peu moins fort que prévu, voilà, il va falloir suivre,
03:51mais pour l'instant les équilibres sont assez rassurants,
03:54et c'est ce que je préfère retenir en tout cas du chiffre d'aujourd'hui.
03:57Oui, la réserve fédérale va se réunir, je le disais, fin octobre,
04:01le 28 octobre, et rendre sa décision monétaire, Xavier,
04:06avant la publication du rapport sur l'emploi, les chances d'une hausse des taux au mois d'octobre,
04:12elles étaient de 82%, j'ai regardé ce matin, là je crois que ça a un peu diminué du coût,
04:17en revanche, le marché price toujours une hausse d'ici la fin d'année,
04:21que ce soit en octobre ou le 9 décembre, Xavier.
04:24Qu'est-ce que vous avez retenu, vous, de ce rapport sur l'emploi,
04:27et que va faire Kevin Warch, sans boule de cristal bien sûr ?
04:31Alors déjà, je suis d'accord avec Wilfried,
04:33je pense que le rapport sur l'emploi n'est pas si mauvais que ça,
04:36même s'il y a quand même une révision sur trois mois,
04:38donc c'est quand même quelque chose d'important de prendre ça en compte,
04:42ça signifie quand même qu'il y a une dynamique qui est moins forte,
04:45mais il faut prendre en compte l'élément aussi de l'emploi public,
04:50et qui en tendance continue de baisser,
04:52ça c'est un point important à avoir en tête.
04:54En ce qui concerne Kevin Warch et les membres de la Fed,
04:58je pense qu'ils étaient, à mon sens, déjà plus ou moins au courant de la dynamique,
05:04et je ne pense pas que ça va les faire bouger dans leur dynamique de hausse des taux,
05:09ils ont commencé un processus de hausse,
05:11c'est pas pour s'arrêter à une hausse de taux.
05:12Donc c'était pas une hausse assurantielle,
05:14on part vraiment sur un cycle de hausse des taux selon vous ?
05:17Oui, un cycle court, à mon sens, mais un cycle, oui, de hausse des taux.
05:21Ils vont pas s'arrêter à une hausse ou à deux hausses de taux.
05:24Ils vont continuer.
05:25Il y a une croissance qui est là, qui s'affirme.
05:29Une inflation qui est là, mais qui est moins forte que ce qu'on pourrait penser avec ces derniers chiffres,
05:36cela le confirme.
05:38Donc on est dans une configuration où on n'est pas dans une politique restrictive aux Etats-Unis,
05:45donc on peut se permettre encore de remonter les taux.
05:47Et c'est sûr, Wilfried le mentionnait aussi,
05:50ce choc d'offres, Axel, lié évidemment à ce conflit au Moyen-Orient,
05:55au prix du pétrole, donc là, qui descendent, qui baissent, pardon, certes, sous les 100 dollars,
06:00mais qui sont quand même restés au-delà de ce seuil plusieurs semaines durant.
06:04Durand, vos commentaires sur...
06:06Alors, il y a déjà beaucoup de choses qui ont été dites sur le plateau,
06:10mais c'est vrai que ce choc d'offres, pour l'instant, la guerre n'est pas finie,
06:14et l'inflation pourrait continuer, pourrait augmenter dans les prochains mois également.
06:20Le choc d'offres, en plus, n'est pas uniquement lié à la guerre en Iran,
06:23puisqu'il atteint principalement les produits raffinés actuellement.
06:28Donc il y a cette question des produits d'essence qui est assez complexe aux Etats-Unis,
06:34parce que la distribution de l'essence est perturbée, soit par la géographie,
06:39soit par des restrictions de distribution qui font que les prix peuvent être très différents d'une zone à l
06:45'autre.
06:45Le diesel est assez haut dans plusieurs Etats, justement, des Etats-Unis, Axel.
06:49Jusqu'à 8 dollars, le galon dans...
06:51Au plus haut jamais observé, d'ailleurs.
06:53Au plus haut historique.
06:54Et en fait, c'est simplement que les Américains ont trop peu de capacité de raffinage au départ.
07:00Et donc, même si le pétrole venait à beaucoup baisser,
07:03on est dans une situation de tension telle que les Russes ne pouvant plus exporter,
07:08une partie des produits raffinés qui sortaient du Golfe sort moins qu'avant aussi.
07:12Ça fait que, même si le pétrole venait à baisser beaucoup,
07:16ça ne changerait pas grand-chose à cette question-là.
07:19On a ce choc d'offres.
07:20On a tous les faits collatérales des investissements en IA sur les métaux.
07:25Donc, on regarde l'inflation, on regarde les prix à la consommation.
07:28Mais la question pour la fête, c'est de savoir dans quelle mesure on ralentit la demande globale
07:36sans toucher les secteurs qui vont déjà mal pour arriver à finir l'inflation.
07:40Comme vous regardez l'économie américaine, elle est extrêmement disparate.
07:47Ce que vous disiez en préambule sur le nombre de secteurs très faibles qui créent des emplois,
07:53c'est extrêmement rare de voir une si faible proportion de secteurs contribuer à la hausse de l'emploi.
07:58Oui, 43% des secteurs.
08:0043%, en moyenne, dans une phase de croissance, c'est les deux tiers des secteurs qui créent des emplois.
08:04Il y a toujours la création des structures, des réallocations qui s'opèrent.
08:07Mais là, on est dans un marché du travail qui est quand même assez mal orienté structurellement.
08:16Par exemple, le chômage ne baisse que pour les gens très peu qualifiés.
08:21Et quand vous regardez les diplômés d'université de 25-34 ans,
08:27le chômage monte continuellement depuis 2022, ce qui est rarissime.
08:31En dehors des périodes de récession, ça ne s'est jamais observé.
08:34Donc, on a quand même des dynamiques intrinsèques au marché du travail qui ne sont pas très rassurantes.
08:39Et je m'étonne que voir, je balais ça d'un revers de main, en disant 4%, on est au
08:43plein emploi,
08:45on doit se focaliser sur l'inflation.
08:47Je pense que la situation est beaucoup plus complexe que ça.
08:49Et peut-être que rétrospectivement, on verra que le marché du travail n'est pas une source d'inflation.
08:58La probabilité qu'une boucle cristallaire s'opère aujourd'hui est très faible.
09:02Et donc, il faut éviter de répondre à ces chocs d'offres.
09:06Je reviens sur ce que vous disiez sur les produits raffinés.
09:09Justement, en Europe, on a aussi ce problème de gaz.
09:11Le gaz qui s'est envolé sur les derniers mois, même plus que les prix du pétrole.
09:18Et l'hiver qui approche.
09:19Alors, on ne va pas faire de la météo sur ce plateau.
09:22Mais effectivement, ça dépend si on a un hiver plutôt doux ou plutôt froid.
09:27Mais en tout cas, les stocks de gaz en Europe sont au plus bas.
09:30Et ça aussi, c'est un vrai problème pour l'Europe, en tout cas.
09:34C'est un vrai problème pour l'Europe.
09:35On paye à peu près 70 euros du mégawatt-heure en ce moment.
09:39On avait touché 80 il y a deux semaines.
09:41On avait touché 80 en deux semaines.
09:44Effectivement, on est en phase de restockage avant l'hiver.
09:46Et donc, on est obligé d'un petit peu de stocker.
09:49D'autant que, quand on compare sur les cinq dernières années,
09:52on est plutôt sur le niveau de stock assez faible actuellement.
09:55Donc, on va être obligé de rattraper ce retard dans un contexte qui n'est pas forcément favorable.
10:01Les Qataris sont en incapacité d'exporter actuellement,
10:05même si on ne source pas beaucoup de notre gaz du Qatar.
10:09On a une dépendance aux États-Unis qui est extrêmement forte et qui va aller croissante.
10:13Il reste la Norvège.
10:14Mais en ce moment, il y a une sorte de chantage américain sur l'utilisation des stocks de diesel.
10:19Et donc, l'équation énergétique en Europe, elle serait complexe, en fait.
10:22Ah oui.
10:22Et puis, l'équation énergétique, il y a aussi un autre sujet, évidemment, dont il faut absolument qu'on parle.
10:29Ce sont ces taux.
10:30Et particulièrement, ces taux en Europe, en France.
10:33Je disais, les équilibres sur le marché obligataire.
10:37En introduction, Wilfried, un rendement français à 10 ans,
10:40bon là, ça a un peu baissé, mais globalement 4,90%
10:43et surtout ce spread à 150 points de base, 140 avec l'Allemagne.
10:48Est-ce que...
10:48Alors déjà, où est le seuil de spread où il faut vraiment commencer à s'inquiéter ?
10:55Et quand est-ce que la BCE pourrait-elle agir si elle doit agir ?
11:00Et voilà, est-ce que vous, ça vous inquiète des écarts de taux aussi élevés ?
11:04On n'a pas vu ça depuis 15 ans, quand même, depuis 2011.
11:08Je pense qu'il faut vraiment être vigilant là-dessus.
11:09Je vais parler évidemment sous le regard vigilant de Xavier,
11:12qui est le véritable spécialiste obligataire depuis très longtemps sur ce plateau.
11:16Il n'est pas depuis très longtemps sur le plateau,
11:17mais depuis très longtemps sur le marché obligataire.
11:19Je peux confirmer son immense expertise sur le sujet.
11:23Ce qu'il faut voir, si on reprend l'histoire, en fait,
11:27avant l'introduction de l'euro,
11:29donc c'est bien avant votre naissance, ma chère Pauline,
11:32en fait, on était, le spread moyen entre la France et l'Allemagne,
11:35donc sans avoir la protection, pardon, la protection de l'euro,
11:38on était autour de 600 points de base.
11:40Et ça pouvait monter, par exemple, au moment de l'élection de François Mitterrand,
11:44on est monté à 900 points de base.
11:45Mais en moyenne, en fait, l'écart de taux entre la France et l'Allemagne,
11:48on était à peu près à 600.
11:50Et puis, au fur et à mesure que la construction européenne s'est densifiée
11:53et qu'on a été vers l'euro,
11:56progressivement, ce spread s'est contracté,
11:59jusqu'à tomber, juste après la construction de l'euro,
12:02quasiment à zéro, en tout cas à 20-25 points de base,
12:04de se stabiliser entre, on va dire, entre 30 et 50.
12:07Et puis, au moment des pics, on atteignait 60, 65, voire 70.
12:12Et puis après, on redescendait.
12:13Et puis là, en fait, ce qu'on voit, c'est que, de nouveau,
12:15on a une espèce de prime à la fragmentation de la zone euro,
12:19un peu comme on a vu au moment de la crise de 2011,
12:22avec la dette grecque, mais surtout avec la dette italienne.
12:28Et là, effectivement, on regarde un peu comment est-ce que
12:31l'écartement de ces rendements
12:35signale une défiance à la fois pour le pays
12:38et peut-être également une défiance sur l'intégrité de la zone euro.
12:40Ce qui avait finalement déclenché le fameux « quoi qu'il en coûte »
12:43de Mario Draghi en 2012, ça ne le rajeunit pas.
12:46Mais effectivement, qui avait dit
12:47« je choisis l'euro avant les traités,
12:50et donc je ferai tout ce qui est nécessaire,
12:52moi, Banque centrale, avec mes moyens illimités,
12:54donc ne vous mettez pas en travers. »
12:55Et donc, on attend effectivement un petit peu de la Banque centrale
12:57de dire à quel moment est-ce que la Banque centrale européenne,
13:00face à ce qui est quand même
13:02une indication de fragilité de la zone euro,
13:04comment est-ce qu'elle va prendre en compte tout ça ?
13:07Je pense que si on regarde justement l'historique,
13:10ça me paraît peu probable qu'avant d'atteindre,
13:13allez, je vais me lancer 200 points de base de spread,
13:15ça me paraît peu probable que la Banque centrale européenne
13:18siffle la fin de la partie.
13:20Ensuite, elle peut effectivement dire,
13:22avec d'abord effectivement des avertissements par ses discours,
13:27« j'ai les outils nécessaires,
13:29que ce soit le fameux outil de transmission de politique monétaire
13:31ou le fameux OMT, il y a deux outils différents,
13:34et je peux intervenir. »
13:37Je pense qu'il y a de telles contraintes aujourd'hui
13:39qui pèsent sur la BCE,
13:40des contraintes politiques,
13:41des contraintes aussi techniques,
13:42qu'avant effectivement d'envisager,
13:45de dire que peut-être elle pourrait intervenir,
13:48c'est quand même politiquement lourd de dire ça.
13:51Je pense qu'on n'est pas encore là,
13:53mais ça signale effectivement
13:54une méfiance des investisseurs pour la zone euro
13:57et évidemment d'abord et avant tout pour notre pays
14:00et pour cette capacité que nous avons perdue
14:03à rassurer par notre crédibilité sur les dépenses.
14:05On rassure sur le fait qu'on peut lever de l'impôt.
14:08On est le pays qui lève le mieux l'impôt au monde.
14:10Je crois que notre tour de recouvrement,
14:11c'est plus de 99%.
14:12C'est un record mondial.
14:14Mais là, ça commence à ne plus suffire.
14:15C'est sûr, on va écouter attentivement,
14:18Xavier, sur ce sujet.
14:22Mais peut-être, oui, vos commentaires,
14:24si vous en avez sur ce qui vient d'être dit,
14:27mais surtout sur cette situation vraiment franco-française.
14:31Je lisais la semaine dernière
14:32que la dette française, c'est 119% du PIB,
14:383 600 milliards d'euros, si je ne dis pas de bêtises.
14:41J'ai deux têtes, mais je crois que c'est ça.
14:44Est-ce que ça pose aussi, peut-être, Xavier,
14:46une question sur la soutenabilité de la dette ?
14:49Ça pose évidemment sujet sur la soutenabilité de la dette
14:54et surtout sur le coût de la charge de la dette.
14:58La charge de la dette n'arrête pas d'augmenter.
15:00Hier, on a eu une adjudication sur des maturités longues.
15:05Donc avec un ton de rendement quand même particulièrement élevé,
15:09on peut se poser la question de pourquoi le Trésor
15:12émet des maturités aussi longues,
15:14alors qu'il emprunte aussi cher.
15:16Et pourquoi ?
15:17J'aimerais bien que le Trésor me dise, me réponde.
15:21Sur ce point-là, je pense qu'il aurait été plus judicieux
15:26de faire des émissions plus courtes.
15:29Et d'ailleurs, il aurait peut-être été plus judicieux dans le temps
15:31de faire des émissions plus longues
15:33quand les taux étaient à zéro,
15:34ce qu'ils n'ont pas fait.
15:36Voilà.
15:38C'est ça qui est assez étonnant.
15:39Je pense qu'il y a une gestion de la dette
15:42et des émissions du Trésor
15:44qui, quelque part, peut surprendre.
15:47Même si je pense qu'il y a une vraie gestion dans le temps.
15:49Néanmoins, quand on a des taux à 10 ans à presque 5%,
15:53à 15 ans, à 5,25,
15:56ça commence à coûter très très cher.
15:59À la France, c'est en train de devenir le poste le plus important
16:03de dépenses.
16:06Et ça, c'est un vrai problème pour l'État.
16:10Et sûrement un vrai sujet aussi pour les investisseurs,
16:13que ce soit les investisseurs institutionnels,
16:18qui participent aux adjudications,
16:20qui répondent présents à toutes les adjudes d'OAT.
16:24Mais on peut quand même se poser la question
16:26de savoir si c'est soutenable dans le temps.
16:28Et d'ailleurs, on voit bien,
16:29les hedge funds jouent contre l'OAT.
16:33Les investisseurs étrangers commencent à vraiment sortir
16:35la dette française.
16:36Je ne sais pas ce que les Japonais ont pu faire
16:39parce qu'ils sont détenteurs de dettes,
16:41mais potentiellement, ils ont réduit.
16:42De toute façon, historiquement, sur les deux dernières années,
16:45ils ont réduit leur part de dette française
16:48dans leurs investissements et dans leurs stocks.
16:51Donc oui, il y a un vrai sujet sur la dette française.
16:54Et quand Wilfried parle de la prime de risque
16:57entre la France et l'Allemagne avant l'euro,
17:00ce qui est quand même fou,
17:01c'est de se dire que la prime de risque s'est réduite
17:05grâce à l'euro et grâce au système,
17:08alors que la France n'a cessé de creuser ses déficits.
17:13Donc en fait, c'est complètement aberrant.
17:17Et moi, je ne vois pas comment, aujourd'hui,
17:20si on n'arrive pas à avoir un vrai budget qui se tient,
17:24comment est-ce qu'on va pouvoir tenir cette dette ?
17:26Donc oui, c'est un vrai risque.
17:28Maintenant, je pense que la Banque Centrale Européenne,
17:31alors à partir de quel niveau ?
17:33200, 250, 300, 400 points de base ?
17:36Je ne sais pas.
17:37Je pense que les marchés financiers,
17:39ou du moins un certain nombre d'investisseurs,
17:40ou du moins d'intervenants sur les marchés,
17:44vont tester la Banque Centrale,
17:46à mon avis, avant la fin de cette année,
17:49pour pousser un petit peu,
17:50pour voir un petit peu comment est-ce qu'on va réagir.
17:53Je pense qu'il y a aussi une volonté de vouloir agir
17:57sur, peut-être sur nos élections,
17:59ou du moins pour essayer de montrer
18:01qu'il faut faire quelque chose sur le budget.
18:05Voilà, on est dans cette configuration.
18:07Il faut croire en nos institutions,
18:09il faut croire à notre capacité de pouvoir revenir,
18:12mais c'est vrai qu'aujourd'hui,
18:14on nous pousse un peu loin.
18:16Il faut allier le pessimisme de l'intelligence
18:17à l'optimisme de la volonté.
18:19Karanski.
18:20Merci pour cette citation, Wilfried.
18:22Je pense que c'est le thème du jour.
18:24Non, vous disiez, Xavier,
18:26juste pour clarifier,
18:28donc on ne sait pas le seuil
18:29à laquelle la Banque Centrale européenne
18:32pourrait intervenir,
18:33mais vous disiez 200, 300, 400 points de base.
18:35Est-ce que c'est possible
18:36qu'on en arrive à ces niveaux-là, justement ?
18:38Alors, on parlait justement de l'Italie, la Grèce.
18:42On a tapé 180 points de base,
18:46200 points de base,
18:47pendant les périodes de crise,
18:49quand l'Italie, elle, est allée chercher
18:511 000 points de base.
18:52Et c'est à ce moment-là
18:53qu'on a réagi.
18:54On n'ira pas chercher 1 000 points de base
18:56sur la France pour réagir.
18:57Ça sera avant, quand même.
18:59Ça sera quand même avant.
19:00Mais oui, il y a sûrement un niveau
19:02à partir duquel
19:03la Banque Centrale va dire quelque chose,
19:05à partir duquel
19:06il va y avoir une réaction aussi
19:07potentiellement politique.
19:10parce que les spreads aussi,
19:12enfin, les spreads entre l'Allemagne
19:14et l'Italie se creusent aussi.
19:16Oui.
19:16Moins, mais se creusent également.
19:19C'est une tendance assez globale, au final.
19:21Et donc, pour la Banque Centrale,
19:22ce n'est pas neutre.
19:23Ce n'est pas uniquement à la France.
19:24Oui, il y a plusieurs pays de la zone.
19:27Si ça se propage.
19:28Voilà.
19:29Oui.
19:29Bon, on verra.
19:30On va faire à suivre.
19:31Effectivement, on n'a toujours pas
19:32de boule de cristal sur ce plateau.
19:35Axel, une tendance sur ces marchés obligataires.
19:38Alors, si vous voulez commenter,
19:39évidemment, la situation de la France,
19:41mais peut-être aussi plus au global.
19:42On a vu des taux japonais
19:44qui ont bondi également.
19:46Là, le rendement à 10 ans japonais
19:48est à 3,10%.
19:49Les taux japonais à 20, 30, 40 ans
19:52se sont envolés également.
19:54Même tendance aux États-Unis.
19:55Alors, on a passé le seuil de 5%.
19:57Ça y est, c'est bien ancré
19:59dans les têtes des investisseurs, évidemment.
20:03Mais la question que je me posais,
20:05par exemple, si on prend le cas des États-Unis
20:07avec un rendement à 10 ans au-delà de 5%,
20:10est-ce qu'il y a aussi aux États-Unis
20:11un seuil sur lequel on commence à s'inquiéter, Axel ?
20:17Bon, ils ont un problème budgétaire
20:20qui est similaire à celui de la France
20:23dans son ampleur,
20:24puisque le déficit public est aux alentours
20:25de 6 points de PIB également,
20:27avec un peu plus de 3 points de PIB
20:29de charge d'intérêt.
20:31Là aussi, c'est le premier poste de dépense désormais.
20:35Pour vous donner une idée,
20:36c'est que vous avez 5 trillions de recettes
20:39fiscales fédérales aux États-Unis,
20:415 000 milliards,
20:41et vous en consacrez un peu plus de 1 000 milliards
20:44au remboursement de la dette.
20:45Si les États-Unis n'étaient pas les États-Unis,
20:48ce ne serait pas un triple A,
20:50ce serait un triple B.
20:51C'est typiquement le type de métrique
20:52où quand vous avez la charge de la dette
20:54qui grève 20% de vos recettes,
20:56vous êtes sur des ratings qui sont très inférieurs.
20:58Donc cette dynamique-là, elle est très vraie.
21:01Politiquement, c'est très compliqué
21:03de baisser les impôts aux États-Unis.
21:05Donc on vit avec un déficit structurel très similaire.
21:10Étant les pays que vous avez cités,
21:11tous ont à peu près la même tendance,
21:13tous n'ont pas forcément le même profil budgétaire.
21:15Le Japon, c'est un des rares pays,
21:18avec une dette énorme,
21:20qui a un excédent primaire
21:22et a plutôt vu son ratio de dette s'améliorer
21:24ces dernières années.
21:26L'Australie, qui subit aussi les hausses de taux,
21:29n'a pas de problème budgétaire réellement.
21:30Donc on a des facteurs communs
21:32qui sont soit purement de la dynamique de marché,
21:35soit l'idée que les taux neutres
21:39sont plus élevés que ce qu'on imagine
21:40et qu'il va falloir,
21:41si on veut maintenir l'inflation
21:44qui a tendance à être un petit peu structurellement
21:46un peu plus forte,
21:47il va falloir avoir des taux
21:48un petit peu plus élevés structurellement.
21:51Et donc tout ça, mis bout à bout,
21:53fait que, effectivement,
21:55cette dynamique budgétaire,
21:56elle concerne tout le monde,
21:58avec quelque chose qui engendre
22:00parfois des mouvements homothétiques
22:01et qui déclenche des crises larvées,
22:04comme celle de la France.
22:06Très longtemps, on n'a pas vu de mouvements.
22:08Et puis finalement,
22:09tout le monde se rend à l'évidence,
22:11il y a quelque chose qui craque.
22:12Et après une ou deux semaines
22:13ou quelques semaines de relative accalmie sur le reste,
22:16ça fait quand même un effet de contagion
22:17sur tous les autres marchés.
22:20Et maintenant le crédit,
22:21et maintenant les sources fraîtes.
22:22Donc les marchés fonctionnent comme ça.
22:24Il y a toujours un déclencheur.
22:26Je pense qu'il y a peut-être
22:27une autre tendance à bas bruit
22:30qu'on ne voit pas
22:31ou qu'on ne commande pas beaucoup,
22:32c'est simplement l'effet démographique.
22:34Il y a structurellement peut-être
22:36dans le marché
22:38moins de demandes pour la duration,
22:39c'est-à-dire moins de demandes
22:40pour des obligations très longues.
22:44C'est peut-être une des raisons
22:45qui a contraint le Trésor
22:46à ne pas autant émettre
22:48de titres aussi longs
22:50qu'on aurait pu vouloir le faire
22:53avec des taux aussi bas pendant longtemps.
22:54C'est que l'effet démographique
22:57raccourcit évidemment
22:58l'horizon de placement de tout le monde.
22:59Et c'est vrai partout.
23:01Et donc ça a plus des réformes
23:03qu'on a vues sur les fonds de pension aux Pays-Bas.
23:05Je pense qu'il y a moins besoin de durations
23:07et donc les taux longs
23:08sont soutenus par pas grand monde.
23:10Et c'est le terrain de jeu des hedge funds en plus.
23:12Donc sur la France, vous avez un futur.
23:14Si vous voulez shorter, ça va très vite.
23:16Oui, c'est sûr.
23:18Et puis la France voit ses élections présidentielles
23:21arriver dans seulement quelques mois.
23:23Il nous reste une minute.
23:24Wilfried, est-ce que vous voulez conclure ?
23:26Qu'est-ce que vous regardez d'autre
23:28que tout ce qu'on a cité d'ici décembre
23:31et puis pour 2027 en termes d'investissement ?
23:34Je pense que déjà, il faut regarder effectivement
23:36la partie taux d'intérêt.
23:38Il faut regarder aussi, c'est très important,
23:40le pétrole, il y a beaucoup d'impact,
23:42on le voit aujourd'hui.
23:45Pour moi, je pense que pour la partie investissement,
23:48il faut avoir en tête deux choses.
23:51D'abord que la dynamique américaine portée par la tech
23:53reste quand même extraordinairement importante
23:55et donc s'écarter de ce domaine-là
23:58ne me paraît pas une bonne idée dans les portefeuilles.
24:00Donc il faut avoir effectivement de la technologie,
24:02il faut avoir des actions américaines.
24:03On peut penser qu'il y a des phénomènes de bulles
24:06qui peuvent se produire de temps à autre,
24:07mais les résultats sont là,
24:09la progression des bénéfices est là
24:10et donc plus globalement,
24:11il faut investir sur le marché d'action
24:13parce que la progression des bénéfices
24:14elle est encore revue à la hausse,
24:16ce qui est assez rare en général au fur et à mesure de l'année.
24:19On rabaisse les prévisions là,
24:20on est plutôt en train de les remonter.
24:22Et puis je garderai quand même un oeil
24:24sur les toutes petites valeurs européennes,
24:26il y a quand même pas mal de croissances
24:27qui sont là
24:28et qui sont moins dans la ligne de mire
24:32de certains investisseurs internationaux
24:34que les très grandes valeurs européennes ou françaises,
24:37voire que les mides.
24:38Donc regardez également les petites valeurs européennes.
24:41Merci beaucoup messieurs Wilfried Galland,
24:43directeur stratégiste chez Montpensier,
24:45Arbeuvel, Axel Botte, directeur de la stratégie marché,
24:48Dostrom AM et Xavier Chapon,
24:50directeur de la gestion cotée
24:51et de la dette privée d'Arkea AM.
24:53Merci à tous les trois d'avoir été sur ce plateau.
24:56D'ailleurs, Wilfried le disait,
24:58les entreprises continuent de donner des guidance
25:02assez impressionnantes.
25:03On va suivre d'ici peu de temps
25:05les résultats du trimestre
25:07qui arrivent dans deux semaines à peu près
25:09ou une semaine, je ne sais plus.
25:11Merci à tous les trois d'avoir été sur ce plateau
25:12et à très vite sur Bsmart.
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