00:00Bonjour Mathis Ringdal, merci d'être avec nous ce matin.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes cofondateur, directeur général de Pixacare.
00:06Vous avez développé un logiciel d'IA qui permet d'analyser les plaies chroniques.
00:12C'est-à-dire, ça signifie quoi une plaie chronique ?
00:15Alors une plaie chronique, c'est une plaie qui ne cicatrise pas.
00:19Jamais ?
00:19Qui ne cicatrise pas au bout de 4 à 6 semaines.
00:21Normalement, le corps répare et en l'occurrence, la plaie va stagner pendant plusieurs semaines,
00:27parfois plusieurs mois. La durée moyenne de cicatrisation d'une plaie chronique,
00:31en moyenne, c'est 200 jours. Et ça concerne plusieurs millions de personnes par an.
00:35Alors à partir d'une simple photo prise par le téléphone, vous allez pouvoir changer les choses.
00:42Comment vous faites ?
00:43Alors, actuellement, le suivi d'une plaie chronique, il est complexe.
00:46Il est compliqué parce que l'infirmier va évaluer la cicatrice avec une réglette en papier.
00:52Elle va essayer d'évaluer comment la lésion va, est-ce qu'elle est en bonne situation,
00:57quelle est la couleur, etc.
00:58Ça prend du temps, c'est compliqué.
01:00Et on ne peut pas piloter quelque chose qu'on ne mesure pas.
01:04Donc cette cicatrisation, on ne peut pas mettre le bon traitement.
01:06À partir du moment où on n'a pas les bonnes données,
01:08et notre outil permet de le faire à partir d'un simple smartphone.
01:10Donc vous prenez la photo de la lésion et une IA va analyser la lésion,
01:13calculer sa taille, la répartition en tissus,
01:16et permettre de savoir clairement si la plaie s'aggrave ou pas.
01:19– Quelle aide pour le médecin en termes de diagnostic ?
01:22Ça fait gagner du temps ?
01:24– C'est ça, on a fait des publications qui démontrent
01:28qu'on a déjà fait gagner du temps.
01:29La documentation de la lésion est quatre fois plus rapide.
01:31On réduit aussi la durée de cicatrisation parce qu'elle est mieux suivie.
01:34Donc on a fait une publication qui démontre qu'on réduit 33% la durée de cicatrisation.
01:37Et on permet aussi de suivre la lésion à distance.
01:40Donc le patient reste chez lui au lieu de venir à l'hôpital.
01:43Donc ça libère des créneaux de consultation.
01:44Ça réduit de 55% le nombre de visites à l'hôpital.
01:47– Oui, parce que là on parlait de l'infirmier qui prend la photo,
01:50mais ça peut être en fait le patient chez lui qui prend la photo
01:53et qui l'envoie au personnel médical en fait.
01:54– Exactement, c'est deux cas d'usage différents.
01:57Une patiente très âgée, donc les plaies chroniques,
01:59je rentre un peu dans le détail, mais c'est par exemple les plaies du pied diabétique,
02:01qui peuvent aller jusqu'à des infections de l'os et des amputations.
02:04Il y a plus de 10 000 amputations par an.
02:06C'est des patients qui ne vont pas pouvoir se prendre en photo eux-mêmes, très clairement.
02:09Donc là, ça va plutôt être l'infirmier qui va faire ce suivi.
02:11Mais par contre, pour des patients plus jeunes,
02:12on parlait justement de la reconstruction mammaire,
02:14il peut y avoir ce qu'on appelle des infections du site opératoire.
02:17Et là, le patient lui-même peut directement se prendre en photo
02:19et va permettre aux chirurgiens de suivre à distance l'évolution de la cicatrisation
02:24et de réagir plus vite s'ils voient qu'il y a un début d'infection.
02:26– C'est une sorte de shazam des plaies finalement.
02:28– Oui, c'est ça.
02:28– C'est vraiment ça.
02:29Mais alors la question que je me pose, c'est est-ce qu'on a la data pour ça ?
02:32Parce que la matière première évidemment pour l'intelligence artificielle,
02:35il faut la nourrir.
02:36Donc là, j'imagine des millions de photos de plaies de toute taille, de toute couleur.
02:40Pardon pour ceux qui nous écoutent en mangeant,
02:42mais c'est un peu ça quand même le principe, on a cette quantité de données là,
02:46c'est ça votre richesse finalement, c'est d'avoir pu récupérer de cette data
02:49et la transformer en algorithme ?
02:50– Oui, tout à fait.
02:51Le premier élément vraiment important, c'est d'être capable d'avoir récolté
02:54un nombre important de photos qui ont été annotées par des chirurgiens,
02:58par des experts, et ensuite d'avoir validé surtout cliniquement cet algorithme.
03:02Parce qu'une fois qu'on a entraîné le logiciel à reconnaître la lésion,
03:05à reconnaître la taille, le tissu, donc ça a pris un temps considérable,
03:10il a fallu démontrer que c'est aussi performant que des méthodes utilisées en recherche
03:14qui sont très exigeantes, qui prennent beaucoup de temps,
03:16mais qui sont capables d'avoir le niveau de sécurité et de performance
03:19pour être mis sur le marché, et c'est pour ça qu'on a eu le marque HCE.
03:22– Oui, voilà, parce que cette certification, du coup, elle va vous ouvrir des portes ?
03:26– Oui, c'est ça, on est déjà utilisé dans plusieurs pays,
03:29on est utilisé dans plus de 6 pays, dans des hôpitaux, dans des cliniques,
03:32et le fait de dire, voilà, nous on va mesurer la lésion,
03:35on va aider la cicatrisation, c'est une revendication qui mérite d'être vérifiée.
03:38Et là, on a une certification européenne,
03:40ce qui veut dire qu'on a passé 4 ans à être audité, vérifié, validé
03:44par un organisme indépendant, et donc cette certification nous permet
03:47de mettre un produit sur le marché qui est de confiance pour les utilisateurs éventuels.
03:53– C'est quoi la prochaine étape, du coup, pour vous ?
03:56– Alors, la croissance internationale est un élément important,
04:00évidemment, on veut se déployer dans plusieurs pays,
04:01on a aussi de plus en plus de structures différentes qui utilisent notre produit,
04:05pas uniquement des hôpitaux, mais aussi des centres de soins à domicile,
04:07donc qui n'emploient que des infirmiers à domicile, notamment en Allemagne.
04:11Et un élément aussi important, c'est le remboursement,
04:13sous forme d'outils, ce qu'on appelle de télésurveillance.
04:17Donc ce sont des solutions qui permettent de le suivre à la distance,
04:20et maintenant c'est remboursé par la Sécurité sociale,
04:22et ça c'est aussi un axe de développement pour nous.
04:25– Juste en un mot, mais au-delà des plaies,
04:27donc la chronique dont vous parliez, est-ce qu'on peut imaginer un outil
04:30pour monsieur et madame tout le monde, pour savoir,
04:32je prends là en photo une plaie, je me suis blessé,
04:34est-ce que je dois aller consulter, est-ce que je peux me soigner tout seul,
04:36ou c'est pas du tout dans votre scope ?
04:39– Ça reste pour l'instant, à mon sens, du domaine de l'imaginaire,
04:42pour des raisons simples qui sont les questions de la validité clinique et réglementaire.
04:46C'est rien que pour faire un outil verticalisé sur les plaies chroniques,
04:49ça nous a pris presque huit ans, ah oui, c'est long, c'est compliqué.
04:53Faire un outil qui permet à n'importe qui de se prendre en photo,
04:56et de dire voilà quelle est la pathologie,
04:57et de remplacer quasiment la décision d'un dermatologue,
05:00ça me semble pour l'instant de la science-fiction,
05:02et le cas est chance, ça prendra 15-20 ans de démonstrations scientifiques et cliniques
05:06pour arriver à quelque chose d'utilisable.
05:07– Merci Mathis Ringdal d'avoir été notre invité ce matin
05:10dans Good Morning Business, cofondateur et directeur général de PixAker,
05:14et c'est une interview à retrouver en podcast sur l'application BFM Business.
05:19– Sous-titrage Société Radio-Canada
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