- il y a 5 minutes
Candidat du Parti socialiste lors de l'élection présidentielle de 2017 et fondateur de Génération.s, Benoît Hamon a quitté la politique pour devenir directeur général de l'ONG Singa. Face à la menace de l'extrême droite, il sort pourtant de sa réserve pour s'inquiéter du comportement des responsables de gauche. Une candidature unitaire est-elle possible ? Comment finira la primaire de l'union de la gauche sans LFI ni le PCF ? Nous l'avons interrogé sur sa vision.
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NewsTranscription
00:01Benoît Hamon, il y a quelques secondes, vous disiez votre inquiétude qu'on parle politique ce soir.
00:06Je vous préviens, la séquence qui s'ouvre...
00:07C'est pas correct, moi j'ai plus d'avis politiques en plus.
00:12On va vous le demander.
00:15Non, parce que face à l'extrême droite, vous avez déclaré plusieurs fois que la gauche n'était pas à
00:21la hauteur
00:21et puisque vous vous êtes transformé en influenceur maintenant sur les réseaux sociaux,
00:28on va vous revoir.
00:30Tout de suite.
00:31Bon, je vais peut-être pas me faire que des copains avec cette très courte vidéo,
00:35mais je vais vous parler en quelques secondes de la gauche.
00:41Mélenchon, il parle de la France, de l'Europe, du monde, il met ses propositions sur la table,
00:46il désigne la droite et l'extrême droite comme adversaires, et il déroule.
00:50Le reste de la gauche, quand bien même certains de ses membres ont indiscutablement des idées,
00:56ce reste de la gauche, on retient d'elle qu'elle parle d'elle-même beaucoup, qu'elle parle de
01:03Mélenchon aussi beaucoup.
01:05Et c'est à peu près tout.
01:07Tout ça, on vous donne une explication des rapports de force qu'on observe aujourd'hui.
01:12Salut !
01:14Sur un beau contre-champ !
01:15Les insomis ont vu en soutien, est-ce que c'est le cas ?
01:19Il suffit que ça part vite quand même, dans le « ouh c'est horrible, ouh c'est génial »
01:25sur les réseaux sociaux.
01:29Mais par ailleurs, votre partie génération, ce qu'il avait fondé en tout cas, il est partie probablement de la
01:34primaire, lui.
01:35Est-ce que vous pensez toujours que le chemin de la nature unitaire est possible et qu'il est souhaitable
01:39?
01:40Alors franchement, pour moi, ce n'est pas mon sujet, au sens où je ne suis pas sûr d'avoir
01:45un avis plus original ou plus intéressant que qui que ce soit.
01:48Non, je veux revenir sur cette phrase-là, parce que vous avez raison, plein de gens m'ont dit «
01:53Ah, ça y est, à mon soutien Mélenchon ! »
01:55D'autres ont vu aussi ce qui est quand même un petit peu le chemin que j'indique au reste
02:01de la gauche.
02:01C'est qu'il y a des débats à gauche.
02:04Et moi, j'en ai avec Mélenchon, comme je peux en avoir avec Fort, Tandelier, Gluckman, etc.
02:10Sauf que je note que, et c'est pour ça que l'affaire est pliée dans ces cas-là,
02:15que si quelqu'un parle au pays, désigne un adversaire, et que les autres qui veulent s'en distinguer ne
02:21parlent que de lui,
02:22bon, ben, c'est ce premier qui va forcément ramasser la mise.
02:27Et moi, je me souviens qu'en 2017, quand on a des débats, par exemple, sur le revenu universel,
02:31qui étaient très critiqués à l'époque par la France Assoumise, c'était un débat intéressant.
02:35Parce que c'était un débat qui portait sur le travail, qui portait sur le rapport qu'on avait au
02:39capitalisme.
02:41Ça, c'est la meilleure critique qu'on m'ait faite, c'est quand on m'a dit « Oui,
02:43on veut prolonger l'espérance de vie du capitalisme avec le revenu universel. »
02:46– On va en parler.
02:47– Alors là, je me régale d'avance, parce que…
02:51– On va dire 300 milliards prélevés, ça réjouit les détenteurs du capital.
02:59Bon, bref, on y en reparlera, si vous voulez, avec plaisir d'ailleurs.
03:01Ce que je veux dire, c'est que c'est plus intéressant de parler de cela que l'exercice que
03:10j'observe.
03:11Alors, ceux qui m'inquiètent, je vais vous dire, ceux qui m'inquiètent, c'est quoi ?
03:14– Ça, c'est simple.
03:15C'est ceux qui disent d'un côté « Mélenchon, jamais, jamais, c'est pas possible, c'est plus la
03:22gauche, c'est fini, il est parti, il est ailleurs. »
03:25Et ceux qui, en face, disent « Ah, PS, plus jamais, c'est pas possible, etc. »
03:29Bon, ben ça, les amis.
03:30– C'est pour des raisons différentes, quand même.
03:32– Ah mais oui, mais ça fait perdant à chaque fois.
03:36Ah oui, ça fait perdant à chaque fois aux élections présidentielles.
03:39A fortiori, quand vous avez une tripartition de la vie politique avec un RN, un gros bloc central, c'est
03:44fini.
03:46Donc, il y a un moment, il faut quand même essayer d'envisager, et je le dis vraiment aux militants
03:52des deux composantes,
03:53parce que ceux qui fabriquent cela sont d'ailleurs en rupture avec beaucoup de citoyens
03:57qui n'ont pas tout cet état d'esprit à prononcer des oucazes et des anathèmes.
04:02Si on avait un petit peu moins le réflexe à l'excommunication réciproque,
04:07surtout qu'on y a été capable, si mes souvenirs sont bons, de construire des alliances législatives,
04:11je pense qu'on se situerait dans une perspective et une mise en mouvement de la société
04:18beaucoup plus, pardon de dire ça, depuis que je suis dans les ONG,
04:21– Ce ne sont pas les mêmes stratégies ?
04:23– Successful, comme on dit.
04:23– Vous l'avez dit tout à l'heure que ce qu'avait révélé Macron, c'était la fracture du
04:27PS en deux.
04:28La vérité, c'est probablement que les gens qui disent plus jamais PS,
04:31c'est à minima la partie la plus droitière, en vérité.
04:34– Je n'ai pas dit ça, j'ai été plus loin que ce que vous dites,
04:38la fracture en deux, il y a toujours eu des courants au PS.
04:40Comme il y en a sans doute au PC, comme il y en aura sans doute d'ailleurs,
04:43comme il y en a enchanté, on ne sera plus là.
04:45– Parce qu'on est deux dans un parti, il y a des tendances.
04:47– Oui, voilà, mais on en reparlera pour la France insoumise aussi.
04:50Mais ce que j'ai dit, c'est que ça va plus loin.
04:55Je pense qu'au sein du PS en 2017, il y a des gens qui,
05:00quand on écoutait les choix qu'ils mettaient sur la table,
05:04pouvaient se dire, j'appartiens à un parti de gauche,
05:06mais en réalité, avaient partagé des convictions sur la question de la politique de l'offre,
05:12sur la question des retraites, sur la question des politiques sécuritaires,
05:16sur la question même des politiques éducatives,
05:18qu'il est situé plus, mais c'est pas mal en soi,
05:22mais plus dans le centre droit ou la droite qu'à gauche.
05:26Et c'est cette clarification qu'a opérée Macron.
05:28Tous ceux qui ont dit, au moment où Macron a été élu,
05:31on rejoint Macron et on met en œuvre toutes les politiques depuis,
05:34en se disant de gauche.
05:36Dites-moi le truc de gauche qu'a fait Macron en 10 ans.
05:40Mais alors aujourd'hui, l'état du PS, c'est pas non plus très glorieux.
05:43Vous en pensez quoi ? Est-ce que vous êtes...
05:45Ils sont tous partis chez Macron déjà.
05:47Mais non, mais moi j'ai...
05:48Ceux qui restent aujourd'hui, est-ce que vous, ça vous conforte dans votre décision
05:51d'avoir quitté ce parti ?
05:52Ou est-ce qu'au contraire, vous dites que vous auriez peut-être pu rester
05:54pour peser en interne et essayer d'en faire quelque chose ?
05:57Parce que, bon, là c'est compliqué.
05:58Non mais, quand moi je quitte le PS et que je pense que je...
06:05Après l'expérience que j'ai eue d'une campagne présidentielle,
06:08c'est que la logique du TT que je reste, c'est que je prenne le parti.
06:13Voilà, ça c'est ce que...
06:15Je prends le parti et je me place en situation de concourir dans les élections après.
06:20Voilà, ça c'est la logique.
06:22Sauf qu'à ce moment-là,
06:26ma... comment dire...
06:28Dans mon équation personnelle,
06:29plus intime, je n'ai pas cette énergie-là.
06:33Je pense qu'il y a eu
06:36trop de violence
06:37à l'intérieur du PS
06:38sur des choses essentielles
06:40pour que le jeu en vaille la chandelle.
06:43Je considère que, voilà.
06:44Mon histoire avec le PS à ce moment-là est terminée.
06:47Ce qui ne veut pas dire que je rejette tout ce que j'ai fait avant
06:49au Parti Socialiste.
06:50Je n'ai rien d'intérêt de plume.
06:52Tous les combats auxquels j'ai participé,
06:54j'étais au cabinet d'Aubry, on a fait les 35 heures.
06:58Bon, ben voilà, qui aura fait eux ?
06:59On faisait des trucs, quand on faisait la loi exclusion.
07:03Quand j'ai été ministre, j'ai fait la loi sur l'économie sociale et solidaire.
07:05Donc, tout ça, je ne jette pas.
07:07Et à ce moment-là, je ne pouvais plus.
07:08C'est tout.
07:09Sur le PS d'aujourd'hui...
07:09Ce qui ne veut pas dire que ceux qui sont restés ont eu tort.
07:11Voilà.
07:11Et je respecte ceux qui sont restés.
07:13Après, je ne suis pas d'accord avec tous.
07:14Voilà, c'est tout.
07:15Et alors, quand on imagine, par exemple,
07:17que, potentiellement, quelqu'un comme François Hollande
07:19voudrait revenir, se représenter,
07:21vous en pensez quoi ?
07:26C'est presque un même.
07:30Non, mais qu'est-ce que ça dit, cette volonté à Mima de revenir ?
07:33Ça dit qu'à droite comme à gauche, ne vous y trompez pas,
07:37le pouvoir est une addiction.
07:38À droite comme à gauche,
07:39et jusque dans les...
07:41Vraiment, il faut être...
07:44Je ne vois pas beaucoup de gens
07:45qui ont été épargnés par...
07:48Dans les gens que je connais,
07:49par l'hubris, parfois,
07:53ou cette tentation de la démesure,
07:57où on perd un peu le contrôle lié au pouvoir.
07:59Sauf un mec comme Poutou, par exemple,
08:00que je pense...
08:02Que j'ai toujours...
08:04Parce qu'il a eu relativement peu de pouvoir,
08:06c'est ça en vouloir.
08:06Non, mais justement, oui, mais qu'il n'y a pas un...
08:08Mais même...
08:10Qui n'est pas fasciné par cela,
08:12me semble-t-il.
08:14Voilà, mais après, c'est des degrés.
08:16Il y a des gens dont vous voyez
08:20très vite que ça va vite partir en toupie, quoi.
08:25Mais voilà, et donc, le pouvoir est une addiction.
08:27Alors, si vous mettez cet appétit de pouvoir
08:31au service de la transformation sociale,
08:33si vous avez le souci de la démocratie,
08:36si vous avez de l'empathie,
08:39si...
08:39Bon, voilà, on peut faire des choses formidables.
08:43Mais voilà, ça reste une donnée.
08:46Donc c'est surtout une ambition politique,
08:47le retour potentiel de François Hollande,
08:49alors qu'il avait été le premier président
08:50à ne pas vouloir se représenter.
08:53Oui, ils en ont toutes et tous,
08:55et lui, il ne l'a pas perdu, manifestement.
08:56Je te dis, si c'est lui, à la fin,
08:57qui porte les coureurs du PS,
08:58la clarification dont vous parlez
08:59avec le macronisme n'aura pas vraiment opéré,
09:01puisqu'on sera juste sur un retour à 2012,
09:05et à une des recettes qu'on a déjà...
09:06Mélenchon, Hollande, bis.
09:08Oui, Mélenchon n'a pas...
09:09Il a racer le pouvoir, c'est la différence.
09:11Non, mais si, il était ministre comme moi.
09:12C'est vrai, sous la gauche plurielle.
09:16Et est-ce que du coup,
09:17le retour de François Hollande dans le jeu,
09:20est-ce que ça n'efface pas totalement
09:22celle de Raphaël Glucksmann,
09:24qui définitivement, il y aura trop de candidats
09:26pour ce centre droit ?
09:28Gauche ?
09:29Au centre-gauche, oui.
09:30Ça dépend vraiment des places.
09:31Si je suis serrère,
09:34je ne veux pas aller trop,
09:35parce que je pense que j'essaye de...
09:38Il serait bien qu'on en parle aussi,
09:39de voir comment on peut s'éviter
09:41quand même l'extrême droite.
09:42Et voilà.
09:42C'est ça, mon sujet.
09:44Et mieux que ça,
09:45comment on met en œuvre des politiques
09:47de justice sociale,
09:48comment on met en œuvre la transition écologique,
09:49comment on lutte contre le racisme,
09:51comment on recrée un contrat
09:52entre l'école et la nation.
09:53Il y a plein de trucs.
09:55En plus, ce n'est pas des propositions qui manquent.
09:57Moi, j'en ai plein.
09:57Surtout, maintenant que je ne fais plus de politique,
09:59on a plus de temps pour réfléchir.
10:01Mais si j'étais sévère,
10:04c'est que,
10:05qu'est-ce qui ne fonctionne pas aujourd'hui
10:06dans ce reste de la gauche ?
10:08C'est que c'est compliqué de dire
10:11nous sommes la gauche responsable,
10:15parce que nous sommes la gauche du gouvernement,
10:19les autres ne l'étant pas,
10:21et avoir 14 candidats.
10:24Alors qu'il y a le dérèglement climatique,
10:26il y a le péril raciste,
10:29il y a Trump,
10:30il y a Ujintao,
10:30il y a Poutine.
10:32On désigne des menaces
10:34qui sont presque existentielles.
10:35La menace existentielle
10:37du dérèglement climatique
10:37sur l'humanité.
10:39La gauche,
10:39celle qui s'auto-appelle
10:41la gauche responsable,
10:42c'est finalement la gauche de la bourgeoisie.
10:43C'est la gauche qui ne va pas changer grand-chose
10:44et qui amène parfois la macronie,
10:45c'est ça ?
10:46C'est militant quand même ici.
10:48Non mais je ne savais pas,
10:49je vous jure que c'est vrai.
10:50Vous en avez jamais regardé.
10:51Non mais je ne savais pas,
10:52si je me doutais que c'était militant.
10:53Et pourquoi c'était plus militant
10:54que sur les plateaux de télévision ?
10:54Non mais je trouve que c'est plus militant
10:56que dans les vieux plateaux que j'ai faits,
10:59c'était pas...
10:59Mais moi je n'ai rien contre,
11:00au contraire,
11:03je trouve que c'est bien.
11:04Et vous avez raison,
11:05par ailleurs,
11:05je retire ce que j'ai dit.
11:07Par ailleurs,
11:07vous avez raison de nommer correctement les choses,
11:09la bourgeoisie.
11:10Parce qu'il y a aujourd'hui,
11:14je pense dans une grande part de la bourgeoisie,
11:17une volonté de prolonger l'espérance de vie
11:19d'un système qui est un système obsolète.
11:22Sur le plan économique,
11:23mais aussi sur le pouvoir politique
11:26que donne ce pouvoir économique.
11:27Et on le retrouve dans la contestation,
11:31évidemment,
11:32pas du dérèglement climatique,
11:33mais du changement de modèle de développement
11:36que doit inspirer la lutte contre le dérèglement climatique.
11:40On le voit dans le refus pour certains
11:43d'abandonner un certain nombre de privilèges,
11:45le patriarcat.
11:47On le voit dans le fait de refuser
11:48la domination de l'Occident sur le reste du monde.
11:51Donc il y a clairement aujourd'hui,
11:53dans la bourgeoisie,
11:54une vraie volonté de prolonger l'espérance de vie
11:57d'un modèle dont moi je pense qu'il est obsolète.
11:59Sur quoi débouchera-t-il ?
12:01Je n'en sais rien.
12:01Vous connaissez la célèbre phrase de Gramsci,
12:03on a dû vous la dire 100 fois ici.
12:06La crise, c'est quand le vieux est mort
12:08et que le neuf hésite à naître.
12:10Et quand Gramsci dit ça,
12:11il dit que le neuf hésite à naître,
12:12on est pile dedans.
12:13Et il rajoute,
12:14et de ce clair-obscur,
12:16peuvent naître ou...
12:17Les monstres.
12:18Surgissent les monstres.
12:20Et il dit quoi ?
12:21En gros, le fascisme peut venir,
12:23mais Bardella, Le Pen,
12:25que sais-je encore, Trump et tout.
12:26Et on est dans un moment comme celui-là.
12:28Et quand on est dans un intervalle comme celui-là,
12:31la responsabilité que nous, on a,
12:33ce n'est pas de dire,
12:34nous, on est les responsables
12:36et les autres seraient les irresponsables,
12:37et de se contredire immédiatement
12:40dans le fait qu'on n'est pas capable
12:42de se mettre d'accord
12:43ni sur une méthode
12:44ou sur un ou une candidate.
12:46Mais, parce que 14...
12:49C'est trop.
12:51Même à 7, c'était trop.