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  • il y a 2 jours
L’un des prétendants à la présidence de la République joue l'entremetteur pour l’argent, un autre est activement soutenu par la presse aux mains de grandes fortunes, une autre encore est applaudie par les patrons... Ceci a donné du grain à moudre à Maurice Ulrich, journaliste à l’Humanité, qui voit la lutte des classes derrière toutes ces opérations. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Les 11 candidats à l'élection présidentielle ont rendu public leur patrimoine.
00:05Ils sont évidemment divers en fonction des circonstances, de la situation de chacun, du travail qu'ils ont pu effectuer,
00:11etc.
00:12Mais ce qui est amusant, c'est que François Fillon apparemment, d'ailleurs est-ce qu'il fallait le faire,
00:17on ne sait pas,
00:17mais n'a pas déclaré les 50 000 euros par exemple qu'il avait reçus pour servir, disons le mot,
00:23d'entremetteur entre Vladimir Poutine et un milliardaire libanais.
00:26Et il n'a pas non plus déclaré les 50 000 euros de vêtements qui lui ont été offerts par
00:32un avocat trempant dans les affaires de la France-Afrique,
00:36peut-être au rôle un peu trouble, on ne sait pas pourquoi, pour quel service rendu.
00:41Mais enfin, c'est quand même étonnant qu'un 50 000 euros de vêtements dont deux costumes, bon on le
00:46sait depuis pas mal de jours déjà,
00:47mais enfin, c'est se faire offrir des vêtements comme ça, des jolis costumes, un pull en cachemire,
00:53comme une courtisane, c'est tout de même un petit peu surprenant et au fond extrêmement choquant, bien entendu,
00:58de la part de quelqu'un qui prétend à la présidence de la République.
01:02D'autres, comme Mme Le Pen, sous-estiment à l'évidence leur patrimoine dans sa déclaration,
01:06et d'ailleurs la section financière enquête sur cette sous-déclaration de l'héritière du château de Montretout.
01:15Donc, voilà. Bien. Mais au fond, ces questions d'argent-là, elles en masquent une autre énorme,
01:21qui est le rôle de l'argent dans la campagne.
01:23Il n'y a pas seulement des petites sommes au fond, ou de l'argent de poche, on va dire,
01:28mais des sommes massives.
01:30Le magazine Forbes publie tous les ans le palmarès des fortunes mondiales.
01:36Il faut savoir qu'à la 11e place mondiale, bien sûr, le premier est bien évidemment Bill Gates.
01:42Et à la 11e place, on trouve Bernard Arnault, le PDG de LVMH.
01:47Bernard Arnault avec 41 milliards de dollars de fortune personnelle.
01:53C'est une somme insensée, c'est une somme absurde, indécente, obscène, qui n'a aucun fondement.
01:58Qui peut dire que c'est la rançon du travail, la rançon du talent, et pourquoi pas les heures supplémentaires
02:04?
02:04C'est évidemment scandaleux et absurde.
02:06Mais non seulement c'est Bernard Arnault à cette fortune,
02:10bon, on pourrait dire, après tout, en quoi ça intervient dans la campagne électorale ?
02:14Eh bien, Bernard Arnault est quand même le directeur du groupe Les Echos,
02:18le quotidien économique qui nous fait sans cesse la leçon pour réduire les déficits,
02:22baisser le coût du travail, etc.
02:24Et parmi les milliardaires français, il y en a 39 quand même,
02:28mais milliardaires en dollars ou en euros, ça revient à peu près au même, à ce stade.
02:32On trouve Serge Dassault, propriétaire de Figaro.
02:36On trouve Patrick Drahi, propriétaire de l'Express et de Libération.
02:40Et donc ces fortunes-là, ils interviennent bien évidemment dans la campagne,
02:45par le biais de leurs journaux, par le biais de la puissance financière,
02:48par le biais de tout ce qu'ils peuvent contrôler.
02:50Et donc, voilà, c'est ça le tabou de l'argent dans la campagne,
02:54c'est qu'en réalité les puissances d'argent,
02:56ils sont présents et ils sont actifs sous des formes qu'on ne soupçonne pas toujours.
03:00Mais il y a encore plus.
03:02C'est-à-dire qu'au fond, mettre l'argent au cœur de la campagne,
03:05ce serait aussi interroger la gestion de l'économie par les grands groupes.
03:11On apprenait il y a maintenant une quinzaine de jours, dans Les Echos d'ailleurs,
03:14que les grands groupes du CAC 40 ont réalisé 75 milliards de bénéfices l'an passé.
03:2175 milliards à chiffre d'affaires constantes.
03:24Ce qui veut dire quoi ?
03:25Que ces 75 milliards de bénéfices supplémentaires,
03:28ils ont été réalisés en pesant sur le coût du travail,
03:30en augmentant la productivité, la flexibilité, en pesant sur les travailleurs.
03:34C'est ça la lutte des classes, la vraie lutte des classes.
03:36Alors peut-être que ça, ça devrait être un peu davantage au cœur de la campagne,
03:41parce qu'au fond, l'enjeu, il est là.
03:43François Fillon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen,
03:48en quoi remettent-ils en cause la domination de la finance sur l'économie ?
03:51Bien sûr, Mme Le Pen fait quelques déclarations dans ce sens-là,
03:54mais sur le fond, elle n'y touche pas.
03:55D'ailleurs, il y a quelque temps, elle était, on l'a dit la semaine passée,
03:59elle était à cette rencontre avec le patronat
04:01où le représentant de l'industrie métallurgique et minière,
04:06la plus puissante fédération patronale,
04:09trouvait alléchante ses propositions.
04:10On y revient, on l'a déjà dit, mais il est bon de le répéter.
04:14Alors, une petite citation, pour finir,
04:17qui pourrait s'appliquer à François Fillon, d'abord, évidemment,
04:20mais peut-être à d'autres, au fond,
04:22c'est l'avec Bossuet, dont on connaît bien ce grand serment sur la mort,
04:26mais pas assez les autres serments, peut-être,
04:28parce que finalement, Bossuet était un homme beaucoup plus intéressant
04:31que ce qu'il paraît en tant qu'homme d'église.
04:33Bossuet, qui donc, dans son histoire universelle,
04:36à l'usage du Dauphin, dont il était le précepteur,
04:38ne cache pas son intérêt pour la démocratie athénienne.
04:42Et donc, il disait ceci, entre autres,
04:45c'était l'idée la plus communément admise
04:48qu'il fallait ou n'y servir que le bien public
04:51ou se retirer des affaires publiques.
04:53Sous-titrage Société Radio-Canada

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