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  • il y a 20 heures
L’Allemagne, présentée comme socle de stabilité et modèle pour les autres pays européens, se retrouve, depuis l’élection du mois de septembre, sans majorité pour gouverner. Les discussions entre CDU, FDP et Verts n’ont pas abouti. Bruno Odent journaliste à l’Humanité et auteur de livre « Modèle allemand, une imposture » analyse dans notre interview les raisons de cette crise et les éventuelles voies de sortie.
Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Bonjour Pornodon, vous êtes journaliste à l'Humanité, auteur du livre
00:06Modèle Allemand, une imposture et vous allez nous expliquer la crise politique qui traverse
00:13l'Allemagne d'aujourd'hui. Cette crise inquiète l'Europe parce que l'Allemagne était dans nos
00:21imaginations présentée comme un socle d'estabilité, un modèle pour les autres pays.
00:26On se retrouve depuis l'élection du mois de septembre, sans majorité pour gouverner,
00:32les discussions de CDU, FDP et les Verts n'ont pas abouti. Pouvez-vous nous éclairer sur
00:40cette évolution après 12 ans de gouvernance d'Angela Merkel ? Où va ce pays voisin ? Quelles
00:48sont les raisons de cette crise et quelles sont les éventualités ? Donc d'abord, quelles
00:55sont les raisons de cette crise parlementaire ?
00:58Alors bon, tout le monde découvre un peu, tombe un peu de l'armoire en découvrant l'ampleur
01:05de cette crise politique. C'est vrai que dès le résultat de l'élection du 24 septembre
01:13dernier, on pouvait mesurer déjà une très très forte crise politique puisque de fait
01:21les deux grands partis sur l'échiquier politique germanique, le SPD, la CDU d'Angela Merkel
01:27et le SPD, qui étaient ensemble au pouvoir dans la grande coalition, ont perdu tous les
01:35deux 8% pour la CDU d'Angela Merkel, plus de 8% et plus de 5% pour le
01:41SPD. Donc c'est
01:42une défaite, une sanction redoutable qu'ont administré là les électeurs. Donc voilà,
01:51donc et dans ce contexte-là, pour Angela Merkel, il n'y avait plus que la possibilité de passer
01:57une alliance avec le FTP, le Parti libéral, et les Verts, une alliance triple donc pour pouvoir
02:06encore gouverner, pour pouvoir installer un gouvernement Merkel 4. Mais bon, évidemment,
02:13parce que toute possibilité, le SPD étant donné le désastre électoral qui venait d'avoir
02:20lieu, n'a pas voulu poursuivre l'expérience de la grande coalition. Martin Schulz a dit
02:26« Les électeurs ont sanctionné la grande coalition, nous sortons de la grande coalition,
02:31nous n'y partons pas. » Voilà.
02:34Bon, ça, c'est le phénomène en surface, le phénomène politique en surface. Mais il y a
02:41qui explique cette crise en profondeur. Donc je n'en reviens pas sur le fait que maintenant
02:49la porte a été claquée, la porte des négociations a été claquée par le leader du Parti libéral
02:54après des nuits, des jours et des nuits de négociations. Maintenant, c'est qu'est-ce
03:02qui se cache derrière ? Quel est le malaise ? Il y a un malaise très profond qui mine depuis
03:09des années la société allemande et qui transpire aujourd'hui à travers cette crise politique
03:16majeure. Et ce malaise, il date de la précédente décennie avec la mise en place de dérégulations
03:26sociales de l'ancien chancelier Schröder. C'est même, c'est l'ironie de l'affaire,
03:33ce sont ces mêmes dérégulations qui ont été portées au nu par les différents, par
03:40différents gouvernements, ou par les... Les partis de droite ? Pas seulement les
03:45partis de droite. Pas seulement. Ça servit de modèle. Le modèle allemand était sans
03:51cesse revendiqué comme le moyen incontournable pour réformer l'économie française.
04:00Quand Gerhard Schröder a commencé à mettre en place ces réformes, il a commencé par flexibiliser
04:08le marché du travail. Il a ensuite, ces fameuses réformes Arts, etc., ont contribué à cela.
04:17Et il a déstabilisé complètement cette société, fait émerger, jusqu'à faire émerger
04:24aujourd'hui, un parti d'extrême droite, parce que c'est ce parti d'extrême droite
04:31populiste qui répond à ce malaise. Et qui a fait rentrer, là aussi, marque de ce malaise,
04:4394 députés dans le Bundestag. 94 députés d'extrême droite dans le Bundestag. C'est un événement
04:52considérable. Il n'y avait jamais, jamais, depuis la guerre, il n'y avait jamais eu présence
04:58d'un groupe d'extrême droite dans le Bundestag. Là, 94 d'un coup, 12,6% des voix. C
05:06'est considérable.
05:09Donc, si j'ai bien compris, vous expliquez que la raison, c'est l'affaiblissement des deux
05:14partis qui ont participé dans la coalition nationale et la venue d'un nouvel parti et
05:23éventuellement, peut-être, on peut ajouter à ça, le FDP, qui c'est un parti de droite,
05:30mais n'a pas la même politique que CDU. Donc, toute cette modification de résultats
05:38d'élections législatives, est-ce que c'est une réaction à la coalition ou il y a un
05:45problème économique aussi derrière ? Il y a malaise social, puisque dans l'Allemagne,
05:51c'est absolument, pour beaucoup de gens encore aujourd'hui, on a une espèce de cliché sur
05:59l'Allemagne comme un pays prospère où les salaires sont élevés ou plus élevés qu'ailleurs
06:05en Europe, etc., etc., mais c'est faux. C'est devenu faux avec les réformes,
06:10l'ébranlement qu'a provoqué Gerhard Schröder. C'est complètement faux qu'a provoqué
06:15Gerhard Schröder et qu'a poursuivi, évidemment, Angela Merkel. C'est complètement faux.
06:20On a aujourd'hui plus de travailleurs pauvres en Allemagne qu'en France. C'est dire,
06:27parce qu'en France, on en a déjà beaucoup, beaucoup trop. On a plus de personnes,
06:32d'après les statistiques officielles, plus de personnes sous le seuil de pauvreté,
06:36je crois que c'est 19% en Allemagne, qu'en France aujourd'hui. Là encore, c'est d'autant
06:44plus
06:44terrible que la performance n'est vraiment pas reluisante pour la France, mais c'est encore
06:50plus terrible en Allemagne qu'en France parce qu'il y a ces réformes et qu'il est apparu
06:55d'une société très cloisonnée, très fragmentée et avec des frustrations que ça engendre,
07:03terribles, et donc le discrédit de cette politique et des deux grands partis.
07:12Pouvez-nous dire sur quel point du discours a échoué ces discussions entre les trois parties ?
07:19Alors, il y en avait plusieurs, mais il y en a une qui a été déterminante, qui a nourri
07:23le clash de faim. Ce sont les discussions sur l'immigration. Le gouvernement de grande
07:31coalition sortant avait introduit une mesure destinée sans doute à faire un clin d'œil
07:38à l'extrême droite allemande en réduisant les droits au regroupement familial. C'est-à-dire
07:44que quasiment les personnes qui bénéficient, dont un dossier est tout vert pour le droit
07:52d'asile, qui bénéficient d'une première, un premier avis favorable pour le droit d'asile,
07:57n'ont pas le droit de faire venir leur famille. Et donc cette mesure-là, les Verts voulaient
08:05qu'elles soient abrogées en cas de gouvernement, CDU, et il y avait un compromis qui semblait
08:17pouvoir se dessiner, un compromis qui n'était pas forcément très glorieux pour les Verts,
08:21mais un compromis qui semblait pouvoir se dessiner entre la CDU et les Verts. Et le FTP, le
08:27Parti libéral, a fait de la surenchère.
08:30Une surenchère populiste, disons.
08:32Bien sûr, de la surenchère, en disant, en s'opposant, mais vraiment en mettant la barre
08:39encore plus haut que pouvait le faire la CSU bavaroise, les chrétiens sociaux bavarois,
08:44et en se montrant extrêmement intransigeants avec nous, il n'y aura pas d'ouverture des
08:51frontières qui permettent aux représentants, enfin aux familles des réfugiés, aux familles
09:01des réfugiés de venir rejoindre les demandeurs d'asile. Et donc ça, c'est, en fait, c'était
09:08interprété, je pense qu'on peut interpréter ça comme un moyen pour le dirigeant du FTP,
09:16pays, Christiane Linder, de lancer, en fait, une campagne, la campagne des élections
09:22anticipées. Et visiblement, pour l'instant, en tout cas, ça se paye dans les sondages
09:27puisqu'il est bénéficiaire, il augmente lui aussi, l'extrême droite augmente et le
09:34FTP augmente, ce sont les deux seules formations qui augmentent dans les sondages qui ont été
09:40faits après le...
09:41Quelles sont les éventualités maintenant ?
09:43C'est un problème qui peut durer assez longtemps, parce que tout est dans les mains maintenant
09:49du président de la République, Frank Wagner Steinmeier. C'est lui qui a la possibilité,
09:56il va, il a commencé à le faire, consulter les différents partis qui pourraient, in extremis,
10:04miraculeusement, former une coalition. Donc il va consulter les partis qui se sont exercés
10:10à cela pendant des semaines, l'instant, les Verts, le Parti chrétien-démocrate,
10:16le Parti libéral. Il avait, il a déjà commencé hier avec le Parti libéral, le Parti libéral,
10:22le chef du Parti libéral a maintenu, je voyais dans la presse allemande ce matin, a maintenu
10:28sa position, qu'il n'était pas question de ressusciter l'alliance jamaïque, comme on
10:39en partie. Noir, jaune, vert. Noir, jaune, vert. Donc noir pour la CDU, jaune pour le FTP
10:45et vert pour les Verts, évidemment. Donc pas question de ressusciter ça. Donc l'autre
10:52alternative, ça serait à nouveau une grande coalition. Ce sont les deux seules possibilités
10:58d'avoir une majorité dans le Bundestag. Les deux grands partis n'ont plus, même cette
11:03grande coalition, ce frère, la CDU et le FTP, ils ont encore, même s'ils ont été
11:09affaiblis, ils ont encore 53% des voix, les deux grands partis, CDU et SPD. Donc la pression
11:15est sur le SPD. Mais le dirigeant du SPD, Scholz, a déclaré qu'il n'était pas question de revenir
11:26en arrière, qu'il n'était pas question pour lui d'accepter une grande coalition.
11:31Mais la position de M. Walter Steinmeier, apparemment, c'est un petit peu différent.
11:38Ben oui, en même temps... Qui est socialiste et président.
11:42Voilà. Frank Walter Steinmeier est membre du parti social-démocrate et président de la République.
11:51Mais il est aussi dans son rôle, en tant que président de la République, à consulter les
11:56différents partis. Cela étant, je pense qu'il affiche aussi une position un peu différente
12:02de celle de Martin Schulz. Ce qui renforce la pression sur Martin Schulz pour qu'il cède
12:11à, éventuellement, une grande coalition. Cela étant, ça paraît très peu probable
12:17que cela se produise, y compris au sein du SPD. Il y a quelques personnalités qui se prononcent
12:23pour une grande coalition, mais elles sont très isolées. Par contre, le processus pourrait
12:28durer encore assez longtemps. Ce qui fait qu'en Europe, on serait pendant encore des semaines
12:34et des semaines sans doute sans un... avec un gouvernement allemand qui gère les affaires
12:39courantes, parce que tout le monde redoute des élections anticipées. Or, Frank Walter Steinmeier
12:52a le pouvoir, s'il arrive au bout des consultations et qu'il n'a pas de solution, s'il
12:57a le pouvoir
12:57de lancer une consultation anticipée dans les deux mois. Et tout le monde est très, très
13:06ennuyé parce que tous les sondages, j'ai vu encore un sondage ce matin qui donnait les deux
13:11grands partis, CDU et SPD, en cas de l'élection anticipée, encore plus bas. La CDU sous la barre
13:17des 30% et le SPD sous la barre des 20%. Donc, il essaie d'éviter une...
13:23Avec, avec, avec... Oui, et s'ils essayent d'éviter, c'est surtout, et c'est aussi parce
13:29que le grand gagnant serait une nouvelle fois l'extrême droite.
13:32AFP. L'extrême droite. Avec l'extrême droite qui ferait près de 14% des voix d'après
13:39ce sondage. Donc, ils veulent... Donc, c'est un terrain extrêmement glissant, une élection
13:48anticipée, mais qu'est-ce qui va sortir de cette élection anticipée ? Donc, ce qui se
13:53présente, le débat qui a lieu aujourd'hui, autour duquel agit Frank-Walter Steinmeier,
13:59le président de la République, ça se passe au sein du SPD. Mais ce n'est pas une pression
14:04pour que le SPD accepte in fine une grande coalition. Mais c'est une pression qui n'est
14:10plus, qui renvoie le SPD à la CDU en disant, il faut que vous acceptiez un gouvernement
14:16minoritaire. Nous, nous sommes prêts, il y a plusieurs personnalités au sein du SPD
14:22qui le propose, dont la vice-présidente du groupe SPD au Parlement, qui propose donc d'accepter,
14:31c'était de tolérer, tolérer un gouvernement CDU minoritaire. C'est-à-dire que sur certains
14:36points clés, le SPD donnerait systématiquement son feu vert, ne ferait pas d'obstacle au
14:46gouvernement de Merkel, mais ne participerait pas au gouvernement. C'est une espèce de
14:52compromis entre ceux qui, entre un parti, la base du SPD est totalement opposée à une
14:59nouvelle grande coalition, totalement. Et puis c'est vrai qu'une nouvelle grande
15:04coalition pour le SPD, ça serait un peu un hara-kiri politique, puisque déjà là, ils
15:11sont à 20%. S'ils faisaient une nouvelle grande coalition, on ne sait pas jusqu'où irait leur chute.
15:2020%, ça paraît énorme pour eux en France, mais c'est pour un parti qui avait 35 ou 40%
15:27des voix
15:27il y a encore quelques temps, c'est très faible. Et donc c'est ce débat sur gouvernement
15:35minoritaire ou pas gouvernement minoritaire qui semble s'imposer aujourd'hui. Sauf que
15:42Angela Merkel a dit à plusieurs reprises qu'elle ne ferait pas, évidemment, ça serait un gouvernement
15:46qui gère des affaires courantes, mais ça serait un gouvernement qui gère des affaires courantes
15:54amélioré, si on peut dire, puisqu'il serait toléré, simplement toléré par le SPD.
15:59Donc, la balle est maintenant dans le camp d'Angela Merkel. Va-t-elle accepter cela
16:04ou ne pas accepter ? Et à ce moment-là, si elle n'accepte pas, il n'y a pas
16:08d'autre
16:09voie que des élections anticipées pour Franck Walter Schleimann.
16:15Merci beaucoup. Donc, je rappelle le titre de votre dernier livre, Europe, l'état d'urgence,
16:20aux éditions de Tant Cerise. Merci beaucoup. Merci à vous.

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