Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 heures
Depuis l’année dernière, les réformes dans l’éducation nationale n’ont cessé de boulverser le paysage de l’école en France.
Pour en débattre, Marie-Hélène Plard, co-secrétaire nationale du Snuipp 93, Sigrid Girardin co-secrétaire générale du Snuep-FSU, Jimmy Markoum, enseignant et co-organisateur de l’université d’été de l’Education et Carla dugault, coprésidente de la FCPE se sont retrouvés à l’Agora de la Fête de l’Humanité.
Un débat animé par Olivier Chartrain, journaliste à l’Humanité.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00:00C'est un débat qui s'intitule les raisons de la colère et dont le sujet sera l'éducation parce
00:00:09que personne n'ignore que l'année dernière dans l'école en général,
00:00:16de la maternelle jusqu'à l'université, il s'est passé beaucoup de choses, tant sur le plan institutionnel avec
00:00:28des réformes annoncées ou mises en oeuvre qui ont commencé à bouleverser le paysage de l'école en France
00:00:40que sur le plan des résistances que ces bouleversements ont entraîné et qui ont fini par la terrible et la
00:00:52fameuse grève du bac qui a déclenché un flot de commentaires pas toujours très amène,
00:01:02on va dire, pour les enseignants qui se sont lancés dans ce mouvement totalement inédit. Donc ce qu'on va
00:01:10faire ce soir avec nos invités que je vais présenter,
00:01:15c'est d'essayer de comprendre en fait ce qui se passe, comprendre un peu ces réformes qui concernent l
00:01:22'école maternelle, qui concernent l'école primaire,
00:01:25qui concernent, alors pas le collège, le collège c'est pas la fête non plus mais il n'y a
00:01:29pas de réforme, pas vraiment, et les lycées puisqu'il y a une réforme,
00:01:34tout le monde le sait, du bac général mais aussi du bac professionnel et on peut même aller envisager la
00:01:41finalité de tout ça à travers Parcoursup et les études supérieures.
00:01:45Donc on va essayer d'expliquer tout ça et de comprendre s'il y a juste des réformes comme ça
00:01:52qui sont faites par un ministre qui est très dynamique
00:01:54et qui veut changer tout ce qui ne va pas ou s'il y a un plan global derrière et
00:01:58quel est-il et comment est-ce qu'on peut éventuellement essayer
00:02:02d'endiguer ces transformations avec des intervenants qui sont un peu spécialisés sur cette question-là.
00:02:10Donc je vais commencer de gauche à droite. Donc on a ici Jimmy Marcoum qui est lui-même enseignant pas
00:02:19très très loin d'ici à Saint-Denis
00:02:21dans un lycée qui ne s'appelle pas Angela Davis, c'est ça ? Voilà, puisque la région Île-de
00:02:28-France a refusé ce nom qui avait été choisi
00:02:32par l'ensemble de la communauté éducative du lycée. Ça ne leur convenait pas. Et qui est aussi, en tout
00:02:41cas, est-ce qualité ce soir ?
00:02:44Membre de la chaîne des BAU, la coordination nationale et co-organisateur des états généraux de l'éducation.
00:02:52De l'université, pourquoi je dis les états généraux ? De l'université d'été de l'éducation qui a
00:02:57eu lieu là il y a trois semaines, c'est ça ?
00:02:58Un truc comme ça ? Voilà, fin août. Et qui a été aussi quelque chose d'assez inédit et très
00:03:03intéressant.
00:03:04Toujours à ma gauche, donc j'ai Marie-Hélène Plard qui représente le SNUIP, qui est le premier syndicat du
00:03:13primaire,
00:03:13qui est membre de la FSU et vous êtes la co-secrétaire générale du SNUIP de Seine-Saint-Denis. Voilà.
00:03:21À ma droite, oui, c'est bizarre, Sigrid Gérardin qui est co-secrétaire générale du SNUEP, qui fait partie aussi
00:03:33de la FSU
00:03:33et qui est donc le syndicat du lycée professionnel. Et enfin, je vais éviter de dire à l'extrême droite,
00:03:46Carla Dugo, qui est la co-présidente, on n'a que des co-présidents ce soir, c'est très...
00:03:53On partage les tâches maintenant dans les organisations et les associations,
00:03:57qui est donc la co-présidente de la FCPE, la Fédération des conseils de parents d'élèves,
00:04:01qui est la première organisation de parents d'élèves. Voilà.
00:04:06Donc ce qu'on peut faire pour commencer, peut-être on va vous laisser...
00:04:12Je vais essayer de pas tomber. Je vais vous laisser vous exprimer peut-être un par un.
00:04:19Première question peut-être à Marie-Hélène Plard, parce qu'à tout seigneur, tout honneur,
00:04:24Jean-Michel Blanquer n'arrête pas de déclarer que le primaire est sa priorité,
00:04:29qu'il s'agit pour lui d'assurer la réussite de tous, de combattre les inégalités scolaires
00:04:35qui se manifestent dès l'école primaire. Et pour ça, donc, il met en avant des mesures
00:04:40bien connues, comme les dédoublements de CP et CE1 en éducation prioritaire,
00:04:45l'obligation scolaire à 3 ans, les évaluations qui doivent vous permettre,
00:04:50à vous enseignant, de mieux connaître ces élèves que vous connaissez pas si bien,
00:04:54finalement, apparemment. Donc, est-ce que vous partagez ces orientations?
00:05:07Oui, merci. Alors, pas réellement. Les objectifs, oui, on peut les partager.
00:05:12Effectivement, la réussite des élèves combattent les inégalités. C'est le projet de tous les enseignants.
00:05:18Après, les choix qui sont faits par le ministère ne sont pas à notre goût les bons.
00:05:23Pour revenir sur la scolarisation obligatoire en maternelle à partir de 3 ans,
00:05:28c'est une mesure phare, mais qui a de lourdes conséquences.
00:05:32Déjà, pour commencer, c'est une non-mesure, vu que 87% des enfants en France
00:05:38étaient déjà scolarisés. Ça s'est même accompagné de commentaires assez réactionnaires
00:05:43de la part de notre ministère sur les petites filles qui n'iraient pas à l'école maternelle.
00:05:48Ça permet surtout de faire des cadeaux aux écoles privées en obligeant les municipalités
00:05:53à financer les écoles privées. Mais ça a aussi des conséquences sur le fonctionnement
00:05:57même de l'école maternelle, sur cette école première. C'était une école où on avait
00:06:01le temps, où on accueillait des enfants qui allaient devenir élèves et des parents
00:06:05qui allaient devenir aussi parents d'élèves. Et là, le fait de l'introduire dans un cadre
00:06:09de scolarité obligatoire avec des exigences extrêmement fortes, ça a des conséquences
00:06:15sur les programmes, sur les exigences qu'on peut avoir et sur une préparation de plus en
00:06:20plus forte au CP. Un deuxième point, il y a une autre mesure phare qui est très médiatique,
00:06:25c'est le dédoublement en CP et CE1 en éducation prioritaire. Alors il y a un point de vue
00:06:30qu'on partage, c'est qu'effectivement, la réduction des effectifs participe à la réussite
00:06:35des élèves. Donc c'est pour ça que nous, on l'exige dans tous les niveaux de classe.
00:06:38Et juste un point, si on avait utilisé les postes dévolus au dédoublement en CP et
00:06:44CE1 en éducation prioritaire et qu'on les avait répartis sur l'ensemble des classes,
00:06:49on n'aurait pas plus de 20 élèves de la petite section au CM2 en éducation prioritaire.
00:06:54Donc il y a des choix coûteux. Deuxième point par rapport à ça, c'est que ces dédoublements,
00:06:58ils se sont accompagnés d'énormément d'injonctions pédagogiques. Et là, il y a une remise
00:07:03en cause. Et c'est aussi ça qui a fait exploser et qui a mis les enseignants dans
00:07:08la rue de mars à juin dernier. Le 1er degré a été vraiment attaqué dans sa professionnalité.
00:07:14C'est que pour Jean-Michel Blanquer, il y a une anomalie dans le 1er degré. C'est
00:07:18que nous sommes dans les écoles. Nous avons un fonctionnement autonome. C'est géré
00:07:22par un collectif qui s'appelle le Conseil des maîtres. Moi, je suis pour ma part directrice
00:07:28d'école et je ne suis qu'un père parmi mes pères. Voilà. J'ai une responsabilité
00:07:34administrative et autres. Mais je n'ai qu'une voix dans le cadre du Conseil des maîtres
00:07:39au même titre que les adjoints de l'école. Et pour ça, c'est une anomalie pour notre
00:07:44ministre. Et du coup, quand il a mis en place ces dédoublements, ça a été avec des choix
00:07:50de méthodes, des formations imposées aux enseignants et la mise en place, et ça commence
00:07:57dès la semaine prochaine, d'évaluations nationales standardisées. Avec une grande
00:08:01première aussi pour notre profession, parce qu'on a déjà connu des vagues d'évaluation.
00:08:05De toute façon, Camp Blanquer était chef de la DGESCO sous Sarkozy. Il avait déjà
00:08:12lancé ça, sauf qu'à la différence... Je ne suis pas sûre que tout le monde sache ce qu'est
00:08:15la DGESCO. C'est la direction des affaires scolaires. C'est le patron de l'école,
00:08:20le numéro 2 du ministère, en fait. Donc il est déjà connu pour nous. Et là, dans
00:08:26le cadre de ces évaluations, qui sont imposées et qui sont très orientées d'un point de
00:08:30vue des apprentissages, c'est la première fois qu'on demande à une profession de faire
00:08:34passer, de ne pas corriger, de ne pas analyser, parce que c'est un logiciel qui le fait.
00:08:40Voilà, je vous passe l'hébergement de ces données par Amazon, etc. Et on va faire un
00:08:45bourdescent des profils d'élèves et les bonnes remédiations et les bonnes pratiques
00:08:48à appliquer. Et ça, c'est une première et ça touche au cœur de notre métier.
00:08:52Le problème d'un enseignant, c'est de savoir observer, évaluer ses élèves, analyser
00:08:56ses besoins et construire les moyens de l'aider et de remédier à ses difficultés.
00:09:01Donc là, il nous attaque de plein fouet sur ce qu'on est et sur ce qu'est à l
00:09:03'école.
00:09:04Donc réellement, non, nous ne partageons pas les orientations de Jean-Michel Blanquer.
00:09:10Nous voilà rassurés.
00:09:15Eh bien, on va sauter de l'école primaire au lycée.
00:09:22Jimmy Marcoum, le ministre a déclaré qu'il avait fait une des meilleures rentrées qu'il
00:09:29avait jamais vue cette année.
00:09:32Vous, dans votre lycée, ce n'est pas un secret, vous avez commencé par vous mettre
00:09:36en grève le deuxième jour, si je ne me trompe pas, troisième.
00:09:41C'est la première année de la réforme du lycée pour les classes de première qui
00:09:48affrontent les nouveaux programmes, la nouvelle organisation des cours, la fameuse liberté
00:09:52de choix.
00:09:55Alors, effectivement, Blanquer est un très bon communicant.
00:10:01On l'a vu pendant la grève du bac et là, de nouveau, à la rentrée, il n'a pas
00:10:06pu
00:10:06s'empêcher de sortir les petites formules d'occasion.
00:10:10Alors moi, je tiendrai juste à signaler que le Jean-Michel Blanquer, Auton, guerrier,
00:10:15qu'on a connu pendant la grève du bac, qui qualifiait les enseignants de preneurs
00:10:20d'otages, qui, tous les cinq matins, nous menaçaient de sanctions financières qui ne
00:10:25tomberont pas de l'aveu même du ministère aujourd'hui parce qu'ils savent que c'est
00:10:28des sanctions qui étaient illégales.
00:10:31Ce Jean-Michel Blanquer, maintenant, a décidé de mener une opération séduction.
00:10:35Donc à la rentrée, il s'inquiète du bonheur professionnel des enseignants.
00:10:40On oublie tout et on recommence.
00:10:42Sauf que pendant ce temps-là, effectivement, il n'a absolument pas bougé d'un iota sur
00:10:47les revendications qui étaient les nôtres.
00:10:49Donc la posture a peut-être changé.
00:10:51La réalité, pas du tout.
00:10:53Je voulais juste revenir sur ce que la collègue du primaire disait.
00:10:56Évidemment, c'est une très bonne chose quand l'éducation nationale s'intéresse
00:11:00à ce qui se passe dans le primaire parce qu'on sait que les inégalités, elles
00:11:03commencent très tôt.
00:11:05En revanche, c'est évidemment une réforme qui se fait à moyen constant.
00:11:09Quand Jean-Michel Blanquer crée 1 800 postes dans le primaire, il en supprime 2 600 dans
00:11:13le secondaire.
00:11:14Alors que le boom démographique que connaissent les collèges et lycées est documenté par
00:11:20le département de la DEP, qui est le département d'études du ministère.
00:11:25Et donc la conclusion, elle est simple, c'est qu'on est en train de faire moins avec
00:11:32plus d'élèves dans le secondaire.
00:11:34Donc les grandes déclarations sur le primaire, très bien, mais mettons-y les moyens et ne
00:11:40déshabillons pas Paul pour habiller Pierre.
00:11:42Ça, c'est la première chose.
00:11:43Alors la deuxième, c'est la réforme du lycée.
00:11:47Jean-Michel Blanquer a beaucoup communiqué sur la liberté de choix.
00:11:50Alors revenons encore sur une deuxième formule totalement malhonnête.
00:11:55Pour la simple et bonne raison que sur les 12 spécialités, en moyenne, les bas 1 en
00:11:58n'ont que 7.
00:12:00Que dans mon établissement, nous n'avons...
00:12:03Alors mon établissement, je suis au lycée Angela Davis à Saint-Denis.
00:12:06Un établissement flambant neuf qui a 2 ans d'existence et qui n'est absolument intégré
00:12:13à aucun dispositif d'éducation prioritaire alors que tous nos élèves sont recrutés
00:12:16dans des collèges REP et REP+, j'y reviendrai.
00:12:20Et cette liberté de choix, elle implique quoi ?
00:12:21Elle implique que, par exemple, nous, dans notre établissement, nous n'avons pas la spécialité
00:12:24humanité, littérature et philosophie.
00:12:27Que les élèves sont obligés d'aller demander une place dans les établissements proches.
00:12:33sauf qu'évidemment, les établissements proches sont eux-mêmes à quotas fermés,
00:12:39ont des classes déjà bien remplies et donc nos élèves nous reviennent.
00:12:43Donc la liberté de choix n'existe absolument pas.
00:12:45Les élèves n'ont absolument pas le choix et j'ai envie même de dire que les élèves
00:12:49et les parents d'élèves doivent aujourd'hui se poser la question dès la fin du collège
00:12:53du lycée qu'ils vont intégrer puisque le lycée qu'ils intègrent implique les choix
00:12:58de spécialité qu'ils feront et donc impliquent leur destin dans l'enseignement supérieur
00:13:04qui est conditionné à ces spécialités.
00:13:07Donc bref, on est en train de faire de l'orientation dès la fin de collège, en gros.
00:13:12Dans des milieux de l'éducation, dans des zones d'éducation prioritaire où déjà
00:13:17les difficultés sont pléthoriques, nous concrètement, pour vous donner des exemples
00:13:22concrets parce que nous, contrairement aux ministres, on essaye d'être sur le terrain
00:13:26et de ne pas parler de notre tour d'ivoire.
00:13:29Moi, cette année, j'enseigne dans mes classes de première à 35 élèves.
00:13:32Ça fait 7 ans que j'enseigne, je n'ai jamais enseigné dans une classe de 35 élèves.
00:13:36Les élèves eux-mêmes à la rentrée étaient totalement stressés pour plusieurs raisons.
00:13:41D'abord, la première, c'est qu'eux-mêmes n'ont jamais été dans des classes de 35 élèves.
00:13:45La deuxième, c'est qu'ils se retrouvent avec un bac totalement réformé à la vitesse
00:13:51grand V. Pour vous donner quelques exemples, à la rentrée, je suis enseignant en histoire
00:13:56géo. Les explications de programme sont seulement en train de tomber alors qu'on a déjà commencé
00:14:00à enseigner le programme. Nous n'avons toujours pas calé les dates des nouvelles épreuves
00:14:06de contrôle continu alors même que l'année a commencé. Donc nous ne savons pas quand
00:14:11de nos élèves passeront ces fameuses épreuves de contrôle continu qui sont censées remplacer
00:14:15les épreuves terminales du bac. Je ne vais pas monopoliser la parole mais des exemples
00:14:19de cette nature, je pourrais vous en donner des dizaines qui montrent l'impréparation
00:14:23totale de cette réforme qui n'a qu'un seul objectif, c'est de répondre aux échéances
00:14:27électorales. Donc évidemment, il faut que cette réforme passe avant les prochaines présidentielles.
00:14:31Et donc même si ça se fait dans le désarroi le plus total pour les élèves, dans l'ignorance
00:14:38la plus totale pour les profs eux-mêmes, peu importe, tant que cette échéance électorale
00:14:42présidentielle est respectée. Donc aujourd'hui, les belles paroles c'est beau mais en l'occurrence,
00:14:48l'intérêt des élèves n'y est absolument pas. Voilà, on pourra poser d'autres diagnostics
00:14:54par la suite. Et dans notre établissement pour le coup, nous sommes toujours en grève,
00:14:58j'en parlerai dans quelques instants.
00:15:02D'accord. Eh bien, on va aller pas très loin. D'ailleurs, il y a une section professionnelle
00:15:09aussi dans le lycée. On va parler du lycée professionnel parce qu'on n'en parle pas
00:15:14beaucoup, même dans l'Huma, je dois dire. Pourtant, le lycée professionnel est lui aussi
00:15:22confronté à une réforme qui fait pas vraiment dans le détail. Et il scolarise quand même
00:15:27à peu près un tiers des lycéens. C'est d'ailleurs la fameuse démocratisation du bac, c'est en
00:15:32particulier par la montée du lycée professionnel qu'elle s'est traduite. Donc, Sigrid, vous
00:15:41pouvez nous parler de cette réforme et de ce qu'elle produit, de son contenu peut-être
00:15:45et de ses effets dans les lycées pro.
00:15:48Ok. Donc, merci déjà pour l'invitation parce que rares sont les lieux où on évoque
00:15:53la formation professionnelle. Or, la formation professionnelle, c'est la formation des futurs
00:15:58ouvriers et c'est la formation des futurs employés de demain. La voie pro, qu'est-ce
00:16:03que c'est ? C'est 700 000 jeunes, donc un tiers de la jeunesse lycéenne. C'est le deuxième
00:16:08bac de France, évidemment derrière le bac général, mais devant le bac technologique.
00:16:12C'est 68 000 personnels, c'est 200 CAP. La voie pro prépare à 200 CAP et 80 bacs pro.
00:16:19Pour rappel aussi, la scolarisation de la voie professionnelle, c'est-à-dire de former
00:16:25les jeunes à un métier dans l'école, c'est une spécificité française dont beaucoup
00:16:31de pays nous ont vu. Avant, la formation pro, c'était de l'apanage des entreprises
00:16:36uniquement et elle était surtout réduite aux gestes techniques. Il a fallu des luttes
00:16:41très longues qui sont centenaires même pour qu'on réussisse à ce que les jeunes
00:16:48issus de milieu populaire, parce que dans la voie pro, c'est majoritairement des jeunes
00:16:52issus de milieu populaire, soient aussi intégrés à l'école. Et vous connaissez tous
00:16:56le vieil adage, former l'homme, le travailleur, le citoyen. Oui, à l'époque, nos camarades
00:17:00n'étaient pas féministes, mais c'est bien ça l'objectif qui était visé, donc une
00:17:04formation émancipatrice. Pour atteindre ces objectifs, il y a une spécificité encore,
00:17:11c'est que ce n'est pas seule l'éducation nationale qui a la main sur la voie pro.
00:17:14Il y a quatre acteurs. Il y a l'Etat, évidemment. Il y a des élus locaux. Aujourd'hui, on
00:17:19peut
00:17:19dire que ces élus locaux, c'est les régions. Il y a évidemment les organisations syndicales,
00:17:23progressistes, etc. Et il y a aussi le patronat. Et c'est parce qu'il y a eu des luttes
00:17:27énormes
00:17:28et qu'on a réussi à mettre en place un rapport en notre faveur qu'on a exclu, en fait,
00:17:34le patronat de la formation professionnelle. Donc, vous voyez bien qu'on est un peu dans
00:17:39des schémas un peu différents aujourd'hui. Les rapports de force ne nous sont pas favorables.
00:17:43Et évidemment, il y a une volonté de reprise en main de cette voie professionnelle par
00:17:48le patronat. Évidemment, la voie pro, c'est le CAP premier diplôme ouvrier. En 85, comme
00:17:53vous le disiez, c'est le bac pro qui est arrivé. Un bac pro qui a permis d'atteindre 80
00:17:59% de
00:17:59classe d'âge au bac, mais aussi qui a été le premier tremplin pour les ouvriers pendant
00:18:04leur formation pour pouvoir accéder à des études supérieures. Et aujourd'hui, Blanquer,
00:18:09on en parle peu cette année, mais le parcours sup existe toujours. En réalité, parcours
00:18:16sup exclut de fait les jeunes de la voie pro des études supérieures. Alors, les LP n'ont
00:18:22pas vécu des jours heureux. Ils ont toujours été la cible de l'État, du patronat, parce
00:18:27que c'est insupportable pour eux de se dire que c'est nous qui avons la main sur la formation
00:18:31professionnelle. Ils subissent des réformes fortes. 2009, c'était déjà Blanquer, tu
00:18:36le disais, qui était au pouvoir. Blanquer a mis en place la réforme du bac pro 3 ans
00:18:40qui a retiré un an de formation aux jeunes. Aujourd'hui, c'est la fameuse réforme de
00:18:45la voie pro. C'est des réformes qui sont brutales, mais qui sont complètement silencieuses.
00:18:50Vous en avez très peu entendu parler, j'en suis sûre. Au même titre que ni les politiques
00:18:54ni les médias en général, les grands médias, ne parlent des conditions de travail des ouvriers
00:18:58ni des conditions salariales, ils ne parlent pas de la formation professionnelle. Et pourtant,
00:19:03quand on regarde de près, si on analyse la formation professionnelle, on voit tout le
00:19:07projet de société pour cette frange de la population. Alors, la réforme. La réforme,
00:19:12le ministre parle d'un discours d'excellence. Il veut faire des discours, il veut produire
00:19:17des parcours d'excellence, etc. En réalité, elle a deux objectifs, cette réforme. Elle
00:19:21a d'abord un objectif budgétaire. C'est évidemment des suppressions de postes qui sont dans le cadre
00:19:26de toutes les suppressions de postes de la fonction publique. Et autre chose qui est
00:19:30très important, c'est un objectif idéologique. Il veut rendre la formation professionnelle,
00:19:36il veut redonner la main de cette formation au patronat. C'est-à-dire qu'en gros, il
00:19:40veut exclure les jeunes issus des milieux populaires de l'éducation nationale. Alors,
00:19:44pour atteindre ces objectifs, je ne vais pas être trop technique, comment il fait ? Il
00:19:49a diminué le temps scolaire. C'est-à-dire que les élèves passent de 34 heures à 31 heures
00:19:54semaine. Ce qui fait qu'en gros, ils perdent entre 6 semaines et 10 semaines d'école sur
00:19:59leur cursus 3 ans pour le bac et 2 ans pour les CAP. Il a mis en place des nouveaux
00:20:05programmes
00:20:06qui ont été faits en 2 mois, sans consultation, rien. Des programmes qui, tiens, je le rappelle
00:20:10parce que le ministre dit aussi qu'il veut une grande mobilisation de l'éducation nationale
00:20:14pour l'écologie, qui sont expurgés en fait de tout ce qui est développement durable,
00:20:18par exemple. Expurgés aussi en éco-droit de tout ce qui est droit du travail. Nos élèves,
00:20:24ils vont aller de façon plus précoce que d'autres dans le monde du travail. Or,
00:20:29ils n'auront plus de cours sur le droit du travail. On a de la co-intervention, on a
00:20:35des chefs-d'oeuvre. Ça, vous avez peut-être entendu parler des grands chefs-d'oeuvre
00:20:37qui vont être mis en place dans la voie pro. Des chefs-d'oeuvre, on voit bien ce que ça
00:20:42peut être un chef-d'oeuvre en bijouterie. On voit bien chez un ébéniste. Maintenant,
00:20:48la majorité de nos élèves sont aussi en tertiaire. Qu'est-ce que va être un chef-d'oeuvre
00:20:52en aide et soins et services à la personne ? Qu'est-ce que c'est qu'un chef-d
00:20:55'oeuvre
00:20:55en conducteur routier ? C'est un bon créneau ? Ça, on ne sait pas. On met en place.
00:20:59Il nous impose ça alors qu'il est incapable de le définir. Autre chose, ces dispositifs
00:21:07ne sont ni financés d'un point de vue budgétaire, ni financés d'un point de vue des horaires.
00:21:12Donc, en fait, on réduit les heures disciplinaires pour mettre en place ces dispositifs.
00:21:16Ce qui fait qu'en CAP, par exemple, les jeunes auront une heure de français par semaine
00:21:21uniquement et une heure d'art appliqué. Et pareil, il dit qu'il faut se mobiliser,
00:21:25l'accès à la culture pour tous, etc. Apparemment, ces mobilisations dont il parle,
00:21:30elles s'arrêtent dans l'éducation nationale à la porte de la voie professionnelle.
00:21:35Autre point de sa réforme aussi, il dit qu'il faut mettre en place des sections professionnelles
00:21:41plus attractives, plus insérantes. Là encore, on est dans le discours très, très éloignés
00:21:47de la réalité. Et au passage, quand il dit avec ses amis dans les médias que les lycées
00:21:55professionnels fabriquent des chômeurs, moi, je dis stop. À un moment, certes, il y a 300 000
00:22:00emplois non pourvus en France, mais ça va mettre en perspective avec les plus de 3 millions
00:22:06de chômeurs qui existent. Donc non, nous ne sommes pas responsables, nous, PLP,
00:22:10prof de lycée pro, du chômage. C'est pas l'inadéquation formation en plein.
00:22:14Les clauses du chômage, elles sont structurelles. Et je rappelle, nous avons, nous,
00:22:18la responsabilité de former un métier, la responsabilité de créer des emplois,
00:22:23c'est aux entreprises. Donc il faut arrêter ce discours qui est complètement irresponsable.
00:22:28Et concernant les fameuses cartes des formations, justement, pour relever les défis
00:22:34écologiques, les défis du... Ouais, je vais aller plus vite. Les défis du numérique,
00:22:40etc. En réalité, c'est sa troisième rentrée. Nous n'avons toujours pas de nouvelles filières
00:22:45en lycées professionnels qui prépareraient à des métiers, qui prépareraient ces transitions.
00:22:49Donc une fois de plus, c'est faux. Bon, je vais terminer là-dessus. Et je pense que c'est
00:22:55un point très important. Je vais vous parler de l'apprentissage. Je prends 30 secondes.
00:22:59C'est très, très important parce que, malheureusement, l'apprentissage a fait assez
00:23:04consensus au niveau des partis politiques, au niveau même de certains syndicats. Au niveau
00:23:09des médias aussi, on a l'impression que l'apprentissage, ce serait l'outil rêvé pour lutter contre
00:23:15le chômage des jeunes. Une alerte forte que je fais ici. L'apprentissage, c'est les mineurs.
00:23:21Qu'est-ce que c'est ? D'un point de vue idéologique, l'apprentissage, c'est les mineurs.
00:23:25C'est un recul de 70 ans. C'est redonner la main aux entreprises sur la formation des
00:23:30jeunes et la réduire aux simples gestes techniques. D'un point de vue pragmatique pour les jeunes
00:23:35de milieu pop qu'on scolarise, nous, c'est les renvoyer à un statut de salarié. Nous,
00:23:42nos jeunes, en lycée pro, ont un statut d'élève. Là, c'est les renvoyer à un statut
00:23:48de salarié. Un statut de salarié, ça veut dire se confronter à la dureté du monde
00:23:51du travail, à 15-16 ans. Les confrôles seront soumis au code du travail, ou du moins,
00:23:57ce qu'il en reste, le nouveau code du travail, notamment, qui autorise à nouveau le travail
00:24:01de nuit des mineurs, qui autorise le travail en hauteur, avec tous les accidents que ça
00:24:06engendre. C'est des jeunes qui vont être licenciés. On appelle ça les ruptures de
00:24:10contrat. Donc, c'est des jeunes. En fait, 36% des jeunes qui vont en apprentissage subissent
00:24:17des ruptures de contrat chez les mineurs. Et ça peut aller jusqu'à 50% en hôtellerie
00:24:22et restauration. Donc, vous voyez bien, l'apprentissage chez les mineurs, c'est pas une idée moderne.
00:24:27C'est vraiment un retour en arrière vers le vieux monde.
00:24:30Bon, je...
00:24:30Merci.
00:24:37Alors, Carla Dugot, je rappelle que vous êtes co-présidente de la FCPE. Comment tout ça,
00:24:44ce flot de réformes, ce discours du ministre qui essaye toujours de se mettre l'opinion,
00:24:51les familles, etc., dans la poche, comment s'est vécu de votre côté tout ça ?
00:24:59Alors, bonjour à tous et à toutes. Je voulais juste introduire aussi, comme ma collègue à
00:25:05côté, remercier effectivement pour l'invitation et le fait que la FCPE soit présente ici.
00:25:12C'est... Voilà, c'est important pour nous et on y tenait.
00:25:15C'est vous qui a un stand juste en face.
00:25:17Voilà. Et je voulais juste rebondir sur le stand puisque demain, on organise un débat
00:25:22sur le féminisme et l'écologie à 14 heures. Il est juste là, le stand de la FCPE.
00:25:26Il faut y aller puisqu'effectivement, je suis co-présidente de cette grande fédération
00:25:30puisque c'est la plus grande fédération de parents d'élèves au niveau national.
00:25:35On a 300 000 adhérents et un réseau de sympathisants de plus d'un million.
00:25:40Voilà. Donc, c'est pas rien, effectivement. Il y a un travail et un maillage sur le territoire
00:25:44national très important pour porter les questions éducatives. Et en fait, on existe depuis 72 ans
00:25:52et on n'a pas fini puisque l'éducation est un puits sans fond et les combats sont nombreux.
00:25:57Et justement, je vais essayer d'être un peu... D'avoir un esprit de synthèse et d'aller
00:26:02à l'essentiel. En fait, je pense qu'aujourd'hui, et je pense qu'on le partage tous ensemble là,
00:26:08en fait, on doit transformer l'école. L'école doit être transformée. Mais en fait,
00:26:13elle doit être transformée pas n'importe comment. Aujourd'hui, je pense que la problématique,
00:26:20c'est la cadence, en fait, des réformes. Chaque ministre de l'éducation veut mettre...
00:26:27Voilà, veut laisser une trace. Et en fait, on n'a même pas le temps de faire le bilan
00:26:33des réformes qui ont été mises en place, qu'on détricote tout ça et en fait, on recommence
00:26:38autre chose. Donc c'est juste insupportable. Donc en fait, il faut qu'on arrête ce rythme-là
00:26:43et il faut s'inscrire sur un rythme beaucoup plus long. Et aujourd'hui, c'est pas le cas.
00:26:47Donc ça, en fait, à un moment donné, la question qu'il faut se poser, c'est le respect
00:26:55en fait des rythmes des enfants, des élèves, des jeunes aussi, parce que les jeunes sont
00:27:01très impliqués. Ils sont d'ailleurs présents avec nous. Un syndicat de lycéens qui est
00:27:06présent avec nous sur le stand et qui tient le stand avec nous de la FCPE. On travaille
00:27:11beaucoup avec eux. Et en fait, à un moment donné, il faut aussi poser... Il faut leur poser
00:27:15la question, en fait, comment ils voient l'école. Alors après, il y a des âges différents,
00:27:20mais en tout cas, il faut aussi les concerter. Et en fait, il faut revenir sur le travail
00:27:24qu'on doit faire tous ensemble, le respect des rythmes des enfants. Après, plus particulièrement
00:27:32sur la question qui m'est posée concernant la réforme ou les réformes et les familles
00:27:38là-dedans. Alors en fait, tu indiquais, Olivier, que le ministre actuel de l'éducation
00:27:44dit souvent que les familles sont avec lui. Alors en fait, là, c'est la voix des parents.
00:27:51Souvent, en fait, d'autres organismes ou d'autres organisations utilisent la voix des parents
00:27:56comme ils le souhaitent, puisque c'est vrai que les parents sont les premiers usagers aussi
00:28:00de l'école publique. Voilà. Donc ça, tout le monde le fait, en fait. Après, je pense
00:28:08que sur le... Encore une fois, mais vous l'avez dit, donc je ne vais pas redire ce que vous
00:28:12avez dit, puisqu'on est quand même d'accord sur plein de choses. Aujourd'hui, sur les
00:28:17réformes actuelles, donc la réforme du lycée et la réforme de la voix pro, en fait, on a
00:28:21un gros problème. C'est pareil. C'est donc le rythme, la cadence. En fait, on veut aller
00:28:26vite. Vous l'avez dit, en fait, voilà, c'est le ministre actuel à 5 ans pour faire
00:28:31des choses. Donc on va très, très vite. Et en fait, on n'associe pas l'ensemble des
00:28:36acteurs de la communauté éducative. On fait des programmes sans les enseignants. Donc en
00:28:41fait, il y a un gros problème de méthode. Et en fait, ça ne tiendra pas et ça ne
00:28:45respecte pas du tout l'élève, le jeune. Et ça, c'est un problème, en fait. Donc nous,
00:28:50la FCPE, on est toujours force de proposition. On est très mobilisés, surtout en cette période,
00:28:55puisque nous, en fait, on a des élections au niveau national qui vont se tenir les
00:29:0011 et 12 octobre. Voilà. D'ailleurs, s'il y a beaucoup de parents qui sont là, il faut
00:29:06participer, puisque lors de ces élections, tout le monde vote, tout le monde sans exception,
00:29:10à partir du moment où vous êtes parent. Voilà. Il y a encore plein de choses. Il y a un
00:29:15gros
00:29:15travail à faire sur l'orientation. Ça a été évoqué par Jimmy. Je pense qu'il faut
00:29:21davantage aussi accompagner les familles, parce qu'en fait, effectivement, la réforme
00:29:25du lycée, en fait, il y a eu un gros loupé pour les élèves de seconde, puisqu'en fait,
00:29:29il leur avait été promis 54 heures d'orientation. Donc pour les aider, les guider à choisir
00:29:37les spécialités, ça n'a pas été fait. Et en fait, aujourd'hui, quand on est parent,
00:29:41on a l'impression qu'il faut être un expert et lire tout ce qui sort du ministère
00:29:45pour pouvoir aider et bien accompagner son enfant. Et ça, c'est pas possible,
00:29:49puisqu'en fait, nous, la FCPE, on défend la réussite de tous les élèves.
00:29:53Et en fait, il faut qu'ils réussissent tous. Ils ont tous leur place dans la société.
00:29:57Et voilà. Donc on a du boulot, mais vous êtes tous... Voilà. On est tous acteurs
00:30:01de la société qu'on imagine et qu'on souhaite avoir, une société beaucoup plus bienveillante
00:30:09où chacun a sa place. Et voilà. On n'a pas fini. Je m'arrête là.
00:30:15Merci.
00:30:19Je rebondirais bien un petit peu sur ce que vous venez de dire. Parce qu'on entend aussi
00:30:25dire qu'avec ces réformes, en fait, ne pourront s'en sortir que les élèves, que les familles
00:30:31qui ont déjà les clés, comme on dit. C'est-à-dire, comme vous venez de dire, qui sont experts
00:30:36un peu. Alors je ne vais pas me faire taper dessus, mais les enfants d'enseignants, par
00:30:40exemple, qui ont forcément les clés, les enfants des familles dont les parents ont
00:30:46fait des études, etc. Est-ce que ça, c'est un constat que vous partagez ? Je ne sais
00:30:50pas si...
00:30:55Il y a quand même une logique globale qui va de la maternelle jusqu'à l'université,
00:31:01j'irais. Parce qu'on va quand même sur un système où les enfants vont être pressurisés.
00:31:06Voilà. Leur scolarité va être rythmée d'évaluation en évaluation standardisée. On va quand même
00:31:12ce qui a pu être mis en place au Québec, etc. avec une mise en concurrence, enfin une publication
00:31:18des résultats qui a amené à une mise en concurrence des différentes écoles et des
00:31:21établissements, avec des choix, du coup, qui s'opèrent auprès des familles, avec
00:31:25des familles qui, effectivement, qui ont les clés, ce qui permet de préparer, d'avoir
00:31:30de bons résultats, d'opérer les bons choix d'orientation, etc., de pouvoir accompagner
00:31:36leurs enfants dans leur scolarité, ce qui n'est pas le cas. Et ce qui, donc, n'est pas
00:31:39du tout, pour nous, réduire les inégalités. Et autre chose par rapport à ça, mais tu
00:31:47l'as dit sur le fait qu'à un moment, là, on est face à un ministre qui tout, en
00:31:51s'intéressant,
00:31:52enfin, en clamant être pour le bonheur des enseignants, être dans le cadre de l'école
00:31:57de la confiance, c'est quand même son grand mot, construit, impose des réformes sans les
00:32:03professionnels. Voilà. Il sait mieux. On est quand même sur un ministre qui, l'année
00:32:08dernière, a déclaré que la liberté de choix des manuels, c'était porter non-assistance
00:32:14à élèves en danger. Ce sont ses mots. Donc là, on voit où se place la confiance
00:32:19dans les personnels de l'éducation. Et voilà, je m'arrêterai.
00:32:25Oui, sur les quartiers populaires, il y aurait long à dire, d'autant plus quand on entend parler
00:32:32d'éducation prioritaire. Il faut savoir que l'éducation prioritaire, c'est un joli
00:32:35label, mais qui est rarement suivi des faits. Pour vous donner un exemple, on en a peu
00:32:42parlé, mais... Alors ça, ça date pas de ce gouvernement, ça date du précédent.
00:32:46Mais Najet Vallaud-Belkacem a sorti, de fait, les lycées de l'éducation prioritaire. Tous
00:32:51les dispositifs qui étaient en place dans les lycées sont aujourd'hui gelés. Ce qui
00:32:55fait, par exemple, que dans mon établissement qui date de... qui a deux ans, nous n'avons
00:33:01absolument aucun moyen supplémentaire lié aux dotations de l'éducation prioritaire,
00:33:07alors que nous recrutons, sans exception, dans des collèges repérés de plus. Donc
00:33:15Saint-Denis n'est pas connu pour ses quartiers favorisés. Or, nous n'avons aucun moyen
00:33:20supplémentaire. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire aussi qu'on parle d'éducation prioritaire
00:33:25en Seine-Saint-Denis. C'est le seul département dans lequel, alors la collègue du SNIPP pourrait
00:33:31mieux le dire que moi, c'est le seul département dans lequel il y a des CP, des CE1 qui
00:33:35ne
00:33:35sont pas dédoublés à l'échelle de la France. L'éducation prioritaire, ça veut dire
00:33:39quoi ? Ça veut dire que vous avez un certain nombre d'établissements, comme le mien, dans
00:33:44lequel je le disais, vous avez 35 élèves par classe. 35 élèves par classe, ça veut dire
00:33:47que ceux qui ne comprennent pas, vous les laissez sur le carreau. Et en tant qu'enseignant,
00:33:51évidemment que ce n'est pas satisfaisant. Et évidemment que si aujourd'hui
00:33:53nous sommes mobilisés en grève, c'est avant tout pour nos élèves. Alors c'est compliqué
00:33:57évidemment face au tapage médiatique de faire comprendre que les profs ne sont pas contre
00:34:04toute réforme, ne sont pas juste des gens qui ne sont jamais contents. Nous, nous sommes
00:34:09pour des réformes. Et d'ailleurs, c'est pour ça que nous avons organisé une université
00:34:12d'été d'éducation fin août en disant bien sûr que nous sommes pour des réformes.
00:34:15Nous ne nous satisfaisons pas de la situation actuelle, bien au contraire. Mais nous, les réformes
00:34:20que l'on veut ne sont pas celles-là. Nous, experts de terrain, nous sommes
00:34:23nous savons ce que font ces réformes. Ces réformes, elles ne vont faire que, non seulement
00:34:28elles ne luttent pas contre les inégalités, mais elles vont les renforcer. Et un seul
00:34:31exemple qui explique en quoi ces réformes sont totalement rétrogrades. Aujourd'hui,
00:34:38dans la loi Blanquer, la loi pour une école de la confiance, qui porte assez mal son nom,
00:34:45on a la création de ce qu'on appelle les EPLEI. Alors je vais essayer de vous expliquer
00:34:51un peu le sens de ce jargon. Donc établissements publics internationaux, il me manque des éléments.
00:34:57Bref, ce sont des établissements qui vont recruter des élèves sur un seul critère, le bilinguisme.
00:35:05Un de ces établissements a été d'ailleurs fondé à Courbevoie et est lié à une annonce
00:35:14de Macron, de la campagne de Macron, qui est liée au Brexit. Parce qu'il a invité
00:35:18tous les financiers de la city londonienne à venir dans notre beau pays, dans le quartier
00:35:25de la Défense. Évidemment, vous n'êtes pas sans savoir que Courbevoie est à côté
00:35:28de la Défense et que cet établissement, bizarrement, est fondé à Courbevoie pour
00:35:33des élèves qui seront bilingues, qui auront un programme particulier, qui auront des aides
00:35:38particulières, qui auront des conditions d'enseignement particulières. Et donc cette loi, elle inscrit
00:35:43dans le droit l'inégalité dans l'école. C'est-à-dire que ces écoles, qui sont financées
00:35:49sur fonds publics mais qui auront la possibilité de recevoir des fonds privés, sont en train
00:35:55de créer un système inégalitaire de droit. C'est-à-dire que là où le ministre
00:36:00nous dit, mais bien sûr que c'est pas ma réforme qui va régler toutes les inégalités,
00:36:05alors déjà ce qui est un peu gênant quand on parle de faire une réforme, si on n'a
00:36:08pas d'ambition au moins de lutter contre les inégalités, c'est un peu gênant, mais
00:36:12non seulement elle ne lutte pas contre les inégalités, mais elle les renforce. Et c'est
00:36:15là où je rejoins mes collègues. On est en train là de vivre, et je pense qu'on en est
00:36:19tous conscients en tant qu'enseignant, mais aussi que parents, parce que nous, avec la
00:36:23coordination nationale, on a la joie de pouvoir beaucoup travailler avec la FCPE et les camarades
00:36:28lycéens de Lunel, on a conscience qu'on est en train de vivre un tournant. On n'est pas
00:36:35dans une réforme de plus, on n'est pas juste sur une réforme de remise en cause des moyens,
00:36:39on est sur une réforme, que le disait la collègue, qui est purement idéologique. On veut créer
00:36:45une école des classes populaires et une école des classes favorisées. Et c'est clair et net,
00:36:50on pourrait en débattre pendant des heures et des heures sur toutes les mesures qui
00:36:52vont dans ce sens-là. Voilà.
00:36:56Applaudissements
00:37:01Alors, on peut aborder directement cette question-là. Jimmy, vous venez de dire que le projet, c'est
00:37:07de faire cette école fondamentalement inégalitaire. Est-ce qu'à travers toutes ces réformes
00:37:14du sol au plafond, j'allais dire, dans l'éducation, est-ce que vous aussi, vous pensez qu'il y
00:37:21a un projet
00:37:22derrière tout ça et que c'est celui-là ou un autre ?
00:37:31Je crois que j'ai essayé de l'exprimer dans l'introduction à ce débat. Je crois que pour
00:37:36la voie professionnelle, c'est-à-dire 30% des jeunes, le projet est très clair, il
00:37:41est même pire que cette école inégalitaire, c'est d'exclure progressivement les jeunes
00:37:47de la voie professionnelle de l'éducation nationale. C'est vraiment ça, c'est-à-dire
00:37:50de redonner la main au patronat sur cette formation. Alors, certes, ça ne va pas se
00:37:55faire demain, mais progressivement, tous les outils sont là aujourd'hui. Tout est
00:38:00prêt, l'apprentissage va être intégré dans les lycées professionnels et vont mettre...
00:38:05Il y aura une concurrence brutale entre les jeunes qui vont être sous statut d'apprenti
00:38:09et les jeunes de la voie scolaire. Tout est prêt pour ça. Puis, en plus, d'autres
00:38:14outils, c'est ce que tu disais, l'éducation prioritaire. Pour info, les lycées pro, comme
00:38:19je vous disais, qui scolarisent majoritairement des jeunes défavorisés, ne sont pas dans
00:38:24les dispositifs d'éducation prioritaire. On est exclus des dispositifs. Et aujourd'hui,
00:38:30il y a une réforme qui va se mettre en place. Ça fait quand même depuis 2 ans que le
00:38:34ministre
00:38:34nous annonce une nouvelle réforme de l'éducation prioritaire. Déjà, il en a donné les premières
00:38:40lignes, complètement fausses, avec un rapport qui risque... Il va se baser sur un rapport
00:38:44dont on sait déjà à peu près les conclusions. En gros, on a donné plus dans
00:38:49certaines écoles à des gamins qui en avaient plus besoin. Les résultats ne sont pas probants.
00:38:53Donc, il faut changer la philosophie. Et on sait ce que ça veut dire quand le ministre
00:38:56dit qu'on va changer la philosophie. Qu'est-ce qu'il va faire ? Il l'avait déjà fait
00:39:00sous
00:39:00Sarkozy quand il était numéro 2 de Châtel. Il va mettre en place des lycées ou des écoles
00:39:10avec des recrutements de postes à profil. À l'époque, ça s'appelait des...
00:39:15J'ai oublié le nom. Des préfets d'études ou je ne sais plus. En gros, c'était soi-disant
00:39:22des super-prof qui étaient recrutés sur un profil particulier parce qu'ils n'étaient
00:39:27plus ça même de l'éducation prioritaire. C'est à l'opposé du projet éducatif et du
00:39:33projet politique qu'on porte à la FSU. À la FSU, on est très attaché à la réussite
00:39:39de tous les élèves. À notre grand projet, nos élèves sont tous capables. Peut-être
00:39:43pas dans le même temps. C'est pour ça que dans la voie professionnelle, on demande
00:39:45aussi du temps pour certains élèves. Peut-être pas tous de la même façon. Mais de toute
00:39:50façon, dans ce projet tous capables qui passe par un premier niveau de qualification, par
00:39:55un diplôme, un CAP ou un bac pro, ils doivent avoir le choix, à un moment donné, soit de
00:40:00s'insérer professionnellement et d'activer les leviers de la formation continue ou d'aller
00:40:06poursuivre leurs études. Aujourd'hui, ce choix est complètement entravé par les réformes
00:40:11qui se mettent en place.
00:40:13Oui, je vais aussi réagir là-dessus. En fait, je pense qu'aujourd'hui, on essaye de
00:40:20détecter les élèves très en amont. Et effectivement, pour les orienter d'une façon, on dit souvent
00:40:29une orientation subie, où justement, c'est pas un choix éclairé aussi bien de la part de
00:40:34l'élève que de la part des parents. Et du coup, c'est vrai que l'élève peut décrocher
00:40:40facilement et facilement ou rapidement en échec scolaire. Donc ça, je pense que c'est ce qui
00:40:46est en train de se passer. Et c'est ce que vous avez plus ou moins tous dit avec d
00:40:50'autres
00:40:50mots. Je pense qu'aujourd'hui, l'école doit apprendre aux élèves à s'émanciper, en
00:40:55fait. Surtout par eux-mêmes. Et en fait, on doit renforcer l'accompagnement, même si
00:41:01le ministre ou d'autres en parlent beaucoup. L'accompagnement personnalisé de chaque
00:41:07élève, de chaque jeune. En fait, on doit aussi mettre des moyens. Alors c'est facile
00:41:11de dire à chaque fois, parce qu'on l'entend souvent aussi. On est souvent critiqué quand
00:41:14on exige des moyens supplémentaires, même si ça fait un petit moment, je crois que le
00:41:20premier budget de la nation, c'est l'éducation. Mais c'est pas suffisant, en fait. Une société
00:41:26bien... Enfin, où on donne des moyens à l'éducation est une société qui fonctionne
00:41:30beaucoup mieux. Et aujourd'hui, ce n'est pas le cas. En fait, l'accompagnement personnalisé,
00:41:36ce que vous... On parle d'égalité, mais aussi d'équité. En fait, il faut le mettre
00:41:40en oeuvre. Et aujourd'hui, c'est pas ce qui se passe, puisque au niveau de la voie pro,
00:41:45on a des mineurs qui sont effectivement orientés sur des voies qui les intéressent pas du tout.
00:41:52Et en fait, ils se retrouvent décrocheurs. Et entre 16 et 18 ans aujourd'hui en France,
00:41:57il y a beaucoup de décrocheurs qui sont dans la nature, en fait, où souvent, ils vont voir
00:42:02les missions locales. Mais la plupart du temps, ils ont aucune information sur... En fait,
00:42:08c'est une question aussi d'éducation au droit. En fait, il faudrait qu'on apprenne aussi
00:42:13davantage à l'école à connaître nos droits, en fait. Et ces jeunes et ces élèves, je pense
00:42:21qu'ils seraient, voilà, plus à même de choisir, d'être vigilants et de choisir
00:42:26le bon chemin, en fait, pour leur avenir. Voilà.
00:42:31Jimmy, je crois que vous vouliez rebondir sur la question du budget.
00:42:34Je voulais juste réagir sur la question du budget, parce que Blanquer a pas mal aussi
00:42:39fait de pub là-dessus en disant qu'ils allaient mettre un milliard sur la table pour l'éducation nationale.
00:42:44Il faut savoir que le budget de l'éducation nationale est de fait toujours en augmentation,
00:42:47puisque chaque année, vous avez des enseignants qui montent dans les échelons, donc les salaires
00:42:51qui sont plus importants, des enseignants qui passent à la retraite, donc qui amènent
00:42:57à ce que les pensions soient financées aussi. Il faut savoir que dans ce budget, il y a
00:43:01maintenant le fameux SNU, le Service National Universel. C'est quoi, Service National ?
00:43:05C'est on va essayer de créer du lien social là où il n'y en a pas. Alors moi,
00:43:09je veux
00:43:09bien... On casse les possibilités de lutter contre les inégalités à l'école et derrière,
00:43:14on vous crée un service national universel qui va à terme coûter 1,5 milliard, qui
00:43:19sont pris sur quel budget ? Sur le budget de l'éducation nationale. Alors le budget
00:43:23de l'éducation nationale, oui, il augmente, mais au service de qui ? Au service de quoi ?
00:43:26Et évidemment, encore une fois, là, le ministre s'est extrêmement bien communiqué,
00:43:30mais la réalité n'est pas là. Nous, cet argent, on ne le voit pas dans nos établissements.
00:43:33Et bien au contraire, on passe notre temps à subir des restrictions budgétaires.
00:43:36Et je pense que ça, c'est important aussi de casser tous ces effets d'annonce qui n'ont
00:43:40aucune réalité sur le terrain. Alors, puisqu'on est sur ces questions d'argent, on peut
00:43:48aussi parler de la question qui fâche peut-être un petit peu et sur laquelle il y a un petit
00:43:53trouble depuis un ou deux jours avec la sortie des études de l'OCDE qui ont été exploitées
00:43:58d'une manière un peu bizarre parfois. Alors vous, enseignant français, vous ne gagnez
00:44:03pas si mal que ça, finalement, votre vie ?
00:44:05Il faudrait presque qu'on sorte du bulletin de paye pour prouver parce que c'est du
00:44:08grand n'importe quoi médiatique à l'heure actuelle sur des sommes faramineuses que toucheraient
00:44:13les enseignants. Je vais vous donner des chiffres réels. En 1980, le salaire des enseignants
00:44:19qui débutaient, c'était deux fois le SMIC. En 2019, c'est 1,2 fois le SMIC. En 20 ans,
00:44:25on a perdu deux mois de salaire par an. Alors j'espère qu'il n'y a pas de prof
00:44:29de maths
00:44:29parce que je vais faire un raccourci. En gros, vous imaginez en 20 ans, on perd deux mois
00:44:33de salaire. Si on dit qu'en prenant un salaire à 2 000 euros, ça fait 4 000 fois 20,
00:44:38c'est
00:44:3880 000 euros qu'on aurait perdu en 20 ans. Bon, je vais trop vite. Ce n'est pas juste
00:44:42ce que je dis, mais quand même, ça donne la dimension. Une autre information très importante.
00:44:47Un prof qui débute sa carrière aujourd'hui fait une demande de prime d'activité et il
00:44:53obtient. Or, les primes d'activité, c'était des mesures qui relevaient de dispositifs
00:44:58de lutte contre la pauvreté. Donc aujourd'hui, un prof qui entre dans le métier bénéficie
00:45:03de ce type de dispositif. Autre chose, les concours aujourd'hui, les concours ont du
00:45:08mal à trouver preneur. On a de moins en moins de personnes qui ont envie de passer
00:45:13les concours de PLP, de l'EKPS et les PE. Mais oui, mais pourquoi ? Parce qu'on a des
00:45:18conditions de travail qui s'aggravent, mais c'est surtout aussi les conditions salariales.
00:45:22Donc, le ministre, il nous annonce... Bon, je passe l'histoire des 300 euros par mois
00:45:27qu'on recevrait. Parce que d'ailleurs, on va mettre une cellule de crise parce qu'on
00:45:32ne sait pas comment gérer tellement c'est énorme ces 300 euros d'augmentation.
00:45:35Oui, je sais, je sais. J'ai fait exprès. J'ai fait exprès. Oui, oui, bien sûr.
00:45:39Qui était évidemment une négociation qui avait été menée avec l'ancien gouvernement
00:45:43qui se met en place. Bon, passons ça. Mais lui nous dit je vais ouvrir des négociations
00:45:50parce que le régime des retraites va être très défavorable aux fonctionnaires et encore
00:45:55plus défavorable aux enseignants. Et ça, c'est vrai. Les enseignants vont faire partie
00:46:01des plus gros perdants en termes de... dans la nouvelle réforme des retraites. Donc lui,
00:46:06son seul but, c'est... Alors on n'a pas le calendrier, on n'a rien. C'est juste d
00:46:10'ouvrir
00:46:10pour limiter les dégâts. Mais pour nous, à la FSU, c'est hors de question. On a quand même
00:46:1410 ans de gel de point d'indice. Donc il y a un retard salarial qu'il faut rattraper.
00:46:19On est un fort décrochage salarial par rapport à nos qualifications. Donc c'est ensemble
00:46:24et ça remue en salle des profs en ce moment sur ces questions-là. C'est ensemble qu'il
00:46:30faut demander des mesures urgentes de rattrapage de toutes ces années perdues en fait en termes
00:46:37salariales et évidemment un peu de considération sur un revenu qui correspondrait à minima à
00:46:43nos qualifications et à nos conditions de travail.
00:46:51Juste rajouter un point par rapport à ce que tu disais, Sigrid. Alors bien évidemment,
00:46:55le rattrapage maintenant, il dégèle du point d'indice immédiatement. Mais tout ça, ça
00:47:00se traduit par une crise de recrutement qui s'enlise. Moi, je prends juste le département
00:47:04de la Seine-Saint-Denis. Là, on est le 13 septembre. On a perdu plus de 700 postes non pourvus
00:47:09au concours faute de candidats. Voilà. On n'a même plus de listes complémentaires
00:47:13parce qu'il n'y a pas de candidats. Donc on ne peut même pas ouvrir. Et on est déjà
00:47:16à 582 contractuels recrutés. Donc c'est 500 personnels qui sont mis sur le tas devant
00:47:21des classes, qui sont en charge de classe face à des élèves qui ne savent pas forcément
00:47:25faire, qui ne sont pas accompagnés. Et ça pèse aussi sur la scolarité des enfants.
00:47:31Si on en est là le 13 septembre, on s'interroge à combien en serons-nous au mois de juin
00:47:36en sachant
00:47:37que l'année dernière, on a fini à 687 contractuels sur l'année. Voilà.
00:47:47Juste, je rajoute que la mobilisation de l'année dernière des enseignants, elle ne visait pas
00:47:51que la réforme du lycée, que la loi Blanquer. Elle visait aussi la réforme de la fonction
00:47:56publique. Donc cette réforme de la fonction publique, elle est passée pendant les vacances
00:48:00dans l'ignorance totale de la population. Il faut savoir que dans la réforme de la fonction
00:48:05publique, on incite de plus en plus dans l'éducation nationale à recruter des contractuels.
00:48:11C'est quoi un contractuel ? Vous savez peut-être que les enseignants passent des concours,
00:48:15donc CAPES, CAPEPS, etc. On a chacun des noms particuliers. En tout cas, on passe un concours
00:48:19qui est exigeant, qui implique que quand on est face à nos élèves, on est formé, ou en
00:48:24tout cas on a au moins le bagage disciplinaire pour enseigner. De plus en plus, on veut recruter
00:48:30des contractuels qui sont corvéables à merci. Ça veut dire quoi d'être contractuel ? Ça veut dire
00:48:33qu'un certain nombre de nos collègues, donc qui ne passent pas le concours, n'ont
00:48:38des contrats qui ne vont que de septembre à juin, donc qui ne sont pas payés l'été,
00:48:42qui pendant tout l'été ne savent jamais dans quelle classe ils vont enseigner à la
00:48:46rentrée, donc ils sont dans la capacité totale de préparer leur programme, qui sont
00:48:50parfois nommés du jour au lendemain sur un poste à parfois plus d'une heure de chez eux.
00:48:57Et alors là, le pompon, j'ai envie de dire, c'est que vous avez parfois même des
00:49:02contractuels qui sont sur certains postes dans nos établissements, qui demandent d'être
00:49:07stabilisés, à qui on refuse cette stabilisation et nous à la rentrée, on n'a plus personne
00:49:12sur ce poste. Et moi dans mon établissement, c'est le cas. Il nous manque toujours, à l'heure
00:49:15où je vous parle, des postes en physique chimie et des postes dans les matières techno, là
00:49:19où on avait des collègues contractuels qui avaient ces postes l'année dernière et qui
00:49:22n'ont pas été renouvelés pour on ne sait quelle raison. Donc la volonté du gouvernement
00:49:27en incitant à recruter de plus en plus de contractuels, c'est de recruter des gens
00:49:31qui seront corvéables à Merci, qui ne pourront pas bouger une oreille parce qu'ils auront
00:49:36cette épée de Damoclès du contrat en septembre au-dessus de la tête. C'est ça ce gouvernement.
00:49:41Il va faire des enseignants, des exécutants. Nous ne sommes plus des professions intellectuelles.
00:49:45Nous ne sommes plus des penseurs. C'est fini ça. Les profs seront des exécutants.
00:49:50Et c'est ça aussi l'école de la confiance. L'article 1, le devoir d'exemplarité,
00:49:54c'est ça. C'est maintenant soit prof et tétoie, comme le disaient les collègues du collège
00:49:57de Bobigny, qui aujourd'hui ont subi des mesures disciplinaires à Bobigny. Voilà ce que
00:50:02veut Blanquer. Parce qu'en faisant taire les enseignants, évidemment, il y a un tas de
00:50:05réformes qui arrivent derrière. On n'est pas à la fin de ces réformes. Et nous faire
00:50:08taire dès maintenant avec cette loi de la confiance, c'est la manière de dire maintenant
00:50:12le premier qui bougera l'oreille, il y aura cette loi derrière. Il y aura des blâmes,
00:50:15il y aura des sanctions. Il faut savoir qu'aujourd'hui, les proviseurs, les chefs d'établissement
00:50:19peuvent nous sanctionner de 3 jours de mise à pied sans aucune commission disciplinaire,
00:50:24sans aucune intervention des syndicats. Voilà ce que c'est aujourd'hui l'éducation nationale.
00:50:29Je pense qu'il faut qu'on parle un petit peu, parce que l'heure tourne, mais il faut
00:50:33quand même qu'on parle un petit peu de ça. Les autres, vous partagez le constat de ce
00:50:37climat de caporalisation, de répression, de... Je ne sais pas si vous voulez... Oui,
00:50:42oui. Oui, oui. Eh bien, ils le partagent. Mais ça a été bien dit, je crois,
00:50:47effectivement. Et même quand on est extérieur et qu'on est amené à fréquenter des enseignants,
00:50:53on le ressent, la peur. Il faut dire le mot. Il faut dire le mot. Donc comme l'heure
00:50:59avant, je pense qu'on ne peut pas éviter de venir sur... De vous poser cette question-là.
00:51:04Là, on est à 2 semaines de la rentrée. On vient de passer l'année 2018-2019 où il y
00:51:11a eu
00:51:11beaucoup de grèves, de conflits, de mouvements, etc. On a envie de vous demander, de vous
00:51:17poser la question. Qu'est-ce qui va se passer cette année ? Est-ce que ces réformes, elles
00:51:23vont être mises en oeuvre et on n'en parle plus, avec tous les effets que vous venez de
00:51:28nous décrire ? Ou est-ce que... Qu'est-ce qui va se passer ? Voilà. Dites-nous.
00:51:34Alors pour la voie professionnelle, il y a une chose qu'il faut comprendre. Ça va être
00:51:39très difficile de revaloriser la voie professionnelle si on ne revalorise pas les métiers qui vont
00:51:44avec. Maintenant, on porte quand même des revendications ambitieuses pour les élèves
00:51:48sur les... Justement sur les heures de cours, sur la carte des formations, redonner des
00:51:52temps de parcours. Alors au niveau de l'action syndicale, toute l'année précédente, puisque
00:51:56le projet est sorti en 2018, nous avons alerté partout où c'était possible. On a fait
00:52:03des heures d'info syndicale, on a fait des AG, des réunions. On a alerté aussi, évidemment,
00:52:07dans les instances où nous sommes représentatifs, c'est-à-dire aussi bien au ministère, dans
00:52:12les régions, dans les départements. Nous avons porté la revendication des personnels
00:52:16parce que quand un syndicat parle, c'est parce qu'il parle aussi de ce qui se passe sur
00:52:20le terrain. Or, le ministre est resté sourd pour l'instant à tout ce qu'on a pu proposer.
00:52:28Évidemment, on n'a pas réussi, malgré tout le travail syndical, à créer un rapport
00:52:32de force suffisant pour le faire plier. Donc on continue. Il n'y a pas de raison que
00:52:36c'est une rentrée qui va être intenable du point de vue des personnels et qui va monter
00:52:40en puissance année après année. La charge de travail va tellement être accrue qu'elle
00:52:47risque même de déborder sur la vie privée des collègues. Donc là, première action syndicale
00:52:52de la rentrée à la FSU, nous avons porté la réforme de la voix pro au CHSCT. Le CHSCT
00:52:59sur les alertes psychosociaux de cette réforme chez les collègues. Le CHSCT, à la majorité
00:53:04des votants, a confirmé que cette réforme était dangereuse pour la santé physique,
00:53:10mentale et sociale des collègues. Donc on continue. On travaille en intersyndicale.
00:53:14Donc la FSU avec la CGT, Solidaire et un collectif qui s'appelle Touche pas à mon lycée
00:53:19pro aussi. On travaille, on va renvoyer une enquête. Cette enquête, on va s'appuyer aussi
00:53:24sur toutes ces actions collectives et syndicales pour continuer à débattre dans les établissements
00:53:29et il faut qu'on construise ensemble le rapport de force. On pourra pas y aller si on est
00:53:331% dans la rue. Notre responsabilité syndicale aujourd'hui, c'est vraiment de transformer
00:53:39ce mécontentement, cette colère qui est présente dans les établissements parce qu'il n'y a
00:53:44pas d'adhésion aux réformes. Je le redis, c'est clair. Maintenant, il faut qu'on travaille
00:53:48justement la transformation de cette colère en mobilisation. Et moi, j'y crois, évidemment,
00:53:54sinon je serais pas syndicaliste. Et je pense que ça va être possible au fur et à mesure
00:53:58que tout se met en place. Et à partir de là, on prendra nos responsabilités pour créer
00:54:03ce rapport de force dans un mouvement de grève. Et il faudra face à ce rouleau compresseur
00:54:08une grève massive, une grève majoritaire, une grève dure. Mais il faut la construire.
00:54:14On est encore dans la construction.
00:54:18Marilène Plard du SNIP dans les écoles.
00:54:21Alors, au niveau du 1er degré et du SNIP-EP, ça commence dès la rentrée. Enfin, ça a
00:54:28commencé dès la rentrée et ça se poursuit, j'oserais dire. Voilà. Les enseignants,
00:54:31on a connu 3 mois de très forte mobilisation dans le 1er degré, de mars à juin, comme
00:54:36je disais. Une mobilisation qu'on a vraiment construite avec les parents. On a expliqué.
00:54:39Effectivement, il y a le projet idéologique de cette réforme. Et là, on rentre dans une
00:54:43phase pour nous de résistance pédagogique, clairement. Et ça commence lundi en refusant
00:54:47de passer les évaluations. Voilà. Et ça ne va pas être que ça. Voilà. C'est
00:54:54qu'effectivement, parce que les collègues qui refusent de faire passer, ils subissent
00:54:58des pressions. Alors, ça va de la visite, de la convocation chez l'IEN, de la visite
00:55:03de certains qui vont dire, tu refuses, je t'envoie un personnel contractuel qui, lui, ne peut
00:55:07pas refuser pour les faire passer à ta place. Et ça peut aller jusqu'au retrait de salaire,
00:55:11voire à la sanction disciplinaire. Et ce qui s'est produit, pas sur le département,
00:55:16mais sur d'autres, au fait de, tu étais en CP, tu as refusé de faire passer les évaluations,
00:55:21donc on ne te confiera plus de CP prochainement. Voilà. Mais la résistance pédagogique, elle
00:55:25va aussi passer par le fait de ne pas appliquer la méthode préconisée ministérielle, à
00:55:29savoir la syllabique, bababibobu, parce que de fait, là, on en a parlé de l'idéologie.
00:55:35On est aussi sur une remise en cause des programmes. Alors, même s'il ne les remet pas en cause
00:55:40officiellement, mais on a une pluie de circulaires ministérielles et on voit bien que ce qui se
00:55:44dessine derrière, on n'est que sur des apprentissages mécaniques. On veut faire de nos enfants
00:55:48des techniciens. Voilà. On n'est pas là pour les former à penser, interpréter le monde,
00:55:54prendre du recul sur les choses. Et ce n'est pas notre mission. Et clairement, pour nous,
00:55:57à la FSU, voilà, comme tu commets à Dissigret, on pense qu'à l'école, tout le monde est
00:56:01capable, qu'il faut déployer les bonnes méthodes pour. Et la vraie question, c'est
00:56:05quelle école pour quelle société demain ? Voilà.
00:56:13Alors, je vais être très concret. Nous, on est en grève en ce moment, donc on a besoin
00:56:16de votre soutien dans mon établissement. Pour ceux qui le veulent, je suis venu avec
00:56:21les tracts et on a un lien vers la caisse de grève parce que dans mon établissement,
00:56:26outre tout ce qu'on vient de vous expliquer, on est en plus dans une zone où les gamins,
00:56:31comme je vous ai dit, viennent de collèges repérés plus, où on n'a absolument aucun
00:56:34moyen pour tout vous dire. En plus, on n'a plus du tout aucun moyen pour les projets
00:56:37pédagogiques, par exemple. Donc les sorties, les voyages terminés, les gamins apprennent
00:56:41le minimum syndical. C'est ça, l'apprentissage, y compris dans le général, dans les classes
00:56:45ouvrières. Concrètement, nous, ce qu'on veut, c'est surtout travailler avec les parents.
00:56:51C'est ce qu'on essaye, nous, de faire sur notre établissement. Dès mardi matin, nous
00:56:55serons en grève. Les parents ont décidé de bloquer l'établissement. On a été reçu
00:57:00hier au rectorat qui nous a expliqué qu'en fait, si on voulait plus de moyens, il fallait
00:57:04faire des cours à 60. On a un amphi dans l'établissement, alors en plus qui est en travaux. Mais
00:57:09effectivement,
00:57:10en faisant des cours à 60, on pourra gagner des heures pour les autres classes. Voilà ce
00:57:13qu'on nous répond au rectorat. Et on a dû batailler pendant une demi-heure pour que la délégation
00:57:17des parents qui étaient présents et des élèves puissent monter. C'est-à-dire que le rectorat
00:57:21refusait que les parents et les élèves puissent monter, c'est-à-dire les premiers concernés.
00:57:25Voilà où on en est dans l'éducation nationale. Mais évidemment, ça, ils ne veulent pas le
00:57:28médiatiser. Donc nous, mardi matin, on sera en grève avec les parents, avec les élèves
00:57:33pour dire stop. L'éducation nationale, c'est pas la caporalisation. L'éducation nationale,
00:57:37comme disait la collègue, c'est pas juste apprendre au gamme à devenir employable. C'est leur donner
00:57:42les moyens de s'émanciper, de penser par eux-mêmes dans cette société qui est de plus en plus
00:57:47dure en plus face à eux. Juste, nous, au niveau de la coordination de la GIF de France et de
00:57:54la
00:57:54coordination nationale, on est en train de mettre en place un comité de contre-suivi parce que tout
00:57:59l'été Blanquer a peroré sur tel observatoire des salaires des enseignants, tel comité de suivi
00:58:07de la réforme. Évidemment, nous n'en voyons pas encore le début d'un commencement. Nous, à la
00:58:13coordination nationale, on fait ce qu'on dit. On avait dit qu'on ferait une université d'été. On l
00:58:17'a fait.
00:58:17On est en train de mettre en place là un comité de contre-suivi en envoyant à tous les collègues
00:58:22des
00:58:22questionnaires sur leurs conditions de rentrée pour pouvoir dire d'ici un mois ou deux, voilà ce que
00:58:27c'est la rentrée Blanquer. On a fait une conférence de presse hier déjà avec les premiers éléments.
00:58:30Mais voilà tous les éléments qui vont remonter dans quelques mois et qui seront à la parole du terrain.
00:58:34Enfin, la dernière chose que je voudrais dire et je conclurai moi pour ma part là-dessus, c'est
00:58:38qu'évidemment, nous, les enseignants, on appelle à la convergence. Aujourd'hui, c'est tous les
00:58:41services publics qui sont dans le même bateau. Et on est nombreux à soutenir aujourd'hui les cheminots
00:58:46qui ont fait une grève admirable, qui, nous l'espérons, continuera. Et nous, les enseignants, on est
00:58:51prêts à les rejoindre parce qu'on est tous dans le même bateau face aux retraites, face à ces réformes
00:58:56de la fonction publique qui ne cherchent qu'à démultiplier les inégalités dans une société qui, depuis le
00:59:01programme du CNR en 1945, a tout fait pour les combattre. Voilà.
00:59:08Oui. Même si je suis un peu minoritaire, parce que moi, je ne suis pas enseignante, je suis parent.
00:59:14Alors, en fait, ce que je voulais dire pour ma conclusion, c'est qu'à l'école, en fait, il
00:59:19y a les enseignants,
00:59:20mais il y a aussi les parents. On n'a pas le même rôle, mais la coéducation, en fait, il
00:59:26faut y croire et en fait,
00:59:28il faut travailler ensemble au quotidien. Le parent, à l'école, en fait, doit être acteur pleinement et pas faire
00:59:37appel à lui
00:59:38lorsqu'on a besoin ou de temps en temps. En fait, le représentant des parents dans une école doit se
00:59:44mêler de tout,
00:59:45en fait, même de la pédagogie. Alors avec, voilà, dans son espace et dans son rôle et avec son expérience,
00:59:54puisque c'est une expérience, ce n'est pas une expertise. Voilà. Donc je pense qu'il faut vraiment faire
00:59:59ça.
00:59:59Après, je pense qu'on partage tous là autour de cette table l'inquiétude, effectivement,
01:00:05que les corps intermédiaires que nous sommes sont quand même mis de côté. Tu évoquais, Jimmy, tout à l'heure,
01:00:12les parents qui ont refusé qu'ils montent ou des choses comme ça. Ce n'est pas possible puisqu'il
01:00:16y a un code de l'éducation
01:00:18où les parents, les représentants des parents ont des droits et donc il faut les respecter.
01:00:23Ensuite, moi, je finirais juste par dire qu'en fait, il faut vraiment remettre l'élève et le respect des
01:00:30rythmes de l'élève
01:00:30au cœur du système éducatif. En fait, il faut qu'il soit acteur de son parcours scolaire et ça fonctionnera
01:00:37beaucoup mieux. Voilà. Mais ce n'est pas fini, quoi, le combat. On continue. Voilà. Merci à tous.
01:00:46Voilà. Je crois qu'il est l'heure. J'espère qu'on vous a apporté des éclairages suffisants,
01:00:52y compris pour vous montrer que ce qui se passe dans l'école ne concerne pas seulement les acteurs
01:00:57de l'école eux-mêmes, mais que c'est un enjeu pour l'ensemble de la société, ce qui est
01:01:00en train
01:01:01de s'y passer et pour l'avenir de notre société parce que je crois que c'est vraiment ça
01:01:04qui se passe
01:01:05et qu'il va falloir ne rien lâcher, comme on dit. Voilà. Merci. Bonsoir.
01:01:10Merci.
01:01:12Merci.
01:01:12Merci.
01:01:13Merci.
01:01:14Merci.
01:01:15Merci.

Recommandations