- il y a 21 minutes
Retrouvez le replay de Hammett Week-end sur BFMTV.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Place à notre face-à-face du samedi. Je laisse le changement de plateau se faire un face-à-face
00:06un peu particulier ce soir.
00:08Au revoir, merci. Raphaël Antoven, face à deux étudiants, bonsoir à tous les trois.
00:15Raphaël Antoven, pardon, je me corrige. J'arrive finalement au bout d'un mois et demi, philosophe, cofondateur de Franc
00:23-Tireur.
00:23Et face à vous ce soir, Sophia Tizaoui, ancienne présidente de l'Union syndicale lycéenne, et Henri Blunden.
00:30Élève au lycée Simone Veil à Paris. Je voulais commencer par ces images.
00:35Ce sont les images du jour, j'allais dire, les images d'un bâtiment de l'Université de Nantes, occupées
00:41nuit et jour depuis mercredi.
00:44Est-ce qu'on peut les voir, ces images ? Cette université, ça arrive, me dit-on, a été évacuée
00:50ce matin.
00:52Ils ont été, les étudiants, délogés par les forces de l'ordre.
00:57Et on découvre là, les images, des dégradations derrière, des tags, des déchets, un bâtiment totalement dégradé, dit la présidente
01:07de l'Université de Nantes.
01:09Sophia Tizaoui, est-ce que vous condamnez ces actes de la part des étudiants ?
01:12Bien sûr que c'est toujours dommage de voir des dégradations parce que ça biaise notre message politique.
01:18Maintenant, honnêtement, je préfère qu'ils dorment dans l'université, qu'ils brûlent des lycées comme on l'a vu.
01:23Maintenant, je pense aussi qu'il y a un deux poids deux mesures qu'il faut mettre en avant parce
01:28que, de fait,
01:30ce n'est pas comparable à la violence qu'on a pu voir de la part des policiers ces derniers
01:34jours.
01:35Enfin, ce que je veux dire, ils ont un devoir d'exemplarité aujourd'hui.
01:37Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu de violence.
01:38Mais quel est le rapport ? En l'occurrence, on se concentre là sur ces images et ces images-là,
01:44elles sont...
01:45Bien sûr qu'elles sont choquantes, mais tout comme les images de ces dix derniers jours par ailleurs.
01:49Mais maintenant, je pense qu'il faudrait aussi ne pas biaiser notre message politique.
01:54Parce que c'est ça le problème en réalité, c'est qu'on détourne le regard de nos dix revendications.
01:58Oui, mais la faute à qui ?
02:00Raphaël Enthoven ?
02:01Oui, non, je trouve qu'on aurait tort de noyer, de dissoudre la gravité de ces images-là
02:09dans la gravité des images de violence éventuellement commises par des policiers.
02:15Les deux ne sont pas opposables l'une à l'autre.
02:17On peut simultanément dire que c'est inacceptable, c'est intolérable,
02:23et condamner également la violence éventuelle dont les lycéens font l'objet.
02:28Les deux discours sont tenables.
02:31Il ne faut pas avoir peur de dire tout ça.
02:34Enfin, pas peur, mais ne pas hésiter à condamner franchement des images comme celle-là,
02:40qui donnent autant de poids ensuite à la...
02:41Bien sûr, mais ce qui est différent, c'est que la violence n'est pas de la même manière des
02:45deux côtés.
02:45Ce que je veux dire, c'est que la violence des lycéens et des jeunes, aujourd'hui,
02:49elle naît d'une part du résultat de l'État.
02:51Enfin, à un moment donné, on a essayé beaucoup de choses.
02:54On a essayé de parler de manière calme.
02:56On a fait des pétitions, on a fait des revendications, on a fait des vidéos TikTok, etc.
02:59L'État n'a pas voulu entendre.
03:00Donc, il faut désormais saccager des universités à se perdre de l'essence sur un professeur.
03:06Non, ce n'est pas ce qu'elle a dit.
03:07Ne faites pas dire ce que je n'ai pas dit.
03:08Ce que je suis en train de dire, c'est qu'aujourd'hui, malheureusement,
03:10et moi, j'en suis désolée d'arriver là, c'est que certains jeunes ne se sont tellement plus écoutés,
03:13tellement plus pris en compte par l'État, que leur seul moyen d'action, pour eux, c'est ça.
03:17Et c'est dommage.
03:18Oui, mais...
03:19Parce qu'aujourd'hui, ce n'est pas normal d'en arriver là.
03:20Mais donc, vous êtes en train, pardon, vous dites que ce n'est pas ce que vous avez dit,
03:23mais vous êtes en train de justifier.
03:24Mais bien sûr que non, je suis en train d'essayer de comprendre la violence d'où elle n'est.
03:27Et c'est différent de la justification par ailleurs.
03:28Oui, mais on ne peut pas indexer la violence commise sur une violence subie.
03:33C'est-à-dire, on ne peut pas dire, regardez comme les élèves sont violents,
03:35c'est dire combien ils ont subi la violence en retour.
03:38Non, la violence des élèves...
03:39Mais non, la violence des élèves...
03:40Mais ils ont subi quand même, pardon, on l'a subi.
03:42Bien sûr, bien sûr, bien sûr.
03:43Mais faire de l'un la cause de l'autre, à mon avis, c'est là l'illusion.
03:46Je dis juste ceci...
03:47Les policiers ont un devoir d'exemplarité aujourd'hui, les forces de l'ordre.
03:49Et ce n'est pas le cas.
03:50Le maintien de l'ordre, comment il est fait aujourd'hui ?
03:51Non, mais les policiers ont un devoir d'exemplarité.
03:53Ceci n'est pas douteux.
03:54Je dis juste que les violences des lycéens,
03:57les violences des lycéens et les violences des policiers
03:59ne peuvent pas être mises sur le même plan
04:01dans la mesure où la police est représentante de la loi.
04:06Les lycéens, en l'occurrence, non.
04:08Bien sûr.
04:08Donc, on ne peut pas les mettre sur le même plan.
04:10Mais c'est pour ça qu'ils ont un devoir d'exemplarité qu'ils ne respectent pas aujourd'hui.
04:12Quand on voit des mains arrachées, des yeux éborgnés, des mâchoires cassées,
04:15enfin pardon, mais on se croirait quand même dans un mauvais film.
04:18Bien sûr.
04:19Mais quand vous avez une tragédie comme celle-là,
04:22alors il faut que la justice intervienne,
04:24mais elle n'est manifestement pas délibérée,
04:26c'est-à-dire à moins d'avoir affaire à des tueurs.
04:28Pardon, mais 10% des enquêtes de l'IGPN qui arrivent à leur terme,
04:30c'est quand même assez grave.
04:31Et 20 enquêtes aujourd'hui sur l'IGPN...
04:33Oui, les enquêtes sont diligentées.
04:35On est quand même dans un état de droit.
04:37S'il n'y a pas de vidéo,
04:37et toutes les fois où il n'y a pas eu de vidéo,
04:39il n'y a pas eu d'enquête, et ça c'est très grave aujourd'hui.
04:41Mais pardon, mais il faut fournir la matérialité des faits.
04:44Mais bien sûr, mais ils ont des bodycams
04:47qui ne sont manifestement pas totals.
04:48Ah mais qui ne marchent pas, voilà, c'est ça.
04:50Ça c'est un problème.
04:51C'est aussi un problème.
04:51Là on sera d'accord.
04:53Oui, Henri Bounden.
04:54Si vous voulez, moi les images que je vois,
04:55je les trouve extrêmement choquantes.
04:56Moi je suis lycéen dans un...
04:58Enfin je suis scolarisé dans un lycée
05:00qui a été lui aussi victime de violences.
05:03Mon lycée a été...
05:04La porte d'entrée a été incendiée il y a deux semaines.
05:07Donc moi ces images, je les trouve extrêmement choquantes.
05:09En revanche, moi je veux condamner le jeu
05:12qu'il y a depuis maintenant deux semaines
05:13de la part de beaucoup de médias
05:15et de beaucoup de personnes.
05:17Ces violences-là ne doivent pas masquer,
05:19camoufler les revendications
05:20d'une énorme majorité de lycéennes et lycéens
05:23partout dans le pays.
05:24Les lycéens en zone rurale,
05:26les lycéens dans les banlieues,
05:27les lycéens dans les métropoles,
05:29tous nous souffrons d'une éducation nationale.
05:31Alors pas aux mêmes échelles,
05:33puisque moi je suis dans un lycée privilégié,
05:34d'un quartier privilégié,
05:35et je l'assume sans complexe,
05:37mais tous nous sommes globalement
05:39dans un système scolaire
05:40qui maltraite les élèves en ce moment,
05:42dans des conditions de travail inacceptables,
05:44avec un système Parcoursup
05:45qui ne fonctionne pas
05:46et qui est détesté de la part de tout le monde.
05:48Et ces images-là,
05:49je ne veux pas qu'elles détournent le regard
05:50sur les revendications principales,
05:52premières des lycéennes et des lycéens
05:54depuis deux semaines,
05:54qui en fait juste veulent pouvoir étudier
05:56dans de très bonnes conditions.
05:57Sauf qu'en l'occurrence,
05:58ces étudiants qui sont supposés vous soutenir
06:00sont en train de dégrader des bâtiments
06:02alors que la rénovation du bâti fait partie de votre...
06:05Moi, j'ai d'autant plus de facilité
06:06de condamner absolument les violences
06:08faites par les casseurs
06:11pour la simple et bonne raison
06:12que je ne considère pas que ce sont des lycéens.
06:14Ce ne sont pas des lycéens qui saccagent les lycées,
06:16ce ne sont pas des lycéens qui saccagent les universités,
06:18ce ne sont pas les lycéens
06:19qui cassent dans les manifestations.
06:21On le sait très bien
06:21que ce sont des gens plus adultes,
06:23que ce sont des gens
06:25qui sont parfois politisés à l'extrême
06:27et que ce ne sont pas la majorité des lycéens,
06:29si vous voulez.
06:30Les lycéens ne sont pas à l'origine,
06:34je pense en tout cas,
06:35de toutes les casses qu'il y a dans ce pays.
06:37Comment dans ces conditions,
06:39et ça c'est une question en fait
06:40que je veux vous poser,
06:41comment éviter d'être soit débordé par les casseurs,
06:46soit récupéré par des mouvements politiques
06:47dont l'agenda correspond à celui des révoltes lycéens ?
06:51Que nous ne sommes pas récupérés
06:52par des mouvements politiques ?
06:53Je dis comment éviter cela,
06:55comment éviter cette récupération ?
06:56Il y a des mouvements politiques
06:57qui sont actifs en ce moment
06:58et qui espèrent récupérer la chose,
07:00mettre la main sur le mouvement,
07:02en particulier la France insoumise,
07:03ce n'est pas un scoop de le dire,
07:05mais comment conjurer ce double péril
07:08un des casseurs,
07:09de l'autre des démagogues ?
07:11Mais dans tous les mouvements sociaux,
07:12il y a eu malheureusement le lot de casse
07:15pendant les Gilets jaunes.
07:16Est-ce que ça vous viendrait à l'esprit,
07:18par exemple, pendant les Gilets jaunes,
07:19de dire que le Rassemblement national
07:22a récupéré le mouvement des Gilets jaunes ?
07:23Ce n'est pas privé de le dire
07:25dans le journal que vous avez entre les mains.
07:26Oui, et d'ailleurs,
07:27j'aimerais revenir dessus
07:28dans très peu de temps.
07:30Je le lis d'abord de façon assez récurrente,
07:32mais c'est vrai que, par exemple,
07:34là, si vous voulez,
07:35il y a écrit,
07:35le seul article dans ce journal
07:37qui d'ailleurs fait la une,
07:38malheureusement,
07:39sur, sur, sur,
07:40je vais essayer de montrer la une,
07:42Front Tireur,
07:43les Gilets jaunes.
07:44C'est le gros titre.
07:45Les Gilets jaunes !
07:46Les Gilets jaunes.
07:47Les Gilets jaunes avec un jeu de mots
07:48façon Libération.
07:50On a un seul article
07:52qui s'appelle
07:53Révolte étudiante,
07:54LFI,
07:54ce péril jeune,
07:55avec la réglance pour le film
07:56pour ceux qui l'ont vu.
07:58Oui.
08:00Cet article soulève un problème politique
08:02qui est la récupération,
08:03la récupération de LFI,
08:06du mouvement lycéen
08:07auquel nous assistons
08:08depuis deux semaines.
08:09Oui.
08:10Seulement,
08:10votre article,
08:11non seulement,
08:11parle d'instrumentalisation
08:12de la jeunesse.
08:13Oui.
08:13C'est totalement faux.
08:14La jeunesse n'est pas instrumentalisée.
08:15D'ailleurs, je pense que ce journal
08:16est suffisamment libéral
08:17pour considérer
08:18que les jeunes
08:19et les êtres en général
08:22peuvent s'émanciper
08:23et penser par eux-mêmes.
08:24Certes,
08:24mais je suis d'accord.
08:25Non, mais pardon,
08:26excusez-moi,
08:26juste cette objection-là
08:27ne tient pas.
08:28Pardon,
08:28juste celle-là ne tient pas.
08:29Dans la mesure où dire
08:31qu'un mouvement politique
08:32instrumentalise une révolte,
08:33ça n'est pas dire
08:34que tous les membres
08:34de la révolte en question
08:35sont instrumentalisables.
08:37C'est pas la même chose.
08:37C'est une évidence
08:38que l'EFI n'instrumentalise pas la jeunesse.
08:42L'EFI tente de récupérer
08:43un mouvement lycéen,
08:44mais l'EFI n'instrumentalise pas la jeunesse.
08:46Et en plus de ça,
08:46si vous voulez, monsieur,
08:47cet article est quand même
08:48relativement court
08:48pour une première page,
08:53une couverture sur le sujet.
08:54On n'a qu'un seul article
08:55sur ce sujet.
08:57Et vous ne parlez pas
08:58des revendications lycéennes.
09:00Donc, vous jouez exactement
09:01le jeu auquel on assiste
09:03depuis maintenant
09:04plus de deux semaines.
09:05C'est-à-dire que
09:05les problèmes politiciens
09:08qui sont posés
09:09par la France Insoumise
09:10sur les blocus,
09:11la France Insoumise
09:12et les casseurs
09:12dans les manifestations,
09:14tout ça,
09:14vous le mettez
09:15au centre du jeu
09:16et vous,
09:17et je vais même vous lire
09:18si vous voulez,
09:18le début de l'article.
09:19Au début du mouvement lycéen,
09:20le 21 septembre,
09:22on entendait
09:23des revendications légitimes,
09:24pénurie d'enseignants,
09:25d'accompagnants
09:25et des élèves
09:26en situation de handicap
09:27et vétusté
09:28de certains établissements.
09:29Mais la colère
09:29a été récupérée
09:30et radicalisée
09:30par l'extrême gauche.
09:32Vous avez,
09:33sincèrement,
09:33vous avez consacré
09:34quatre lignes
09:35aux revendications.
09:35Parce que ce n'est pas
09:36le sujet de l'article.
09:37Non, mais oui,
09:37mais c'est pas le sujet
09:38de l'article.
09:39C'est bien ça le problème.
09:40C'est ça le problème.
09:41On se donne les sujets
09:42qu'on peut.
09:43Pourquoi vous voulez
09:44c'est les sujets
09:44qui nous paraît
09:47très intéressant ?
09:48Pourquoi pondez-vous
09:49ce canard,
09:50si vous ne parlez pas
09:51du sujet principal
09:52fondamental ?
09:53On ne peut pas
09:57reprocher aux gens
09:58ce qu'ils n'ont pas écrit.
09:59On peut leur reprocher
10:00ce qu'ils ont écrit,
10:01pas ce qu'ils n'ont pas écrit.
10:02En l'occurrence,
10:05je vais au bout
10:05de mon idée,
10:06après vous pourrez
10:06m'interrompre.
10:07On ne reproche pas
10:08aux gens
10:08ce qu'ils n'ont pas écrit,
10:09on leur reproche
10:10ce qu'ils écrivent.
10:11En l'occurrence,
10:11c'est le sujet
10:12de la semaine.
10:13On s'est interrogé
10:14sur la récupération
10:15du mouvement lycéen
10:16par LFI.
10:16Quand Louis Boyard
10:17appelle dès le 25 septembre
10:19à étendre le mouvement,
10:21quand Bali Bagayoko
10:21présente la violence
10:22des lycéens
10:23comme légitime,
10:24quand une note
10:25de la DRPP,
10:26de la Direction
10:27du Renseignement
10:27de la Préfecture de Police,
10:29affirme que les origines
10:30du mouvement
10:30résident dans
10:31une instrumentalisation
10:32par des organisations
10:33syndicales étudiantes
10:34proches de LFI,
10:36écoutez,
10:36on est fondé
10:37à s'interroger
10:38sur la légitimité
10:39d'un mouvement
10:40qui peut être récupéré
10:41par LFI
10:41et à s'interroger là-dessus
10:43et à en parler
10:44dans l'article.
10:44A titre personnel,
10:45vous considérez
10:46que le mouvement
10:46n'est pas légitime ?
10:47Mais pas du tout,
10:48au contraire.
10:48Au contraire,
10:49moi je trouve que
10:49demander des moyens
10:50supplémentaires
10:51pour l'éducation nationale,
10:52remettre en cause
10:53l'enfer de Parcoursup,
10:55contester les réformes
10:56du lycée
10:56et du baccalauréat
10:57qui moi,
10:58m'ont paru aberrantes
10:59pour un prof de philo
11:00en plus,
11:01c'est une calamité,
11:03lutter contre
11:03les inégalités scolaires
11:04et travailler surtout
11:05sur l'amélioration
11:07de la santé mentale
11:07des jeunes,
11:08tout ça me paraît
11:09absolument fondamental.
11:11parce que c'est pas
11:11ce que vous mettez en avant.
11:12C'est pas ce qu'on met en avant.
11:13Pardon,
11:13il y a d'autres articles...
11:14Une question ?
11:16Non, non, non,
11:17il y a d'autres articles
11:18dans ce journal,
11:19il y a eu beaucoup de papiers,
11:20il y a eu beaucoup de papiers
11:21sur les revendications étudiantes,
11:23il y a eu beaucoup de papiers
11:24sur la légitimité
11:25des revendications,
11:25ça ne nous empêche pas
11:27d'apporter notre pierre
11:28à l'édifice du débat politique
11:30et de considérer
11:31qu'en l'occurrence
11:31il y a un mouvement politique
11:32qui essaie de mettre
11:32la main dessus.
11:33Et quelles sont les similitudes
11:34avec le mouvement
11:34des gilets jaunes
11:36réellement ?
11:37Ah, non,
11:38alors, à part le jeu de mots
11:40vous voulez dire ?
11:41Oui.
11:41C'est-à-dire que la crainte,
11:42en fait. La crainte. Quel était
11:44le problème des Gilets jaunes ?
11:45Le problème des Gilets jaunes, c'est qu'ils se révoltaient
11:48contre. Ils ne se révoltaient pas pour.
11:50C'est-à-dire que les Gilets jaunes pouvaient, tous les
11:52samedis, coaliser des opinions très disparates,
11:54royalistes, anarchistes, LFI, ce que vous voulez,
11:56dans la même tranchée. Ils étaient soudés
11:58par un non, par un refus. Macron,
12:00l'ennemi, Édouard Philippe, etc.
12:02Donc les Gilets jaunes, c'était une révolte
12:04du refus. Ils commençaient par refuser
12:06quelque chose avant de proposer quelque chose.
12:08Le résultat, c'est que quand il a fallu passer
12:10aux propositions, il n'y avait plus que Francis Lallane,
12:12si vous voulez, c'est-à-dire qu'il ne se passait rien.
12:14Donc, les Gilets jaunes, le problème
12:16des Gilets jaunes, c'est qu'ils se sont révoltés en
12:18disant non avant de dire oui.
12:20Et la grande leçon d'Albert Camus,
12:21que je suis content de citer ici, dans L'Homme révolté,
12:24c'est qu'on se révolte en disant oui
12:26avant de dire non. On se révolte pour
12:28quelque chose. Et donc, j'en viens
12:31à cette histoire de lycéens. Le risque,
12:32le risque en l'occurrence,
12:34c'est que la révolte se radicalise,
12:36c'est que les violences se multiplient,
12:38c'est que les revendications deviennent
12:40complètement inaudibles, ce qu'elles sont
12:42déjà, ou quasiment. Parce que vous n'en parlez
12:44pas. Mais on n'en parle pas. Nous sommes
12:46un journal parmi d'autres. On a décidé de parler
12:48de LFI et du mouvement
12:50des lycéens. Pardon de choisir.
12:51La prochaine fois, venez assister à nos réunions de rédaction.
12:54Que vous inspire, Sophie Atisa, oui.
12:56Que vous inspire cette comparaison avec le mouvement
12:57des Gilets jaunes et le risque d'une certaine
13:00radicalisation ? Je pense que c'est pas
13:02vraiment comparable en soi, puisque
13:03vous l'avez dit vous-même.
13:06En réalité, on peut même remonter
13:07au-delà de notre mouvement à nous.
13:10Depuis les années 70-80,
13:12tous les mouvements quasiment
13:14n'étaient pas pour quelque chose, mais contre
13:16quelque chose. Parce qu'en fait, on a
13:18toutes sortes de lois qui ont été passées
13:20contre lesquelles le peuple se révoltait.
13:22Et donc forcément, c'était beaucoup plus compliqué
13:23d'avoir de nouveaux acquis sociaux,
13:26parce qu'on se pâtait déjà pour
13:27préserver ce qu'on avait.
13:29Et donc aujourd'hui, c'est vrai que...
13:31Pardon, mais c'est pas vrai.
13:32Le mariage pour tous, par exemple, ou des choses
13:33comme ça, sont des avancées progressistes.
13:35C'est des cas extrêmement isolés.
13:37Isolés, isolés, ce sont des cas symboliques
13:39qui ont vraiment changé la vie des gens.
13:40Mais bien sûr, mais je ne dis pas que c'est symbolique.
13:41Je dis qu'à partir de ces années-là,
13:43en fait, si vous voyez, à partir de mai 68,
13:46etc., on n'arrivait pas à avoir
13:47de nouveaux acquis sociaux.
13:49C'est vrai ?
13:49Je ne suis pas de votre avis.
13:51Pardon, l'IVG, c'est après mai 68.
13:53Non, mais je veux dire que c'est des cas
13:54très isolés.
13:54Oh, mais qu'est-ce qu'il vous faut ?
13:56L'IVG, le mariage pour tous,
13:58enfin, je veux dire, c'est pas rien, ça.
13:59Non, mais quand on passe du droit de vote,
14:01de la semaine à 35 heures, etc., etc.,
14:03on avait massivement des acquis sociaux
14:04parce qu'on se battait dans le riz pour ça.
14:06Sauf qu'à un moment donné,
14:07on a commencé à se battre
14:08pour conserver ce qu'on avait déjà.
14:09C'est vrai.
14:10Je suis désolée, depuis les années 2000, quand même,
14:12on se bat surtout pour conserver ce qu'on a déjà.
14:14Et certes, oui, il y a certains acquis sociaux
14:16qui sont rentrés, comme le droit à l'IVG
14:18dans la Constitution, etc.,
14:18mais c'est des cas très isolés
14:19comparé à ce qu'on avait avant.
14:20Donc déjà, je pense que le combat
14:22est très compliqué
14:23parce qu'on doit se battre
14:24pour des droits qu'on doit conserver.
14:26Et ensuite, en ce qui concerne les Gilets jaunes,
14:28vous l'avez dit vous-même,
14:29ce n'est pas vraiment comparable
14:30parce que, de fait,
14:31les Gilets jaunes réunissaient
14:32toute la classe politique,
14:33si je peux dire ça comme ça,
14:34de l'extrême droite à l'extrême gauche,
14:36si vous le souhaitez.
14:37Maintenant, nous, déjà,
14:39on réunit majoritairement
14:40les lycéens et les lycéennes
14:41sur des revendications qui sont claires
14:43pour, justement, avoir de nouveaux droits.
14:45Aujourd'hui,
14:46et là où je comprends votre comparaison,
14:48c'est pour Parcoursup.
14:49Parcoursup, on est contre Parcoursup.
14:50On est contre mon master
14:51parce que c'est une manière
14:53de sélectionner...
14:53Vous ne subissez pas moins Parcoursup
14:55quand vous êtes parent
14:56que quand vous êtes élève.
14:57Bien sûr, bien sûr.
14:59Mais, Henri Boundel...
15:00J'aimerais rebondir sur ce qui a été dit.
15:01Nous, monsieur,
15:02vous dites qu'on se bat contre quelque chose,
15:04on se bat pour quelque chose.
15:05On se bat pour un autre système.
15:07Je vais rebondir sur ce que tu as dit.
15:09On se bat pour un nouveau système,
15:11si vous voulez,
15:12non pas de sélection,
15:12mais enfin,
15:13pour passer à l'enseignement supérieur.
15:16On se bat pour plus de moyens.
15:17On se bat pour qu'on prenne enfin
15:19en considération.
15:20Monsieur, il y a un malentendu.
15:22Il y a un malentendu.
15:22Excusez-moi.
15:23Il y a un malentendu.
15:23Je vous jure,
15:24il y a un malentendu.
15:26Je sais ce que vous me dites.
15:28Je connais les revendications
15:30qui sont les vôtres.
15:31J'y adhère.
15:31Donc, je ne peux pas vous dire mieux.
15:33Je sais ce qu'il y a...
15:34Ma crainte,
15:35c'est que ces revendications,
15:37l'expression de ces revendications,
15:39soient solubles
15:40dans le spectacle des violences.
15:42Mais c'est fou, parce que...
15:43Ma crainte est là.
15:44Je comprends votre crainte.
15:45Je dis juste ça.
15:46Je la comprends.
15:49Nous avons un ennemi commun ici,
15:50c'est la violence.
15:51Nous avons un ennemi commun,
15:52c'est la violence.
15:53Et nous sommes tous d'accord
15:54pour dire qu'un débat
15:55où on met en partage
15:56ce qu'on sait
15:57et où on discute
15:58sans agressivité,
15:59c'est la valeur ajoutée,
16:00c'est de la liberté collective.
16:02On manque de temps, malheureusement.
16:03Je suis désolée,
16:04Sophia Thizé,
16:05oui, merci beaucoup.
16:07Non, je suis désolée,
16:08je me fais gronder dans l'oreillette.
16:09Merci beaucoup.
16:10Merci à tous les trois.
16:11Merci, Raphaël.