00:00Il y a une difficulté à trouver un emploi
00:02quand vous êtes une minorité sexuelle déjà,
00:04surtout une minorité on va dire visible.
00:06Les gens se disent que c'est de la politique de parler,
00:08de juste dire les mots
00:10je suis trans, même si tout le monde le sait.
00:15Je m'appelle Hélène,
00:18je suis étudiante en sciences infirmières.
00:20En ce moment, je fais mon
00:22troisième stage de première année,
00:23dans un collège, dans le sud de Paris,
00:25en tant qu'infirmière scolaire.
00:26C'est la première fois que je travaille au milieu scolaire,
00:28j'avais déjà travaillé à l'hôpital avant parce que j'ai des secrétaires médicales,
00:31donc l'hôpital je connaissais, et en fait j'aime beaucoup.
00:33Évidemment, c'est une place privilégiée
00:35pour entendre parler de tout.
00:36Les gamines commencent à avoir leurs premières règles,
00:38donc c'est un grand sujet, prévention d'endométriose, etc.
00:41Mais ce qui est très intéressant aussi,
00:43c'est tout le côté social.
00:44C'est toujours nous, et rarement l'assistante sociale,
00:46ou rarement la CPE, qui allont recueillir
00:48des témoignages de violences.
00:51En fait, je n'ai pas fait d'aucune gueule,
00:53je ne suis pas venu leur dire
00:54oui, je suis trans. Déjà, ça aurait été bizarre.
00:56Personne ne m'aurait fait leur marre,
00:58qu'on ne m'a jamais posé la question, donc
00:59j'en ai pas parlé, je ne considère pas que j'ai à en parler.
01:02Et globalement, les élèves m'appellent madame,
01:05les autres ont majeur correctement,
01:06donc il n'y a pas tellement de soucis.
01:13De temps en temps, je me fais insulter dans la rue,
01:14des choses comme ça. Je me suis déjà
01:16fait agresser par des connards.
01:18Je pense que ça arrive à peu près à tout le monde,
01:20à toutes les meufs trans en tout cas.
01:21Au travail, ça va. Je n'ai jamais rien en face.
01:24A l'école, le premier jour,
01:25on m'a prise à part pour me dire
01:27« Ah, vous voulez que vous
01:29vous appelez comme ça ? »
01:31Sinon, ça s'est plutôt bien passé.
01:33Il y avait, je pense, pas mal de bienveillance,
01:34il y avait juste peut-être un peu de maladresse.
01:36J'ai déjà eu des questions, genre, vous êtes un homme ou une femme,
01:39mais je n'ai rien eu de vraiment plus problématique que ça.
01:41Je n'ai jamais eu de personne qui a essayé
01:43de débattre avec moi sur des grandes questions,
01:46genre, oui, est-ce que
01:47les femmes trans, on doit utiliser les toilettes des femmes
01:49ou je ne sais pas quelle connerie à la mode
01:51en ce moment chez les réactionnaires ?
01:53Je pense que ce qui doit faire peur à beaucoup
01:55d'administrations, d'employeurs, etc.
01:57sont des remarques un peu basiques
02:00aux ressources humaines, genre
02:01« Ah, mais si on embauche des minorités
02:04de genre, des femmes, elles vont venir
02:06se plaindre tout le temps,
02:08qu'on les discrimine, machin, machin,
02:10et du coup, il va toujours y avoir des gens
02:12en sciences humaines et ça va être le bordel. »
02:14Je pense que c'est ça la mentalité qu'il y a
02:16des fois derrière des discriminations,
02:18quand ce n'est pas directement de l'hostilité transphobe
02:21ou raciste ou je ne sais quoi.
02:23J'ai choisi ce boulot-là aussi en tant que femme trans
02:25parce que c'est un boulot où ils ont plus besoin
02:27de toi que de l'inverse.
02:29Quand tu as un diplôme des métiers de santé,
02:31il y a plus d'offres d'emploi que de demandes.
02:34Il n'y a pas grand monde qui veut y travailler.
02:36Il y a une sécurité de l'emploi, comme on dit,
02:37qui fait que même en étant minorisé,
02:40on a besoin d'infirmières, on a besoin de soignantes.
02:42Du coup, non, je n'envisage pas de changer de carrière.
02:45Et en plus, j'aime travailler dans la santé.
02:47Les filles que je connais notamment
02:48sont assez souvent dans des situations
02:50de précarité importante avec du chômage
02:53ou des petits boulots.
02:54Mais oui, moi, j'ai une amie qui travaille en restauration.
02:57Ça, c'est un produit qui se fait beaucoup.
02:59Restauration, cuisine, salle,
03:00travail du sexe, prostitution,
03:02ça, c'est un classique malheureusement.
03:03Il y a une difficulté à trouver un emploi
03:05quand vous êtes une minorité sexuelle déjà.
03:08surtout une minorité, on va dire, visible.
03:09Le classique, c'est...
03:11Bon, les filles que je connais qui travaillent,
03:12c'est pareil, on n'est pas out au taf.
03:14Sinon, les gens considèrent que c'est un emmerdement.
03:16C'est aussi, je pense, une insécurité.
03:18Pas tant dans le fait que tous les jours,
03:20on va se prendre des insultes, des machins.
03:21On vous traite un peu à part
03:23parce qu'on vous dit
03:24que vous êtes une bombe à retardement, à problème,
03:26le truc, et que si un incident arrive,
03:28à mon avis, c'est pas de mon parti qu'on va prendre.
03:32Mais disons que l'expérience quotidienne du travail,
03:35le sujet n'est pas abordé, tout simplement.
03:37Parce que je pense que les gens se disent
03:38que c'est un sujet controversé aussi.
03:41Il ne faut pas faire de débat,
03:42il ne faut pas faire de politique.
03:44Et les gens se disent que c'est de la politique de parler,
03:46de juste dire les mots,
03:48je suis trans, même si tout le monde le sait.
03:50Les gens pourraient avoir des opinions
03:51et ça pourrait créer des tensions dans l'équipe.
03:53La stabilité de l'emploi des personnes trans,
03:56ce côté-là, pour moi, il passe par l'organisation du travail
03:58et aussi par des avancées qui doivent être faites
04:01au sein des syndicats.
04:02On n'a jamais rien résolu par magie.
04:05On résout les choses par l'organisation.
04:07Pour moi, essentiellement, aujourd'hui,
04:09la question, elle passe par un changement des mentalités
04:12au sein des organisations de travailleurs eux-mêmes.
04:23...
04:24...