00:00Soutien aux gilets jaunes, discours en faveur du pouvoir d'achat, opposition à la réforme des retraites.
00:05Dans un pays abîmé par des politiques libérales brutales,
00:08un parti d'extrême droite se prétend défenseur des classes populaires et du monde du travail.
00:15Ce discours du Rassemblement National n'a pourtant rien à voir avec la justice sociale.
00:19Ses récents revirements en témoignent.
00:22Tergiversation sur les mesures sociales,
00:24disposition en faveur du pouvoir d'achat qui se retrouve supprimée de son programme,
00:28vote contre les augmentations de salaires, contre le rétablissement de l'ISF, contre l'attaque Zuckmann.
00:34A l'image d'un Jordan Bardella multipliant les mains tendues au patronat,
00:38le RN assume un projet de plus en plus libéral et révèle son vrai visage.
00:44Celui de l'instrumentalisation des questions sociales a des fins xénophobes, racistes et réactionnaires.
00:55Alors, quelles sont les positions du Rassemblement National sur les questions sociales ?
00:59Remontons en juin 2022.
01:01Après cinq années de macronisme, le parti d'extrême droite a fait bondir son nombre de députés.
01:05Alors qu'il n'était que huit en 2017, ils sont désormais 89 à l'Assemblée Nationale.
01:1089 députés qui permettent au RN de disposer d'un groupe parlementaire et,
01:14en l'absence de majorité absolue, de peser dans les débats.
01:17Leurs votes vont donc être déterminants.
01:19Sur la question des salaires d'abord.
01:21En juillet, l'inflation dépasse les 6% sur un an.
01:24La gauche propose le passage immédiat du SMIC de 1329 euros à 1500 euros net.
01:30Le groupe RN s'y oppose, comme pour l'indexation des salaires sur l'inflation.
01:35Ce n'est que le début d'une série de votes antisociaux.
01:38Aux côtés des macronistes et de la droite LR,
01:40le RN s'oppose notamment à plusieurs reprises au gel des loyers et au retour de l'ISF.
01:44Mais la séquence majeure de cette législature reste celle de la réforme des retraites.
01:48Celle-ci est adoptée par 49-3, sans vote des députés, en avril 2023.
01:53Le RN s'oppose alors à ce texte qui reporte l'âge de départ de 62 à 64 ans et
01:58allonge la durée de cotisation.
01:59Pas question d'aller contre une opinion publique largement défavorable et un mouvement social d'une ampleur inédite.
02:05Mais alors, vraie opposition ou faux semblant ?
02:09Au cours du débat, la gauche propose de nouvelles recettes pour la sécurité sociale
02:13en réponse à l'exécutif qui justifie sa réforme par un déficit explosif du système de retraite.
02:19C'est tout le contraire au RN.
02:20Lors de chaque débat sur le budget de la sécurité sociale,
02:23le parti d'extrême droite s'oppose à toute réduction des exonérations de cotisations sociales pour les entreprises.
02:29Jordan Bardella s'est fait plusieurs fois le porte-parole de mesures
02:32ayant pour conséquence un assèchement des ressources de la sécurité sociale.
02:35L'augmentation du SMIC serait quand même en grande partie payée par les chefs d'entreprise.
02:39Nous disons que nous permettrons à l'ensemble des chefs d'entreprise d'augmenter les salaires de 10%.
02:46Cette augmentation de salaire de 10% sera exonérée de cotisations patronales pendant 5 ans.
02:52Traduction de cette seule véritable proposition en matière de salaire,
02:55un revenu net plus élevé met seulement au bon vouloir de l'employeur sans aucune contrainte.
03:00Et surtout, un système de soins en péril en sabrant dans les cotisations patronales.
03:04Des positions peu compatibles avec un départ à 60 ans,
03:07pourtant évoquées par Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle.
03:10Lors du débat en 2023, le RN avait très bien conscience de cette imposture.
03:14Candidat au poste de Premier ministre, Jordan Bardella l'assumera
03:17lors de la campagne pour les élections législatives anticipées de 2024.
03:21Est-ce que vous abrogez la réforme des retraites ?
03:23Nous verrons, excusez-moi,
03:2566 ans, donc plus tard que dans la réforme actuelle d'Emmanuel Macron et d'Abrigal Attal.
03:30Pour une raison très sain.
03:33Vous n'aviez jamais donné ce chiffre-là avant.
03:34Donc il y aura des gagnants et des perdants avec l'abrogation de cette réforme.
03:39Par définition.
03:40Le RN tombe le masque et scelle une alliance avec l'ultralibéral Éric Ciotti.
03:44A l'image de ce volte-face sur les retraites,
03:47le programme pour les élections législatives se voit amputé
03:50de la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité.
03:53Cette mesure se voit elle aussi renvoyée à un second temps.
03:56Résultat, plus aucune mesure ambitieuse en faveur du pouvoir d'achat
04:00ou de la justice fiscale ne figure dans le projet du RN.
04:03C'est le chemin inverse qui est pris,
04:05avec la promesse de nouvelles niches fiscales destinées au gros patrimoine.
04:09Pas de rétablissement de l'ISF,
04:11mais une suppression de l'impôt sur la fortune immobilière,
04:13l'IFI, pour le remplacer par un impôt sur la fortune financière.
04:17Un dispositif qui exonère d'impôt les résidences principales
04:21et les biens professionnels pour à peine 500 000 euros
04:23de recettes annuelles supplémentaires.
04:25Le RN annonce aussi son intention de faciliter les dons familiaux
04:29et de relever l'abattement sur les successions et donations.
04:35Pour le parti le péniste, la préférence nationale,
04:38principe xénophobe et anticonstitutionnel,
04:40est préférée à la justice sociale.
04:42Le programme est clair.
04:43Guerre aux immigrés, aux mineurs isolés et tapis rouge au MEDEF.
04:47Il est mis en échec par le Front Républicain en juillet 2024.
04:50Mais une fois de plus, le RN est arrivé premier
04:53chez les ouvriers et employés qui sont allés voter.
04:55Renforcé à l'Assemblée, le parti d'extrême droite
04:57se montre de plus en plus soucieux de donner des gages de crédibilité
05:01dans le domaine économique.
05:02Il se rapproche encore du grand patronat
05:04et publie fin 2024 un livre et entreprise rempli de nouvelles mesures libérales.
05:09Parmi elles, une baisse de 20% des impôts de production,
05:11la suppression de la contribution foncière des entreprises,
05:15l'exonération de la contribution sociale de solidarité des sociétés
05:18ou l'encouragement du crédit impôt recherche et innovation,
05:21une dépense publique majeure qui n'est pourtant l'objet d'aucun conditionnement.
05:25L'addition est salée.
05:26Elle se retrouvera dans ses votes lors de l'examen du budget 2025.
05:29Dans son contre-budget, à l'automne 2024,
05:32le RN propose par exemple de supprimer 2000 postes d'enseignants
05:35et de diminuer de 23 à 18% le personnel non-enseignant dans l'éducation nationale.
05:41Aux côtés des LR et des macronistes,
05:43les parlementaires d'extrême droite votent
05:45contre leur établissement de l'ISF,
05:47contre la hausse de la progressivité de l'impôt sur le revenu,
05:49contre la suppression de l'abattement fiscal sur les dividendes.
05:52Quelques mois plus tard, en juillet 2025,
05:55un rapport sénatorial estime à 211 milliards d'euros
05:57les aides publiques annuelles perçues par les entreprises en France.
06:01Des sommes soumises à aucune contrepartie ni évaluation
06:03et majoritairement captées par les grands groupes.
06:06Trop occupé à son opération de séduction des milieux économiques,
06:10le RN n'en fait évidemment aucune mention.
06:12Pour l'extrême droite, la mauvaise dépense publique est ailleurs.
06:16Jordan Bardella en donne sa vision
06:17dans une lettre aux entrepreneurs de France en septembre 2025.
06:21Plus de 100 milliards d'euros peuvent être économisés
06:23en mettant fin à l'immigration d'assistanat,
06:25au subventionnement des énergies intermittentes,
06:27à l'excès de l'aide publique au développement d'autres pays
06:30ou encore aux millefeuilles administratives,
06:32ainsi qu'aux coûts exorbitants de la bureaucratie d'État.
06:35Écrit le président du RN.
06:41Sept ans après le soutien apporté aux Gilets jaunes,
06:43Marine Le Pen s'oppose à la journée de mobilisation du 10 septembre 2025.
06:48Cet appel à bloquer le pays avait émergé sur les réseaux sociaux au cours de l'été.
06:52Son déclencheur, le projet de budget annoncé par François Bayrou,
06:56une purge austéritaire visant les travailleurs,
06:58les services publics et la sécurité sociale.
07:01La suite, on la connaît.
07:02François Bayrou prend la porte et Sébastien Lecornu s'y prend à deux fois
07:06pour former un gouvernement et échapper à la censure in extremis.
07:09Et derrière l'annonce d'un décalage de la réforme des retraites,
07:12son projet de budget reste fidèle à celui de son prédécesseur.
07:15Fidèle aussi à l'esprit du projet de François Bayrou,
07:18continuer le chantage à la dette et en faire porter le poids aux classes populaires.
07:22L'examen de ce projet de loi de finances pour 2026 a débuté à l'Assemblée nationale.
07:26Symbole de ces positions désormais pro-business,
07:29le RN a voté contre la taxe Zuckman,
07:31y compris dans sa forme allégée, défendue par les députés socialistes.
07:34La proposition a pourtant remis ces derniers mois la justice fiscale au cœur des débats.
07:38Plébiscitée par 85% des Français,
07:41elle vise à imposer à 2% les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros,
07:45ce qui concerne à peine 1 800 personnes.
07:47Fin octobre et début novembre à l'Assemblée,
07:49les députés RN ont aussi limité la portée d'une taxe sur les holdings,
07:53pris position contre une hausse de la contribution de solidarité sur les hauts revenus
07:58et se félicite de s'être battu contre le plafonnement des rémunérations en entreprise.
08:03Le RN préfère mettre en avant son vote pour un nouvel impôt sur la fortune immobilière
08:07à la portée largement plus limitée que la taxe Zuckman.
08:10Ce vote ne change pas le constat général.
08:13Le parti d'extrême droite avance désormais à visage découvert,
08:16avec des positions parfois plus austéritaires que celles des macronistes.
08:19Dans ses dernières propositions, il s'attaque plus violemment que jamais aux droits au logement,
08:24à l'audiovisuel public, au monde associatif et évidemment aux services publics.
08:29Sur le budget 2026, il devra assumer chacun de ses votes libéraux.
08:33L'occasion de voir son vernis social craquer pour de bon.