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  • il y a 1 semaine
Invité à s’exprimer lors du Congrès des maires de France, mardi 18 novembre, le chef d’état-major des Armées Fabien Mandon a affirmé que la guerre serait de retour en France dans les prochaines années. Le général a ainsi appelé les Français à « accepter de perdre leurs enfants », s’attirant les foudres de plusieurs responsables politiques.

Décryptage avec Aurélien Soucheyre et Vadim Kamenka, journalistes à l'humanité.

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Transcription
00:00Est-ce que les Français doivent être prêts à perdre leurs enfants ?
00:02C'est des propos assez flippants du chef d'État-major des armées
00:05qu'il a dit hier, en plus au Congrès des mères de France.
00:09Je ne vois pas trop le rapport avec le Schmilblick.
00:12Donc le chef d'État-major des armées, c'est le chef suprême.
00:15Enfin, je ne sais pas si c'est suprême, mais il est tout en haut de la pile hiérarchique de
00:18l'armée.
00:19Et il a dit, si notre pays flanche, parce qu'il n'est pas prêt à perdre ses enfants,
00:23parce qu'il faut dire les choses, donc perdre ses enfants,
00:25on n'était jamais allé jusque-là dans les propos guerriers,
00:29les propos sacrificiels concernant les Français.
00:31Donc Vadim Kemenka, tu es chef de rubrique internationale, rubrique Monde à l'Humanité.
00:35On va réagir à ses propos et tout de suite, on va regarder la vidéo
00:41du chef d'État-major des armées. Écoutez.
00:43Si notre pays flanche, parce qu'il n'est pas prêt à accepter
00:50de perdre ses enfants, parce qu'il faut dire les choses,
00:55on a tout le savoir, toute la force économique, démographique
01:00pour dissuader le régime de Moscou d'essayer de tenter sa chance plus loin.
01:09Ce qu'il nous manque, et c'est là que vous avez un rôle majeur,
01:13c'est la force d'âme pour accepter de nous faire mal,
01:18pour protéger ce que l'on est.
01:22Les armées, c'est un extrait de la nation.
01:26Les femmes et les hommes qui sont aujourd'hui employés partout dans le monde
01:32ont entre 18 et 27 ans sur le terrain.
01:37Ils sont jeunes, ils viennent de vos communes,
01:41ils ont les mêmes aspirations.
01:44Ils tiendront dans leur mission s'ils sentent que le pays tient avec eux.
01:52Si notre pays flanche, parce qu'il n'est pas prêt à accepter
01:59de perdre ses enfants, parce qu'il faut dire les choses,
02:03de souffrir économiquement parce que les priorités iront
02:07à de la production de défense, par exemple.
02:12Si on n'est pas prêt à ça, alors on est en risque.
02:16Mais je pense qu'on a la force d'âme.
02:18La France a toujours démontré sa force d'âme dans les moments difficiles.
02:23Voilà, donc Fabien Mandon, chef d'état-major des armées,
02:26dit ça en plus aux maires, les maires qui demandent
02:28à ce que le gouvernement ne fasse pas une énorme coupe budgétaire
02:31de 4 à 7 milliards d'euros sur leur budget.
02:33Il leur dit que la priorité est ailleurs, la priorité est à l'effort
02:37de défense, l'effort de guerre, même pour perdre ses enfants.
02:39Là, on est presque au-delà de la défense.
02:41Est-ce que c'est commun qu'un militaire dit ça en France ?
02:45C'est assez peu commun, même si on va dire depuis, mine de rien,
02:49une année, on a un discours maintenant de plus en plus
02:53« va-t'en-guerre », en tout cas de cohésion nationale
02:56contre une menace.
02:57Alors, russe, là, puisqu'elle s'est clairement désignée,
03:01ça intervient après tout le discours d'Emmanuel Macron
03:03depuis plus d'un an sur « le pays est en guerre »,
03:06sur « les Français doivent se préparer »,
03:09doivent être prêts à un risque, même d'ailleurs l'industrie
03:12doit être prête, des mesures sociales, comme tu l'as rappelé,
03:15des coupes budgétaires, pour nourrir cet effort de guerre.
03:18Et là, peut-être la différence, je veux dire,
03:20ce qui passe une certaine ligne rouge, c'est en effet la question
03:23maintenant de carrément des familles et des...
03:25Voilà, la société française à perdre même ses enfants pour entrer en guerre.
03:32Là où c'est, je dirais, en effet, où c'est nouveau depuis un an,
03:35c'est que généralement, les chefs des armées pouvaient le penser,
03:38préparer, s'interroger, mener un certain nombre d'hypothèses
03:40sur est-ce qu'il y aura une attaque, pas d'attaque, etc.
03:43Mais depuis maintenant un an, elles le font, je veux dire,
03:47clairement en termes de communication, elles s'adressent directement
03:49au grand public avec ces hypothèses-là, parce qu'en fait,
03:52ce n'est pas la première hypothèse, il y a tout un tas d'hypothèses
03:55de risques qui sont avancées.
03:59On sait que les Allemands ont fait la même chose, je crois que c'était
04:01il y a au moins deux ans, ça avait été révélé par le quotidien Bill,
04:04c'est-à-dire l'hypothèse, est-ce que les Russes peuvent nous attaquer ou pas ?
04:07Est-ce qu'on peut avoir un conflit nucléaire avec une autre puissance ?
04:11Toutes ces hypothèses-là existent, mais ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui,
04:15c'est qu'en fait, elles fuitent dans la presse, ou elles sont même utilisées
04:19par des chefs d'État-major pour augmenter leur effort budgétaire.
04:23Alors le prédécesseur de Fabien Mandon, Thierry Burkard, avait dit
04:28la Russie a désigné, ils ont désigné le franc, il ne disait pas la France,
04:31le franc, donc ancienne tribu à l'origine du nom de notre pays.
04:34Ils ont désigné le franc comme leur premier adversaire, il parlait des Russes,
04:38mais là, il y a vraiment une escalade sur, puisque Mandon parle des Russes aussi,
04:43il est en train de préparer les esprits, et tu disais que c'était aussi
04:46un appel de la Commission européenne à préparer les esprits,
04:49parce que c'est vraiment ce qu'ils essayent de faire, préparer les esprits
04:51à un conflit ouvert avec des Français en première ligne.
04:53C'est ça, en gros, on voit maintenant depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie
04:59qu'il y a une volonté aujourd'hui européenne d'augmenter l'effort budgétaire,
05:03mais aussi de préparer les esprits à un conflit, notamment avec la Russie.
05:09La Commission, il y a maintenant plusieurs mois, a dit, en fait,
05:12chaque citoyen doit se préparer à avoir un petit kit personnel en cas d'attaque.
05:18Un kit de survie, il y a des manuels de survie qui vont être distribués, d'ailleurs.
05:21Exactement. Donc oui, cette préparation des esprits, elle est claire.
05:28Encore hier, d'ailleurs, la Commission européenne a validé ce qu'on appelle
05:32un Schengen militaire. Donc c'est quelque chose qu'on a déjà traité dans l'humanité
05:37il y a plusieurs mois et on est revenu à plusieurs reprises sur cette escalade
05:40et cette volonté aujourd'hui de percevoir ce risque militaire et d'accélérer dessus.
05:47Voilà, cet espace Schengen militaire, en gros, c'est de normaliser toutes les routes
05:53et notamment les chemins de fer pour permettre à des troupes ou à des véhicules militaires
05:59d'arriver le plus rapidement possible sur le front.
06:02Là, ça serait aussi pour permettre des livraisons plus directes à l'Ukraine.
06:06mais on sait que tout le front, donc ça serait les voisins, on va dire, de la Russie,
06:10c'est-à-dire la Pologne, les Pays-Baltes et d'autres.
06:13Donc on voit que là, il y a une accélération et un tempo aujourd'hui militaire et sécuritaire
06:17qui est clairement dicté par la Commission européenne et par Bruxelles.
06:22Mais qui a un soutien fort à l'Ukraine de face à l'invasion, à l'agression russe ?
06:27Ça, c'est de plus en plus de moyens qui sont alloués par l'Union européenne
06:30et par les pays membres de l'Union européenne.
06:31Mais là, pour la première fois, donc, le chef d'état-major parlait de Français,
06:35donc en fait, non pas d'un soutien à l'Ukraine, mais d'une guerre entre la France et la
06:38Russie.
06:39Donc ça, c'est nouveau.
06:40Et ça a provoqué, et qui disent, il faut qu'on soit prêt à perdre des enfants,
06:46ça a provoqué un tollé politique énorme en France, notamment à gauche comme à droite.
06:50À gauche, Fabien Roussel dit qu'il y a déjà 51 000 monuments aux morts dans nos communes
06:54et que c'est déjà assez, oui à la défense nationale.
06:57Il dit non au discours 20 ans guerre insupportable.
07:01Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon, dit que ce n'est pas à Fabien Mandon d'inviter les maires,
07:05ni qui que ce soit, je cite, à des préparations guerrières décidées par personne.
07:09Ni le président, ni le gouvernement, ni le Parlement n'ont acté ça
07:12et n'ont dit oui à ce qu'un militaire aille dire aux Français, préparez-vous.
07:17Donc c'est ni à ces sacrifices qui seraient la conséquence d'échecs diplomatiques.
07:22Là, je cite encore Mélenchon qui dit « Où est passé le président Macron ?
07:25Pourquoi a-t-il permis cela ? »
07:27Donc là, logiquement, soit il a été autorisé à le dire par Macron,
07:32soit il n'a pas été autorisé et il est censé être appelé à l'ordre.
07:34Parce que ce n'est pas à un militaire d'avoir un tel propos.
07:39Et ce serait au président de la République.
07:41Et si le président de la République l'avait, il serait aussi rappelé à l'ordre
07:43par les citoyens français qui peuvent avoir un autre regard que le sien.
07:46Tout à fait.
07:47Non mais surtout qu'en plus, oui, en effet, c'est quand même Emmanuel Macron
07:49qui l'a placé à ce poste-là.
07:52Donc il y a quand même énormément d'interrogations,
07:54même au sein des diplomates français.
07:56On en a interrogé quelques-uns pour d'autres éléments.
07:59Mais qui s'interrogent, en effet, si ce n'est pas une volonté clairement politique
08:03et clairement souhaitée de la part d'Emmanuel Macron.
08:05Parce que, un, c'est lui qui l'a nommé.
08:07Avoir ce discours-là sans l'aval quand même de l'Elysée.
08:10Aujourd'hui, on sait que la communication est quand même assez claire et cadrée.
08:14Ces éléments de langage sont...
08:16Enfin, je veux dire, le message qu'il envoie est clair.
08:18Donc le faire sans autorisation politique, quand même, la question se pose.
08:23Et surtout qu'Emmanuel Macron est clairement sur ce discours-là.
08:29Je veux dire, la ministre de la Défense et des Armées l'a rappelé encore.
08:32Elle est passée sur Inter il y a quelques jours sur la radio.
08:37Elle a répété aussi sur cette question de menace, de se préparer, de se doter
08:40et d'être prêts à rentrer en guerre avec la Russie.
08:44Ce n'est pas nouveau.
08:45Et on voit qu'un certain nombre de rapports, d'ailleurs, de Français, que ce soit de l'IFRI,
08:50aussi de l'Institut Montaigne, relancent cette idée qu'en effet, dans les 3, 4 prochaines années,
08:56on pourrait être en conflit ouvert avec la Russie.
08:59Quand on interroge les militaires, il y a deux choses.
09:01Oui, sur la question de la sécurité, aujourd'hui, forcément, la Russie, avec l'invasion de l'Ukraine
09:08et la guerre qu'elle mène depuis 4 ans, s'est dotée de moyens importants de défense et de sécurité.
09:14Oui, il ne faut pas être non plus angélique et donc que les armées européennes se préparent
09:20à une confrontation, à un risque, pourquoi pas.
09:25Mais de là à dire qu'on va rentrer en guerre avec la Russie dans les 3, 4 prochaines années
09:29et de coup, de faire ce discours ambiant, même les militaires ne sont pas forcément d'accord avec cette stratégie
09:34-là.
09:35Donc oui, pour être prêts, oui, à la limite, pour doter l'armée ou la défense d'un certain nombre
09:40de choses,
09:40oui, pour amener des discussions au niveau européen, mais ça ne peut pas se faire en agitant cette menace
09:46alors qu'on sait qu'aujourd'hui, la Russie, même si elle est en train d'avancer sur le front
09:54ukrainien,
09:54elle n'est pas du tout proche de prendre l'ensemble du territoire.
09:58Donc on voit qu'elle-même a des difficultés sur le terrain.
10:00Donc de là à rentrer en conflit avec les principales puissances militaires de l'OTAN,
10:06puisque l'ensemble des puissances européennes font partie de l'OTAN,
10:10c'est-à-dire face à la première coalition militaire qui a des équipements et des moyens largement supérieurs à
10:14la Russie,
10:15ça paraît quand même assez inconsidéré.
10:18Est-ce que cette annonce doit suivre une vraie volonté guerrière de la part du chef des États-majors
10:22ou une forme d'opportunité de dire aux maires, bon, on l'a évoqué tout à l'heure,
10:26les maires étaient en train de revendiquer énormément une hausse de l'enveloppe attribuée aux collectivités locales,
10:33qui font vivre au quotidien des services publics pour les Français, des services publics très importants.
10:39Macron veut retirer 5 milliards d'après le calcul de Macron aux collectivités locales.
10:44D'après André Léniel, qui est le premier vice-président de l'Association des maires de France,
10:47ce serait plutôt 7,5 milliards d'euros.
10:50Les maires sont mobilisés contre ces coupes.
10:52Et là, on voit qu'il y a un chef d'État-major qui semble leur dire entre les lignes,
10:56les gars et mesdames aussi, parce qu'il y a de plus en plus de maires-femmes.
11:00Et d'ailleurs, au prochain municipal, il y aura la parité obligatoire sur les listes.
11:03Chers élus locaux, on a l'impression qu'il leur dit que la priorité peut être ailleurs.
11:07Ça, c'est aussi démocratiquement potentiellement très problématique.
11:10Et d'ailleurs, le budget des dépenses militaires est en hausse constante,
11:14on peut dire, pour se préparer, s'il y a un problème demain,
11:18alors que d'autres budgets baissent.
11:19Des budgets de l'éducation, de la santé, etc.
11:22Tout à fait. Je pense que de toute façon, c'est l'objectif.
11:26C'est pas... Enfin, il y a cette menace russe qui existe
11:30et dont les rapports pointent à grand trait les principaux champs.
11:37Mais je pense qu'en effet, comme tu le dis, c'est vraiment politique.
11:39C'est-à-dire, il faut, au nom d'une hausse de budget militaire,
11:43et là, on voit que c'est pas que la France.
11:45L'Allemagne est à je sais plus de combien de centaines de milliards d'euros
11:51qui ont été agencés et programmés dans les prochaines années.
11:54Donc, elle veut construire en gros une des premières puissances militaires européennes.
11:57La Pologne, qui, elle, est voisine de la Russie.
12:00Pareil, c'est aujourd'hui près d'un million de personnes
12:03qui sont prêtes à les combattre.
12:05Enfin, les budgets explosent de partout.
12:07Et on voit que c'est clairement une volonté européenne.
12:09La France suit la cadence.
12:12Et on voit que ce discours politique a ce projet.
12:15C'est-à-dire, aujourd'hui, vu le contexte,
12:18un effort doit être fait pour augmenter les budgets militaires.
12:21Donc, forcément, on doit prendre ailleurs.
12:23Et je pense que, vu que les municipales approchent,
12:25cette question-là a aussi un lien politique fort.
12:30Tu as évoqué tout à l'heure les négociations et le rôle de l'Union européenne.
12:34Actuellement, il y a toujours des négociations, même si elles sont distendues,
12:38contrariées, etc., entre Trump et Poutine, qui passent par-dessus l'Union européenne.
12:43Du coup, comment tu analyses ce discours du chef d'État-major des armées françaises,
12:48alors qu'on a l'impression que la négociation se fait en dehors de l'Union européenne ?
12:52Je pense qu'ils sont toujours dans la volonté, malgré tout, d'être une voix audible.
12:59Le problème, c'est que, alors on en reviendra après,
13:01mais sur la question, sur le volet diplomatique,
13:03il y a énormément de gens qui sont circonspects sur l'attitude des Européens,
13:06qui suivent la ligne ukrainienne.
13:10Alors, on peut, en effet, être un soutien et avoir cette volonté d'empêcher,
13:16en gros, l'Ukraine de perdre la guerre et de lui donner un certain nombre d'armement.
13:19Mais par contre, l'autre volet diplomatique est complètement absent aujourd'hui de l'Union européenne.
13:24Il n'y a aucun canal de discussion qui existe aujourd'hui entre l'Europe et Moscou.
13:28Ils sont tous rompus. Il n'y a aucun moyen de négociation.
13:32Et finalement, aujourd'hui, la seule puissance qui mène et qui est d'accord pour négocier avec la Russie,
13:37c'est les États-Unis et par Donald Trump.
13:39Ce qui fait quand même une double interrogation,
13:41c'est que Donald Trump, qui utilise la force aujourd'hui pendant toutes ces négociations,
13:46en fait, n'en a que faire de l'Europe.
13:47De toute façon, il l'a déjà signalé. On le voit sur un certain nombre de dossiers,
13:50sur les droits de douane, sur la guerre économique qu'il mène.
13:53Donc oui, aujourd'hui, pour lui, l'Europe ne compte pas.
13:56Au sud de la Russie non plus, puisqu'il n'y a plus de canaux de discussion.
13:59Alors que la question centrale qui se pose aujourd'hui en Ukraine,
14:02et on le voit sur les déclarations du chef des États-majors armés,
14:05c'est bien la sécurité européenne.
14:07On est frontalier de la Russie.
14:09On a une frontière énorme, que ce soit au niveau de la Finlande, de la Pologne et d'autres États.
14:14Et aujourd'hui, c'est bien la question de la sécurité européenne qu'on doit mettre et qu'on doit
14:19pointer.
14:19Mais ça, ça doit se faire au niveau diplomatique, en négociant avec la Russie.
14:22Ce qu'on a réussi à faire pendant la guerre froide, quand même, avec le fameux accord d'Helsinki.
14:28Aujourd'hui, on doit aussi pouvoir être en capacité de répondre peut-être militairement en augmentant nos budgets,
14:33mais aussi diplomatiquement, d'avoir un vrai canot de discussion avec la Russie.
14:37Parce que sinon, s'il y a une confrontation, de toute façon, tout le monde sera perdant.
14:39– S'il y avait un conflit de haute intensité, qui est rejeté par l'opinion publique française,
14:49qui est rejeté officiellement par la plupart des partis politiques,
14:52et qui n'est pas du tout débattu à l'Assemblée nationale dans ces termes-là.
14:55Il y a des spécialistes qui disent que si demain, il y avait un conflit de haute intensité,
14:58c'est le terme qu'ont utilisé, les pays européens pourraient flancher très, très vite.
15:02Donc, il peut y avoir une logique, en tout cas, c'est ce qui ressort des débats à l'Assemblée
15:06là-dessus.
15:07Il y a une entente globalement politique de la plupart des groupes politiques,
15:11des groupes parlementaires, pour mieux se préparer, pour aussi aider davantage l'Ukraine.
15:16Mais il n'y a jamais eu de débat sur une entrée directe.
15:20D'ailleurs, à chaque fois qu'il y a eu des débats sur les sujets,
15:21il y avait à chaque fois des orateurs membres des différents partis politiques,
15:25pour dire soutiens l'Ukraine, d'accord, hausse des moyens de défense, d'accord,
15:29mais en aucun cas des Français sur la ligne de front.
15:33Et on voit qu'il y a cette petite musique qui manque de plus en plus.
15:37Non, mais surtout après, sur les capacités et de résister à un conflit de haute intensité,
15:43il y a plusieurs choses.
15:44Oui, on est en retard sur un certain nombre de choses,
15:46notamment peut-être sur les drones et sur l'équipement.
15:48Aujourd'hui, comment on s'adapte, puisque la guerre en Ukraine montre comment
15:52des deux côtés, on s'est adapté à un conflit aujourd'hui au XXIe siècle.
15:55Et aujourd'hui, la prépondérance, par exemple, de l'intelligence artificielle et des drones,
16:02puisque depuis maintenant plusieurs mois, c'est vraiment ce qui fait basculer aujourd'hui
16:05le conflit sur le long de la ligne de front en Ukraine.
16:09C'est vraiment cette présence, cet suréquipement russe qui permet maintenant,
16:14même de manière presque autonome, aux drones de cibler des soldats ou de cibler des bâtiments.
16:20On le voit par exemple sur Pokrovsk, une des dernières grandes batailles par rapport à Barkhout,
16:24encore il y a quelques mois, ou un autre, j'en perds, mais il y avait une autre bataille aussi
16:32qui avait été importante.
16:35C'était vraiment des batailles, entre guillemets, de soldats contre soldats.
16:40Et du coup, on voyait que si les défenses ukrainiennes étaient très fortes et résistaient justement,
16:44et du coup, les Russes étaient obligés d'envoyer des vagues de soldats à chaque fois
16:46pour prendre les villes, aujourd'hui sur Pokrovsk, en fait, c'est finalement assez peu d'hommes,
16:51même s'il y en a quand même en quantité, mais c'est surtout une manière de faire qui est
16:55nouvelle,
16:56c'est-à-dire les drones plus des frappes aériennes précises.
17:00Donc on voit qu'aujourd'hui, il y a une vraie révolution sur le terrain.
17:04Donc ça, est-ce qu'on est aujourd'hui en capacité de répondre à ces évolutions militaires ?
17:09Mais sur la question de la production, pareil, il y a quand même des militaires,
17:13on sait très bien, un certain nombre d'entreprises qui seraient prêts du jour au lendemain
17:16à passer en production d'un certain nombre de fabrications militaires,
17:22que ce soit des munitions ou d'autres types d'arsenaux.
17:24Donc on voit que quand même, mine de rien, maintenant depuis 4 ans que la guerre en Ukraine a lieu,
17:31les réflexions ont déjà eu lieu, ont déjà été menées par les chefs d'État-major au niveau européen.
17:35Et donc je pense que le retard n'est pas si important que ça.
17:40Ou alors ça veut dire que tous les budgets qui ont été mis, et si on regroupe tous les budgets
17:43des 27 et de l'OTAN,
17:45c'est-à-dire qu'ils n'en servaient à rien. J'ai quand même quelques doutes là-dessus.
17:49Et est-ce qu'il y a actuellement, donc toi tu es chef de la rubrique Inter, à l'UMA,
17:53est-ce qu'à l'heure actuelle, il y a une volonté de la Russie manifeste, documentée,
17:58d'aller au-delà de l'Ukraine si l'Ukraine venait à tomber ?
18:01Ou les propos du chef d'État-major sont des propos qui visent à faire peur,
18:06qui sont alarmistes, voire malhonnêtes ?
18:08Alors, conflit armé, non. En tout cas, on le voit déjà, c'est qu'ils ont des vraies difficultés en
18:15Ukraine.
18:15Donc d'aller sur un conflit, on va dire, territorial, pour l'instant, ce n'est pas la question.
18:19Par contre, d'avoir une vraie volonté, une vraie défiance vis-à-vis des 27 et de l'Occident général,
18:25oui,
18:25puisqu'ils estiment aujourd'hui que les sanctions, que tout le soutien occidental à l'Ukraine,
18:31que l'avancée de l'OTAN à ses portes, ça fait partie, eux, des demandes.
18:35Et donc, ils réclament à ce que l'OTAN ne soit plus, que l'élargissement de l'OTAN soit stoppé
18:41à ses frontières.
18:42Ça, ils le perçoivent comme une menace claire. Et d'ailleurs, l'opinion publique russe aussi.
18:45Et donc ça, ce discours-là prend. Donc oui, il y aura forcément des actions.
18:50Alors, est-ce qu'elles seront hybrides, comme on dit aujourd'hui, c'est-à-dire sur Internet ?
18:53Est-ce que ça sera des tests, comme on a pu le voir avec des avions militaires russes qui survolent
18:57un certain nombre de territoires
18:58et qui violent un peu l'espace international ?
19:02Ça, oui, il y aura, à mon avis, ce genre de test, puisque de toute façon, ça se fait aussi
19:05des deux côtés.
19:06Est-ce qu'il y aura une volonté, par exemple, de rentrer dans la Baltique ou de forcer avec la
19:12flotte fantôme ou des choses comme ça ?
19:13Oui, il y aura des tentations, en tout cas, de voir si des Européens riposent, s'ils vont encore un
19:19peu plus loin.
19:19Mais une guerre, comme aujourd'hui, ouverte, comme il y a en Ukraine, avec invasion d'API,
19:25ça, aujourd'hui, en tout cas, il y a peu de gens qui peuvent y répondre, mais qui doutent sérieusement
19:31du projet.
19:32Merci beaucoup, Vadim. Merci à vous. Et à très bientôt sur l'Humanité.

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