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  • il y a 10 heures
Dans un pays abîmé par des politiques libérales brutales, un parti d’extrême droite se prétend défenseur des classes populaires et du monde du travail. Ce discours du Rassemblement national n’a pourtant rien à voir avec la justice sociale. Ses récents revirements en témoignent, à l’image d’un Jordan Bardella multipliant les mains tendues au patronat. Le RN assume un projet de plus en plus libéral et révèle son vrai visage : celui de l’instrumentalisation des questions sociales à des fins xénophobes, racistes et réactionnaires.

Une enquête de Martin Jamet et Florent Le Du.

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Transcription
00:00Soutien aux gilets jaunes, discours en faveur du pouvoir d'achat, opposition à la réforme des retraites.
00:05Dans un pays abîmé par des politiques libérales brutales,
00:08un parti d'extrême droite se prétend défenseur des classes populaires et du monde du travail.
00:15Ce discours du Rassemblement National n'a pourtant rien à voir avec la justice sociale.
00:19Ses récents revirements en témoignent.
00:22Tergiversation sur les mesures sociales,
00:24disposition en faveur du pouvoir d'achat qui se retrouve supprimée de son programme,
00:28vote contre les augmentations de salaires, contre le rétablissement de l'ISF, contre l'attaque Zuckmann.
00:34A l'image d'un Jordan Bardella multipliant les mains tendues au patronat,
00:38le RN assume un projet de plus en plus libéral et révèle son vrai visage.
00:44Celui de l'instrumentalisation des questions sociales a des fins xénophobes, racistes et réactionnaires.
00:55Alors, quelles sont les positions du Rassemblement National sur les questions sociales ?
00:59Remontons en juin 2022.
01:01Après cinq années de macronisme, le parti d'extrême droite a fait bondir son nombre de députés.
01:05Alors qu'il n'était que huit en 2017, ils sont désormais 89 à l'Assemblée Nationale.
01:1089 députés qui permettent au RN de disposer d'un groupe parlementaire et,
01:14en l'absence de majorité absolue, de peser dans les débats.
01:17Leurs votes vont donc être déterminants.
01:19Sur la question des salaires d'abord.
01:21En juillet, l'inflation dépasse les 6% sur un an.
01:24La gauche propose le passage immédiat du SMIC de 1329 euros à 1500 euros net.
01:30Le groupe RN s'y oppose, comme pour l'indexation des salaires sur l'inflation.
01:35Ce n'est que le début d'une série de votes antisociaux.
01:38Aux côtés des macronistes et de la droite LR,
01:40le RN s'oppose notamment à plusieurs reprises au gel des loyers et au retour de l'ISF.
01:44Mais la séquence majeure de cette législature reste celle de la réforme des retraites.
01:48Celle-ci est adoptée par 49-3, sans vote des députés, en avril 2023.
01:53Le RN s'oppose alors à ce texte qui reporte l'âge de départ de 62 à 64 ans et
01:58allonge la durée de cotisation.
01:59Pas question d'aller contre une opinion publique largement défavorable et un mouvement social d'une ampleur inédite.
02:05Mais alors, vraie opposition ou faux semblant ?
02:09Au cours du débat, la gauche propose de nouvelles recettes pour la sécurité sociale
02:13en réponse à l'exécutif qui justifie sa réforme par un déficit explosif du système de retraite.
02:19C'est tout le contraire au RN.
02:20Lors de chaque débat sur le budget de la sécurité sociale,
02:23le parti d'extrême droite s'oppose à toute réduction des exonérations de cotisations sociales pour les entreprises.
02:29Jordan Bardella s'est fait plusieurs fois le porte-parole de mesures
02:32ayant pour conséquence un assèchement des ressources de la sécurité sociale.
02:35L'augmentation du SMIC serait quand même en grande partie payée par les chefs d'entreprise.
02:39Nous disons que nous permettrons à l'ensemble des chefs d'entreprise d'augmenter les salaires de 10%.
02:46Cette augmentation de salaire de 10% sera exonérée de cotisations patronales pendant 5 ans.
02:52Traduction de cette seule véritable proposition en matière de salaire,
02:55un revenu net plus élevé met seulement au bon vouloir de l'employeur sans aucune contrainte.
03:00Et surtout, un système de soins en péril en sabrant dans les cotisations patronales.
03:04Des positions peu compatibles avec un départ à 60 ans,
03:07pourtant évoquées par Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle.
03:10Lors du débat en 2023, le RN avait très bien conscience de cette imposture.
03:14Candidat au poste de Premier ministre, Jordan Bardella l'assumera
03:17lors de la campagne pour les élections législatives anticipées de 2024.
03:21Est-ce que vous abrogez la réforme des retraites ?
03:23Nous verrons, excusez-moi,
03:2566 ans, donc plus tard que dans la réforme actuelle d'Emmanuel Macron et d'Abrigal Attal.
03:30Pour une raison très sain.
03:33Vous n'aviez jamais donné ce chiffre-là avant.
03:34Donc il y aura des gagnants et des perdants avec l'abrogation de cette réforme.
03:39Par définition.
03:40Le RN tombe le masque et scelle une alliance avec l'ultralibéral Éric Ciotti.
03:44A l'image de ce volte-face sur les retraites,
03:47le programme pour les élections législatives se voit amputé
03:50de la baisse de la TVA sur les produits de première nécessité.
03:53Cette mesure se voit elle aussi renvoyée à un second temps.
03:56Résultat, plus aucune mesure ambitieuse en faveur du pouvoir d'achat
04:00ou de la justice fiscale ne figure dans le projet du RN.
04:03C'est le chemin inverse qui est pris,
04:05avec la promesse de nouvelles niches fiscales destinées au gros patrimoine.
04:09Pas de rétablissement de l'ISF,
04:11mais une suppression de l'impôt sur la fortune immobilière,
04:13l'IFI, pour le remplacer par un impôt sur la fortune financière.
04:17Un dispositif qui exonère d'impôt les résidences principales
04:21et les biens professionnels pour à peine 500 000 euros
04:23de recettes annuelles supplémentaires.
04:25Le RN annonce aussi son intention de faciliter les dons familiaux
04:29et de relever l'abattement sur les successions et donations.
04:35Pour le parti le péniste, la préférence nationale,
04:38principe xénophobe et anticonstitutionnel,
04:40est préférée à la justice sociale.
04:42Le programme est clair.
04:43Guerre aux immigrés, aux mineurs isolés et tapis rouge au MEDEF.
04:47Il est mis en échec par le Front Républicain en juillet 2024.
04:50Mais une fois de plus, le RN est arrivé premier
04:53chez les ouvriers et employés qui sont allés voter.
04:55Renforcé à l'Assemblée, le parti d'extrême droite
04:57se montre de plus en plus soucieux de donner des gages de crédibilité
05:01dans le domaine économique.
05:02Il se rapproche encore du grand patronat
05:04et publie fin 2024 un livre et entreprise rempli de nouvelles mesures libérales.
05:09Parmi elles, une baisse de 20% des impôts de production,
05:11la suppression de la contribution foncière des entreprises,
05:15l'exonération de la contribution sociale de solidarité des sociétés
05:18ou l'encouragement du crédit impôt recherche et innovation,
05:21une dépense publique majeure qui n'est pourtant l'objet d'aucun conditionnement.
05:25L'addition est salée.
05:26Elle se retrouvera dans ses votes lors de l'examen du budget 2025.
05:29Dans son contre-budget, à l'automne 2024,
05:32le RN propose par exemple de supprimer 2000 postes d'enseignants
05:35et de diminuer de 23 à 18% le personnel non-enseignant dans l'éducation nationale.
05:41Aux côtés des LR et des macronistes,
05:43les parlementaires d'extrême droite votent
05:45contre leur établissement de l'ISF,
05:47contre la hausse de la progressivité de l'impôt sur le revenu,
05:49contre la suppression de l'abattement fiscal sur les dividendes.
05:52Quelques mois plus tard, en juillet 2025,
05:55un rapport sénatorial estime à 211 milliards d'euros
05:57les aides publiques annuelles perçues par les entreprises en France.
06:01Des sommes soumises à aucune contrepartie ni évaluation
06:03et majoritairement captées par les grands groupes.
06:06Trop occupé à son opération de séduction des milieux économiques,
06:10le RN n'en fait évidemment aucune mention.
06:12Pour l'extrême droite, la mauvaise dépense publique est ailleurs.
06:16Jordan Bardella en donne sa vision
06:17dans une lettre aux entrepreneurs de France en septembre 2025.
06:21Plus de 100 milliards d'euros peuvent être économisés
06:23en mettant fin à l'immigration d'assistanat,
06:25au subventionnement des énergies intermittentes,
06:27à l'excès de l'aide publique au développement d'autres pays
06:30ou encore aux millefeuilles administratives,
06:32ainsi qu'aux coûts exorbitants de la bureaucratie d'État.
06:35Écrit le président du RN.
06:41Sept ans après le soutien apporté aux Gilets jaunes,
06:43Marine Le Pen s'oppose à la journée de mobilisation du 10 septembre 2025.
06:48Cet appel à bloquer le pays avait émergé sur les réseaux sociaux au cours de l'été.
06:52Son déclencheur, le projet de budget annoncé par François Bayrou,
06:56une purge austéritaire visant les travailleurs,
06:58les services publics et la sécurité sociale.
07:01La suite, on la connaît.
07:02François Bayrou prend la porte et Sébastien Lecornu s'y prend à deux fois
07:06pour former un gouvernement et échapper à la censure in extremis.
07:09Et derrière l'annonce d'un décalage de la réforme des retraites,
07:12son projet de budget reste fidèle à celui de son prédécesseur.
07:15Fidèle aussi à l'esprit du projet de François Bayrou,
07:18continuer le chantage à la dette et en faire porter le poids aux classes populaires.
07:22L'examen de ce projet de loi de finances pour 2026 a débuté à l'Assemblée nationale.
07:26Symbole de ces positions désormais pro-business,
07:29le RN a voté contre la taxe Zuckman,
07:31y compris dans sa forme allégée, défendue par les députés socialistes.
07:34La proposition a pourtant remis ces derniers mois la justice fiscale au cœur des débats.
07:38Plébiscitée par 85% des Français,
07:41elle vise à imposer à 2% les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros,
07:45ce qui concerne à peine 1 800 personnes.
07:47Fin octobre et début novembre à l'Assemblée,
07:49les députés RN ont aussi limité la portée d'une taxe sur les holdings,
07:53pris position contre une hausse de la contribution de solidarité sur les hauts revenus
07:58et se félicite de s'être battu contre le plafonnement des rémunérations en entreprise.
08:03Le RN préfère mettre en avant son vote pour un nouvel impôt sur la fortune immobilière
08:07à la portée largement plus limitée que la taxe Zuckman.
08:10Ce vote ne change pas le constat général.
08:13Le parti d'extrême droite avance désormais à visage découvert,
08:16avec des positions parfois plus austéritaires que celles des macronistes.
08:19Dans ses dernières propositions, il s'attaque plus violemment que jamais aux droits au logement,
08:24à l'audiovisuel public, au monde associatif et évidemment aux services publics.
08:29Sur le budget 2026, il devra assumer chacun de ses votes libéraux.
08:33L'occasion de voir son vernis social craquer pour de bon.

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