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  • il y a 18 heures
Boris Vallaud est député PS des Landes et président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale. Il vient de sortir "Nos vies ne sont pas des marchandises – Manifeste pour la démarchandisation" au Seuil. Le Parti socialiste peut-il faire siennes ces propositions ? Comment intégrer la démarchandisation à la stratégie pour 2027 ?

Un entretien mené par Rachel Garrat-Valcarcel de la rubrique politique et Cyprien Boganda de la rubrique capital/travail.

📷 ©Philippe Labrosse

00:00 Introduction
1:33 "Nous sommes tous devenus une marchandise"
6:55 La finance, enemi de Vallaud ?
9:53 C'est quoi la "démarchandisation" de Vallaud
23:32 Mettre à jour les nationalisations et la question du temps de travail
35:15 Socialiste, social-démocrate... quelle famille politique pour Vallaud
44:22 2027, union, primaire... comment la gauche peut gagner ?
53:15 Les socialistes pourrait-il se ranger derrière une autre force de gauche ?

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Transcription
00:00:01Bonjour à toutes et bonjour à tous. Bienvenue dans ce nouveau stream sur la chaîne de l'Humanité.
00:00:07Je suis Rachel Garaval-Carsel, journaliste au service politique de l'Humanité.
00:00:11Ce matin, je suis accompagné de Cyprien Boganda. Bonjour Cyprien.
00:00:15Bonjour.
00:00:15Tu es chef du service Capital Travail au journal.
00:00:20On est ensemble pour environ une heure avec Boris Vallaud. Bonjour Boris Vallaud.
00:00:25Bonjour.
00:00:25Vous êtes député des Landes depuis 2017, président du groupe socialiste depuis 2022.
00:00:31Et vous avez sorti la semaine dernière un livre « Nos vies ne sont pas des marchandises »
00:00:37manifeste pour la démarchandisation au seuil.
00:00:43Démarchandisation, le terme interroge.
00:00:46Évidemment, chez nous, à l'Human, il nous intéresse un petit peu.
00:00:49Il n'intéresse d'ailleurs pas que nous, parce qu'il y a quand même pas mal d'écho autour
00:00:52de votre livre.
00:00:54Je disais que ça nous intéresse. Ça vous intéresse peut-être aussi chez vous d'ailleurs.
00:00:57Vous pouvez nous poser vos questions dans le chat et on essaiera avec Cyprien de s'en faire les porte
00:01:03-parole.
00:01:04Ce n'est pas la première fois que vous avancez ce thème de la démarchandisation dans le débat.
00:01:09Vous aviez commencé un peu à en parler l'année dernière au moment de la campagne pour le congrès du
00:01:14Parti socialiste.
00:01:16Néanmoins, ça reste quand même quelque chose d'assez nouveau dans le débat.
00:01:19Avant d'y venir précisément, on va commencer par un peu de contexte,
00:01:23parce que vous passez beaucoup de temps dans votre livre à parler, finalement, avant la démarchandisation de la société marchande.
00:01:31Oui, parce que votre livre s'ouvre sur un constat terrible.
00:01:35Vous nous dites « Nous ne nous appartenons plus, car nous sommes tous devenus des marchandises,
00:01:39dans une époque où tout se vend et tout s'achète, la naissance, la vieillesse, la mort. »
00:01:43Par question, comment est-ce qu'on en est arrivé là ?
00:01:45Vous avez raison de dire que j'essaie de contextualiser les choses et de décrire ce que sont les différents
00:01:55âges du marché,
00:01:57ces mutations, comment le marché repousse sans cesse des frontières
00:02:01et comment ce qu'on n'avait jamais imaginé pouvoir devenir une marchandise devient une marchandise.
00:02:07Et ça part d'abord d'un constat que chacune et chacun peut faire, c'est que le monde est
00:02:12devenu une immense boutique.
00:02:14Tout a une étiquette, un code barre, un prix, tout est à vendre et tout est à acheter.
00:02:21Et c'est vrai de la naissance à la mort.
00:02:23On le voit avec la marchandisation, la financiarisation des crèches,
00:02:27on le voit dans l'éducation, on le voit dans l'enseignement supérieur,
00:02:29on le voit à la fin de la vie avec les EHPAD.
00:02:33J'espère qu'on aura l'occasion d'y revenir, à travers les pompes funèbres.
00:02:39Là aussi, j'aurai des exemples étrangers à donner et puis montrer ce qui se passe dans certains endroits de
00:02:45France.
00:02:46Mais c'est vrai aussi de l'accès à la santé, de l'accès à un certain nombre de biens
00:02:51communs,
00:02:52l'eau, le foncier, qui est une question importante, que ce soit le foncier pour bâtir ou que ce soit
00:02:57le foncier agricole.
00:02:59Mais on va même au-delà, puisque nous sommes nous-mêmes devenus des marchandises.
00:03:04Nous sommes nous-mêmes devenus des marchandises parce que nous avons épousé tous les mots, toutes les valeurs, tous les
00:03:09codes du marché.
00:03:12Nous nous vendons en permanence dans la recherche de performance.
00:03:17Qu'est-ce qui nous rend plus heureux qu'un like sur un poste à la fin d'un article
00:03:24que vous auriez écrit ?
00:03:27Et tout ça est subreptice.
00:03:29Tout ça est assez inconscient, d'une certaine manière, est une forme de servitude volontaire.
00:03:34Et je le dis, le marché qui avance, il avance, il conquiert le terrain plus certainement qu'un coup d
00:03:42'éteint.
00:03:42Et si je peux continuer sur les différents âges du capitalisme et du marché que je décris,
00:03:49il y a un premier âge qui est celui qu'on a bien identifié.
00:03:52D'ailleurs, la critique du capitalisme n'est en même temps que le capitalisme lui-même,
00:03:56le capitalisme industriel, qui est un capitalisme de production, qui est un capitalisme d'accumulation,
00:04:00d'accumulation du profit, un moment de rapport de force extrêmement vif entre le capital et le travail,
00:04:08avec évidemment toute la critique de l'exploitation du travailleur, du prolétaire,
00:04:16qui n'a que sa force de travail pour vivre.
00:04:18Et d'ailleurs, le capitalisme et la marchandisation naient avec la marchandisation de trois choses
00:04:22qui ne sont par nature pas des marchandises.
00:04:25Le travail, la terre, la monnaie.
00:04:28C'est ce que explique Karl Polanyi.
00:04:30Le deuxième âge, on pourrait dire qu'il a une quarantaine d'années.
00:04:33C'est le capitalisme financier, cette déconnexion entre l'économie réelle et l'économie financière.
00:04:37Avec cette curiosité, c'est qu'en fait, on fait de l'argent avec de l'argent.
00:04:42Que ça se détache de la production, que la dette finalement devient le marché.
00:04:48Et le dernier âge dans lequel nous sommes pleinement, c'est le marché total,
00:04:53celui du capitalisme numérique, qui est un capitalisme de prédation,
00:04:57pas seulement d'accumulation, de prédation.
00:04:58Il nous prend tout, jusqu'à nous-mêmes.
00:05:01Et je dis même que c'est un capitalisme d'extraction,
00:05:05comparant avec l'industrie minière, mais c'est qui le minerait ?
00:05:07C'est nous.
00:05:08Et donc on monétise, on marchandise notre attention, notre temps,
00:05:15tout ce qui relève même de l'intime,
00:05:17l'amitié, l'amour, tout ça, à ses plateformes et son prix.
00:05:21Vous dites que c'est un capitalisme d'extraction et de surveillance.
00:05:24Est-ce que vous pouvez développer cette idée-là aussi ?
00:05:26Vous n'êtes pas le premier d'ailleurs à le développer.
00:05:27Vous citez des chercheurs et des chercheuses qui vont beaucoup bosser là-dessus.
00:05:31En fait, vous avez bien noté que chacun de nos gestes numériques,
00:05:40chacun de nos gestes tout court d'ailleurs,
00:05:42parce que quand on se promène avec notre téléphone, nous nous sommes tracés,
00:05:45lorsque nous roulons avec notre voiture, nous sommes producteurs de données.
00:05:51et chaque acte de notre vie quotidienne, aujourd'hui, produit des informations numériques.
00:05:59Et il y a des dizaines, des centaines de milliards de gigaoctets,
00:06:02pardon, je n'ai aucune notion de ce que cela peut représenter.
00:06:05D'habitude, on compare plutôt en taille de terrain de foot,
00:06:07mais bon, là, je ne suis pas capable de faire la conversion,
00:06:10montre qu'en réalité, nous sommes surveillés en toutes choses.
00:06:13Voilà. Et ce qui est de fou, c'est que ce capitalisme numérique,
00:06:20il crée une... Mais c'est vrai, beaucoup d'autres, mais une addiction.
00:06:25Et vous savez, je donne souvent cet exemple,
00:06:27c'est que les couleurs acidulées d'un certain nombre de nos applications
00:06:30sur nos téléphones sont destinées à provoquer cette élection.
00:06:33Passez en noir et blanc sur votre téléphone portable,
00:06:35et vous utilisez mécaniquement 30% de temps d'écran en moins.
00:06:40Bon, je dois dire que j'ai remis en couleur.
00:06:42Pour vous dire à quel point l'addiction est forte.
00:06:46Juste avant de poursuivre, le chat note quelque chose
00:06:50que moi aussi j'ai noté en lisant le livre,
00:06:52peut-être que Cyprien l'a noté aussi.
00:06:55En vous entendant, on a l'impression que votre ennemi, c'est la finance.
00:06:59Si je peux me permettre cette comparaison avec une phrase célèbre d'un...
00:07:03Je me notais bien qu'il y aurait une taquinerie de cet ordre-là.
00:07:05Il y aura d'autres taquineries, mais en vrai, il y a un côté comme ça dans votre livre.
00:07:09Ce dont j'ai la parfaite conscience aujourd'hui, c'est qu'il y a une permanence dans la pensée
00:07:17critique socialiste.
00:07:17C'est qu'il n'y a pas de société livrée au marché qui nous conduise à abîmer la vie
00:07:24elle-même.
00:07:24Et que beaucoup des grands progrès sociaux consistent à arracher au marché des pans de notre vie.
00:07:34Et c'est vrai, j'allais dire, depuis 200 ans au moins.
00:07:40Et la finance et le capitalisme financier que je décris,
00:07:47il est évidemment l'un des adversaires de cette liberté, un des adversaires de notre émancipation,
00:07:53l'un des adversaires du contrôle de notre propre vie.
00:07:57– Mais vous avez compris ce que je voulais dire.
00:07:58– Vous avez parfaitement compris.
00:08:00– C'est-à-dire, voilà, la critique du capitalisme,
00:08:04bon, elle a pu exister au Parti socialiste aussi,
00:08:09mais c'est parfois pas aller beaucoup plus loin au-delà de la critique, si je puis dire.
00:08:14– Alors, moi, je crois qu'il y a dans toute écriture,
00:08:19dans tout travail de réflexion, évidemment un travail critique.
00:08:26Un travail critique sur l'exercice du pouvoir,
00:08:29mais un travail critique beaucoup plus large que ça,
00:08:33sur la question de savoir si, au fond, nous n'avons pas nous-mêmes été aveuglés.
00:08:42Est-ce que nous-mêmes, nous n'avons pas été colonisés d'une certaine manière ?
00:08:46Est-ce que les mutations du marché n'ont pas, et c'est ce que je pense et j'écris,
00:08:51les mutations du marché n'ont pas été plus rapides que notre capacité à les saisir,
00:08:56à les cerner, à y répondre, et au fond, à y opposer des outils
00:09:01qui soient en adéquation avec leur nature ?
00:09:04Et on revient. Juste quand même pour vous dire qu'il y a des sujets qui,
00:09:12dans l'exercice du pouvoir des socialistes, y compris entre 2012 et 2017,
00:09:18relevaient de cette réflexion sur la démarchandisation.
00:09:20La grande loi de Benoît Hamon sur l'économie sociale et solidaire procède de ça.
00:09:24On parlera sans doute de l'économie sociale et solidaire.
00:09:26L'encadrement des loyers. Qu'est-ce que c'est si ce n'est un outil de lutte
00:09:32contre la marchandisation du logement ?
00:09:35C'est-à-dire l'assujettissement de la propriété privée
00:09:39à un motif qui est un motif d'intérêt général et de bien commun.
00:09:44Mais justement, maintenant qu'on a planté le cadre, pour ainsi dire,
00:09:47on va s'intéresser vraiment à poser le cadre plutôt que à planter,
00:09:50si vous préférez. Planter, c'est plutôt une bonne chose aussi.
00:09:53On va vraiment parler de démarchandisation. Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:09:57En gros, qu'est-ce que vous voulez faire du marché ?
00:09:58Est-ce que vous voulez le déplacer, l'aménager, le transformer, ou encore autre chose ?
00:10:02Ce que je voudrais dire, c'est que vous avez bien compris que les différents âges du marché que je
00:10:05décris,
00:10:07l'un ne chasse pas l'autre.
00:10:09On est toujours dans un capitalisme financier.
00:10:12Oui, et d'une certaine manière aussi dans un capitalisme de production.
00:10:15En réalité, l'un ne chasse pas l'autre, l'un s'additionne à l'autre pour repousser toujours la
00:10:22frontière.
00:10:22Et d'ailleurs, je ne sais pas ce que serait un âge futur.
00:10:26J'aborde la question du numérique.
00:10:27Je n'aborde pas en tant que tel parce que ma réflexion n'est pas faite.
00:10:31Je n'évoque pas la question de l'IA, mais qui, à mon avis, va être là aussi une bataille
00:10:39d'une nature radicalement nouvelle.
00:10:43Donc quand je dis que les choses s'additionnent, c'est que les réponses, pour certaines d'entre elles, sont
00:10:51insuffisantes,
00:10:53mais que l'idée est quand même de reprendre du pouvoir sur le marché, c'est-à-dire le remettre
00:10:58à sa place.
00:10:59Il y a des moments où il faudra lui donner des limites, des limites qu'il franchit allègrement.
00:11:05Moi, je compare parfois le marché à l'optimisation ou à la fraude fiscale.
00:11:10C'est-à-dire qu'à chaque fois que vous inventez un dispositif pour y faire échec,
00:11:15l'imagination de son borne, de ceux qui la contournent, produit son avant.
00:11:21Et puis je vais jusqu'à dire qu'il y a des sujets ou des objets qui doivent même être
00:11:28retirés du marché.
00:11:30Et ça, c'est vrai, selon moi, à la fois de sujets matériels, et on pense par exemple aux EHPAD,
00:11:39mais c'est vrai aussi de l'immatériel. Je vous donne peut-être deux exemples si vous m'y autorisez
00:11:43dès à présent.
00:11:47Moi, je vous l'avais dit tout à l'heure, je suis député des Landes. Dans les Landes, on a
00:11:52historiquement, politiquement,
00:11:55des grandes batailles socialistes. Il y a eu la bataille de l'eau, un bien commun, qui est d'autant
00:12:01plus précieux
00:12:02et d'autant plus... dont il faut prendre en compte la gestion de façon d'autant plus précautionneuse
00:12:09que c'est une ressource rare. Aujourd'hui, il y a 90% de la gestion de l'eau, de
00:12:15la distribution de l'eau,
00:12:16qui est le fait d'une régie publique départementale, avec un taux de renouvellement qui est important
00:12:21et avec un prix de l'eau qui est le plus faible de Nouvelle-Aquitaine. Et ça, c'est le
00:12:25fruit de cette démarchandisation.
00:12:26Deuxième, c'est l'exemple que je voulais vous donner, parce qu'il a aussi surgi comme modèle
00:12:32ou comme contre-modèle au moment du scandale Orpéa. Vous vous souvenez que le livre de Victor Castanet,
00:12:37qui avait fait surgir cette problématique de la marchandisation du grand âge et de la dépendance...
00:12:45— Les faux soyeurs.
00:12:46— Les faux soyeurs, le miroir inversé de cette marchandisation, c'est le modèle landais.
00:12:50Il n'y a pas d'EHPAD à but lucratif dans les Landes. C'est un choix qui est fait
00:12:52depuis 40 ans.
00:12:54Depuis 40 ans de dire que l'on soit riche ou pauvre, on va vieillir dans les mêmes conditions.
00:12:59Les choix politiques nous ont conduits à privilégier l'investissement dans les structures non lucratives,
00:13:04qu'elles soient des EHPAD hospitaliers, de collectivités locales ou mutualistes, associatifs, etc.
00:13:10En tout cas, non lucratifs.
00:13:11— C'est pas entièrement public ?
00:13:13— Non. D'ailleurs, la non lucrativité, elle n'est pas publique.
00:13:18Toute l'économie sociale est solidaire. Le monde associatif que j'évoquais tout à l'heure,
00:13:22il a cette non lucrativité comme processus, d'une certaine manière, de démarchandisation.
00:13:27Au moment du scandaleur PA, il y avait un taux d'encadrement qui était de 0,5 personnel pour un
00:13:32soignant.
00:13:33Il y avait des actionnaires à rémunérer. Et pour ce faire, vous vous en souvenez, il fallait gratter sur tout.
00:13:40Il fallait gratter sur les soins. Il fallait gratter sur la nourriture. Il fallait gratter sur les couches.
00:13:46Et dans le même temps, dans les lampes, le choix, c'était de porter à 0,8 personnel pour un
00:13:51résident le taux d'encadrement.
00:13:53Et on a des prix de journée qui sont parmi les plus faibles de France. Voilà. On a considéré que
00:13:57ça n'était pas une marchandise.
00:13:58Je vais vous donner un exemple d'un service essentiel à la vie. On peut espérer que quand même, on
00:14:06défende l'égalité et la dignité dans le vieillissement.
00:14:09Et que j'ai un moment où on est égaux, ça devrait être devant la main.
00:14:13Et le deuxième exemple, j'évoquais la question du numérique, qui paraît être un golem. On ne sait pas par
00:14:17quel bout le prendre.
00:14:19Je reprends le débat qui a surgi à la fois dans le débat public et à l'Assemblée nationale il
00:14:25n'y a pas très longtemps.
00:14:26La question est de savoir si on soustrait les jeunes, la jeunesse, on avait dit 16 ans, aux réseaux sociaux.
00:14:35Est-ce qu'on peut autoriser des enfants de moins de 16 ans à avoir accès aux réseaux sociaux ?
00:14:41Si nous décidons, et peut-être que c'est parce que j'ai des enfants qui ont cet âge-là
00:14:44à peu près, que je suis convaincu de la nécessité de le faire.
00:14:48C'est l'Australie également qui en a fait le choix.
00:14:53Soustraire l'attention, les imaginaires, les données personnelles de nos enfants aux réseaux sociaux,
00:15:00c'est dire que le marché ne rentre pas là.
00:15:05C'est donc faire sortir du marché.
00:15:07C'est démarchandiser cela.
00:15:09Vous parlez beaucoup de construire des alternatives au marché.
00:15:12Vous avez donné quelques exemples, la municipalisation de l'eau, les EHPAD gratuits.
00:15:16Mais qu'est-ce que vous faites des entreprises capitalistes qui restent ?
00:15:18Pour dire les choses plus clairement, demain vous arrivez au pouvoir.
00:15:22Qu'est-ce que vous faites de Total, de Sanofi, de Veolia ?
00:15:24Vous les laissez vivre leur vie, vous essayez de reprendre le contrôle.
00:15:27Qu'est-ce que vous faites de ces boîtes-là ?
00:15:28Moi, je ne suis pas pour...
00:15:30Vous voyez, il y a des sujets où on peut, de façon législative, décider que...
00:15:34Par exemple, si vous me posez la question de la gestion publique de l'eau,
00:15:36moi, je suis pour inciter.
00:15:38C'est comme ça que les Landes ont convaincu les municipalités de basculer dans une régie départementale.
00:15:42Ils avaient bonifié les aides.
00:15:45Il y a eu un énorme débat juridique qui s'est terminé dans le Conseil d'État, en Assemblée générale.
00:15:50On a gagné.
00:15:53Je suis d'abord, pour commencer par une incitation, aux remunicipalisations.
00:15:58On sait aussi que...
00:16:00D'ailleurs, c'est assez intéressant.
00:16:01Si vous faites la cartographie de la gestion de l'eau publique ou privée,
00:16:09là où c'est pas plat, là où il n'y a pas d'eau...
00:16:12Il y a aussi ça.
00:16:13Mais là où c'est plat, là où il y a peu d'eau, là où il y a des
00:16:16petites communes atomisées,
00:16:17là où il y a des distances grandes pour tirer des réseaux,
00:16:19je peux vous dire que les fermiers, vous ne les avez pas.
00:16:24Donc, il faut reprendre ça.
00:16:25On aurait pu dire la même chose sur l'éploiement de la fibre.
00:16:28Regardez où c'est dense, il y a les opérateurs.
00:16:30Là où c'est pas dense, c'est l'initiative publique.
00:16:31Moi, j'aurais préféré, à l'époque, c'est d'ailleurs une idée d'Arnaud-Montbourg,
00:16:34qu'on fasse France Fibre, comme on avait déployé le cuivre, qu'on déploie la fibre.
00:16:38Mais juste sur l'entreprise, je veux dire...
00:16:40Parce que j'évoque d'abord la promotion de l'économie sociale et solidaire.
00:16:45Les systèmes coopératifs, les systèmes mutualistes, les sapos, le système associatif.
00:16:53Vous savez que dans le monde, il y a une évaluation qui fait...
00:16:57qui calcule le nombre d'heures de travail gratuits.
00:17:01Gratuit, c'est pas gratuit, mais c'est non lucratif.
00:17:05C'est 16 milliards d'heures par jour.
00:17:07Dans certains pays, c'est 40% du PIB.
00:17:09Et on arrive quand même à montrer que ce qui a de la valeur n'est pas forcément ce que
00:17:16le marché reconnaît comme ayant un prix.
00:17:18Non.
00:17:19Donc je travaille là-dessus et je pose la question d'un nouvel esprit d'entreprise.
00:17:24Et c'est un sujet dont j'ai débattu pas plus tard qu'avant-hier, notamment avec Laurent Balerger et
00:17:30la Fondation Jean Jaurès.
00:17:31Je défends, comme d'autres aujourd'hui, je crois qu'une large majorité d'ailleurs de la gauche et des
00:17:37organisations syndicales,
00:17:38je défends le principe de la codétermination dans l'entreprise, c'est-à-dire la participation des administrateurs salariés dans
00:17:44les grandes entreprises,
00:17:47faisant le pari que la participation des administrateurs salariés dans les grandes entreprises que vous décrivez va réorienter les investissements,
00:17:55les investissements vers la transition écologique, vers la préoccupation sociale et environnementale,
00:18:01préférer l'investissement productif sur la rémunération des actionnaires, préférer le long terme sur le court-termisme de marché.
00:18:07Ça aussi, je pense que c'est une réponse.
00:18:09Mais c'est quoi ? C'est la cogestion à l'allemande que vous décrivez ou c'est autre chose
00:18:13?
00:18:13Parce que la cogestion à l'allemande, on voit quand même ce que ça donne, ça ne suffit pas en
00:18:16tout cas à réorienter durablement le fonctionnement du précipitalisme.
00:18:18Bien sûr, la question c'est d'où on part.
00:18:20La question c'est d'où on part.
00:18:21C'est-à-dire que moi je ne veux pas me contenter de propos d'estrade.
00:18:23C'est la raison pour laquelle j'ai essayé dans le livre de l'incarner dans des choses extrêmement concrètes.
00:18:27Parfois d'ailleurs dans des exemples étrangers qui ont produit leurs effets.
00:18:33Ceux qui promettent d'abattre du jour au lendemain les grandes entreprises, le capitalisme, le marché, en réalité mentent et
00:18:39ne feront rien.
00:18:41Moi je dis ce qu'il est possible de faire, je dis ce que l'on peut faire.
00:18:44Vous voyez ce que va être le vieillissement de la population.
00:18:47Il va être considérable.
00:18:49On a des places d'EHPAD à créer.
00:18:51On sait qu'on a aussi le financement à trouver.
00:18:52C'est 10 à 12 milliards d'euros par an.
00:18:54D'ailleurs que la gestion soit publique ou privée, on a besoin pour la prise en charge des populations de
00:18:58l'EHPAD de cet effort de solidarité.
00:19:02Moi je souhaite que les places futures, ce soient des places créées dans un cadre non lucratif.
00:19:09Voilà, je le dis clairement.
00:19:10Par exemple, je souhaite, on sait qu'il y ait une grande bagarre au plan européen pour la défense de
00:19:15la directive devoir de vigilance.
00:19:20Tout le reporting extra-féancier, tous les véhicules qui permettent d'internaliser les questions sociales et environnementales dont les grandes
00:19:27entreprises ne veulent pas.
00:19:28Parce que les principaux adversaires de ce que nous sommes en train de défendre et de décrire, ce sont les
00:19:33entreprises que vous décrivez et qui déploient d'ailleurs une énergie folle pour que le marché l'emporte sur la
00:19:39délibération politique.
00:19:41Pour qu'on comprenne bien, la démarchandisation de Boris Vallaud, c'est quand même plutôt peu dénationalisation.
00:19:48Il peut y avoir des nationalisations.
00:19:50Sur les autoroutes ?
00:19:50Il peut y avoir des... Je pose une méthode et je ne prétends pas répondre à tout.
00:19:56Mais la méthode, elle nous permet en chaque chose de nous poser la question de savoir est-ce que nous
00:19:58perdons le pouvoir ou pas ?
00:20:00Est-ce que nous perdons le pouvoir politique ? Est-ce que nous perdons le pouvoir social ? Est-ce
00:20:03que nous sommes dominés par le marché ?
00:20:05Est-ce que nous négligeons les intérêts qui sont les intérêts communs de la planète, qui sont les intérêts environnementaux
00:20:10?
00:20:10Et je donne quelques exemples de nationalisations qui permettent à la fois de reprendre le contrôle, en effet, des autoroutes
00:20:19à échéance de leurs concessions.
00:20:20J'évoque aussi la possibilité d'un pôle public de l'énergie qui peut supposer des nationalisations supplémentaires.
00:20:26Parce que je pense que l'enjeu de la transition écologique est considérable et que la libéralisation du marché de
00:20:31l'électricité n'a pas produit ni une accélération de la décarbonation,
00:20:35ni une baisse du prix de l'énergie, mais l'exact inverse avec ce système complètement absurde que vous connaissez,
00:20:43qui consiste pour EDF à vendre à ses concurrents de l'énergie à ville prise, donc à subventionner ses concurrents.
00:20:52Donc il peut y avoir, ça fait partie des outils, il peut y avoir la sortie du marché. J'ai
00:20:55donné quelques exemples.
00:20:57Il peut y avoir la substitution d'un modèle d'entreprise à un autre. Je vous donne juste un exemple
00:21:01parce que c'était assez frappant.
00:21:02Je suis allé à Rennes il y a quelques jours et pour incarner la démerchandisation, on m'a dit on
00:21:08va visiter une coopérative funéraire.
00:21:11Bon, je me suis dit c'est pas funky funky quand même comme première sortie, comme première visite.
00:21:14Mais en fait j'ai rencontré des femmes, parce que c'était des femmes absolument passionnantes. D'abord, dans leur
00:21:20rapport à la mort et au deuil,
00:21:23elles m'ont dit en fait on fait en sorte que les familles se réapproprient ce moment qui leur appartient,
00:21:27qui ne peut pas être un moment financier.
00:21:33D'ailleurs dans le rapport je me suis dit finalement les métiers du soin et du lien, je les avais
00:21:36bien identifiés sur les infirmières, les aides-soignantes, les auxiliaires de vie scolaire.
00:21:39Je n'étais pas allé jusqu'aux pompes funèbres. Ben si en fait. En fait c'est aussi un métier
00:21:43du soin et du lien dans un moment de libérabilité.
00:21:45Elles se sont inspirées du modèle canadien. Le modèle canadien avait été financiarisé. Des grands fonds d'investissement internationaux, des
00:21:52fonds de pension,
00:21:53avaient investi les pompes funèbres et face à l'augmentation des prix, à la marchandisation de tout jusque de la
00:22:01mort, des coopératives se sont montées.
00:22:03Aujourd'hui il y a tellement de coopératives que, c'est d'ailleurs l'essentiel de l'offre au Canada,
00:22:09que les fonds sont repartis pour certains pour s'investir chez nous
00:22:12et que le prix des obsèques a diminué de 40% au Canada. Donc vous voyez ce que je veux
00:22:17dire, c'est que on est aussi, c'est ça qu'il faut dire,
00:22:19on est aussi dans une bataille culturelle puisqu'on a été, nos imaginaires ont été colonisés. Identité et marque aujourd
00:22:28'hui finissent par se confondre.
00:22:30L'identité, c'est ma marque. On voit bien avec les réseaux sociaux, machin. Mais la marque, c'est l
00:22:34'identité. Je suis ce que je consomme.
00:22:37Et donc on a besoin de ce grand moment de décolonisation des imaginaires. Et juste, je peux faire une toute
00:22:46petite extrapolation.
00:22:50Nous nous sommes battus et nous nous battons encore pour desserrer l'étau du marché sur la gorge du travailleur.
00:23:00C'est toutes les grandes lois sociales qui naissent avec la contestation du capitalisme industriel.
00:23:09On a civilisé le travail, mais on voit bien à quel point il revient, cette marchandisation revient avec l'ubérisation
00:23:15qui est une actualité évidemment criante.
00:23:17Mais on s'était désintéressé d'une certaine manière de ce que le marché faisait au consommateur.
00:23:23Et donc on a besoin d'une certaine manière de se tourner aussi vers le consommateur pour desserrer les taux
00:23:28qui servent, l'étreinte sur le consommateur.
00:23:31On va en parler, mais juste je reviens un petit peu sur cette idée de nationalisation, même si on ne
00:23:35va pas faire toute l'émission dessus.
00:23:37Est-ce que vous n'avez pas un peu l'impression qu'on a regardisé ce concept depuis des décennies
00:23:41?
00:23:41Parce que très souvent, ce qu'on appelait nationalisation, en fait, c'était plus une étatisation qu'une forme d
00:23:45'appropriation sociale.
00:23:47Et en même temps, en ce moment, il y a beaucoup de gens qui réfléchissent, que ce soit à la
00:23:49CGT, chez Attaque, au Parti communiste français,
00:23:52justement pour dépoussiérer ce concept, s'ils considèrent que c'est un concept qui est toujours pertinent,
00:23:56justement pour reprendre le pouvoir sur le marché, comme ce que vous disiez, et pour en faire quelque chose de
00:24:00plus démocratique.
00:24:01Est-ce que pour vous, c'est une idée intéressante ?
00:24:03Oui, parce que d'une manière générale, moi, je pose la question de la gouvernance.
00:24:06En fait, vous avez bien compris que dans la démarchandisation, il y a une bataille entre la puissance publique et
00:24:10la puissance privée.
00:24:11Et d'une certaine manière, moi, je pense que ce qui ringard dans l'esprit de certains, c'est l
00:24:17'intervention publique et la puissance publique.
00:24:20J'ai parfois le sentiment qu'on a créé l'État de droit, on a bâti l'État de droit
00:24:24pour résister aux abus de pouvoir de la puissance publique,
00:24:26et que maintenant, il nous faut imaginer le cadre dans lequel on se bat contre l'abus de pouvoir de
00:24:31la puissance privée.
00:24:34Et c'est la raison pour laquelle je pose la question de la gouvernance des communs, de la place du
00:24:38citoyen, rendre aux citoyens ce que le marché a pris aux consommateurs.
00:24:42Donc j'ai donné l'exemple de l'entreprise, mais c'est partout.
00:24:45Est-ce qu'il y a dans la gouvernance, y compris des entreprises qui sont aujourd'hui publiques, à imaginer
00:24:50plus de démocratie,
00:24:51à imaginer plus de participation de ceux qui en sont les usagers ?
00:24:55– Ce n'est pas parce qu'une entreprise est publique qu'elle traite bien ses salariés et les usagers.
00:24:58On a l'exemple de La Poste et plein d'autres.
00:25:00– Je donne un exemple de marchandisation, mais qui n'est pas délié de la libéralisation du rail.
00:25:08Il y a 20 ans, quand vous preniez le train avec votre famille, vous aviez votre famille à côté de
00:25:12vous et vous aviez votre bagage au-dessus.
00:25:14Maintenant, si vous voulez prendre le train, il faut payer pour être à côté de sa famille, il faut payer
00:25:19pour avoir son bagage,
00:25:20il faut payer pour être à côté de la prise, pour charger son téléphone.
00:25:23Maintenant, j'ai même vu qu'il allait peut-être falloir payer pour ne pas avoir d'enfant dans le
00:25:26compartiment.
00:25:28Bon, donc on voit bien que les choses parfois se nichent dans des choses qu'on n'a pas soupçonnées.
00:25:32Et j'essaye aussi parce qu'il faut que ce qu'on raconte soit l'auteur d'homme.
00:25:35Les gens disent « Mais non, l'argent, on ne peut pas tout acheter ».
00:25:37Je leur dis « Regardez, il y avait cet exemple qui est donné par un auteur américain d'une crèche
00:25:42où on va chercher ses enfants à 18h.
00:25:44Il y a toujours des parents en retard. Donc la direction fait des récriminations, les assistantes maternelles aussi disent qu
00:25:51'elles ont elles-mêmes une vie de famille.
00:25:53Puis finalement, comme il y a encore des parents qui arrivent en retard, ils décident de mettre une amende.
00:25:56Et là, miracle ? Non, pas de miracle. Les parents n'arrivent pas plus à l'heure. Au contraire, on
00:26:01avait donné un prix au retard.
00:26:02On a créé le marché du retard. Donc les gens, ils payaient.
00:26:06Il y a besoin de cette réappropriation. Pour terminer sur la nationalisation, oui, je pense que c'est un outil
00:26:12qui doit être mis au service de politiques importantes comme de politiques de souveraineté.
00:26:17Je pense notamment, évidemment, à la question de la souveraineté énergétique. Et je crois que notamment EDF doit être le
00:26:23bras armé de cette transition.
00:26:26Je pense que j'évoque aussi la création d'un pôle public du médicament. Ça ne veut pas dire qu
00:26:29'on va fabriquer tous les médicaments.
00:26:30Mais on a bien vu à quel point on a, dans un certain moment de crise, mais pas que d
00:26:36'ailleurs, parce que vous voyez bien ce que sont les pénuries de médicaments aujourd'hui,
00:26:38on est placé dans une dépendance considérable. Moi, je n'ai pas envie d'être dans la main des Chinois
00:26:44pour les composants électroniques,
00:26:46des Américains pour la défense, des Saoudiens pour l'énergie et des Indiens pour les médicaments.
00:26:52Donc il faut déringardiser ça, d'autant qu'en France, la place de l'État, historiquement, elle est importante.
00:27:01Et je fais parfois remonter notre perte de souveraineté à un moment clé, qui est le démantèlement et la privatisation
00:27:09de la compagnie générale d'électricité en 1986.
00:27:11Et quand vous regardez ce qu'il y avait à l'époque dans ce consortium, ce conglomérat, et ce qu
00:27:16'il en reste aujourd'hui sous pavillon français, ça fait plutôt frissonner.
00:27:19On sent tout au long du livre une volonté de mettre en adéquation le logiciel socialiste avec la question de
00:27:27la limite des ressources, du réchauffement climatique.
00:27:31Est-ce qu'une France, et que la démarchandisation, c'est un moyen d'arriver à ça, est-ce que,
00:27:36d'une certaine manière, une France un peu démarchandisée,
00:27:40c'est une France peut-être pas décroissante, mais qui fait le choix de ralentir sa croissance ?
00:27:45Ce n'est pas un gros mot dans ma bouche, mais pour bien comprendre ce que vous entendez par démarchandisation
00:27:50pour la protection des limites planétaires.
00:27:56Peut-être dire qu'en effet, ce que j'essaie de faire, parce qu'en fait, c'est un exercice
00:28:00assez classique auquel je me livre,
00:28:01c'est-à-dire, au fond, comment les socialistes interrogent leur rapport à l'économie, et comment, reprenant la formule
00:28:09de Polanyi,
00:28:09comment on le réencastre, on le réencastre dans des considérations sociales, mais aussi, évidemment, environnementales.
00:28:18Et j'essaie de faire la jonction avec une part de la pensée qui est celle de l'écologie politique.
00:28:26Il y a Gorce, j'évoque aussi les travaux pratiques même, d'ailleurs, de Ivan Illich, des choses comme ça.
00:28:35Et il y a évidemment dans tout ça la critique, je ne sais pas si les socialistes ou écologistes, mais
00:28:42probablement les deux aujourd'hui,
00:28:45qui est comment la surproduction a créé la surconsommation, et comment pour continuer de prospérer et de produire,
00:28:55on a enseveli nos besoins essentiels sur des besoins artificiels.
00:28:58Et cette critique sur les besoins artificiels, elle est en effet la critique aussi de ce qui a de la
00:29:04valeur,
00:29:04de ce qu'il n'y en a pas, de ce qui est nécessaire et de ce qui ne l
00:29:08'est pas.
00:29:08La démarchandisation, ce n'est pas une privation, c'est une re-hierarchisation de ce qui nous est utile et
00:29:14de ce qui ne l'est moins.
00:29:15C'est aussi une croissance raisonnée ?
00:29:17C'est qualifier sans doute différemment la croissance et le développement.
00:29:21Et ça va de pair, d'ailleurs, avec toute la critique qui est déjà bien établie, des indicateurs de croissance
00:29:25et d'alternatives qui ont été proposées notamment par Stiglitz.
00:29:29Je voudrais revenir parce que je crois qu'il y a besoin aussi qu'on ait une théorie de la
00:29:38valeur,
00:29:39que la question de la démarchandisation n'est pas distincte de la question de la valeur,
00:29:44c'est-à-dire la distinction entre valeur d'usage et valeur d'échange.
00:29:48Ce qui a de la valeur n'a pas forcément de prix.
00:29:50J'évoquais tout à l'heure la question de savoir comment on prenait en compte,
00:29:54on reconnaissait le travail gratuit.
00:29:57Le travail gratuit, il est absolument considérable et pour une part, il fait notre vie en commun.
00:30:05Celui des femmes notamment.
00:30:06Notamment celui des femmes.
00:30:07Vous en parlez dans le livre.
00:30:09Mais je vais un peu plus loin.
00:30:12Je crois qu'on doit se poser la question de savoir comment...
00:30:14Enfin, qu'est-ce que la valeur ?
00:30:15Et moi, je mets un symétrique entre valeur et utilité sociale.
00:30:19L'utilité sociale, elle n'est pas ou très mal reconnue par le marché.
00:30:24Parce qu'elle est pour une part non monétaire.
00:30:26On le dit parfois entre la rémunération d'une infirmière et l'utilité sociale,
00:30:29si on devait la monétiser, c'est d'un rapport de 1 à 20.
00:30:32Enfin, on a, et j'aime bien le citer, on a une expérience.
00:30:38C'est rare d'avoir des expériences qui ont marqué la psyché de tout le monde,
00:30:41de tout un pays, de tout un continent et du monde entier.
00:30:43C'est de plus en plus rare, disons.
00:30:44En général, c'est...
00:30:46Ce n'est pas des bonnes nouvelles.
00:30:47Voilà.
00:30:48Et donc la dernière dont nous ayons à connaître, c'est la crise de la Covid.
00:30:52Et moi, j'ai trouvé que c'était une expérience politique et anthropologique exceptionnelle.
00:30:57Que par ailleurs, on est passé à côté des leçons que nous a données cette crise.
00:31:00Que d'ailleurs, on n'en a tiré aucune, alors qu'on s'est précipité dans un retour à la
00:31:05normale,
00:31:05alors qu'en fait, on aurait dû prendre appui sur les leçons de la crise pour changer de modèle.
00:31:09Si je dis ça, c'est que...
00:31:11Regardez, on s'est livré...
00:31:12D'abord, on s'est livré à cet effort de dire qu'est-ce qui est important et qu'est
00:31:14-ce qui n'est pas.
00:31:14On a re-hierarchisé l'ordre des priorités.
00:31:16La vie, d'abord, ce qui nous a conduits à des décisions partout dans le monde de mise à l
00:31:21'arrêt de l'économie.
00:31:22Est-ce qu'on aurait pu l'imaginer ?
00:31:24Non.
00:31:25Ensuite, on s'est posé cette question qui était très difficile.
00:31:29Puisqu'on n'est pas sous le droit de sortir, c'est quoi les métiers essentiels ?
00:31:34Et là, quand même, c'était étonnant.
00:31:37D'ailleurs, on les applaudissait à 20 heures.
00:31:41De voir que ce n'était pas forcément ceux que l'on mettait le plus en lumière.
00:31:46Ceux qui gagnent le plus d'argent.
00:31:47Ou ceux qui gagnent le plus d'argent.
00:31:48On a eu besoin des infirmières, on a eu besoin des aides-soignantes,
00:31:50on a eu besoin des caissières, on a eu besoin des ouvrières de l'agroalimentaire.
00:31:52Je mets tout ça au féminin parce que ça me permet de dire qu'on a besoin maintenant dans la
00:31:56démarchéation
00:31:57d'une radicale reconsidération économique, mais morale, des métiers, du soin et du lien.
00:32:03Parfois, quand ce n'est pas suffisamment tangible, les exemples que je donne de la Covid,
00:32:08je m'amuse à reprendre ce que Roger Bregman, dans un de ses ouvrages, avait décrit,
00:32:12que je reprends souvent parce que je trouve que c'est assez saisissant.
00:32:16En 1968, raconte-t-il, il y a une grève des éboueurs à New York.
00:32:19Et c'est la grève des éboueurs, évidemment, elle met en panique la ville très rapidement,
00:32:23qui est bloquée, les activités économiques sont à l'arrêt, il y a des rats.
00:32:27Au bout d'une semaine, à peine, ils obtiennent satisfaction de leur revendication,
00:32:30ils réclament un meilleur salaire, un meilleur condition de travail.
00:32:33L'année suivante, il y a ce qu'on a appelé la grève des banquiers centraux en Irlande.
00:32:37Ils font la grève une semaine, 15 jours, un mois, et puis au bout de six mois,
00:32:41finalement, ils n'ont gêné personne, puisque c'est les bistrots qui ont fait office
00:32:45avec leur tableau débit-crédit de banquiers.
00:32:48Eh bien, ils reprennent leur travail sans satisfaction de leur revendication.
00:32:50Je dis ça parce que c'est un exemple qui nous dit, mais à quel moment on se demande
00:32:54ce qu'il y a de la valeur ? Ce qu'il y a de la valeur pour tenir la
00:32:57société,
00:32:57mais ce qu'il y a de la valeur pour nous.
00:32:58C'est sous contrainte, quoi, si je comprends bien, quand même.
00:33:00Mais oui, parfois, c'est sous contrainte. Mais regardez, pour faire le CNR...
00:33:03Non, je veux dire, ça se fait pas tout seul, quoi.
00:33:04Les grandes lois sociales du lendemain de la Seconde Guerre mondiale,
00:33:08peut-être a-t-il fallu une contestation radicale de ce que nous sommes.
00:33:12Je voulais juste vous poser, vous parlez de travail, justement.
00:33:15Dans votre livre, vous développez cette idée qu'il faudrait reconquérir le temps.
00:33:19En partant de ce constat, je vous cite,
00:33:20« Les classes populaires vivent sous le régime du temps morcelé,
00:33:23horaire discontinu, trajet interminable, double journée ».
00:33:26C'est évidemment très juste.
00:33:27Qu'est-ce qu'on fait concrètement pour permettre aux classes populaires
00:33:29de reconquérir ce temps, justement ?
00:33:32Si je peux, avant de vous répondre, élargir un tout petit peu le cercle de la...
00:33:36On est déjà à la moitié de l'interview.
00:33:39Vous nous avez dit une heure, donc ça fait une demi-heure.
00:33:41Oui, on a encore beaucoup de questions.
00:33:43Oui, oui, mais quand même, quand même.
00:33:44Parce que je ne voudrais pas que vous partiez frustré.
00:33:46Non, bien sûr, non.
00:33:47Non, en fait, je pose aussi une question qui est le rapport entre le temps libéré,
00:33:54l'organisation du temps de travail et le temps libéré.
00:33:56J'ai le sentiment que le temps libéré par la réduction du temps de travail
00:34:03a été livré aux marchands.
00:34:05Voilà.
00:34:08Que nous avons donné tout ce temps-là aux réseaux sociaux,
00:34:14aux plateformes marchandes, aux galeries commerciales.
00:34:18Et je pense qu'il y a dans la démarchandisation une réappropriation importante de ce temps.
00:34:27Pensez le temps libéré.
00:34:28Peut-être qu'une grande loi sur le temps libéré serait une des premières choses à faire.
00:34:33C'est-à-dire penser l'organisation du temps de travail.
00:34:36Pensez le temps de travail subi, le temps partiel subi, pardon,
00:34:40mais pourquoi pas le temps partiel choisi.
00:34:43Les différents âges de la vie avec une banque du temps pour rendre aux uns et aux autres ce temps
00:34:50et en faire un temps de qualité, un temps d'attention aux autres.
00:34:53C'est la raison pour laquelle il faut aussi soutenir, entre guillemets, l'économie du temps libre.
00:34:58Le droit aux vacances, la démarchandisation du sport,
00:35:02qui était déjà une préoccupation de Léo Lagrange,
00:35:05la démarchandisation de la culture.
00:35:06Je ne parle pas du concert de Céline Dion et de la façon dont on vend les places.
00:35:09C'en est l'exemple le plus patent.
00:35:11Je vois que Rachel me fait les gros yeux, donc je vais...
00:35:16Pour en venir, il y a quand même quelques grands concepts aussi dans le livre.
00:35:22Vous faites notamment une critique de la social-démocratie.
00:35:25D'ailleurs, vous dites en interview que quand on vous demande si vous êtes social-démocrate,
00:35:30vous préférez dire socialiste.
00:35:33C'est quoi ? C'est un aveu de naïveté de la social-démocratie ?
00:35:38D'abord, pourquoi je dis socialiste ?
00:35:40Parce que c'est ce qui me va le mieux, le terme, dans sa profondeur historique avec laquelle je me
00:35:47sens le plus à l'aise,
00:35:49qui me paraît le plus correspondre d'ailleurs à la culture politique française,
00:35:51la social-démocratie étant une réalité européenne,
00:35:54mais dans le rapport notamment...
00:35:57Le mot de socialisme me va bien avec son ancrage.
00:36:01Ce que je dis, c'est que la social-démocratie, elle a besoin de se mettre à jour en tout
00:36:04cas.
00:36:05Que les outils classiques de la régulation face aux mutations successives du marché
00:36:09deviennent insuffisantes, impuissantes,
00:36:12et le prévenir, redistribuer, réparer,
00:36:16ne répond pas à toutes les situations.
00:36:17Et que, bien sûr, en toutes choses,
00:36:20il faut revenir d'une forme de naïveté,
00:36:22de se réarmer, parce que, au fond,
00:36:24qu'est-ce que je décris là ?
00:36:25C'est le réencastrement,
00:36:28revenir contre les évidences du marché,
00:36:30dire non, le marché ne décide pas
00:36:32mieux que la délibération démocratique,
00:36:34mieux que le citoyen, de ce qui est important pour lui,
00:36:36de ce qui a de la valeur, de ce qui doit être
00:36:40décidé, etc., etc.
00:36:44Parce qu'on ne l'a pas dit,
00:36:45mais qu'est-ce que produit la marchandisation de tout ?
00:36:49L'explosion des inégalités,
00:36:51la marchandisation, elle a sa géographie et sa sociologie.
00:36:54L'atomisation des individus,
00:36:55parce que l'individualisme est cultivé par le marché
00:36:59pour abattre tout ce qui empêche la progression,
00:37:02les liens sociaux, les corps intermédiaires.
00:37:04Ça crée une épidémie de solitude.
00:37:07Et tout ça, face à cette perte de contrôle,
00:37:09un désir d'autorité,
00:37:11que je ne veux pas laisser
00:37:14aux bonimenteurs de l'extrême droite.
00:37:15– Je vous pose la question aussi,
00:37:17est-ce que dans le chat depuis tout à l'heure,
00:37:18il y a beaucoup de gens qui nous disent
00:37:19« Merci Boris Vallaud, Captain Obvious,
00:37:21tout ça, on le sait au fond. »
00:37:23Et puis on a un parti socialiste…
00:37:25– Mais tous ceux qui le savent sont eux-mêmes,
00:37:27et je ne m'exclus pas,
00:37:31colonisés par cette idée de marchandisation.
00:37:33– Certes, mais eux, ils ne sont pas potentiellement aux commandes.
00:37:35– Je ne sais rien, peut-être.
00:37:36– Je ne veux pas faire offense au chat,
00:37:38mais a priori, ils sont plutôt moins aux commandes
00:37:40que potentiellement vous.
00:37:42Et on nous dit « Voilà, c'est quand même quelqu'un
00:37:44qui est à la tête d'un groupe,
00:37:45qui a fait passer les deux derniers budgets macronistes. »
00:37:48Au fond, quelle est la cohérence de tout ça ?
00:37:50– La cohérence, si vous voulez, c'est que,
00:37:52s'agissant du budget, je peux très bien répondre,
00:37:54parce que c'est une question qui nous a taraudés.
00:37:56Finalement, on est sortis, avec la dissolution,
00:37:58à l'absence de majorité absolue,
00:37:59de ce que le constitutionnaliste Guy Carcassonne
00:38:02décrivait comme le confort de l'opposition.
00:38:04C'est sûr, on n'est responsable de rien
00:38:07quand il y a une majorité absolue.
00:38:09Sauf que là, en fait, on peut faire tomber un gouvernement,
00:38:12ce qu'on a fait plusieurs fois.
00:38:13On peut bloquer ou modifier un budget.
00:38:15Il y avait 9 milliards d'euros d'économie
00:38:16qui étaient prévus sur le dos des gens qui bossent.
00:38:19Voilà.
00:38:20Alors on peut très bien attendre une hypothétique dissolution,
00:38:22on peut attendre 2027, mais je vous dis,
00:38:24attendre, pour beaucoup de classes populaires,
00:38:25c'est un luxe de petits bourgeois qui ne peuvent pas se permettre.
00:38:27Et donc, le gel des APL, le gel des allocations,
00:38:32le gel des retraites, etc., etc.,
00:38:34on s'est battus contre.
00:38:36C'est un budget qui reste un budget qui n'est pas le nôtre.
00:38:41Mais on a choisi de se battre avec les armes
00:38:46qui sont celles d'un parlementarisme.
00:38:47C'est difficile d'être pour la VIème République,
00:38:48d'être pour un régime parlementaire,
00:38:49mais quand on a entre les mains, dire « je ne touche pas ».
00:38:52Je reviens au livre.
00:38:54On peut avoir l'impression, parfois,
00:38:55que vous faites votre, je dirais presque paradoxalement,
00:39:00une partie de la critique libérale de l'État social,
00:39:04notamment quand vous semblait reconnaître que,
00:39:07oui, les APL, les allocations personnalisées au logement,
00:39:10elles ont participé en partie à la progression des loyers.
00:39:15Comment vous vous positionnez face à ça ?
00:39:17Est-ce que c'est aussi une critique libérale de l'État social, finalement ?
00:39:20C'est une critique de la captation par le marché
00:39:22de dispositifs sociaux.
00:39:27La critique, elle est celle-là.
00:39:28Elle est celle de l'accaparement.
00:39:29Vous voyez ?
00:39:30C'est comme quand on dit,
00:39:31quand on baisse la TVA,
00:39:32en fait, c'est un effet de marge supplémentaire
00:39:35pour les uns les autres.
00:39:36C'est contre ça qu'il faut évidemment lutter.
00:39:40Je ne dis rien de plus que cela.
00:39:43Et sur le logement, je vais plus loin,
00:39:46puisque je donne l'exemple
00:39:47d'une démarchandisation réussie du logement à Vienne.
00:39:51Vienne, 80% de locataires,
00:39:5360% de logements publics,
00:39:54le plus gros bailleur social d'Europe est viennois.
00:39:56Et vous pouvez appartenir à la classe moyenne,
00:39:58être institutrice, infirmière,
00:40:01être un retraité modeste et habiter à Vienne.
00:40:03Il y a peu de capitales européennes
00:40:04qui peuvent s'en prévaloir.
00:40:05Moi, c'est les sociodémocrates autrichiens
00:40:07qui ont lancé cette politique.
00:40:08Mais ils l'ont lancée il y a 100 ans.
00:40:11Oui.
00:40:12Est-ce que c'est encore possible aujourd'hui ?
00:40:14Oui, mais vous savez, ça, le problème.
00:40:15Je crois qu'il y a beaucoup de choses qui sont possibles.
00:40:19Et que la résignation individuelle comme collective,
00:40:25elle est l'un des témoignages
00:40:27de cette domination culturelle.
00:40:34Vous dites dans le livre que le capitalisme contemporain
00:40:37a déplacé le terrain d'affrontement hors de l'entreprise.
00:40:40Parce que l'entreprise est vidée de ses travailleurs.
00:40:42Vous donnez l'exemple des supermarchés
00:40:44qui tournent avec des caisses automatiques,
00:40:45des entrepôts qui tournent avec des robots.
00:40:48Est-ce que vous n'allez pas quand même un peu vite en besogne ?
00:40:50Aujourd'hui, Amazon, c'est encore 1,5 million d'employés dans le monde.
00:40:53Carrefour, pour parler que de lui,
00:40:56c'est un des plus gros employeurs privés du pays.
00:40:57Est-ce que vous n'avez pas l'impression,
00:40:59à trop vous concentrer sur les consommateurs,
00:41:01d'oublier les salariés ?
00:41:03Vous dites qu'on est avant tout des travailleurs.
00:41:04Non, non, non, je suis d'accord avec vous.
00:41:06C'est la raison pour laquelle j'ai pris la précaution de dire
00:41:08qu'un capitalisme ne chassait pas l'autre.
00:41:11Et qu'il ne s'agit pas d'abandonner le travailleur
00:41:15au bénéfice du consommateur.
00:41:17Il s'agit de faire le constat même,
00:41:19et je l'évoquais tout à l'heure,
00:41:20avec l'ubérisation de la société,
00:41:22cette espèce de tiers-status
00:41:23entre le salariat et le travail indépendant,
00:41:27que nous nous sommes acharnés à dénoncer,
00:41:32à condamner en revendiquant la présomption de salariat.
00:41:35Il y a ce retour du tâchronage
00:41:38et presque un âge qui est pré-industriel
00:41:40dans le rapport au travail.
00:41:42Donc non.
00:41:43Il y a évidemment dans les formules,
00:41:45parfois, pour susciter le débat,
00:41:49pour avoir un élément
00:41:53pour expliquer la nécessité du déplacement
00:41:55du terrain, de la bataille,
00:41:58de formules qui, parfois, peuvent,
00:42:00je reconnais, être des raccourcis.
00:42:02Mais non, il y a évidemment dans l'entreprise,
00:42:05encore, et c'est pour ça que je parle aussi
00:42:06de la démocratie d'entreprise,
00:42:09sur le dialogue social et l'organisation du travail.
00:42:12Là aussi, je pense que l'organisation du travail
00:42:14doit être un objet de dialogue social
00:42:17et une affaire qui concerne les salariés.
00:42:21Vous posez la question de la solitude
00:42:24liée à la plateformisation de nos dits.
00:42:29C'est encore plus dur à dire que des marchandisations.
00:42:30Voilà.
00:42:32C'est vrai, bien sûr.
00:42:33Mais est-ce que, du coup,
00:42:37ça ne rend pas la victoire d'un projet de gauche,
00:42:39a priori plutôt collectif,
00:42:42plutôt solidaire, en tout cas,
00:42:43on peut l'espérer,
00:42:45plus difficile ?
00:42:46Est-ce que ça remplace plus difficile
00:42:48de faire gagner un projet de gauche
00:42:49dans un pays qui est devenu, au fait,
00:42:51au fond, très individualiste, peut-être ?
00:42:54Je veux dire que c'est...
00:42:57La situation est quand même très ambivalente.
00:42:59Les Françaises et les Français,
00:43:00ils sont quand même très attachés
00:43:01à leur modèle social.
00:43:02D'ailleurs, c'est assez amusant
00:43:03quand on demande aux Françaises et aux Français
00:43:06ceux qui caractérisent l'identité,
00:43:08je ne sais pas s'il faut dire nationale ou française,
00:43:10ils disent notre modèle social.
00:43:12Bon, ça, c'est quand même une grande conquête
00:43:15qui est une conquête à la fois individuelle
00:43:17et collective.
00:43:18Ce que j'essaie de faire aussi,
00:43:19c'est de dire qu'en retrouvant
00:43:22de la souveraineté sur sa propre vie,
00:43:25on retrouve du pouvoir collectif.
00:43:28On retrouve la possibilité
00:43:32de vivre ensemble.
00:43:34Alors est-ce que la bataille va être difficile ?
00:43:36Oui, je ne vais pas vous mentir,
00:43:36elle va être difficile, elle est âpre, bien sûr.
00:43:41Et le plus pervers,
00:43:43c'est dans ce que vous dites sur la solitude,
00:43:45c'est que la solitude devient elle-même un marché.
00:43:48Donc on est dans un truc auto-entretenu.
00:43:53Mais la solitude, elle fait des dégâts considérables.
00:43:56Elle fait des dégâts sanitaires,
00:43:57elle fait des dégâts politiques sans aucun doute.
00:44:00Mais où se niche la vie ensemble ?
00:44:02Elle se niche dans la mixité scolaire,
00:44:04qui est un sujet auquel moi, je tiens beaucoup.
00:44:07Parce que vous voyez, il ne suffit pas
00:44:08que les écoles soient publiques
00:44:09pour qu'elles échappent totalement
00:44:11à la logique de marché.
00:44:12Puisqu'il y a un classement
00:44:13des établissements scolaires,
00:44:14puisqu'il y a de la ségrégation scolaire,
00:44:16puisqu'il y a des établissements
00:44:16qui accueillent toutes les difficultés
00:44:17et d'autres qui n'en accueillent aucune.
00:44:21Elle est dans la possibilité de vieillir ensemble.
00:44:23C'est ce que j'ai décrivait
00:44:24avec les EHPAD à but non lucratif.
00:44:26Elle est dans le réinvestissement
00:44:30du temps libéré,
00:44:32comme d'un moment d'attention à soi,
00:44:34d'attention aux autres,
00:44:36à sa famille
00:44:37et à ce qui fait la vie en société.
00:44:39C'est-à-dire,
00:44:40quand je dis rendre aux citoyens
00:44:41ce que le marché a pris aux consommateurs,
00:44:43c'est se réapproprier
00:44:45ces moments qui sont des moments importants.
00:44:48Juste un tout petit trait.
00:44:53Vous savez qu'en 40 ans,
00:44:54il y a eu 13 000 bistrots
00:44:56qui ont fermé.
00:44:57Vous faites la superposition
00:44:59de la carte de la suppression des bistrots,
00:45:00de la fermeture des bistrots
00:45:01et d'augmentation du vote pour l'extrême droite.
00:45:03Et vous voyez bien que c'est
00:45:05les lieux où on ne se croise plus,
00:45:07où on ne se voit plus,
00:45:08où on ne discute plus,
00:45:09où on ne s'engueule plus,
00:45:12qui font cette solitude,
00:45:13qui peut faire en effet
00:45:14le lit de l'extrême droite.
00:45:17– Je vous emmène par là
00:45:19vers des questions
00:45:20un petit peu plus d'actualité
00:45:21pour le dernier quart d'heure.
00:45:25Bon, d'aucuns estiment
00:45:26que le livre vous met
00:45:28sur une position
00:45:30un peu plus à gauche, disons,
00:45:32dans le Parti socialiste.
00:45:35Mais en même temps,
00:45:36ces dernières semaines,
00:45:37depuis les élections municipales
00:45:38au sein du Parti socialiste,
00:45:39vous semblez vous alliez
00:45:40plutôt à l'aile droite
00:45:42du Parti socialiste
00:45:43face à Olivier Faure.
00:45:45Est-ce que ça brouille pas
00:45:46un peu le message ?
00:45:47– Alors, d'abord,
00:45:48ce qui me fait beaucoup rire,
00:45:49c'est que l'aile gauche
00:45:51d'aujourd'hui
00:45:51était l'aile droite d'hier.
00:45:52– C'est pas tout à fait faux.
00:45:54– Mais malgré tout…
00:45:55– Donc, quand je vois
00:45:55beaucoup de gens
00:45:56qui étaient d'ailleurs
00:45:57des soutiens ou des très proches
00:45:58de Manuel Valls
00:45:59qui est aujourd'hui
00:46:00revendique d'être l'aile gauche,
00:46:01je dis, les amis,
00:46:02un tout petit peu,
00:46:03au moins, de praxis intellectuelle.
00:46:05– C'est vrai.
00:46:06– Qu'est-ce qu'on propose ?
00:46:07Je crois pas que,
00:46:08depuis ces temps
00:46:08que je parle en mon seul nom,
00:46:11j'ai été autre chose
00:46:12que socialiste.
00:46:12– C'est vrai,
00:46:13mais vous qui avez défendu
00:46:15et qui, je crois,
00:46:15défendez encore
00:46:16un périmètre
00:46:17pour l'élection présidentielle
00:46:18qui va de Ruffin à Glucksmann,
00:46:20je me trompe pas,
00:46:21vous alliez avec des gens
00:46:22qui sont plutôt
00:46:23pour un périmètre
00:46:24de Hollande à Glucksmann.
00:46:25– Eh bien, détrompez-vous
00:46:26puisqu'il y a aussi
00:46:27des parlementaires communistes
00:46:28qui ont signé avec nous,
00:46:29qu'il y a GRS,
00:46:31Emmanuel Moral,
00:46:31notamment,
00:46:32qui a signé avec nous.
00:46:33– Vous parlez de construire,
00:46:34on va y revenir.
00:46:34– Et que par ailleurs,
00:46:35pour ce qui me concerne,
00:46:37y compris dans les derniers mois,
00:46:39je ne me suis pas senti
00:46:40l'aile droite
00:46:41de qui que ce soit
00:46:42au Parti socialiste.
00:46:42– Mais vous peut-être pas,
00:46:43mais est-ce que vous n'êtes pas allié
00:46:44avec des gens
00:46:45qui ne sont pas, en fait,
00:46:46pas selon l'avant-partement
00:46:47d'accord avec vous ?
00:46:47– Je m'allie avec ce que je suis,
00:46:50avec ce que je défends,
00:46:51avec ce que j'ai envie de porter,
00:46:53avec ce livre,
00:46:53mais avec le précédent
00:46:55que vous alliez au sujet,
00:46:56qui est, pour le coup,
00:46:58la politique à l'échelle humaine
00:47:00et qui se préoccupe
00:47:02des vies telles qu'elles sont vécues.
00:47:03Donc moi, je viens avec ça.
00:47:04Vous savez,
00:47:04on ne peut pas passer son temps
00:47:06à couper la gauche en morceaux,
00:47:07parce que sinon,
00:47:08on va terminer tout seul.
00:47:09L'épidémie de solitude,
00:47:10elle va finir par frapper la gauche.
00:47:11– Non, mais vous, peut-être pas.
00:47:13– Est-ce que vous n'êtes pas allié
00:47:14avec des gens
00:47:15qui veulent couper la gauche en morceaux ?
00:47:17– Pas plus, pas moins
00:47:18que d'autres qui ont d'autres projets.
00:47:21Voilà.
00:47:21Moi, je dis, franchement,
00:47:23dans l'initiative que j'ai prise,
00:47:25tout le monde est attendu à table.
00:47:28Donc il n'y a pas de problème
00:47:29ou pas d'ambiguïté.
00:47:30Je dis, nous avons besoin
00:47:31d'un candidat commun,
00:47:32de toute cette gauche
00:47:33que vous avez,
00:47:33de toutes ces choses
00:47:34que vous avez décrites,
00:47:35et qu'elles travaillent ensemble.
00:47:36Elle aura des désaccords,
00:47:37elle aura des contradictions
00:47:37assurmentées,
00:47:38tombe mieux.
00:47:38Si on n'est pas capable
00:47:39de le faire entre nous,
00:47:39on ne va pas le faire
00:47:40pour le reste de la France.
00:47:40– Alors, il y a un autre endroit
00:47:41où tout le monde
00:47:42est a priori attendu à table.
00:47:44C'est la primaire
00:47:47voulue dans le cadre
00:47:47dit de Bagneux,
00:47:48Front populaire 2027.
00:47:50Mais a priori, là,
00:47:51vous avez décidé
00:47:52de plutôt pas répondre
00:47:53à l'invitation,
00:47:53si j'ai bien compris.
00:47:55– Bah, écoutez,
00:47:56d'abord,
00:47:57je n'ai pas toujours été invité,
00:47:58contrairement à ce que vous pensez.
00:47:59– Vous étiez là
00:47:59à Bagneux, quand même, déjà.
00:48:00– Oui, oui,
00:48:01j'ai été invité la veille au soir.
00:48:02C'était bien,
00:48:04parce que je me souviens
00:48:04qu'il y avait un président de groupe.
00:48:06Non, mais écoutez,
00:48:06moi, je vais vous dire,
00:48:07j'ai des doutes
00:48:08que j'ai exprimés
00:48:09depuis longtemps,
00:48:09sans phare.
00:48:11Et je pense qu'il n'est pas interdit
00:48:12d'exprimer des doutes.
00:48:13– Lesquels ?
00:48:13– Voir des oppositions
00:48:15sur un processus
00:48:16qui me paraît être
00:48:17un processus de distinction
00:48:19plutôt que de rassemblement.
00:48:20Et que, par ailleurs,
00:48:20je fais le constat
00:48:22qu'ils ne rassemblent pas
00:48:23assez large
00:48:25pour aboutir
00:48:25à ce à quoi on…
00:48:28Je vous dis un exemple.
00:48:29Moi, je considère
00:48:29que, par exemple,
00:48:30la primaire de 2011,
00:48:32elle a eu des conséquences
00:48:36délétères
00:48:36dans l'exercice du pouvoir.
00:48:37– Travément.
00:48:38– Que les divisions…
00:48:39– Ça, c'est la position
00:48:40de François Hollande, par exemple.
00:48:41– Oui, mais enfin,
00:48:42vous voyez,
00:48:42je me détermine.
00:48:43Vous savez,
00:48:44j'ai pris une habitude,
00:48:45c'est ma grande liberté,
00:48:46c'est de penser tout ça.
00:48:47Vous voyez ?
00:48:48Je ne suis affidé à personne,
00:48:49je ne travaille pour personne.
00:48:51Je travaille pour les gens
00:48:53qui sont dans ma circonscription,
00:48:54d'ailleurs,
00:48:54qu'ils aient voté ou pas pour moi.
00:48:56Et c'est la seule chose
00:48:56qui me préoccupe.
00:48:57Moi, je n'ai pas fait
00:48:57de la politique
00:48:58pour autre chose que pour ça
00:48:59et je n'ai surtout pas fait
00:49:00de la politique
00:49:00pour les gens qui vont bien.
00:49:01Donc, c'est ma seule détermination.
00:49:05Je vous dis,
00:49:05un, je pense que
00:49:05c'est une entreprise
00:49:06de distinction
00:49:07et qu'on l'a mesurée
00:49:08dans l'exercice du pouvoir.
00:49:11Que, deux,
00:49:11c'est une entreprise
00:49:12de distinction.
00:49:13Que, trois,
00:49:13ça ne crée pas forcément
00:49:14l'élan nécessaire.
00:49:15On l'a vu en 2016.
00:49:17On a vu aussi en 2016
00:49:20trahi,
00:49:20que ça ne rassemblait pas
00:49:22automatiquement.
00:49:22Par ailleurs,
00:49:23qu'il y avait des biais
00:49:23sociologiques considérables
00:49:25et que quand j'entends dire
00:49:26que ça va être une primaire
00:49:26de clarification,
00:49:27j'ai dit de clarification
00:49:27de quoi ?
00:49:28De nos désaccords
00:49:29et ensuite,
00:49:29on va faire campagne
00:49:30sur nos désaccords.
00:49:31Est-ce que, par ailleurs,
00:49:31ça ne règle pas ?
00:49:32Ça règle une question
00:49:33qui, moi, est essentielle.
00:49:34Je le vois et je suis heureux
00:49:35que la presse commence
00:49:37à s'y intéresser.
00:49:37Pour ce qui me concerne,
00:49:38je sortirai un papier
00:49:39au début du mois de juin
00:49:41sur ce sujet-là.
00:49:43Mais il y a un impensé
00:49:44qui est considérable.
00:49:46C'est-à-dire qu'il ne suffit
00:49:46pas de gagner la présidentielle
00:49:47pour exercer le pouvoir
00:49:49ou pour gouverner.
00:49:52Moi, j'ai une conviction,
00:49:53c'est que la Ve République
00:49:53est à bout de souffle,
00:49:54qu'elle est finie,
00:49:55qu'elle nous a définitivement
00:49:59abîmés et abîmés
00:50:00la démocratie,
00:50:01la confiance des citoyens
00:50:03dans leurs représentants.
00:50:04Et qu'il nous faut imaginer
00:50:06une autre pratique du pouvoir
00:50:07qui n'immunisera pas,
00:50:08peut-être,
00:50:08en tout cas provisoirement,
00:50:10contre l'arrivée
00:50:11de l'extrême droite,
00:50:11mais qui peut,
00:50:11un temps soit peu réenchanter
00:50:14la politique,
00:50:15qui implique
00:50:17un rééquilibrage du pouvoir,
00:50:18qui implique sans doute
00:50:20une élection législative
00:50:22à la proportionnelle.
00:50:22C'est les élections législatives.
00:50:24Nous sommes,
00:50:24avec cette primaire,
00:50:25en train de penser
00:50:26ces élections législatives
00:50:27comme le troisième tour
00:50:28de l'élection présidentielle.
00:50:29Si nous pensons
00:50:30l'élection du troisième tour,
00:50:31c'est que nous sommes
00:50:32des fétichistes
00:50:33de la cinquième République.
00:50:34Je ne suis pas un fétichiste
00:50:35de la cinquième République.
00:50:35On me dit,
00:50:36tu as des doutes,
00:50:37tu n'es pas d'accord.
00:50:38Je demande,
00:50:39moi, j'étais prêt
00:50:40à être convaincu.
00:50:40Le problème,
00:50:41c'est que pour être convaincu,
00:50:41il faut qu'il y ait le débat
00:50:42quelque part
00:50:43sur les biens fondés
00:50:44de tel ou tel.
00:50:44Est-ce que ce n'est pas
00:50:45quand même un peu facile
00:50:45de dire que la primaire
00:50:47ne rassemble pas assez
00:50:48quand on n'y va pas soi-même
00:50:49et que du coup,
00:50:50on ne travaille pas
00:50:50au fait qu'elle rassemble plus ?
00:50:52Mais j'ai proposé
00:50:52qu'on y travaille
00:50:53dans mon parti.
00:50:54Ça n'a pas été le cas.
00:50:55On me dit,
00:50:56tu critiques,
00:50:56tu ne proposes rien d'autre.
00:50:57Donc je propose un chemin
00:50:59qui est un chemin différent,
00:51:00qui consiste d'abord
00:51:00à se poser la question
00:51:02de ce que l'on veut dire
00:51:03aux Français
00:51:03et de la sociologie,
00:51:06de la stratégie électorale,
00:51:07c'est-à-dire la sociologie
00:51:08et la géographie
00:51:09de nos combats.
00:51:10Non, non, mais ce n'est pas
00:51:11une abstraction.
00:51:12Où va se faire
00:51:12la grande bataille de France ?
00:51:13Moi, je suis élu
00:51:14d'un territoire rural,
00:51:15d'une circonscription
00:51:16soit soliste depuis 78
00:51:17et qui voit
00:51:18l'extrême droite progresser.
00:51:20Après le sud-est de la France,
00:51:21après les bassins miniers,
00:51:22après les territoires
00:51:23industriels en déprise,
00:51:24je vois cette France
00:51:25des sous-préfectures,
00:51:26cette France urbaine,
00:51:26quel sentiment
00:51:27d'une domination culturelle
00:51:28d'une France sur une autre,
00:51:29quel sentiment
00:51:29que la République
00:51:30passe plus par chez elle,
00:51:31quel sentiment
00:51:31d'un pouvoir lointain
00:51:32qui les méprise
00:51:33et qui passe leur temps
00:51:34à les juger ?
00:51:35Eh bien, si on considère
00:51:36que c'est là
00:51:36que va se faire
00:51:36la grande bataille de France,
00:51:37il faut qu'on y ramène
00:51:39notre projet politique,
00:51:40nos propositions.
00:51:41Ensuite, je veux
00:51:41qu'on ait un contrat
00:51:42de législature.
00:51:43Et ensuite,
00:51:43quand on aura tous
00:51:44travaillé ensemble,
00:51:45qu'on aura fait émerger
00:51:45une équipe comme Jospin,
00:51:46autour de Jospin,
00:51:47il y avait des personnalités
00:51:48considérables.
00:51:48Il y avait Dominique Voinet,
00:51:49il y avait Guesso,
00:51:51il y avait Chevènement,
00:51:52il y avait Martine Aubry,
00:51:53il y avait des personnalités
00:51:54considérables.
00:51:55Et c'était une équipe.
00:51:55Et d'ailleurs,
00:51:56on en parlait
00:51:56en de tels termes.
00:51:57Vous pensez qu'ensuite,
00:51:58un seul se lève de la table
00:51:59pour dire je me lève
00:52:00et je me casse ?
00:52:01Non, je ne le crois pas.
00:52:02Est-ce qu'on ne sera pas capable
00:52:04dans un processus
00:52:05de consensus organisé
00:52:07qu'on peut travailler ensemble,
00:52:08trouver celui ou celle
00:52:09qui est capable de porter ça ?
00:52:10Et d'ailleurs,
00:52:10peut-être qu'il n'est parmi aucun
00:52:11de celles et de ceux
00:52:12auxquels on pense aujourd'hui
00:52:14ou qui y pensent aujourd'hui.
00:52:16Si on n'est pas capable
00:52:16de le faire,
00:52:17c'est qu'on ne croit pas
00:52:18véritablement à la menace
00:52:19de l'extrême droite.
00:52:20C'est vraiment possible
00:52:20que quelqu'un émerge
00:52:22dans un processus
00:52:23de conclave
00:52:24comme vous semblez le défendre.
00:52:25D'ailleurs, je note
00:52:25que c'était la proposition
00:52:27et de Lucie Castet
00:52:28avant la primaire
00:52:30et de Marine Tondelier.
00:52:32Alors pourquoi,
00:52:32quand c'est quelqu'un d'autre
00:52:33qui la formule,
00:52:34ça deviendrait une idée idiote ?
00:52:36Vous avez bien compris
00:52:36que ma préoccupation,
00:52:37c'est tout ce qui fait
00:52:38le rassemblement.
00:52:39Tout ce qui fait le rassemblement.
00:52:40Moi, je me suis engagé
00:52:41à un moment donné,
00:52:42je n'avais pas envie
00:52:42d'être député.
00:52:44Mon prédécesseur qui a arrêté
00:52:45qui m'a dit
00:52:45que ce n'était pas le moment
00:52:45de se planquer,
00:52:46tu as vu l'extrême droite.
00:52:48Bon.
00:52:49Et donc moi,
00:52:49je ne me planque pas.
00:52:50Et quand, par ailleurs,
00:52:52je sens qu'on va se planter,
00:52:54vous savez,
00:52:54il n'y a pas de crise OPS,
00:52:55en fait.
00:52:56Non, non,
00:52:56je vous dis,
00:52:56il n'y a pas de crise OPS.
00:52:57Quand même un peu.
00:52:58Non, non,
00:52:58je veux dire,
00:52:59pourquoi il n'y a pas de crise OPS ?
00:53:00Il n'y a pas de crise OPS
00:53:00parce que la crise,
00:53:01c'est quand on ne dit pas
00:53:02ce désaccord.
00:53:03La crise,
00:53:04c'est quand on se tait.
00:53:05La crise,
00:53:05c'est quand il ne se passe rien
00:53:07et qu'on continue
00:53:07comme si tout allait bien.
00:53:10On a besoin de cette mobilisation.
00:53:11Alors moi,
00:53:12j'ai dit d'abord les idées.
00:53:13Ben voilà,
00:53:14les idées,
00:53:14allons-y.
00:53:14Boris Zalo,
00:53:15vous dites que vous ne cachez pas.
00:53:17Dernière question sur la primaire.
00:53:18Est-ce qu'au fond,
00:53:18le problème de la primaire
00:53:19pour les socialistes,
00:53:20c'est qu'ils ont le sentiment
00:53:21qu'ils ne sont pas sûrs
00:53:22de pouvoir la gagner
00:53:23et qu'ils ne veulent pas
00:53:24soutenir un autre candidat
00:53:25qu'un candidat socialiste
00:53:26à la présidentielle ?
00:53:27Ça, vous poserez la question
00:53:28à ceux qui en sont les promoteurs.
00:53:30Oui, mais je la pose
00:53:32à quelqu'un
00:53:32qui ne veut pas de la primaire.
00:53:33Moi, je fais le constat
00:53:37que cette gauche-là
00:53:38n'y participe pas
00:53:39ni le Parti communiste français,
00:53:40ni Place publique,
00:53:41ni les radicaux,
00:53:42ni peut-être d'autres
00:53:42que j'oublierai,
00:53:44qu'une partie de ceux
00:53:46qui la promeuvent,
00:53:47en fait, n'y croient pas
00:53:47une seconde,
00:53:48parce qu'il faut quand même
00:53:48se dire aussi les choses.
00:53:50Et on commence à l'entendre.
00:53:51Je dis, écoutez,
00:53:52on n'a pas le luxe
00:53:54de se planter.
00:53:56Donc, je veux dire,
00:53:57c'est pas grave
00:53:57d'être candidat à une primaire.
00:53:59Je rappelle que la gauche
00:54:00était contre l'élection
00:54:01du président de la République
00:54:02au suffrage universel
00:54:02et qu'on a plutôt envie
00:54:04d'en faire un président genre...
00:54:07C'est le suffrage universel
00:54:08où le chef, c'est le Premier ministre,
00:54:09où il y a des primaires
00:54:10pour désigner les candidats
00:54:11des partis quand même.
00:54:13Oui, et puis il y a des endroits
00:54:13où c'est pas le cas.
00:54:14C'est plus rare néanmoins.
00:54:17Vous, du coup,
00:54:18très concrètement,
00:54:19qu'est-ce que vous voudriez ?
00:54:20Quelle serait la marche
00:54:21à suivre du Parti socialiste
00:54:22là dans les prochaines semaines ?
00:54:24Non, mais moi,
00:54:24je propose une chose simple.
00:54:25C'est-à-dire que je dis,
00:54:26écoutez, pour qu'un parti
00:54:27se mette en ordre de marche,
00:54:28il a besoin d'un programme,
00:54:30c'est en cours.
00:54:30Et moi, je remercie
00:54:31Claude Héridelle
00:54:32avec laquelle on a travaillé
00:54:34du travail qu'elle a fait.
00:54:35Le pré-projet...
00:54:37Les militants s'en saisissent.
00:54:38C'est très bien.
00:54:38Il faut l'amender,
00:54:39il faut l'ancrer,
00:54:40il faut le passer au gueuloir,
00:54:41comme disait Flaubert.
00:54:42Voilà.
00:54:44Mais ce sera celui
00:54:44du Parti socialiste.
00:54:45Il y a besoin de trancher.
00:54:47Est-ce que c'est la primaire ?
00:54:49Est-ce que c'est ce que moi,
00:54:50je dessine comme...
00:54:51Par un vote des militants ?
00:54:52Oui, c'est un peu
00:54:52la démocratie interne.
00:54:54Et puis, tous les partis
00:54:55ont leur candidat
00:54:56à la présidentielle.
00:54:57C'est le cas des écologies,
00:54:58c'est le cas de Debout,
00:54:58c'est le cas de la Prèbes.
00:55:00Il faut que le Parti socialiste
00:55:00ait le sien aussi.
00:55:02Moi, je me dis,
00:55:02ce n'est pas absurde
00:55:03qu'on soit en ordre de bataille,
00:55:04quelle que soit l'hypothèse
00:55:05ensuite de sélection,
00:55:07à l'été.
00:55:08Tout ça doit se faire
00:55:09avant l'été, c'est ça ?
00:55:10Oui, ça ne me paraît pas absurde.
00:55:11D'autant que ceux qui,
00:55:12aujourd'hui,
00:55:12ne veulent plus que ce soit
00:55:12avant l'été me disaient
00:55:13qu'il y a deux mois,
00:55:14il faut quand même
00:55:14qu'on se dépêche
00:55:15parce que tous les autres
00:55:16ont un candidat.
00:55:17Vous en avez parlé
00:55:18il y a une dizaine de jours.
00:55:20Vous avez lancé un appel,
00:55:22je pense qu'on peut
00:55:23appeler ça comme ça,
00:55:23qui s'appelle Construire 2027,
00:55:25notamment autour de Yannick Jadot,
00:55:27l'ancien candidat écologiste
00:55:29à la présidentielle,
00:55:31et Raphaël Glucksmann,
00:55:33potentiel candidat
00:55:34à la prochaine élection.
00:55:35Oui, avec des parlementaires communistes.
00:55:35Avec des parlementaires.
00:55:37Avec beaucoup d'élus locaux.
00:55:38Avec beaucoup de sensibilité.
00:55:40Le moins qu'on puisse dire,
00:55:41c'est qu'il n'y a pas eu
00:55:42non plus un effet de blast
00:55:43autour de cet appel au ressentiment.
00:55:44Ce n'était pas du tout
00:55:45l'intention.
00:55:45Je veux dire, au départ,
00:55:46on s'est posé la question
00:55:47de savoir si on ne le signait pas
00:55:48à 10 ou 15.
00:55:49Donc, en fait,
00:55:50on n'a pas fait du tout campagne.
00:55:51On n'a pas tout fait
00:55:52une campagne de signature.
00:55:55Donc, vous savez,
00:55:56on est à 15 000.
00:55:57On est presque au nombre
00:55:58de votants au Congrès
00:55:59du Parti Socialiste.
00:56:00Donc, ce n'est pas si ridicule
00:56:01que ça.
00:56:02Est-ce que ça ne disperse pas
00:56:03un peu les forces,
00:56:04quand même, malgré tout ?
00:56:06Non, pas du tout.
00:56:07Pas du tout,
00:56:08puisque à la fin,
00:56:08moi, je propose
00:56:09que les militants socialistes
00:56:10tranchent.
00:56:10D'ailleurs, c'est ce que demandent
00:56:11les partenaires aussi.
00:56:12Voilà, c'est tout.
00:56:14Encore une fois,
00:56:14dans cette initiative...
00:56:17Pour l'instant, je vais vous dire,
00:56:17le spectre,
00:56:19ceux qui...
00:56:20Justement, la diversité,
00:56:21parlons-en.
00:56:22Encore une fois,
00:56:22on est quand même
00:56:23sur les plus modérés à gauche,
00:56:24malgré tout.
00:56:25Ou alors, les gens
00:56:26les plus modérés
00:56:26dans leurs partis respectifs.
00:56:28Moi, je ne suis pas modéré,
00:56:29d'accord ?
00:56:30Mais précisément,
00:56:31je pose la question
00:56:31de vos alliances,
00:56:32depuis tout à l'heure,
00:56:33si vous avez bien compris.
00:56:34Mais oui, mais pourquoi
00:56:35vous ne leur posez pas la question ?
00:56:36Mais pourquoi vous êtes
00:56:37à coquiner avec ce socialiste,
00:56:38invétéré,
00:56:39qui est Boris Vallaud,
00:56:39et qui d'ailleurs propose
00:56:40les trucs plus importants ?
00:56:41Mais le jour où on l'aura,
00:56:42on lui posera la question, probablement.
00:56:43Bon, ben voilà.
00:56:44Bon, je vous dis,
00:56:44tout le monde a vocation.
00:56:45Il y a des communistes,
00:56:46il y a des GRS,
00:56:46il y a des écologistes,
00:56:48il y a des écologistes
00:56:48de toutes les sensibilités,
00:56:50les brevets de gauche des uns,
00:56:51les brevets de gauche des uns
00:56:51et des autres.
00:56:53Franchement, ça vaut ce que ça vaut,
00:56:55et surtout, je remarque
00:56:56que dans l'histoire,
00:56:57ça dédate de péremption.
00:56:58Donc moi, vous voyez,
00:56:59je construis les choses
00:57:00autour d'idées,
00:57:01autour de ce que l'on fait
00:57:02à l'Assemblée nationale
00:57:03depuis maintenant 2017.
00:57:052017, je votais...
00:57:07Les socialistes ne l'ont pas fait.
00:57:09Je votais contre la confiance
00:57:10au premier gouvernement
00:57:11d'Edouard Philippe.
00:57:13Donc je vais vous dire...
00:57:15Voilà.
00:57:16C'est bien ça comme conclusion.
00:57:17Je vais vous dire...
00:57:18On est presque à la conclusion.
00:57:19Mais est-ce qu'au fond,
00:57:21notamment vous le dites,
00:57:22finalement, vous avez l'air de dire
00:57:23qu'il faut préparer presque plus
00:57:25les législatives
00:57:26qui, je le rappelle,
00:57:27officiellement auront lieu en 2029,
00:57:28mais plus probablement
00:57:29dans un an,
00:57:31un peu plus d'un an,
00:57:32est-ce que c'est pas le signe
00:57:34qu'au fond,
00:57:35vous n'y croyez déjà plus ?
00:57:37Détrompez-vous.
00:57:38Je pense qu'on peut
00:57:39gagner les élections présidentielles.
00:57:41Et ne pas avoir de majorité absolue.
00:57:43Non, mais ça, tout à fait,
00:57:44c'est possible.
00:57:44Mais j'ai l'impression
00:57:45que vous squeezez quand même
00:57:46la présidentielle.
00:57:47Je vais vous dire,
00:57:47je pense que c'est pas foutu.
00:57:48Je pense que c'est pas foutu.
00:57:50Je pense qu'en revanche,
00:57:52si nous n'avons pas
00:57:53une réflexion
00:57:54sur l'exercice du pouvoir
00:57:55et donc sur l'équilibre
00:57:56de nos institutions,
00:57:57sur la place
00:57:57de l'élection législative,
00:57:59je crois que nous continuerons
00:58:00de désenchanter la politique.
00:58:02Et je le pense sincèrement.
00:58:04Je vais vous dire,
00:58:08ce présidentialisme exacerbé,
00:58:10franchement,
00:58:10ça nous a étouffés.
00:58:11Moi, ça fait des années
00:58:13que j'ai l'impression
00:58:13de respirer à travers
00:58:13une paille qu'on pince.
00:58:15Vous voyez,
00:58:15je respire plus.
00:58:16Et le pays ne respire plus.
00:58:18Donc on a besoin
00:58:18de ce travail-là.
00:58:20C'est une politique
00:58:20du présidentialisme exacerbé
00:58:21de la Ve République.
00:58:22Mais quand vous jouez
00:58:23avec des gens
00:58:24qui jouent le jeu
00:58:24de ce présidentialisme excessif...
00:58:25J'inverse le calendrier électoral.
00:58:27Justement,
00:58:28c'était l'objet
00:58:29de ma dernière question.
00:58:30Dans la construction
00:58:31de l'Union de la Gauche.
00:58:32C'était l'objet
00:58:32de ma dernière question.
00:58:34Avant l'élection présidentielle,
00:58:35il y aura un budget.
00:58:37Enfin, en tout cas,
00:58:37au minimum,
00:58:38un débat budgétaire.
00:58:39On ne sait pas
00:58:39s'il y aura un budget
00:58:40avant l'élection présidentielle.
00:58:41Comment vous voyez
00:58:42cette période-là ?
00:58:44On l'a dit,
00:58:44le Parti socialiste
00:58:45a quand même aidé,
00:58:45a fait passer
00:58:46les deux derniers budgets
00:58:47macronistes.
00:58:48Est-ce qu'il peut en faire
00:58:49passer un troisième
00:58:50juste avant la présidentielle ?
00:58:53Est-ce que, finalement,
00:58:54l'option d'une dissolution
00:58:56avant la présidentielle
00:58:58est sur la table ?
00:58:59Je vous dis,
00:58:59au moment où on se parle,
00:59:00je n'en sais strictement rien.
00:59:02Voilà.
00:59:02Je n'en sais strictement rien.
00:59:03C'est une question
00:59:04à laquelle nous commençons
00:59:06à réfléchir,
00:59:07à laquelle nous voulons réfléchir
00:59:09avec nos partenaires
00:59:11parlementaires de gauche.
00:59:14Je ne sais pas
00:59:15quelles sont les dispositions
00:59:16des uns et des autres,
00:59:17quel est l'état d'esprit.
00:59:20Ce qui est certain,
00:59:20par ailleurs,
00:59:21c'est qu'il y aura
00:59:22une loi de finances rectificative
00:59:24probablement en juillet 2027.
00:59:25Mais la question est de savoir
00:59:26est-ce qu'on passe
00:59:27six mois de l'année
00:59:28sur loi spéciale ?
00:59:29Mais là,
00:59:30toutes ces questions sont posées.
00:59:31J'ai les questions.
00:59:32Pour l'instant,
00:59:32je n'ai pas les réponses.
00:59:33Je vous le dis sincèrement.
00:59:35Mais j'en ai un peu
00:59:36des sueurs froides
00:59:37quand j'y pense.
00:59:38Le gouvernement
00:59:38vous a déjà approché
00:59:40ou pas encore
00:59:40sur la question du budget ?
00:59:42Sur la question du budget,
00:59:42on n'a pas commencé
00:59:43d'en parler.
00:59:44Ok, d'accord.
00:59:45Merci beaucoup,
00:59:46Boris Vallaud.
00:59:46Merci à vous.
00:59:47D'avoir passé une heure
00:59:49avec nous.

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