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  • il y a 2 jours
Animé par Claude Baudry, chef de la rubrique médias de l'Humanité.
Avec Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l'Humanité, Yves Thréard, rédacteur en chef du Figaro, Denis Sieffert, directeur de Politis et Marc Peyrade, secrétaire général de la Filpac-CGT.

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Transcription
00:00:02On propose de commencer un débat sur le pluralisme des médias et en même temps sous la menace
00:00:10des grands groupes financiers.
00:00:16Je vous propose de vous installer, si vous le souhaitez, pour ce débat, qui va réunir
00:00:26quatre débatteurs que nous avons invités et qui nous ont fait l'avabilité de venir.
00:00:31Je pense à Yves Tréa, qui est la direction de la rédaction du Figaro, qui est venu.
00:00:41Marc Perra, qui est secrétaire général de la Philpac CGT.
00:00:47Denis Siffer, qui est directeur de la rédaction de Politis.
00:00:52Je vous laisse, je suis encouragé.
00:00:54Et Patrick Appel-Muller, qui est directeur de la rédaction de l'Humanité.
00:01:04Si vous voulez, on va commencer.
00:01:06On a prévu de faire un débat en deux parties, avec en première partie peut-être un examen
00:01:11de la situation actuelle.
00:01:13Et en seconde partie, on s'attachera plus à l'exercice du pluralisme dans ces conditions.
00:01:19Alors, aujourd'hui, on assiste à, depuis quelques mois, mais c'est en fait lancé depuis plusieurs
00:01:28années.
00:01:29On remonte ça un petit peu aux états généraux de la presse écrite de 2008, où il était
00:01:36ressorti, selon le résumé qu'en avait fait Nicolas Sarkozy, qu'il fallait deux ou trois
00:01:42grands champions nationaux.
00:01:44Aujourd'hui, on assiste à, six ans plus tard, à l'explosion de grands groupes de communication,
00:01:51et on l'a vu ces derniers mois.
00:01:53On a Altis Media, qui est venu, enfin, qui est issu du groupe de Patrick Darailly, qui
00:02:01maintenant a racheté tour à tour Numéricable, puis Numéricable a racheté SFR.
00:02:07Ensuite, il y a eu des alliances faites avec, il a racheté, comment ça s'appelle, Libération,
00:02:15il a investi en fait 28 millions d'euros dans l'affaire.
00:02:18Il y a eu ensuite, à son actif, l'achat du groupe Express Roularta, avec l'Express.
00:02:28Il a aussi créé dans le même temps la chaîne Yves 24 News, qui est une chaîne franco-israélienne
00:02:35pour le Proche-Orient.
00:02:38Et puis, il a ensuite, tout dernièrement, même vendredi, il a encore, ah non, il y a quelques
00:02:45semaines, plutôt, il a noué des contacts très avancés avec Alain Veil pour le groupe
00:02:52Next Radio, pour organiser une fusion, qu'on pourrait qualifier d'absorption, du groupe
00:02:58Next Radio, qui est l'éditeur de BFM TV, entre autres.
00:03:02Ce qui fait qu'on arrive aujourd'hui à la constitution de groupes qui, en commun,
00:03:11d'avoir radio, télévision et puis presse écrite.
00:03:16Et puis, on le voit même y compris, alors j'avais oublié de le dire, mais bon, Bolloré,
00:03:21on a suivi tous les événements.
00:03:23Au-delà même du phénomène guignol qui a été le point traité dans la presse,
00:03:31ma mise du groupe Bolloré sur le groupe qui s'appelle Canal+, Bolloré, qui est maintenant
00:03:37devenu président du conseil de surveillance de Vivendi et qui vient de changer les huit
00:03:44têtes principales du groupe Canal+, et qui a même évincé Thierry Tuillet, parti de France
00:03:52télévision au mois de juin, et qui, trois mois après, cherche du boulot.
00:03:57Donc, on a ce paysage et en même temps, on le sait pertinemment à l'humanité, la presse
00:04:04a du mal à vivre, donc on va essayer d'éclaircir tout ça.
00:04:08Alors peut-être qu'on va attaquer avec peut-être une question à Yves Tréard qui nous a fait
00:04:12l'amabilité de venir, braver la pluie, mais c'est infidèle de la fête, il vient souvent.
00:04:20Quand vous voyez tout ce mouvement qui se déroule avec une concentration des grands
00:04:25groupes, vous êtes vous-même dans un groupe qui a une surface financière importante,
00:04:31groupe d'assaut, le train qui passe là avec des groupes qui se constituent, radio, télé,
00:04:38presse écrite, vous le voyez comment, quel est votre, est-ce que vous n'êtes pas dans
00:04:43la télé ? Bonjour, bonjour et merci à l'humanité, à la
00:04:49fête de l'humanité de m'avoir invité, preuve de pluralisme s'il en est.
00:04:57Tant entendu que le Figaro ne partage pas toujours les mêmes opinions que l'humanité,
00:05:01c'est le moins qu'on puisse dire.
00:05:03Et je le fais aussi pour vous, et je le fais en mémoire d'un garçon, d'un homme
00:05:10qui était vraiment un ami, qui s'appelait Claude Cabane, qui était donc le directeur
00:05:15de ce journal pendant de longues années, et qui était vraiment un très proche, un
00:05:19intime pour moi.
00:05:20Et je regrette énormément sa disparition.
00:05:25C'est un homme extraordinaire.
00:05:27Alors, pour répondre à votre question, je dirais que c'est vrai qu'on est dans un
00:05:34monde où, pas uniquement en France d'ailleurs, c'est vrai à l'étranger, de plus en plus
00:05:41de journaux, de médias, parce que maintenant il faut parler de médias, se rassemblent, et
00:05:48il y a un phénomène de concentration qui n'est pas nouveau d'ailleurs, qui existe
00:05:53depuis une vingtaine d'années, et je peux en parler d'autant plus savavant que le
00:05:59Figaro a appartenu pendant longtemps à un monsieur qui s'appelait Robert Ersan, qui
00:06:03a été propriétaire du Figaro pendant une vingtaine d'années, et Robert Ersan était
00:06:10le symbole, ou symbolisait aux yeux de beaucoup, symbolisait justement cette concentration.
00:06:17Il avait plusieurs titres dans sa poche, des titres nationaux, le Figaro, France Soir
00:06:23à l'époque, l'Aurore, et il avait une cinquantaine de journaux en province, qui
00:06:31appartenaient aussi à son groupe, son groupe qui était divisé en deux, de telle sorte
00:06:34d'ailleurs que François Mitterrand, quand il est arrivé au pouvoir en 1981, avait fait
00:06:41adopter une loi qui a été adoptée en 1984, contre la concentration de la presse, et à
00:06:47l'époque on parlait de la presse écrite. Pour avoir vécu cette période, et puisque
00:06:52j'ai commencé ma carrière en province, au Dauphiné Libéré, je dois dire que beaucoup
00:06:58de ces journaux de province n'auraient pas survécu si Robert Ersan ne s'était pas porté
00:07:03acquéreur de ces journaux. Alors c'était au détriment du pluralisme de l'opinion, évidemment,
00:07:09même si Robert Ersan était finalement assez peu interventionniste dans ces jours, je peux
00:07:14le dire. Donc c'est pour vous dire que tout ça n'est pas récent. Alors aujourd'hui
00:07:21on vit dans un monde où il est difficile, très difficile, d'être seul. D'être seul,
00:07:30un journal seul, et l'humanité aussi quelque chose, parce que c'est un journal qui économiquement
00:07:35souffre beaucoup, et bien c'est difficile de se faire entendre, d'être acheté, d'être
00:07:44lu, quand on n'est pas associé dans un conglomérat avec radio, télévision, journal. De plus en
00:07:52plus, vous voyez bien, vous avez cité le cas de Patrick Drahi, ce nouveau ticoum de la
00:07:57presse française, qui a à la fois des télévisions, qui a un hebdomadaire, qui a un quotidien, vous
00:08:04avez oublié de dire qu'il était propriétaire de Libération. C'est ce que je l'ai dit.
00:08:07Vous l'avez dit, pardon. Et d'ailleurs c'est assez intéressant de voir que Patrick Drahi se
00:08:12retrouve à la tête d'un conglomérat qui est pour le moins peu homogène, parce que
00:08:18la ligne éditoriale de Libération et celle de l'Express, elles n'ont pas grand chose de
00:08:24commun. Mais ils vont partager les mêmes locaux bientôt.
00:08:26Et ils vont partager les mêmes locaux bientôt. Tout comme d'ailleurs récemment, parce que ça
00:08:31c'est moins su, mais que les échos ont racheté le quotidien, le Parisien, qui sont aussi
00:08:36sur deux planètes très différentes. Alors, on peut, et je fais partie de ceux qui déplorent
00:08:44évidemment qu'il n'y ait pas un pluralisme de la presse qui fait que c'est un propriétaire
00:08:50un journal, un propriétaire une télé, un propriétaire une radio. Mais ce qu'il faut aussi savoir,
00:08:55c'est le principe de réalité. J'en suis désolé. Mais si ces gens-là n'investissaient pas dans
00:09:00la presse, et s'ils ne participaient pas d'une certaine façon, je dirais, à renflouer
00:09:08capitalistiquement ces journaux, ces journaux n'existeraient plus, disparaîtraient, y compris
00:09:14le Figaro. Je ne peux pas dire que le Figaro, qui appartient, vous l'avez dit, à un monsieur
00:09:18qui s'appelle Serge Dassault, qui a racheté ce journal il y a maintenant 11 ans, on peut être
00:09:25critique à l'endroit de Serge Dassault. Mais moi, je sais que si Serge Dassault n'était
00:09:30pas là, on se retrouverait dans les mains peut-être probablement d'un très grand capitaliste,
00:09:36un autre grand capitaliste, mais c'est la surprise. Et moi, si je suis au Figaro, c'est parce que
00:09:41je partage les idées que publie ce journal, j'en suis à des éditorialistes, je n'ai pas
00:09:55envie de vivre, parce que c'est ça qui fait la richesse d'un pays, mais c'est ça qui
00:09:59entretient la démocratie dans un pays. Donc, le Figaro appartient, et je vais en finir
00:10:06là pour que mes petits camarades puissent parler, appartient à un monsieur qui n'a pas
00:10:11cherché, vraiment un autre d'ailleurs, j'en suis persuadé, il a acheté le Figaro
00:10:17non pas pour faire du fric, pour parler vulgairement, parce que si vous voulez acheter un journal
00:10:23pour faire du fric, il faut bien faire autre chose. Je dirais même qu'il y a plutôt
00:10:27tendance à en perdre qu'à en gagner, mais le Figaro.
00:10:29Ça rapproche des pouvoirs.
00:10:31Voilà, alors, il est là le sujet. Le sujet, c'est que ces grands, ces magnas, ces grands
00:10:38patrons de presse, qui sont généralement des gens qui vivent fort aisément, quand ils
00:10:45achètent un journal, quand ils achètent une radio, quand ils achètent une télévision,
00:10:49c'est pour avoir du pouvoir. Et ça, il est évident que, et on ne peut pas le nier,
00:10:56on ne peut pas lui contester d'ailleurs, Serge Dassault voit dans la propriété du Figaro
00:11:02un moyen de faire passer peut-être ses idées, en tous les cas, de compter dans le paysage
00:11:09et la réflexion intellectuelle française. C'est comme ça qu'il l'entend, en tous les
00:11:13cas. La question qui vous brûle les lèvres, j'en suis persuadé, mais je peux vous répondre,
00:11:17savoir est-ce qu'il est très interventionniste, par exemple. Parce que, par ses interventions,
00:11:24alors, je répondrai de deux façons. D'abord, il n'en fait pas un objet, le journal, de
00:11:29promotion de ses autres activités. Et je vous défie d'ailleurs de voir dans le Figaro
00:11:35le fait qu'on fasse la promotion de ses avions. Quand il y a un événement qui concerne son
00:11:41industrie, on en parle, comme tout le monde. Mais ce n'est pas avec ça qu'il compte vendre
00:11:46des avions ailleurs. Ça l'a bien aidé cet été. Ben non, parce que nous, on était
00:11:51comme les autres, on en a parlé, mais on n'a pas... Voilà. Ça, c'est la première chose.
00:11:55La deuxième chose, sur le plan politique, il n'intervient pas. Il n'intervient pas. Il
00:12:00est certain que s'il a des idées qui sont véhiculées par ce journal qui lui déplaise,
00:12:07il le fera savoir. Mais nous, on contre-argumentera.
00:12:11Oui, il y a eu quelques exemples. Enfin, c'est pas...
00:12:13Si vous voulez, vous me posez des questions.
00:12:14Ça sera un autre débat, mais entre nous.
00:12:19Marc Perrin, l'inscriteur général de la Philpac CGT.
00:12:22J'irais presque que vous êtes à l'autre bout de la chaîne, puisque quand même l'essentiel
00:12:27et la fédération CGT du livre est celle qui fabrique les journaux, en fait. Je voudrais
00:12:35savoir quel est votre regard sur cette situation, vous m'avez compris, peut-être en réaction
00:12:39tout de suite aux propos que vient tenir Yves Tréard.
00:12:44Merci, Claude. J'ai envie de dire tout de suite qu'il y a deux manières d'aborder
00:12:49le sujet de la défense du pluralisme. Il y a une manière un peu convenue, un peu tarte
00:12:55à la crème, qui est souvent celle que l'on voit dans les médias, puis il y a une manière
00:12:58un peu plus politique. Et moi, je vais proposer de la traiter de manière un peu plus politique
00:13:03que tarte à la crème. C'est vrai, c'est désespérant de voir ces grands patrons, ces
00:13:08grands groupes, comme par hasard, ou d'une manière inattendue, prendre le pouvoir sur
00:13:16les médias. Ça, c'est un peu tarte à la crème, et même un peu beaucoup tarte à la crème.
00:13:21Ce qui est nouveau, parce qu'il y a des choses qui sont nouvelles, ce qui est nouveau, c'est
00:13:25que l'information est en train de changer de nature. Et en changeant de nature, cette
00:13:29information, elle devient et elle se monétise à une échelle effectivement mondialisée,
00:13:36qui fait que ces nouveaux grands tycoons ou grands patrons ne sont pas là par hasard,
00:13:42ni simplement parce qu'ils veulent investir dans des activités nouvelles. Non, il y a bien
00:13:54un rapport de pouvoir économique et de pouvoir politique dans l'avènement effectivement
00:14:01du numérique et des transformations que ça engendre. Les investissements dans ces grands groupes
00:14:10ne se font pas. Aujourd'hui, les grands groupes qui ont soi-disant les moyens financiers
00:14:20d'investir, n'investissent aucunement dans les médias. C'est notre point de vue, puisque
00:14:25nous nous apercevons de quoi c'est qu'on ferme de plus en plus de sites industriels, on réduit
00:14:31de plus en plus de rédactions. On utilise de plus en plus de fonds publics pour avoir
00:14:41des investissements exclusivement dans la dimension numérique et la dimension qui va
00:14:48arriver bientôt comme une évidence pour tout le monde, ce qu'on appelle le big data.
00:14:53Et donc tous ces grands groupes, M. Drahi, M. Bolloré, sont effectivement en embuscade,
00:14:57puisque ça va être le pouvoir de demain, le pouvoir de demain exclusivement économique
00:15:05à travers l'économie numérique. Alors mon propos n'est pas de dire « il faut revenir
00:15:11au plomb et puis virer tout ça ». Mon propos est de dire que la défense du pluralisme,
00:15:18la défense des titres, doit passer par une autre dimension du débat politique sur la liberté
00:15:23d'expression. Parce que le monde robotisé, le monde individualisé du numérique, la marchandisation
00:15:31des données privées, puisque c'est de ça dont il s'agit, au travers les bases de données
00:15:36de l'ectorat qui intéressent tellement encore aujourd'hui le marketing des médias.
00:15:54de ne pas réagir à la situation actuelle et ne pas regarder effectivement les choses
00:16:00en face, ou se dire simplement « M. Tréhard, Serge Dassault n'est pas si méchant que ça ». Non,
00:16:06il n'est sûrement pas si méchant que ça. En revanche, je pense que ça, c'est le monde
00:16:09un peu du bisounours. Ce qui est nouveau, c'est effectivement ce qui est en train de
00:16:14se passer, qui est en train de tuer, ça c'est la conviction qu'on a, le lien social,
00:16:22les rapports sociaux et également la liberté d'expression et le pluralisme.
00:16:27Je vais réagir à Yves Tréhard et puis on passe par la parole.
00:16:29Je vais réagir parce que je ne suis pas tout à fait d'accord avec ça.
00:16:33Évidemment, il se livre de luttes, mais mortelles, les ticons pour, effectivement, avoir la possession,
00:16:42la propriété, parce que c'est là que l'avenir est. Il ne faut pas être dans le sagesisme.
00:16:46C'est vrai que les papiers, moi je fais partie de ceux qui pensent que les quotidiens papiers
00:16:52ont un avenir plutôt sombre et je ne sais pas si dans 50 ans, on pourra encore aller au kiosque,
00:17:00un journaux pour acheter un journal quotidien. J'en doute beaucoup. D'abord parce qu'il n'y a quasiment
00:17:06plus de kiosques. Quand je suis rentré dans cette profession il y a 35 ans, il y avait 36 000
00:17:10points de vente en France, il n'y en a plus que 26 000 aujourd'hui. C'est catastrophique.
00:17:16Donc c'est vrai que l'enjeu pour ces propriétaires de presse, de médias, c'est de se porter sur
00:17:23l'Internet. Et là, ils se livrent une lutte à mort. À mort. Elle est mortelle, cette
00:17:31lutte. Pourquoi elle est mortelle ? Parce qu'ils bidouillent tous d'une certaine façon.
00:17:36Le modèle économique des nouveaux médias n'est pas encore acquis. On ne le connaît
00:17:41pas. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, des grands journaux, des grandes quélés, des
00:17:45grands radios ont des sites internet mais qui ne leur rapportent pas beaucoup d'argent.
00:17:50Ils cherchent le modèle économique parce qu'on est sur un modèle qui est aujourd'hui
00:17:54celui de la gratuité. Ça c'est la première réflexion que vous allez faire. La deuxième
00:17:59réflexion que je voudrais faire, et là je ne suis pas tout à fait d'accord avec
00:18:01vous, autant j'étais d'accord pour le premier point, mais pas le deuxième. Je pense
00:18:05que la liberté d'expression aujourd'hui, grâce aux nouveaux médias, n'a jamais été
00:18:09peut-être aussi forte. Parce que, et c'est une des menaces d'ailleurs pour les journalistes
00:18:17que nous sommes, les journalistes professionnels, c'est qu'aujourd'hui, il y a ce qui s'appelle
00:18:23le citoyen journaliste. C'est-à-dire que tout le monde peut s'exprimer, tout le monde peut
00:18:27apporter des informations sur les sites internet. Et ça, c'est d'ailleurs un grand danger parce
00:18:32que c'est un robinet, une rumeur terrible avec des propos qui sont souvent, enfin pas
00:18:40souvent mais parfois qui sont tout à fait excessifs, ou des informations qui sont fausses.
00:18:45Et là, c'est vraiment, mais je pense que la liberté d'expression, pour autant, elle
00:18:50n'est pas menacée. C'est pas parce que les journaux ferment que la liberté d'expression
00:18:54est menacée. Puisqu'il y a aujourd'hui l'internet qui est quand même un vecteur d'information,
00:19:00de circulation de l'expression, qui est très fort.
00:19:04Alors peut-être, Denis Sifère, vous êtes directeur de Politis, donc un journal qui
00:19:10n'est pas atossé à un grand groupe financier et qui vit pour l'essentiel grâce à ses lecteurs.
00:19:16Quand vous entendez que la liberté d'expression n'est pas menacée, ça vous fait réagir ?
00:19:21Oui, bien sûr, ça me fait réagir. Yves Tréard dit quelque chose de tout à fait juste.
00:19:26A savoir que les médias et la presse écrite, imprimée en particulier, notamment parce qu'elle
00:19:33a aussi besoin de se développer via le numérique, ont besoin de capitaux de plus en plus importants
00:19:41pour vivre, mais aussi pour se développer. Parce qu'une personne a envie d'être dans
00:19:47la marge et d'être dans la confidentialité. Si on veut se développer, on a besoin de
00:19:52capitaux. Donc naturellement, on aurait tendance à se tourner vers ceux qui ont les moyens,
00:19:58c'est-à-dire les grands groupes financiers. Et c'est vrai que sans ces grands groupes
00:20:04financiers, sans doute, un certain nombre de médias cesserait d'exister. Et c'était
00:20:11d'ailleurs le cas déjà, en effet, à l'époque d'Hersan. La question est de savoir, quand
00:20:16on est sauvé, et je mets des guillemets, par un groupe financier, quel est le prix à
00:20:23payer pour les journalistes ? Parce que le pluralisme, ce n'est pas simplement la somme
00:20:28de plusieurs journaux, c'est aussi la liberté et l'indépendance de chacun de ces médias.
00:20:35s'ils expriment tous le même point de vue, la même analyse, par exemple, s'ils baignent
00:20:50dans le même creuset économique du libéralisme, par exemple. Alors on a un pluralisme en trompe-l'œil.
00:20:58Et évidemment, ces financiers ne viennent pas sans faire payer chèrement leurs contributions,
00:21:07leurs apports aux journalistes, aux lecteurs et au pluralisme en général. L'exemple, il
00:21:14faudrait presque remercier et rendre hommage à Bolloré et à Drahi d'avoir une actualité
00:21:20en ce moment débordante parce que finalement, jusqu'à la caricature, ils servent à ce que
00:21:26l'ensemble d'entre nous ont envie de dire sans doute ici. Je voyais par exemple, et vous
00:21:31l'avez lu aussi à peu près dans tous les journaux, Bolloré à Canal+. Alors il y avait un article
00:21:39notamment dans Le Monde il y a quelques jours. Les consignes sont passées, alors vous savez
00:21:44l'affaire des Guignols, qui sont renvoyés, encryptés et n'ont plus de parution quotidienne.
00:21:53Et les textes des Guignols doivent être soumis à Bolloré avant diffusion.
00:21:59Et il y avait une longue liste des interdits, le mot est peut-être un peu fort,
00:22:04mais enfin bon, des conseils amicaux de ne pas traiter tel ou tel sujet. Alors je le dis
00:22:09qui pèle mal ici, c'est presque risible, sauf que c'est aussi tragique pour le pluralisme.
00:22:16Il ne faut pas parler de la RATP parce que Bolloré a des gratuits dans le métro.
00:22:21Il ne faut pas parler de la mairie de Paris, alors il n'est pas complètement sectaire
00:22:24quand il s'agit de défendre ses affaires, parce qu'il y a un accord justement avec eux.
00:22:28C'est gratuit dans le métro. Il ne faut pas parler de l'Olympique de Marseille
00:22:33parce qu'il a des intérêts à Marseille. En tout cas, il ne faut pas en dire de mal.
00:22:37Il ne faut pas parler du Cameroun, de la Côte d'Ivoire et d'autres pays d'Afrique
00:22:41parce qu'il a beaucoup d'affaires dans ces pays.
00:22:46Et j'ajouterais, ça n'était pas dit, enfin c'est assez d'autoriété publique
00:22:50pour qu'on le répète ici, évidemment, et l'affaire des Guignols n'est pas très éloignée de ça,
00:22:55sans doute ne faut-il pas trop dire de mal de Sarkozy.
00:22:59Donc on voit bien, et ce qui était terrible dans cet article, qui était dans Le Monde,
00:23:05ce qui est terrible, c'est qu'il y avait un hiérarche déjà de la rédaction du Canal
00:23:08qui disait, bon, on va s'en accommoder, on ne va pas entrer dans des règlements permanents
00:23:14avec notre actionnaire. Donc on voit très bien le danger.
00:23:18Et là, évidemment, on peut peut-être dire, je ne sais pas,
00:23:21que Canal est sauvé dans un premier temps par un financier,
00:23:24mais on voit bien quel est le prix terrible de l'indépendance et du pluralisme
00:23:29qui est payé par ce média.
00:23:34Je dirais quand même qu'il y a une grosse différence,
00:23:37je ne veux pas défendre R100, que j'ai beaucoup combattu,
00:23:40je disais toujours que j'adorais détester R100 à l'époque,
00:23:42parce qu'il était une cible rêvée quand on faisait du syndicalisme
00:23:47et quand on mettait des batailles pour le pluralisme.
00:23:49Mais il y a une différence entre R100 et Trahi et Bolloré, par exemple.
00:23:55C'est que, d'une certaine façon, R100, il était dans la galère,
00:24:00il était dans le bacot, il a fait probablement des licenciements,
00:24:06etc. au Figaro et dans ses journaux.
00:24:07Mais c'était sa chose pour le meilleur et pour le pire,
00:24:12mais aussi pour le meilleur.
00:24:13C'est-à-dire qu'il était, à sa façon, attaché à la survie de ses journaux
00:24:17et de ses journaux.
00:24:18Aujourd'hui, on a affaire à des financiers pour qui ces médias
00:24:23sont, d'une certaine façon, une activité annexe des réseaux,
00:24:27des vecteurs d'influence qui servent à développer leur business.
00:24:32C'est-à-dire que, si demain, l'Express crève,
00:24:35et malheureusement, ce n'est pas complètement impossible
00:24:37quand on voit les licenciements qui ont été décidés par Raï,
00:24:44effectivement, Raï continuera d'exister avec le méritable,
00:24:49il achète avec ses dettes, de toute façon,
00:24:51et ce n'est pas ça qui va arrêter son business.
00:24:55Et Bolloré, d'ailleurs, dit que pour lui, les médias, c'est un business.
00:24:59Donc, c'est des gens, d'une certaine façon, pour qui les affaires sont ailleurs.
00:25:02Et l'appropriation de médias sert vraiment de vecteur d'influence,
00:25:09à la fois politique, mais aussi, bien entendu, commerciale,
00:25:13pour faire des affaires, pour faire leurs affaires.
00:25:19Et ça, c'est vraiment la différence entre les propriétaires d'autrefois,
00:25:25même détestables, même paternalistes, même exclusifs, même tyranniques,
00:25:30et les financiers d'aujourd'hui, on est passé dans autre chose,
00:25:37et on est passé dans autre chose.
00:25:38Évidemment, ce n'est pas sans préjudice, ni pour le pluralisme,
00:25:41y compris quand il se donne l'apparence d'avoir sauvé des médias,
00:25:45mais c'est également pas, disons, neutre,
00:25:50parce qu'il n'y a pas que l'interventionnisme.
00:25:52Alors, j'ai cité Bolloré, qui est une caricature, en effet,
00:25:55en matière d'interventionnisme, mais on sait bien aussi
00:25:58qu'il y a une sorte d'interventionnisme en creux,
00:26:00qui consiste à mettre en place les gens qui seront fidèles de cils et soumis,
00:26:06à qui on n'a plus besoin de rien dire,
00:26:09et on sait très bien aussi qu'il est très difficile,
00:26:11dans les journaux que possèdent ces gens, par exemple,
00:26:14d'avoir une autre grille de lecture que la grille de lecture libérale,
00:26:18qui est dominante.
00:26:20Donc, c'est en cela que la question du pluralisme est une question complexe,
00:26:26et qui peut parfois nous induire à avoir un certain nombre de trompe-l'oeil.
00:26:31On dit, bah, il a sauvé un journal, oui, mais à quel prix ?
00:26:38J'ajoute, pour concréter le portrait de Bolloré,
00:26:42c'est qu'il a racheté hier les studios de Bolloré,
00:26:46qui sont ceux où s'entournait le grand journal.
00:26:50Donc, ça veut dire, bon, voilà...
00:26:52La boucle est bouclée.
00:26:53Patrick Appelmuller.
00:26:55Alors, je dirais peut-être « tue-vous » à tout le monde,
00:26:58mais voilà, là, je vais dire « vous ».
00:27:01Parce que, vu qu'on avait une mise en scène,
00:27:04on est sur un plateau télé, c'est nouveau.
00:27:09Dans ce paysage, l'humanité continue à vivre et à faire appel à ses lecteurs.
00:27:18C'est d'ailleurs, comme Tolitis, la principale source de financement de l'humanité.
00:27:24Quand on voit tout ce paysage, j'ai envie de dire au directeur de la rédaction de l'humanité,
00:27:29est-ce qu'il a envie d'être là le matin en disant « il faut qu'on se batte
00:27:32dans cet univers ».
00:27:34Évidemment, il faut qu'on se batte dans cet univers.
00:27:36Il faut donc bien le connaître, bien le comprendre
00:27:39et bien voir, par exemple, pourquoi cette accélération incroyable
00:27:44d'une concentration qui, effectivement, a démarré depuis des années
00:27:49et qui, aujourd'hui, se fait, je dirais, à visage découvert.
00:27:54On a rarement vu des patrons de presse comme Bolloré faire un ménage aussi rapide et aussi complet.
00:28:02Bien sûr, quand le trio Neil Pigasse-Berger a pris le monde, ils ont évincé Fautorino.
00:28:11Quand le promoteur Ledoux avait pris possession de Libération, il avait évincé Julie.
00:28:16Mais ça restait un peu à la marge.
00:28:17Là, Bolloré fait le grand ménage et il juge, il pense que ça ne pose aucun problème
00:28:23d'imposer l'idée que dans la presse, celui qui paye décide.
00:28:27Il faudrait se poser aussi une question, pourquoi se fait-il que ces journaux,
00:28:31ces quotidiens nationaux soient tous déficitaires dans leur exploitation
00:28:35et qu'il y ait des groupes qui sont pourtant préoccupés par le taux de marge,
00:28:42les dividendes, etc., achètent des journaux déficitaires ?
00:28:45Mais je crois qu'il y a deux facteurs pour l'expliquer.
00:28:48Mais je crois que la volonté de maintenir la presse quotidienne nationale
00:28:55dans une situation économique difficile est aussi une volonté politique.
00:29:01Parce qu'elle permet précisément d'en prendre plus facilement le contrôle
00:29:05quand des journalistes sont aujourd'hui à 90% embauchés en CDD ou sur pige
00:29:13et n'ont plus d'emploi stable, quand ils savent que les charrettes vont suivre,
00:29:18on parle de 150 à l'Express, mais il y en a eu à Libération,
00:29:23il y en a eu dans beaucoup d'autres journaux,
00:29:26s'impose ainsi une très grande faiblesse de la presse face aux puissances du CAC 40
00:29:33et qui n'achètent pas pour faire des bénéfices,
00:29:36mais qui achètent pour posséder un moyen, un vecteur d'influence puissant.
00:29:42Vecteur d'influence sur l'opinion, d'abord.
00:29:47Pourquoi croyez-vous que Bernard Arnault viendra acheter le Parisien ?
00:29:51Ce n'est pas essentiellement au lecteur du Parisien
00:29:54que le groupe LVMH spécialisé dans le luxe va vendre des sacs Vuitton.
00:29:59Mais en revanche, ce groupe qui est un des champions du versement des dividendes,
00:30:04je crois que M. Arnault a vu sa fortune personnelle augmenter de plus de 85 000 euros par minute en
00:30:142014,
00:30:16mais pour précisément peser sur l'opinion publique.
00:30:20Et c'est d'abord ça qui explique que des grands groupes
00:30:23comme ceux qui sont engagés par exemple dans la communication
00:30:28se livrent des batailles par contrôle de la presse interposée.
00:30:33Si Xavier Lille s'est lancé dans l'aventure du monde
00:30:36et si M. Drahi a été choisi par les banques parce qu'il achète à crédit,
00:30:41il n'achète pas sur ses moyens propres,
00:30:44ce sont les banques qui financent tous ses achats aujourd'hui.
00:30:47s'ils rachètent Libération, L'Express, etc.
00:30:52C'est un épisode à la fois de la guerre des télécommunications,
00:31:00des moyens de transporter l'information,
00:31:04mais aussi de constituer et de créer de l'information
00:31:06qui est en train de se jouer et de se dérouler là.
00:31:10La deuxième chose, c'est un peu ce que j'évoquais tout à l'heure,
00:31:14c'est pouvoir contrôler l'information qui sort.
00:31:17De ce point de vue, nous avons un paysage de l'information en France
00:31:21qui est à l'exception, je parle pour la presse quotidienne
00:31:25parce qu'évidemment il y a d'autres journaux critiques indépendants
00:31:30comme Politis, mais c'est le CAC 40 qui en dehors de la croix
00:31:35et de l'humanité possède tous les quotidiens nationaux.
00:31:39On voit même des espèces d'ovnis qui n'ont de raison d'être
00:31:43que de porter l'opinion patronale comme ce journal L'Opinion,
00:31:47qui vend misérablement à quelques milliers d'exemplaires,
00:31:50qui est totalement déficitaire et qui n'existe que pour une chose,
00:31:53apporter encore une pierre plus explicite à un discours patronal
00:31:58pourtant largement relayé par d'autres quotidiens.
00:32:02Derrière ça, c'est évidemment un enjeu de démocratie forte
00:32:07qui ne libère pas aujourd'hui les nouveaux moyens de communication comme Internet.
00:32:14Ce qui domine la diffusion de l'information sur Internet, c'est d'abord Google,
00:32:20c'est ensuite TF1 en France, c'est-à-dire de grands groupes qui ont les mêmes
00:32:24« Regardons les clics, regardons la consultation » et il est aujourd'hui en train de se manifester
00:32:30sur l'univers d'Internet, la même concentration, la même domination.
00:32:35D'ailleurs, quelqu'un comme Xavier Niel a mis des œufs dans de multiples paniers,
00:32:40notamment dans des sites d'information.
00:32:43Il est rentré au capital de Mediapart, de Bacchiche, d'Atlantico, de Causeur, d'OVNI.
00:32:49Xavier Niel avait une formule très franche.
00:32:51Il disait « Quand les journalistes m'emmerdent, je prends une participation dans un canard
00:32:55et ensuite ils me foutent la paix ».
00:32:57C'est une stratégie qui a des buts politiques
00:33:00et je pense que l'accélération à laquelle nous assistons aujourd'hui
00:33:03n'est pas sans rapport avec la perspective d'élection présidentielle dans très peu de temps.
00:33:08Je crois que l'enjeu est assez majeur aujourd'hui pour les citoyens.
00:33:13Le pluralisme, c'est un pilier de la démocratie
00:33:18au même titre que le droit de vote,
00:33:20que le droit de s'organiser dans des partis, dans des syndicats,
00:33:23le droit de manifester.
00:33:25Et nous sommes dans un monde tellement plus complexe
00:33:28que celui que nous vivions aujourd'hui.
00:33:30Les citoyens devraient être appelés à des décisions à des niveaux tellement plus importants
00:33:36quand la planète peut être menacée tout aussi bien par une guerre nucléaire
00:33:39que par la dégradation du climat,
00:33:41qu'ils doivent posséder l'ensemble des informations
00:33:43qui leur permettent de décider en connaissance de cause,
00:33:47en conscience des problèmes.
00:33:49Or aujourd'hui, nous assistons au contraire
00:33:51à une volonté de juguler l'information.
00:33:55Alors, on aura l'occasion de revenir sur les moyens de dépasser cela.
00:33:59L'opinion et les citoyens ne sont pas pour autant dupes de cet ensemble d'informations.
00:34:07Je rappelle cet épisode assez formidable de 2005
00:34:11et du référendum sur la Constitution.
00:34:13L'ensemble des quotidiens nationaux,
00:34:16tous les grands moitiens audiovisuels,
00:34:18ont été mobilisés en faveur du oui,
00:34:21ont résisté l'humanité pour les quotidiens,
00:34:25politiciens aussi pour les hebdomadaires,
00:34:27qui eux ont montré et donné les arguments du non.
00:34:3156% des électeurs avaient choisi le non,
00:34:36alors que 99% des médias avaient choisi le oui.
00:34:39Cela prouve aussi qu'il y a une réaction,
00:34:42une capacité des citoyens à résister à ce qui est un matraquage.
00:34:49Mais il est évident que sur ce plan,
00:34:52on a besoin que l'information puisse circuler plus rapidement
00:34:56pour aussi dépasser les frilosités ou les gels d'une opinion
00:35:01qui est en attente d'informations.
00:35:09Il y a quelques mois, au niveau de la feedback CGT,
00:35:14vous aviez proposé une loi sur l'information.
00:35:18Justement parce que vous considériez que la défense du pluralisme
00:35:23n'était pas le seul aspect de la situation actuelle.
00:35:29Est-ce qu'on peut peut-être expliquer si vous êtes toujours sur cette proposition
00:35:36ou comment vous la sentez aujourd'hui ?
00:35:42Après ce qu'on vient de se dire.
00:35:43Une loi sur l'information, ça veut dire que déjà,
00:35:48de régler la question, une loi qui puisse être appliquée,
00:35:53qui puisse être supérieure à l'économie de marché libérale,
00:35:57qui a envahi effectivement la presse et beaucoup l'ont dit,
00:36:04qui ont modifié considérablement les rapports sociaux au sein de la presse,
00:36:08y compris les rapports coopératifs qu'il pouvait y avoir,
00:36:11ou les rapports de coopération ou de coproduction ou de codistribution.
00:36:19C'est une loi sur l'information.
00:36:21C'est d'abord une loi qui contrecarre ce qui a été mis en place depuis 2008
00:36:28et depuis les différents décrets de réorientation des aides à la presse,
00:36:31qui ont confirmé ce que vous disiez, mon cher Claude,
00:36:38un champion ou des champions nationaux à dimension internationale.
00:36:42Une loi sur la presse, c'est pour nous également une loi qui ne se satisfait pas
00:36:48de la puissance de feu, évidemment, à qui il faudra imposer une réglementation
00:36:53de puissance de feu des banques.
00:36:54On a parlé de Bolloré, parlons aussi du plus grand propriétaire de presse en France,
00:36:59qui est quand même le Crédit Mutuel et son célèbre président Michel Lucas, historique,
00:37:07qui fait provocation sur provocation et qui dit, moi je vais faire ce que j'ai envie de faire,
00:37:11et puis c'est comme ça, c'est moi qui commence.
00:37:14Et qui contrôle le groupe EBRAS, qui fait à peu près un tiers de la presse quotidienne régionale.
00:37:23Donc, licenciement, affaiblissement des statuts, donc une loi sur la presse,
00:37:27c'est une loi qui puisse contrebalancer ça.
00:37:32Ce combat, on le mène, et on a conscience qu'on ne peut pas le mener simplement
00:37:38sur des aspects catégoriels ou corporatistes.
00:37:41J'entends bien l'indépendance du journaliste,
00:37:45ou l'indépendance dans les médias de la profession de journaliste est un élément important,
00:37:52mais il nous semble que cet élément, ou ce par le statut social des journalistes,
00:37:58ça défend ce qu'il faut par ailleurs mener,
00:38:01ce n'est pas suffisant pour effectivement répondre aux enjeux d'aujourd'hui.
00:38:06Une loi sur la presse, sur la liberté de l'information,
00:38:11c'est une loi qui doit également s'attaquer aux majors du numérique.
00:38:20Et parlons de Google.
00:38:21Et là aussi, on a pu constater,
00:38:23est-ce qu'on veut toujours mener ce combat ?
00:38:25Évidemment que nous, on veut le mener.
00:38:26On a quand même pu constater que nos patrons, dans une grande unanimité,
00:38:32ont quand même négocié avec Google
00:38:35quelques miettes d'argent frais, soi-disant,
00:38:4160 millions d'euros sur trois ans,
00:38:46et puis que Google ne paye absolument pas d'impôts sur le territoire français,
00:38:52fait quasiment ce qu'il a envie de faire,
00:38:54et puis, allègrement, la richesse produite par les titres, les rédactions françaises.
00:39:02C'est ça, la dimension de notre combat,
00:39:05et c'est pour cette raison que je voudrais dire juste un petit mot
00:39:10sur pourquoi, à la CGT, on milite pour amener ce niveau de débat
00:39:16et ce niveau d'opposition à l'ère du temps.
00:39:21C'est qu'il y a une chose flagrante dans nos professions,
00:39:24il y a une forme de démoralisation,
00:39:26il y a une forme de dépression générale
00:39:29qui semble dire qu'il n'y a pas d'autre alternative
00:39:33à la situation telle qu'on la vit.
00:39:35Et en tant que salarié de la presse,
00:39:37alors, quand on vous dit qu'en plus de ça,
00:39:39le papier n'existera plus dans six mois ou en 2038,
00:39:44parce qu'il y en a qui ont fait des comptes très précis,
00:39:46ils savent exactement quand tout va s'arrêter.
00:39:50Ils sont super en balèze.
00:39:53Donc, je veux dire que combattre cette grande dépression,
00:39:57c'est effectivement amener à décloisonner la bataille syndicale,
00:40:04de la bataille pour la démocratie,
00:40:07de la bataille politique.
00:40:09Et ça, c'est notre ambition.
00:40:11Et au travers de cette loi sur l'information,
00:40:13de ce débat nécessaire,
00:40:15c'est ça qu'on voudrait effectivement porter.
00:40:17Mais vous voyez que la marche est extrêmement haute
00:40:20et que, voilà, même la toute puissance du livre,
00:40:26parce que certains ont encore cette mythologie,
00:40:28ne va pas suffire à, disons,
00:40:33à mettre à bas ce qui est déjà quelque chose de construit.
00:40:38Donc, il y a regarder les choses en face
00:40:41et prendre la décision effectivement de décloisonner
00:40:44et de mener ces grandes batailles,
00:40:45de ne surtout pas les abandonner.
00:40:47L'humanité, Politis, les débats au sein du Figaro,
00:40:52au sein de la presse quotidienne nationale,
00:40:53doivent porter tout ça.
00:40:56Et nous, on souhaiterait effectivement que les titres de presse,
00:41:00les rédactions s'emparent effectivement de ce débat,
00:41:03se posent la question de leur avenir propre en tant que journal.
00:41:07et c'est en ce sens qu'on fait aussi un appel
00:41:09pour qu'il n'y ait pas qu'une pensée unique
00:41:12qui apparaisse sur ces questions-là, dans nos médias.
00:41:17Il est très rare, je vais vous donner la parole.
00:41:19Juste, peut-être, vous aviez cité Côte-Cabin tout à l'heure,
00:41:23je vous en remercie.
00:41:24Je vais citer Roland Leroy,
00:41:25qui disait lorsqu'il était directeur de la rédaction de l'Humanité
00:41:29que pour être juste, les aides à la presse devaient être inégalitaires.
00:41:35Aujourd'hui, elles le sont, elles sont bien inégalitaires,
00:41:38mais c'est quand même, puisque vous êtes là, on va dire,
00:41:41c'est le Figaro qui touche le plus,
00:41:4316 millions d'euros,
00:41:45ça vous permet de faire une application en mandarin,
00:41:49grâce au fonds Google,
00:41:51au fonds stratégique par contre pour l'innovation numérique,
00:41:53c'est très bien.
00:41:54Est-ce que vous préconisez,
00:41:57est-ce que vous avez le sentiment aussi que pour être,
00:42:01il faut que les aides à la presse,
00:42:03parce qu'il va y avoir bientôt le rapport Metlin qui va sortir,
00:42:06ça a besoin d'être aussi,
00:42:09de tenir compte de cette situation.
00:42:11Et vous pouvez bien sûr réagir aux propos que l'ont tenu les uns et les autres.
00:42:15Oui, les aides à la presse,
00:42:16de manière pour que le public soit bien au courant,
00:42:18il y a des aides à la presse directe,
00:42:19il y a des aides à la presse indirecte.
00:42:22Les aides à la presse directe,
00:42:23il y a des journaux qui les refusent,
00:42:25je parle pour le papier.
00:42:28Par exemple, Figaro refuse l'aide à la presse directe,
00:42:32en revanche, bénéficie,
00:42:34c'est vrai,
00:42:35d'aide à la presse indirecte.
00:42:37Un des exemples les plus simples à faire comprendre,
00:42:40c'est par exemple l'acheminement postal du journal,
00:42:42puisqu'on a des tarifs postaux,
00:42:44ça va peut-être disparaître d'ailleurs,
00:42:45normalement,
00:42:46parce que la Poste est aussi en train de changer,
00:42:48qui sont plus favorables que pour un qui-dame.
00:42:53Et je suis d'accord avec le Roi pour dire que ces aides à la presse,
00:42:56pour être efficaces,
00:42:56il faut qu'elles soient inégalitaires, évidemment.
00:43:00Et d'une manière, d'un titre qui se porte plutôt bien,
00:43:03comme celui du Figaro,
00:43:05il n'a pas du tout intérêt à recevoir des aides à la presse,
00:43:10puisque c'est aussi une marque d'indépendance,
00:43:11de ne pas recevoir ces aides à la presse,
00:43:14d'indépendance éditoriale.
00:43:16Ce que je voudrais vraiment dire, moi, c'est...
00:43:18je voudrais dire deux, trois choses.
00:43:19La première, c'est qu'on parle de concentration.
00:43:22En fait, le vrai mot, ce n'est pas la concentration.
00:43:24C'est la convergence.
00:43:25Celui qui avait vu la chose, le premier,
00:43:27et qui voulait s'engager là-dedans,
00:43:30c'est Jean-Marie Messier.
00:43:31C'est-à-dire, pour faire schématique,
00:43:34maîtriser à la fois le tuyau
00:43:36et ce qu'on met dans le tuyau.
00:43:38Et on voit que... qu'est-ce que fait Patrick Dary aujourd'hui ?
00:43:41C'est ça.
00:43:42C'est-à-dire qu'il a le tuyau
00:43:44et il veut maîtriser ce qu'il y a dans le tuyau.
00:43:46Qu'est-ce que fait Google ?
00:43:48C'est exactement ça.
00:43:49Google, il crée Google Télé, il crée...
00:43:53Google, c'est quasiment un éditeur de presse aujourd'hui.
00:43:55C'est-à-dire qu'il maîtrise ce qu'il publie
00:43:59et il a le tuyau.
00:44:01Qu'est-ce que fait Xavier Niel ?
00:44:03Xavier Niel est dans la téléphonie aussi.
00:44:04Et on sait que l'avenir de l'information,
00:44:08qu'on le veuille ou non, c'est ça maintenant.
00:44:10Dans quelques années, on est bombardés d'alertes.
00:44:13D'ailleurs, ils peuvent, d'une certaine façon,
00:44:16modeler la réflexion des lecteurs ou des citoyens.
00:44:21Et ce que veut faire absolument notre ami Niel,
00:44:26enfin, qui n'est pas mon ami,
00:44:27c'est maîtriser le tube
00:44:29avec toutes ses activités dans la téléphonie mobile.
00:44:34Et puis, d'avoir un pied dans un journal.
00:44:37C'est le cas avec le monde.
00:44:39Et elle est là, la véritable menace, d'une certaine façon.
00:44:43Elle est là, c'est la convergence, d'une certaine façon.
00:44:46Même si je comprends tout à fait ceux qui l'opèrent,
00:44:48cette convergence, ils y voient leur intérêt.
00:44:50Mais là où je ne suis pas d'accord,
00:44:50jamais une loi ne pourra s'opposer à ça.
00:44:55Pourquoi ?
00:44:55Parce qu'avec le monde numérique dans lequel nous vivons aujourd'hui,
00:44:59mais les Etats ne sont...
00:45:00Les Etats volent en éclats.
00:45:02Les Etats n'ont plus de pouvoir.
00:45:04Vous voyez bien avec Google,
00:45:06ils passent les frontières, ils ne payent pas d'impôts.
00:45:10Google, c'est un omnipotent.
00:45:12Il est sur le monde entier.
00:45:14Et aucun Etat peut aller à l'encontre de Google.
00:45:17Ou alors il faudrait qu'il y ait une organisation inter-étatique
00:45:20qui dise stop.
00:45:22Et à ce moment-là, on dirait...
00:45:25Enfin, on ne trouverait pas ça normal non plus.
00:45:28Il ne faut pas une autre...
00:45:29Il faut trouver une auto...
00:45:31Alors là, vous allez dire que c'est un propos d'un garçon de droite,
00:45:34ce qui est vrai.
00:45:34Une autorégulation, j'y crois beaucoup plus,
00:45:38qui est compliquée à trouver,
00:45:39qu'une loi à l'intérieur de notre petite frontière
00:45:42qui va pouvoir empêcher M. Drahi, M. Google,
00:45:46ou M. je ne sais qui, Niel,
00:45:49de faire comme il l'entend.
00:45:50Ils s'en foutent.
00:45:52Parce que si on les empêche en France,
00:45:55ils vont s'installer en Belgique.
00:45:56Et puis, ils font la même chose.
00:45:58Pour l'essentiel, Drahi est aux Pays-Bas.
00:46:01Google est en Irlande.
00:46:03Maintenant, ils viennent de déménager aux Pays-Bas.
00:46:05Et puis, de toute façon, ils n'étaient quand même pas...
00:46:08Donc, ce n'est pas avec une loi, si vous voulez, la meilleure...
00:46:11Si une loi permettait au moins qu'ils payent leur...
00:46:14Ce qu'ils produisent en France...
00:46:16Mais vous voyez bien qu'on n'arrive même pas...
00:46:18Je ne sais plus qu'ils parlaient, c'est tout à l'heure,
00:46:21c'est toi, Patrick, de 60 millions de francs
00:46:25pour essayer de faire cracher au bassinet Google...
00:46:31qui exercent un pillage quotidien de tous ces produits.
00:46:37C'est rien, quoi.
00:46:38On n'arrive pas à se mettre d'accord.
00:46:42Je n'ai pas dit ça, mais je ne pense pas que ce soit la loi qui se...
00:46:45Parlez avec le micro si vous réagissez...
00:46:49Patrick.
00:46:50Oui.
00:46:51D'abord, en face de Google, soit on se couche, soit on résiste.
00:46:58Or, ce qui s'est passé, c'est que quand même,
00:47:01Google est venu signer un accord dans le bureau du président de la République
00:47:06qui a lui-même décidé cet accord.
00:47:11Il faut savoir d'ailleurs que ce fonds Google,
00:47:13qui soit disant devait être redistribué à la presse,
00:47:15va à beaucoup de journaux plutôt aux plus riches
00:47:17et pas à l'humanité, par exemple.
00:47:19Ce qui est quand même un scandale supplémentaire.
00:47:23C'est un fonds qui, au bout du compte,
00:47:25alimente les mêmes phénomènes de concentration
00:47:29et ne joue absolument pas en faveur du pluralisme.
00:47:32C'est vrai que la question de l'information,
00:47:34comme celle de l'économie, comme celle de la finance,
00:47:37est une question qui ne peut être enfermée
00:47:40dans les seules frontières du pays.
00:47:42Mais en revanche, ça ne signifie pas l'impuissance.
00:47:45Et il peut y avoir des actions nationales
00:47:49pour favoriser l'information.
00:47:51On parlait tout à l'heure de dispositifs inégalitaires
00:47:54en faveur de la presse.
00:47:55Mais aujourd'hui, il y a notamment le dispositif majeur
00:47:58de distribution de l'argent public à la presse,
00:48:01c'est l'aide au financement à projets.
00:48:04Mais évidemment, les journaux les plus riches
00:48:06peuvent investir le plus, donc reçoivent le plus d'investissements publics.
00:48:10Et au bout du compte, il y a un article du Canard Enchaîné
00:48:15qui avait rapporté l'aide publique aux journaux
00:48:20aux fortunes du CAC 40, et on s'apercevait effectivement
00:48:22que c'était des grandes fortunes du CAC 40
00:48:24qui recevaient infiniment plus d'argent public pour la presse
00:48:28que les journaux indépendants et libres.
00:48:31Donc il peut y avoir des dispositifs qui à la fois
00:48:34maîtrisent, contrôlent l'information,
00:48:37permettent le redéveloppement des réseaux de distribution.
00:48:41Moi, je ne suis pas fataliste à cet égard.
00:48:44Il y a un pays voisin à l'Allemagne,
00:48:45il y a 120 000 points de vente de journaux.
00:48:49Nous sommes à 26 000 en France.
00:48:51On ne va pas nous expliquer que l'Allemagne
00:48:54est un archaïsme avéré sur le plan économique.
00:48:59Il serait possible d'exercer, non pas à la manière allemande,
00:49:02parce qu'elle ne favorise pas forcément le pluralisme,
00:49:04mais un réseau de distribution qui permette à chacun
00:49:08d'accéder au journal et de pouvoir l'acheter.
00:49:10De la même façon, il serait possible de favoriser la constitution
00:49:18de structures coopératives dynamisées, aidées, appuyées,
00:49:23pour permettre que la presse ne soit pas déficitaire
00:49:27et donc sujette à toutes les affluences possibles.
00:49:31Ce sont des dispositifs qui méritaient d'être débattus.
00:49:34L'humanité fait la proposition de la tenue d'une conférence nationale
00:49:38pour la sauvegarde de la presse.
00:49:41J'ajouterai une chose, c'est que dans ce phénomène
00:49:46se conjugue beaucoup de choses.
00:49:48Il faut savoir que l'humanité est confrontée
00:49:51à de fortes difficultés de trésorerie,
00:49:53dont beaucoup ont dû entendre parler dans la dernière période,
00:49:56de s'y adresser aux banques pour obtenir un pré-relais de 2 millions.
00:50:01Un pré-relais sur 3 ans, 2 ans même.
00:50:05Toutes ont refusé.
00:50:06Elles accordent pourtant des dizaines de millions d'euros à M. Drahi
00:50:11pour racheter des journaux.
00:50:12Donc il n'a pas le traître euro au départ.
00:50:19Donc il faut quand même rapporter ça.
00:50:22Et je voudrais dire aussi qu'il y a un paradoxe et une inégalité
00:50:26qui aujourd'hui est flagrante.
00:50:28Les lecteurs de l'humanité pour permettre au journal de survivre,
00:50:32depuis le début du mois de janvier,
00:50:34ont versé 2,5 millions d'euros de souscriptions pour sauver le journal
00:50:40et ont prêté 600 000 euros.
00:50:43Je le rapporte à un événement
00:50:45dont tout le monde se souvient au moment des difficultés de Charlie.
00:50:49Autour de Charlie, c'était 2,7 millions d'euros qui ont été récoltés.
00:50:54C'est plus encore pour l'humanité.
00:50:55Mais nos lecteurs sont pénalisés.
00:50:57Non seulement il leur est plus difficile de trouver le journal,
00:51:00mais ils le payent deux ou trois fois.
00:51:03Donc effectivement, il faut rétablir un véritable pluralisme
00:51:07qui permette que des aides plus fortes
00:51:09soient accordées à la presse indépendante,
00:51:12que des dispositifs l'accompagnent
00:51:15et permette aussi éventuellement la création de nouveaux titres.
00:51:19Je te dis ce que vous voulez faire.
00:51:24Je ne vous dirai pas ici que je suis contre le pluralisme.
00:51:29Ça vous étonnerait.
00:51:31Et d'ailleurs, je ne le dirai pas.
00:51:32Mais en revanche, j'apporterai quand même une nuance
00:51:35entre le pluralisme et la démocratie.
00:51:38Car il peut y avoir un pluralisme de façade.
00:51:41Donc il faut se méfier.
00:51:42On a l'expérience avec la multiplication des chaînes de télévision
00:51:46qui, plus elles ont été nombreuses,
00:51:49plus elles ont fini par se ressembler.
00:51:51Et finalement, on a un pluralisme d'apparence.
00:51:56On dirait une pluralité plus qu'un pluralisme.
00:51:59Mais on a en réalité un contenu qui est très semblable.
00:52:05Et donc, les journaux et la presse en général courent aujourd'hui trois risques.
00:52:12C'est le risque, bien entendu, de la disparition,
00:52:15faute de capitaux et faute aussi de distribution.
00:52:19Quand on parle de la presse imprimée,
00:52:23parce qu'il y a une vraie crise de distribution.
00:52:26Le deuxième risque, c'est la mise en coupe réglée
00:52:29par des grands patrons financiers.
00:52:31On évoquait tout à l'heure, on a été plusieurs évoqués,
00:52:34Bolloré et Drahi et il y en a quelques autres.
00:52:37Et le troisième risque dont on parle moins
00:52:40et auquel on est apparemment moins sensible,
00:52:44mais qui est redoutable aussi,
00:52:46c'est celui de la marginalisation.
00:52:48C'est-à-dire du renvoi d'une sorte de confidentialité
00:52:52des journaux qui ne pensent pas bien.
00:52:55Et on est menacé par cette marginalisation aujourd'hui.
00:53:03Alors, tout à l'heure, Patrick évoquait l'exemple fameux
00:53:08du référendum de 2005.
00:53:11Et on voit bien qu'il y a une sorte de pensée dominante,
00:53:17en particulier dans le domaine économique,
00:53:20mais sur tous les thèmes de l'actualité.
00:53:22On le voit aujourd'hui sur la question du code du travail,
00:53:25par exemple.
00:53:26Il y a toute une sémantique qui est reprise à l'envie
00:53:30par tout le monde sur « c'est illisible, c'est vieux jeu, c'est ringard,
00:53:36c'est le front populaire et c'est avant-guerre »,
00:53:39que sais-je encore.
00:53:40Enfin, on entend...
00:53:41Il y a une sorte d'hégémonie de ce discours.
00:53:46Dire le contraire, c'est très difficile.
00:53:49Ce n'est pas difficile de dire le contraire.
00:53:51On peut faire son blog, on peut avoir aussi une feuille de choux personnelle,
00:53:55etc.
00:53:56Mais pour se faire entendre, parce que nous sommes tous dans la même quête
00:54:01qui est un combat de l'opinion, en fait,
00:54:04pour conquérir de l'audience dans l'opinion,
00:54:06c'est-à-dire faire passer sinon des idées,
00:54:10parce qu'on va nous envoyer là à des grands débats idéologiques,
00:54:13en tout cas à des grilles de lecture qui sont différentes.
00:54:19Et le grand mal dont souffre aujourd'hui, disons, la grande presse,
00:54:23comme on dit, bon, je ne vais pas trop se terminer,
00:54:24parce qu'il est un peu indifférencié, mais employons-le quand même,
00:54:28c'est le discours sur il n'y a pas d'alternative.
00:54:34Il n'y a pas d'alternative au libéralisme.
00:54:36Il n'y a pas d'alternative à la question de la dette
00:54:39et au combat contre les difficiles publics, etc.
00:54:43Il y a un discours qui est hégémonique,
00:54:45un discours de plomb, un discours tyrannique, en somme.
00:54:49Et faire entendre un autre discours, c'est extrêmement difficile
00:54:52quand on demande à des gens dont c'est l'intérêt d'entretenir ce discours,
00:54:57de vous financer.
00:54:59Et c'est là qu'on est dans le risque de la marginalité,
00:55:04qu'on est dans le risque de la confidentialité.
00:55:06Et évidemment, personne ne souhaite être, sauf à faire son blog
00:55:10ou son petit journal très honorable dans sa localité, etc.
00:55:14Mais si on veut vraiment mener ce combat pour imposer une grille de lecture
00:55:19qui dit qu'il y a toujours une alternative,
00:55:23il y a toujours un autre discours,
00:55:24alors on a énormément de mal, en effet, à trouver des capitaux.
00:55:28Alors évidemment, on se tourne vers l'État,
00:55:30et on est à contre-courant, déjà, de toute l'ambiance générale.
00:55:33On voit bien que c'est le moins d'États qui est la grande tendance de l'époque.
00:55:38Cependant, je pense que cette bataille, il faut la mener, en effet.
00:55:40Et là, je suis d'accord sur le mot qui est prêté à Roland Leroy, je crois,
00:55:46sur le fait qu'une aide doit être inégalitaire,
00:55:49c'est-à-dire, en fait, profondément égalitaire,
00:55:51au sens où, jusqu'à maintenant, tous les journaux étaient aidés de façon indistincte,
00:55:57que ce soit des journaux de divertissement, comme on dit,
00:56:00des journaux people, des journaux de télévision,
00:56:02qui sont aidés comme les autres, c'est-à-dire plus que les autres,
00:56:05parce que comme ils ont un très fort tirage,
00:56:07ou des journaux qui ont de très fortes recettes de publicité,
00:56:10c'est-à-dire, justement, d'une certaine façon,
00:56:12le CAC 40 fait coup double en s'appropriant ces journaux,
00:56:16et en plus, en s'appropriant des espaces de publicité.
00:56:19Et les autres médias, en effet,
00:56:23ils sont dans la marge, ils sont retenus, disons,
00:56:27s'ils défendent une idée qui est une alternative,
00:56:31précisément à ces idées dominantes,
00:56:33et bien, évidemment, ils ne vont pas trouver des financements en rapport avec les nécessités de développement,
00:56:40et on est, je termine là-dessus,
00:56:42on est dans une voie très étroite,
00:56:44parce que, à la fois, on est dans une crise du papier, assurément,
00:56:48et on est aussi dans une mutation.
00:56:50C'est peut-être le mot optimiste qu'on peut aussi retenir,
00:56:52mais je pense qu'à l'avenir, grâce au numérique notamment,
00:56:58la presse va trouver un second souffle,
00:57:00mais dans ce chenal, je dirais, ce passage étroit,
00:57:06cette mutation, beaucoup d'entre nous peuvent disparaître,
00:57:09ou en tout cas être, disons, confinés dans la marge,
00:57:14et c'est-à-dire de ne plus pouvoir véritablement toucher une audience
00:57:17pour convaincre qu'il y a toujours une autre alternative.
00:57:23Nous sommes très proches de la fin de ce débat,
00:57:26peut-être, si quelqu'un veut réagir,
00:57:28Marc, tu avais envie, je crois, que ça brûlait.
00:57:32Oui, oui, ça brûlait les lèvres, mais
00:57:35ce n'est pas pour relancer le débat,
00:57:36c'est simplement pour donner quelques rendez-vous.
00:57:39On est convaincus,
00:57:41alors, le 21 septembre, il va y avoir un rapport,
00:57:44qui s'appelle le rapport Mettling,
00:57:46qui va arrêter, qui est sur la transition,
00:57:49justement, ou la mutation numérique de la société.
00:57:53C'est un rapport qui fait suite à,
00:57:56c'est pour ça que je rebondis sur ce que tu disais,
00:58:00c'est qui fait suite au rapport Combrexel,
00:58:02qui modifie ou qui va modifier considérablement,
00:58:06qui veut modifier considérablement les termes du dialogue social.
00:58:12Ce rapport Combrexel fait suite à une loi Repsamem,
00:58:17qui, effectivement, diminue, entre autres,
00:58:21notamment, par deux ou par trois, la représentation du salariat.
00:58:24Et cette loi Repsamem fait juste suite à une loi Macron,
00:58:30qui est passée avec le 49-3 pendant tout cet été.
00:58:34Et donc, nous, on est convaincus que l'ambition de ne pas accepter le fait qu'il n'y ait
00:58:41pas d'alternative,
00:58:42va être, là, cruciale à partir du 21 septembre,
00:58:47parce que la loi préparée sur le numérique va toucher à tous ces aspects de démocratie.
00:58:55Alors, effectivement, la question sociale, mais, derrière, aussi, la question démocratique.
00:59:01Et ce n'est pas trop tard pour mener, effectivement, ce combat-là.
00:59:04Mais pour le mener, il faut avoir, effectivement, l'ambition de ne pas,
00:59:10quand ça va devenir difficile, parce que c'est devenu difficile
00:59:14de ne pas lâcher l'affaire et puis aller faire la sieste.
00:59:17Évidemment, c'est peut-être plus simple,
00:59:20c'est peut-être plus de regarder à côté, voilà.
00:59:25Mais là, il y a encore un espace, mais il y a un espace de lutte.
00:59:31Et c'est un espace de combat.
00:59:32Et nous, au niveau de la feedback CGT,
00:59:35on va donner un certain nombre de rendez-vous aux éditeurs et aux titres de presse,
00:59:42quel qu'il soit, quelle que soit la forme,
00:59:43pour, justement, engager, avec les salariés de la profession,
00:59:46engager ce débat-là.
00:59:51Alors, Yves Très.
00:59:52Je voudrais dire deux mots, simplement.
00:59:57Ça fait très très longtemps, quand même,
00:59:59que le monde de la formation en France va très très mal.
01:00:02Ce n'est pas récent.
01:00:03On parle de la disparition.
01:00:05Regardez, juste après-guerre,
01:00:07il y avait une vingtaine de journaux nationaux en France.
01:00:10Je dis bien nationaux.
01:00:12Il y en a combien aujourd'hui ?
01:00:13Il y en a quatre, cinq ?
01:00:16Il y en a Figaro.
01:00:20Il y en a les opinions représentées,
01:00:21parce qu'il y a le Figaro, il y a l'humanité,
01:00:24il y a la libération, il y a le monde,
01:00:26qui défendent tous,
01:00:27enfin, qui ne sont pas du tout positionnés sur les mêmes créneaux idéologiques.
01:00:32Et le mot idéologique, j'en viens là.
01:00:34Si la presse aussi va mal,
01:00:37alors on va voir ce que la révolution numérique va faire,
01:00:41mais si la presse va mal aussi,
01:00:42c'est parce que le monde s'est considérablement désidéologisé.
01:00:47Les idéologies ne sont plus là.
01:00:49Il n'y a plus d'idéologie.
01:00:51Donc, d'ailleurs, l'humanité en est, d'une certaine façon,
01:00:55l'une des premières victimes.
01:00:56Il y a une désidéologie,
01:00:59excusez-moi,
01:01:00désidéation de l'opinion.
01:01:02C'est là que tout le monde,
01:01:03c'est vrai quand vous disiez,
01:01:05que tout le monde pense la même chose aujourd'hui.
01:01:07Mais c'est vrai qu'il y a quand même un mainstream
01:01:09dans l'opinion publique
01:01:13qui trouve son écho
01:01:14dans le fait que les gens ne lisent quasiment plus de journaux.
01:01:19Et ça, c'est quand même une chose,
01:01:22Patrick, tu parlais de l'Allemagne tout à l'heure,
01:01:25c'est une chose qui est très singulière à la France.
01:01:27C'est-à-dire que la France a toujours eu une presse très faible,
01:01:31très très faible par rapport à l'Angleterre,
01:01:34pour ce qui est de l'Europe.
01:01:35Elle a une presse magazine très forte en revanche par rapport aux autres pays.
01:01:41Elle a une presse magazine très forte,
01:01:42mais les magazines, si j'en crois les chiffres,
01:01:44sont en train de se casser la figure sérieusement en ce moment.
01:01:47Très fort.
01:01:48On croyait que justement l'information numérique
01:01:52porterait un coup fatal à la presse quotidienne,
01:01:54et même si pour la presse quotidienne c'est dur,
01:01:57c'est plutôt la presse magazine qui en fait les frais.
01:01:59Je parle de l'Express, du Point, du Nouvel Obs,
01:02:02et de quelques autres.
01:02:04Donc voilà ce que je veux dire,
01:02:05c'est qu'il faut absolument profiter de la révolution numérique
01:02:09pour essayer de ne pas, nous autres journalistes,
01:02:12se faire déposséder de notre rôle.
01:02:16Parce que c'est ça, c'est ce que je redoute le plus.
01:02:20C'est qu'il y a une dépossession de l'information par, d'une part, des intérêts financiers
01:02:29qui ne sont pas toujours très compatibles avec nous, ce qu'on veut faire,
01:02:33et par aussi le public qui considère que le journaliste n'est plus un relais.
01:02:38Il y a quelque sorte une ubérisation de l'information.
01:02:42Ça, ça serait dramatique.
01:02:45Moi je voudrais juste faire quelques remarques,
01:02:47parce qu'il va falloir conclure le débat.
01:02:49Mais la première, c'est que l'autorégulation de contrôle de l'information
01:02:57dans le cadre d'une information mondialisée,
01:03:00quand on a vu ce que ça donnait au niveau des banques,
01:03:02quand on voit ce que ça donne au niveau des grandes compagnies multinationales,
01:03:06je crois qu'on ne peut pas y croire une seconde.
01:03:09Leur seule autorégulation, c'est celle du profit et de l'influence maximum.
01:03:13Et donc je crois qu'on ne peut pas compter sur elles pour permettre l'existence du pluralisme.
01:03:17Deuxième chose, oui, il y a de grandes mutations du paysage de l'information.
01:03:23L'information digitale, l'information numérique sont rentrées.
01:03:28Mais je dirais que c'est une révolution, sans doute d'une ampleur un peu plus considérable
01:03:33que celle qu'on a connue au moment de l'irruption de la radio,
01:03:36qui tout d'un coup donnait les informations bien plus vite que l'écrit.
01:03:40On a eu la télévision qui tout d'un coup a bouleversé également le paysage de l'écrit.
01:03:46Et certains journaux ont souffert de n'être plus que des accompagnateurs des sujets télé.
01:03:51Il y a eu une révolution numérique.
01:03:53Elle implique l'intérêt, l'usage du papier parce qu'il permet une vision cohérente du monde.
01:03:59Et précisément, il y a un travail pour casser la capacité à se donner des visions cohérentes du monde.
01:04:05Un regard sur le monde.
01:04:07Parce que la presse, c'est d'abord l'idéologie.
01:04:10C'est le regard sur le monde qui est porté.
01:04:13C'est la hiérarchie dans un journal.
01:04:15C'est le choix de ces sujets.
01:04:17Et ce n'est jamais neutre.
01:04:18C'est toujours engagé.
01:04:21La presse écrite a l'immense qualité qui est mal présentée, moins représentée dans Internet, de présenter ce panorama.
01:04:32Ensuite, je voudrais quand même relever que ce paysage où le pluralisme régresse à grands pas dans la presse écrite,
01:04:42cette domination par des grands groupes, contamine l'ensemble du système d'information.
01:04:47Et par exemple, l'audiovisuel, où aussi bien l'audiovisuel public que l'audiovisuel privé ne tiennent qu'une pensée
01:04:57unique.
01:04:58Par exemple, les journalistes de l'humanité sont quasiment exclus des grandes chaînes d'information,
01:05:05sont exclus des débats pluralistes.
01:05:07Si France Inter devait par exemple mettre en place des partenariats de présence comme il y a des journalistes du
01:05:13Figaro,
01:05:14comme il y a des journalistes du Zéco,
01:05:15comme il y a des journalistes du Monde,
01:05:17comme il y a des journalistes de Libération qui font des chroniques régulières sur France Inter,
01:05:21il faut savoir que depuis plus de 15 ans, ce n'est pas le cas pour l'humanité.
01:05:27C'est le cas de France Inter, je ne parle pas transdu.
01:05:30Ensuite, sur la question de la pensée unique,
01:05:33je vais vous inviter à juger sur pièce en regardant ce qui va sortir sur la fête de l'humanité.
01:05:39Vous qui y êtes, vous trouverez dans l'ensemble de la presse
01:05:43un certain nombre de regards sur ce qui s'est passé dans la fête qui n'ont rien à voir
01:05:48avec ce que c'est.
01:05:49Vous n'entendrez pas parler par exemple de l'énorme débat avec Yanis Varoufakis hier à l'Agora de l
01:05:55'Humanité
01:05:56qui débordait partout dans les allées et l'Agora était pleine.
01:06:00Non, ils auront choisi un autre moment de la fête, ils ne seront que sur les divisions
01:06:05et pas sur ce débat très puissant du parcours qui anime la fête.
01:06:10C'est un journalisme de photocopieuse.
01:06:12Chacun redit les mêmes expressions, les mêmes choses qui n'ont rien à voir avec la réalité
01:06:16et beaucoup n'ont pas mis les pieds sur le terrain de la fête de l'humanité.
01:06:20Vous aurez aussi l'occasion d'en juger avec les débats sur le code du travail
01:06:24où on nous explique tout d'un coup que parce qu'il y a beaucoup de pages,
01:06:28il faut simplifier ça, il faut casser ça et puis il faut mettre les salariés
01:06:32qui sont évidemment toujours en position de faiblesse à la merci de discussion dans les entreprises.
01:06:37Tout d'un coup, la loi deviendrait l'ennemi de la protection des gens et des salariés.
01:06:42C'est quand même singulier qui va compter le nombre de pages du code du commerce ou du code pénal.
01:06:50On pourrait aussi liquider le code pénal et garder une quinzaine de pages
01:06:54où on dirait que c'est à la merci du rapport entre le dominant et le dominé dans un conflit.
01:07:00Voilà, donc vous verrez les débats et vous saurez qu'un journal comme l'Humanité,
01:07:05j'imagine Politis aussi qui s'est déjà prononcé, donneront une autre vision de ce qu'est l'information.
01:07:11Enfin, je crois qu'il n'y a pas de bande fatale liée à la désidéologisation de la société.
01:07:21Je pense qu'il ne faut pas dire trop là.
01:07:23Parce que par exemple, si vous avez jeté un coup d'œil au sondage IFOP que nous avons publié vendredi
01:07:31dans l'Humanité,
01:07:32vous aurez vu que les valeurs de gauche continuent à être très fortes dans la société.
01:07:37Elles continuent même à progresser dans toute une série de domaines de vraie gauche, d'attachement à des grandes transformations.
01:07:45Eh bien, ces valeurs n'ont pas encore trouvé de déboucher.
01:07:48Elles peuvent aussi les retrouver en matière d'information en se battant pour diffuser les moyens d'information
01:07:54qui donnent une autre vision, une vision critique de la société.
01:07:59Dans un univers où la presse, dans sa diffusion, régresse fortement, l'Humanité a plutôt tendance à pas trop mal
01:08:06résister.
01:08:09Et bien, il nous reste à remercier nos participants, Marc Perrade, Yves Tréard, Patrick Appelmuller et Denis Siffer,
01:08:19et puis à laisser la place après un débat sur la culture, parce que là aussi il y a des
01:08:24combats à mener,
01:08:25et où je crois qu'il y a la participation de François Morel et de Philil Toretto entre autres,
01:08:29et le débat sera animé par Marie-Josée Sirach pour la rencontre.
01:08:32Je vous remercie tous.

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