00:01Plus d'une semaine après le scrutin, pourquoi les résultats de l'élection présidentielle au Pérou ont tant de mal
00:06à partager la fille d'un dictateur Keiko Fujimori et le candidat progressiste Roberto Sanchez sur 98,5% des
00:15procès-verbaux dépouillés.
00:16Alors ça c'était les chiffres d'hier soir, peut-être qu'aujourd'hui ça a encore évolué. Donc depuis
00:19le second tour de l'élection, Keiko Fujimori recueille 50,05% des voix contre 49,95% pour Roberto
00:28Sanchez, selon l'Office national des processus électoraux, l'ONPE.
00:33Louis, pourquoi est-ce qu'on a tant de mal à connaître les résultats définitifs alors que ça fait trois
00:38semaines maintenant qu'on a les résultats ?
00:41C'était le 7 juin.
00:42Le 7 juin c'est ça, donc il y a un peu plus d'une dizaine de jours.
00:44Oui, j'abuse un peu, une dizaine de jours.
00:46Mais tu n'abuses pas parce que c'était pour le premier tour où là il y avait eu un
00:50mois.
00:50Ah oui, voilà, c'est ça.
00:51Plus d'un mois je crois, cinq semaines, donc le premier tour qui avait eu lieu le 12 avril, là
00:56effectivement il y avait eu plus d'un mois avant les résultats définitifs.
01:00Là tu as les résultats sous les yeux.
01:02Alors on est sur le site de l'ONPE, que tu n'aies, je ne sais pas si on peut
01:06le voir.
01:06Je pense que les gens ne voient pas, mais si vous voulez aller regarder Office national des processus électoraux.
01:10Exactement, on est passé donc à 99,033% des procès-verbaux dépouillés.
01:19Et donc maintenant on voit que Keiko est à 50,09%.
01:23Donc elle continue de monter, tandis que Roberto Sanchez est à 49,91%.
01:30Donc là on en est à un point d'écart maintenant.
01:34Ça commence un petit peu à se creuser.
01:35Voilà, l'avantage se creuse pour Keiko et on en est donc à 33 000 votes d'écart.
01:45Ce qui ne représente vraiment pas grand-chose sur un pays.
01:48Ce qui n'est vraiment pas grand-chose.
01:49Combien ? Je disais dans un papier, il y a plus de 18 millions d'électeurs.
01:51C'est ça.
01:52Oui, c'est ça, voilà.
01:53Vas-y, vas-y.
01:54Et là en fait, ce qui tarde à arriver, c'est les résultats de l'étranger.
02:00Et parce que les Péruviennes et les Péruviens qui vivent à l'étranger vont voter dans les consulats de leur
02:09pays.
02:09Et justement, c'est la gauche.
02:11C'est un des sujets.
02:12Oui, parce que la gauche était donnée en tête par les pré-sondages.
02:18Pas les sondages, par les pré-calculs officiels.
02:20La gauche était donnée gagnante.
02:23Et au Pérou, à chaque fois que ces calculs annoncent un résultat, c'est celui qui est confirmé plus tard.
02:31Donc là, c'est très étrange.
02:32Enfin, c'est assez étrange de voir que Keiko remonte.
02:36Donc de voir ses résultats contredits.
02:38Et donc les votes de l'étranger, comme par hasard, c'est les votes des États-Unis et d'Argentine
02:47qui soulèvent pas mal de questions, pas mal d'énonciations d'irrégularité de la part des soutiens,
02:53mais de l'équipe rapprochée de Roberto Sanchez.
02:57Il y a eu, entre les deux tours, les règles ont été modifiées.
03:01Et pour permettre aussi ce type de...
03:05On ne peut pas encore parler de fraude, mais en tout cas de magouille pour avantager la droite.
03:10Ce qu'il faut savoir, c'est qu'au Pérou, la droite contrôle l'ONPE.
03:15Mais aussi, ils ont le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire.
03:20Et justement, le ministère des Affaires étrangères est gangrené par le fujimaurisme.
03:26Et c'est le ministère des Affaires étrangères, contrairement à tout le reste du processus qui est géré par l
03:33'ONPE.
03:35C'est le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l'Intérieur qui s'occupe de ces votes à
03:41l'étranger.
03:42Donc, de quoi soulever de sérieuses questions.
03:45Et c'est ce que font Roberto Sanchez et son équipe.
03:50Alors, sans parler pour autant de fraude pour le moment, mais ils pointent du doigt de sérieuses irrégularités.
03:55Et sur place, il y a des manifestations de soutien pour la gauche.
04:01On a eu ce week-end encore à Lima.
04:03Mais pour l'instant, on est dans l'attente.
04:05Mais tout indique que ce qui ressemble, on peut le dire, ce qui ressemble quand même à une fraude,
04:11sera maintenant contesté du point de vue administratif, enfin dans les tribunaux.
04:16Et là, donc, on passe à une autre échelle.
04:19Là, on parle d'avocats, on parle de lutte judiciaire administrative.
04:24Avec des recours déposés potentiels.
04:26Il y a déjà 2% des procès-verbaux qui sont contestés.
04:29Donc, certains par l'équipe de Fujimori qui contestent des résultats dans les zones où Pedro Sanchez a eu de
04:36très bons résultats.
04:37Les zones plutôt rurales, c'est ça ?
04:38Exactement.
04:39Et pour sa part, l'équipe de Roberto Sanchez va contester notamment ces bulletins qui viennent de l'étranger.
04:46L'ONPE a déjà prévenu que ça pouvait durer plusieurs semaines, donc probablement au moins un mois,
04:51avoir le résultat définitif.
04:53Surtout que, comme on disait, là, on est à 1% des cas.
04:57C'est très peu.
04:58On parlait de 33 000 voix.
04:59Donc, ça va se jouer à très peu.
05:02Mais encore une fois, ça va se jouer sur le terrain judiciaire, judiciaire administratif.
05:06Donc, ça peut vraiment durer longtemps.
05:08Et c'est un terrain qui n'est pas favorable à la gauche.
05:11Juste avant qu'on continue, merci pour le raid.
05:13Paul Aveline, bienvenue à toutes et à tous.
05:15Merci de nous rejoindre.
05:17C'est le mardi matin, donc c'est l'émission de l'International.
05:19On essaye de comprendre ce qui se passe dans le monde.
05:21On arrive bientôt à la fin de l'émission.
05:23On a parlé de l'accord, évidemment, entre l'Iran et les États-Unis.
05:26On a parlé de la Coupe du Monde avec le sujet « Le foot est-il un sport de gauche
05:30aux États-Unis ? »
05:32Et on vient de parler des élections en Colombie, dont le deuxième tour se déroule dimanche avec Louis.
05:37Donc là, on est sur le Pérou, avec un écart de voix extrêmement faible entre les deux candidats et candidates.
05:44On a bien compris les raisons de cet écart et aussi les raisons du fait du délai où les procès
05:50verbaux sont dépouillés.
05:52Mais comme d'habitude, je vais te demander de faire un petit rappel sur les deux protagonistes.
05:56On a parlé de Keiko Fujimori, la fille du dictateur Alberto Fujimori.
06:01Est-ce que rapidement, tu peux nous dresser son petit portrait, un petit rappel historique sur cette dictature, justement,
06:06puisque ça a marqué quand même le pays sur le long terme ?
06:10Alors, son père, Alberto Fujimori, a laissé l'image d'un homme fort, aussi avec une main de fer,
06:17parce qu'il avait à sa charge la lutte contre, c'était l'époque du Sentier Lumineux,
06:23de la guérilla du Sentier Lumineux, qu'il a réprimé dans le sang en écrasant les droits de l'homme
06:28et au passage, en s'en prenant aussi à la population civile.
06:33Pour faire simple, on peut dire qu'il est poursuivi.
06:36Il a été mort il y a deux, trois ans maintenant, je crois.
06:39Il a été poursuivi pour un crime contre l'humanité.
06:43Et parmi ces faits d'armes, on peut rappeler qu'il a stérilisé,
06:49il a fait une stérilisation forcée, massive, des femmes d'origine indigène au Pérou.
06:58Donc, ça parle un peu du personnage.
07:02Keiko, c'est son héritier politique.
07:04C'est la présidente du parti Fuerza Popular.
07:09C'est une femme complètement vide idéologiquement.
07:12Enfin, elle est presque une marionnette, on pourrait dire.
07:16Mais bon, elle suit le mouvement.
07:18Donc, c'est la droite ultra libérale.
07:20C'est la droite qui peut très bien travailler avec la Chine,
07:24comme c'était le cas ces dernières années,
07:25parce que les principaux échanges commerciaux,
07:29enfin, la Chine est devenue le premier partenaire commercial.
07:32Donc, il n'y a aucun problème à travailler avec la Chine.
07:34Et si demain, c'est les États-Unis qui imposent leur volonté,
07:37on travaillerait avec les États-Unis, il n'y a aucun problème.
07:38Parce que c'est le business avant tout.
07:40C'est le parti de la corruption.
07:42C'est vraiment la mafia politique liée à la corruption
07:45dans sa plus grande splendeur.
07:49Donc, le Fujimorisme, ça représente ça.
07:50Ça fait que aussi, beaucoup de gens à droite ou de centre-droits
08:00ont soutenu Roberto Sanchez pour le second tour.
08:02Parce qu'ils savent qu'avec le Fujimorisme,
08:04c'est un peu un retour vers le pire.
08:07Pour sa part, Roberto Sanchez,
08:09c'est l'héritier politique de Pedro Castillo,
08:12aussi premier président de gauche au pouvoir depuis très longtemps,
08:15qui était donc au pouvoir dans un laps de temps très court,
08:20seulement un an, donc de 2021 à 2022,
08:22vu qu'il a été éjecté par ce qu'on peut appeler
08:26un coup d'État parlementaire,
08:27comme c'est le cas pour huit présidents, je crois,
08:31depuis ces dix dernières années au Pérou.
08:32Donc, il y a un pays très instable politiquement,
08:35parce que le Parlement,
08:38gangrené par le Fujimorisme et l'extrême droite,
08:41a ce pouvoir de faire éjecter les présidents.
08:44Mais justement, à noter,
08:46lors du premier tour, donc du 12 avril dernier,
08:50c'était le premier tour des présidentielles,
08:51mais c'était aussi des élections générales,
08:53où on a rénové une partie du Congrès
08:56et on a réintroduit la figure des sénateurs
08:58qui avaient disparu pendant plusieurs années.
09:00Donc maintenant, on a deux chambres
09:03et le Fujimorisme a eu de très bons résultats.
09:06Je crois qu'ils ont eu, par exemple,
09:0722 sénateurs sur 60,
09:09ce qui fait que si Keiko Fujimori
09:12remporte la présidentielle,
09:13ce qui semble quand même...
09:15Ça commence à se dessiner un petit peu.
09:16C'est un peu le panorama qui se dessine.
09:20Elle, par contre, pendant cinq ans,
09:24elle peut miser sur le fait
09:25qu'elle ne sera pas destituée.
09:26Donc, on aura...
09:27Elle peut faire beaucoup de dégâts en cinq ans.
09:29Beaucoup de dégâts en cinq ans, exactement.
09:31Peut-être une dernière question,
09:33mais vu ce que tu nous dis
09:34sur le déroulé de ces élections,
09:36sur les résultats qui t'ont à l'avenir,
09:37sur les recours déjà déposés,
09:38en tout cas sur les différentes enquêtes judiciaires
09:41qui vont être menées,
09:43on s'attend quand même
09:43à une très forte instabilité politique pour le Pérou.
09:46En plus, tu l'as dit
09:47qu'il est déjà un pays extrêmement instable.
09:49Mais là, en fait, j'ai l'impression
09:49que peu importe le résultat des élections,
09:51que ce soit finalement Roberto Sanchez
09:54ou Keiko Fujimori
09:55qui soit désigné vainqueur,
09:57en fait, le camp d'en face
09:58va contester les résultats.
10:00Est-ce qu'on peut s'attendre
10:01à des violences, des émeutes,
10:04en tout cas des grosses mobilisations,
10:06peu importe le résultat
10:07qui va arriver dans les prochaines semaines,
10:09dans les prochains mois ?
10:10Alors, je dirais que oui et non.
10:11Parce que si c'est Keiko
10:12qui arrive à s'imposer,
10:14oui, il y aura sûrement des protestations.
10:15Comme je le disais tout à l'heure,
10:16il y a déjà des manifs à Lima.
10:18Sauf que la formule de la droite
10:20face à contestation à la droite latino-américaine,
10:22la formule de la droite latino-américaine,
10:24elle est très simple.
10:25C'est la répression sans limite.
10:27On l'a vu avec ce qui se passe maintenant en Bolivie.
10:31Bon, on ne va pas multiplier les exemples,
10:34mais donc on s'imagine que si c'est Keiko
10:36qui l'emporte,
10:38elle pourra réprimer sans aucune mesure
10:41les mouvements contestataires.
10:43Donc, voilà.