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  • il y a 1 semaine
À l'occasion du centenaire du congrès de Tours, rencontre avec Guillaume Roubaud-Quashie, historien et membre de la direction nationale du Parti communiste français. Il nous livre son regard sur cet évènement historique de la gauche, depuis le musée de l'Histoire vivante de Montreuil.

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Transcription
00:10C'est vrai que c'est un moment assez incroyable.
00:13D'une certaine manière, on le considère comme un moment de rupture absolue.
00:17Pendant longtemps, on a même dit avec Jean Fréville, la nuit finit à Tours.
00:21Il y a un côté vraiment point de départ et en même temps rupture.
00:25Et en même temps, c'est vrai que comme le propose d'ailleurs le musée de l'histoire vivante,
00:29le congrès de Tours s'inscrit dans un moment qui dépasse en amont et en aval, si je puis dire.
00:35Un moment de reconfiguration assez ample.
00:37Le congrès de Tours est peut-être le point le plus incandescent de toute cette phase de recomposition du mouvement
00:42ouvrier
00:43où effectivement vont se séparer deux grandes familles qui étaient unies jusqu'à présent à l'intérieur de la SFIO.
00:51Mais cette union n'a pas duré très longtemps.
00:56À Tours, une opposition entre les partisans de la vieille maison, comme dit Blum,
01:03qui pour une part essayent d'arracher Jaurès, si je puis dire, de revendiquer l'héritage de Jaurès.
01:09Mais de l'autre côté, quand on lit le sténogramme du congrès de Tours,
01:13c'est-à-dire la retranscription, si vous voulez, un petit peu des paroles échangées,
01:17on se rend compte qu'en fait, du côté de Cachin, qui était certes plus prof de Guède,
01:21mais du côté aussi des communistes en réalité,
01:24eh bien la figure de Jaurès est quand même plutôt revendiquée également.
01:28Donc Jaurès, l'absence de Jaurès, évidemment, contribue aussi un petit peu peut-être à la division,
01:36mais les deux revendiquent d'une certaine manière la figure de Jaurès.
01:43Le début de la période est particulièrement intéressant parce qu'il y a une volonté de rupture,
01:48et de rupture forte, il y a même des conditions très nettes pour essayer de bien marquer
01:53la différence entre la SFIO et la SFIC au départ.
01:57Et puis très vite, l'international communiste va appeler un front unique,
02:01donc c'est compliqué, c'est-à-dire qu'effectivement la question des rapports entre socialistes et communistes
02:05va évoluer très vite, d'une manière assez radicale, assez rapidement.
02:08Mais si on le prend à l'échelle du siècle, c'est vrai que les relations ont pu être très
02:12étroites,
02:13notamment au moment du programme commun dans les années 1970,
02:16où là vraiment il y a même eu parfois des communistes qui ont cédé la place,
02:20et des socialistes qui n'avaient presque pas de place, c'est-à-dire presque pas d'existence.
02:23Et il y a eu des moments d'affrontements terribles,
02:25le pire étant peut-être la période de la Seconde Guerre mondiale,
02:28et la question du fameux décret Cérol,
02:30sur lequel, qui a permis pour une part l'exécution d'un certain nombre de communistes
02:37pendant la Seconde Guerre mondiale.
02:39Donc c'est vrai que c'est une histoire très extrême, si je puis dire,
02:43avec des moments de grande proximité et des moments de séparation jusque dans le sang.
02:53C'est vrai que le Parti communiste français, c'est une histoire qui a plusieurs dimensions.
02:56Il y a évidemment une dimension politique, avec un projet singulier,
03:00qui est le dépassement du capitalisme,
03:02un projet qui n'est pas le seul à mettre en avant,
03:07puisque les socialistes, pendant longtemps, se revendiquent aussi de cette ambition.
03:11Mais c'est vrai que cette ambition, elle est demeurée au sein du Parti communiste français,
03:15et maintenant, ça devient quelque chose d'assez rare dans le paysage politique,
03:19cette ambition de s'affronter au capitalisme.
03:21Et c'est vrai que quand on regarde l'évolution du capitalisme aujourd'hui,
03:26eh bien, somme toute, notamment avec les enjeux écologiques qui se posent,
03:30et que le capitalisme guidé par le profit a sans doute bien de la peine à, comment dire, à régler,
03:35à résoudre,
03:36bon, peut-être effectivement que cette question politique-là donne une couleur particulière
03:41à ce que peut-être le Parti communiste français,
03:44à ce qu'il peut apporter aujourd'hui dans le paysage politique.
03:46Mais le Parti communiste, ça n'est pas qu'un projet politique,
03:49c'est aussi une réalité sociale particulière.
03:54C'est-à-dire que dans la politique, en France,
03:58comme dans la plupart des pays du monde,
04:00eh bien, la politique s'est faite pour les gens sérieux,
04:03les gens très savants, et en général, les gens qui ont des moyens.
04:07Et c'est vrai que le Parti communiste français, très tôt,
04:09notamment avec la bolchevisation, à partir du milieu des années 1920,
04:12c'est un parti qui a permis l'entrée, et l'entrée avec toutes les responsabilités,
04:18à des hommes, et aussi d'ailleurs à des femmes,
04:22qui, sans lui, sans doute, n'auraient pas pu devenir des dirigeants politiques de tout premier plan,
04:28dans toutes les sphères de la vie politique.
04:30Donc ça, c'est vrai que cette double singularité, singularité politique,
04:34par ce projet, très ambitieux, au plan politique,
04:37et en même temps, par cette épaisseur sociale,
04:39ça en fait un phénomène historique vraiment ample dans l'histoire du pays.

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