- il y a 8 minutes
Sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron, les pouvoirs des représentants de l’État ont considérablement été renforcés, au risque d’en faire des instruments politiques au détriment de l’intérêt général et de l’État de droit. Décryptage avec Bruno Rieth et Cyprien Caddeo de la rubrique politique.
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NewsTranscription
00:01On connaît rarement leurs noms, à l'exception notable de quelques individus comme Didier Lallement.
00:05Pourtant, ce sont des rouages essentiels de l'État et donc de la machine autoritaire Macronis.
00:10Vous l'avez compris, aujourd'hui, dans cette vidéo, on va parler des préfets avec Bruno Ritt,
00:13journaliste au service politique de l'UMA. Salut Bruno !
00:17Pourquoi tu t'es intéressé aux préfets cette semaine ?
00:19Alors, on s'est intéressé avec Florent Ledue, notamment, en fait, le point de départ de l'enquête,
00:24c'est la décision qui nous avait paru complètement farfelue du préfet de police de Paris,
00:29qui a tenté d'interdire le concert des Insoumis lors de la fête de la musique.
00:37Donc, pour rappel, pour ceux qui ne l'ont pas forcément en tête,
00:40les Insoumis voulaient organiser un concert antiraciste lors de la fête de la musique,
00:45dans une idée de politiser un peu la fête de la musique.
00:49Ils avaient demandé les autorisations bien en amont et quelques jours avant la fête de la musique,
00:53le préfet de police de Paris publie un arrêté d'interdiction qui est complètement farfelu.
00:59C'est-à-dire que le préfet explique notamment qu'au regard de la programmation du comité Adama,
01:09de Sosomanès et de Médine, forcément, il va y avoir des troubles à l'ordre public
01:14et des slogans hostiles à la police.
01:17Et donc, c'est là-dessus qu'il se base pour interdire ce concert.
01:21C'est-à-dire, rapidement, les Insoumis expliquent qu'ils auraient adoré avoir Sosomanès et Médine,
01:26mais ils ne sont pas à la programmation.
01:27Et qu'a priori, Assa Traoré, ce n'est pas encore lancé dans la musique.
01:31Donc, déjà.
01:32Et l'autre élément, c'est que, certes, on peut considérer que les slogans hostiles à la police,
01:38c'est malvenu, c'est un débat à gauche, est-ce qu'il faut être pour, anti-flics ou pas,
01:43etc.
01:43N'empêche que ça fait partie de la liberté d'expression à partir du moment où on n'appelle pas
01:46à la mort des policiers.
01:48Donc, par exemple, le slogan « Tout le monde déteste la police »,
01:51certes, il est peut-être malvenu en fonction des considérations des uns et des autres,
01:55mais ça fait partie de la liberté d'expression.
01:57Et d'ailleurs, le tribunal administratif va annuler cet arrêté très rapidement
02:01en soulevant qu'effectivement, on va dire, les arguments du préfet se basent sur du ça,
02:07puisque, comme la France Insoumise l'avait indiqué,
02:11ce sommet Nesmedine ne sont pas à la programmation du concert
02:15et que, bon, tous les autres arguments sont un peu fallacieux.
02:19Donc, ils annulent l'arrêté du préfet.
02:21Et en fait, on s'est demandé avec Florent Ledoux, mais pourquoi, en fait, ce préfet fait cet arrêté ?
02:25C'est-à-dire, est-ce que c'est simplement un coup de folie ?
02:27Ou, en fait, derrière, est-ce que ça raconte une vision qui a changé,
02:32sous Emmanuel Macron, de ce que c'est que le préfet et de ce qu'il peut faire ?
02:35Et c'est le point de départ.
02:36Et la critique qui était soulevée là, en l'occurrence par LFI,
02:38mais qui a rejoint d'autres critiques qui ont été formulées contre les préfets ces dernières années,
02:42c'est que c'est une décision politique, au final,
02:45et qui, en plus, contourne potentiellement les règles établies, la loi.
02:49Est-ce que ce rôle politique du préfet, est-ce que c'est quelque chose que tu as identifié ?
02:53Sachant que c'est le réentendre l'État dans les territoires,
02:56les départements, les régions.
02:58C'est aussi un lègue napoléonien, rappelons-le, ça a été créé en 1800 sous Napoléon.
03:04Est-ce que ce rôle politique, tu l'as vérifié dans ton enquête ?
03:07Alors, on a plusieurs intervenants qui nous le disent,
03:10des professeurs de droit public, mais aussi des policiers,
03:14qui, effectivement, estiment que, déjà, Emmanuel Macron,
03:19c'est quelqu'un qui s'est toujours intéressé au corps préfectoral.
03:21C'est-à-dire que, très rapidement, dans son mandat, donc c'est en 2020,
03:25il va décider de bouger des préfets, et il va en nommer 18,
03:30notamment des proches à lui.
03:33Et puis, il va y avoir un autre axe, c'est, finalement, la fin du corps préfectoral en tant que
03:37tel.
03:39Donc, et l'idée, alors l'argument, c'est d'ouvrir un peu cette vieille maison
03:43qui était le corps préfectoral pour l'ouvrir un peu à la société civile
03:46et à d'autres profils.
03:50Un argument, d'ailleurs, qui était aussi celui pour le corps diplomatique.
03:53Absolument, absolument.
03:55Et, en fait, derrière cet argument, les différents intervenants
03:58qu'on interview avec Florent dans notre enquête,
04:02nous disent très bien, sauf que, en fait, le résultat de la fin du corps préfectoral,
04:09c'est que les préfets deviennent de plus en plus dépendants du pouvoir politique
04:12et que, finalement, ça va être une prime à la fidélité.
04:16Qu'est-ce qui fait qu'un préfet, finalement, va être nommé ?
04:20C'est peut-être sa proximité avec le pouvoir politique.
04:23Et, par exemple, si on prend le cas de Patrice Faure,
04:25qui est le préfet de police de Paris, qui succède à Laurent Numez,
04:29Patrice Faure, c'est l'ancien directeur de cabinet d'Emmanuel Macron.
04:32Et on sait très bien que la préfecture de police de Paris,
04:38souvent dans les couloirs de la préfecture de police de Paris,
04:40on dit que c'est un peu un État dans l'État
04:42et il faut absolument avoir quelqu'un qui soit d'une loyauté irréprochable.
04:47Et donc, on peut très bien imaginer que, effectivement,
04:49Patrice Faure a été placé là, au-delà de ses compétences,
04:52parce que c'était un fidèle du président.
04:54Donc, cet élément sur la fin du corps préfectoral
04:57inquiète beaucoup de monde,
04:59des gens pas forcément politisés,
05:00qui remarquent qu'effectivement, on crée une dépendance
05:03au pouvoir politique bien plus forte qu'avant,
05:05puisque, d'une certaine manière, quand il y avait le corps préfectoral,
05:08on pouvait avoir des préfets.
05:09Le mérite administratif.
05:10Il y avait le mérite, il y avait aussi l'expérience acquise,
05:13c'est-à-dire qu'on ne s'improvise pas préfet.
05:15Et puis surtout, certains préfets pouvaient,
05:19des fois, aller à l'encontre des décisions politiques,
05:23ou en tout cas des tendances politiques,
05:25chercher à être simplement des garants,
05:27finalement, de la légalité des décisions.
05:30La continuité de l'État, plus que...
05:31C'est ça.
05:32Alors que là, on a de plus en plus de préfets
05:34qui assument vouloir avoir un rôle politique
05:38dans les territoires qu'ils occupent.
05:40Alors, là, tu prenais l'exemple d'un événement festif
05:44et politique interdit,
05:45enfin, en tout cas, qu'ils ont tenté d'interdire.
05:47On a souvent entendu parler des préfectures,
05:48c'est-à-dire que j'en ai sur la question des manifs interdites,
05:52pareil, ou parfois autorisées, finalement.
05:55Il y a eu notamment les questions
05:56de la manifestation pour la Palestine.
05:57On se souvient de la consigne passée par Gérald Darmanin
06:00quand il était ministre de l'Intérieur
06:00de limiter les rassemblements pour la Palestine,
06:05notamment juste après le 7 octobre 2023.
06:07Il y a aussi le cas des manifestations d'extrême droite.
06:11La question des manifestations du comité du 9 mai
06:13a été posée cette année.
06:15On a vu l'autorisation de celle sur deux ranques.
06:17Bref, ce sont les manifs dont on entend parler,
06:19mais il y a aussi d'autres secteurs de liberté fondamentale
06:22qui sont affectés par les préfets,
06:25notamment, on pense à la question,
06:26dans ton enquête, des subventions aux associations.
06:28Oui, absolument.
06:29Surtout qu'en plus, au travers de ça,
06:31on pose la question du détournement de l'esprit des lois.
06:35Il y a des préfets qui, notamment,
06:37se sont appuyés sur des lois soit antiterroristes,
06:40soit des lois qui sont un peu dans cette continuité,
06:42donc c'est notamment la loi sur le séparatisme,
06:44pour finalement faire un peu du flicage politique.
06:48Sur la question des manifestations,
06:50il y a un préfet qui s'y est illustré,
06:52c'est Humoutou,
06:54et tu parlais des manifs pro-palestiniennes.
06:58Humoutou à Nice a interdit à 13 reprises,
07:01non, pardon, pendant 13 semaines de suite
07:04des manifs pro-palestiniennes en 2023,
07:07alors même que ces arrêtés étaient systématiquement
07:10suspendus par le tribunal administratif.
07:12Donc ça veut dire qu'il ne se démontait pas
07:13et il en faisait un nouveau.
07:14Et de fait, de fil en aiguille,
07:16c'était impossible de manifester.
07:18Et en fait, c'était un habitué du genre,
07:20puisque en 2023, en tant que préfet de l'Hérault,
07:25il avait interdit une casseroldade
07:28lors de la venue d'Emmanuel Macron.
07:31On se souvient, c'était pendant les retraites.
07:32Exactement, pendant plein mouvement des retraites.
07:34Et en fait, il s'était,
07:36notamment, il s'était basé sur des,
07:39comment dire, sur des,
07:41sur un périmètre de protection
07:43qui est en gros prévu par la loi antiterroriste,
07:46pour dire, dans ce périmètre de protection,
07:48il y a un risque antiterroriste,
07:50alors très mal défini,
07:51puisque c'était lié aux casseroles,
07:53donc on ne voit pas très bien,
07:54et donc, il n'y aura pas de casseroldade.
07:56Bien évidemment, toutes ces décisions,
07:58à chaque fois, sont retoquées par le tribunal administratif.
08:00Et on retrouve le même phénomène
08:02avec la question des subventions aux associations.
08:04Et en fait, on a un exemple très récent,
08:06c'est-à-dire qu'en début juin,
08:09il y a un tribunal administratif
08:11qui a annulé une décision de la préfecture du Rhône,
08:14qui en 2023,
08:16avait supprimé des subventions à une association
08:18qui s'appelle Action Justice Climat,
08:21notamment parce qu'elle pratiquait de la désobéissance civile.
08:25Et donc, ça a été l'argument de la préfecture pour dire,
08:29en s'appuyant sur la loi sur le séparatisme
08:31et sur les contrats d'engagement républicain,
08:34cette association ne répond pas aux critères définis par la loi.
08:38Et on se souvient, quand cette loi était passée,
08:40qu'il y avait une crainte légitime des associations,
08:42une mise sous tutelle,
08:44ou en tout cas, une asphyxie par les subventions.
08:48C'est toute la question du débat sur la législation anti-terroriste,
08:52c'est-à-dire qu'effectivement, il y a un besoin dans le pays,
08:54mais souvent, en fait, on voit bien que certains agents de l'État les détournent.
09:00Et en fait, le tribunal administratif
09:02vient d'annuler cette décision de la préfecture,
09:05mais deux ans après, c'est-à-dire que pendant deux ans,
09:08l'association n'a pas eu ces subventions.
09:10Une assoie tombe de mourir, évidemment.
09:12C'est un des risques.
09:12Il y a un autre exemple.
09:13Le projet de loi a été abandonné,
09:15mais il y a un projet de loi qui s'appelait
09:16« Renforcer le pouvoir de l'État local »,
09:20qui avait été envisagé et qui, lui, voulait notamment,
09:24il y a plein de choses dans ce projet de loi,
09:25mais voulait proposer de mettre l'ADEME,
09:27donc l'Agence de développement de l'environnement,
09:29sous tutelle directement, enfin, fusionné avec les services préfectoraux,
09:32ce qui voulait dire que, globalement, les associations
09:35qui sont dépendantes des subventions de l'ADEME,
09:37puisque l'ADEME distribue des subventions
09:38à des associations du secteur de l'environnement et écologique,
09:43ce serait le préfet qui pourrait décider directement
09:44si ces assos ont le droit ou non de toucher les subventions.
09:47Donc, on rejoint ce que tu disais sur...
09:48Là, on n'est pas sur détournement d'une loi préexistante,
09:51on est sur vraiment une mise directement sous le commandement du préfet.
09:55Et d'ailleurs, ça concernait effectivement les services de l'État,
09:58mais pas que, ça concernait aussi les collectivités.
10:00L'une des raisons pour lesquelles le Sénat a décidé, finalement,
10:02de retirer ce texte, c'est qu'il y a eu une grosse pression de l'AMF,
10:06l'Association des maires de France,
10:08notamment parce qu'il y a un dispositif dans cette loi
10:10qui, finalement, permettait aux préfets,
10:14enfin, attribuait aux préfets un pouvoir de substitution générale
10:16vis-à-vis des maires en cas de carence de ceci.
10:18Alors, sans trop définir la question de la carence,
10:21donc, en fait, ça permettait aux préfets de, finalement,
10:24de se substituer aux maires assez facilement
10:26et donc, en plus, d'aller contre la question de la démocratie locale
10:29puisque, contrairement aux maires, le préfet n'est pas élu.
10:33Tu citais le cas tout à l'heure de Hugues Moutou,
10:36donc, ce préfet qui était notamment, qui officiait notamment dans l'Hérault,
10:39et tu disais, à chaque fois, il s'est fait contrer par le tribunal administratif
10:43et retoqué ses décisions.
10:44Justement, là, je pense qu'il faut toucher un mot sur le tribunal administratif
10:46parce que c'est souvent lui qui est, finalement, le recours
10:49face aux décisions des préfets.
10:53Ça prouve encore que le pouvoir discrétionné, entre guillemets, des préfets,
10:57n'en est pas vraiment un encore,
10:58il y a encore des contre-pouvoirs, quand même.
11:00Il y a des contre-pouvoirs.
11:02Alors, il y a des contre-pouvoirs.
11:04En même temps, il y a eu des signaux qui ont été envoyés aux préfets,
11:06à un moment donné, notamment pendant le Covid.
11:08Pendant le Covid, il y a eu, à un moment donné,
11:10des arrêtés qui étaient idéaux.
11:13Et le tribunal administratif a mis,
11:15certains tribunaux administratifs ont mis un peu de temps à les casser.
11:18Et ça a quand même envoyé un signal.
11:20Il y avait eu les gilets jaunes avant,
11:22sur lesquels le pouvoir politique s'était énormément reposé
11:25pour, finalement, empêcher la crainte de l'insurrection.
11:30Il y avait une forte crainte du côté du pouvoir macroniste.
11:34Et donc, il s'était appuyé énormément sur les préfets.
11:37Donc, notamment, l'un des préfets emblématiques, c'est Didier Lallement,
11:41qui avait, finalement, d'une certaine manière,
11:43respecté à la lettre la consigne du ministre de l'Intérieur de l'époque,
11:47qui était Castaner, et qui avait dit
11:48« Je vous demande une tolérance zéro vis-à-vis de ce mouvement. »
11:53Donc, Didier Lallement l'a appliqué à la lettre
11:55et en créant les Bravem,
11:57en refusant toute stratégie de désescalade,
12:00en envoyant aussi,
12:01parce que je pense que c'est quand même important
12:03de le rappeler, en envoyant des policiers au casse-pipe,
12:05parce que, notamment,
12:08ils envoyaient des effectifs, par exemple, de la BAC,
12:10mais qui n'étaient pas équipés pour aller faire du maintien de l'ordre.
12:13Et donc, on s'est aussi retrouvés dans des situations
12:16où des policiers faisaient usage des armes non létales,
12:20finalement, par crainte de mourir.
12:22Moi, je me souviens, j'avais fait des enquêtes à l'époque là-dessus,
12:25où ils m'expliquaient ça,
12:25où d'autres expliquaient,
12:26« Nous, on nous demandait d'aller faire du maintien de l'ordre,
12:29mais on n'était pas équipés,
12:31donc on devait aller à Décathlon,
12:33s'acheter des protections,
12:36venir avec notre casque. »
12:39Et le résultat de ça, c'est qu'à la sortie du mouvement des Gilets jaunes,
12:44on a énormément de blessés du côté des manifestants
12:46et du côté des policiers.
12:48On a, alors, le ministère de l'Intérieur disait
12:50qu'il y avait 1200 blessés du côté des forces de l'ordre
12:53et 1900 du côté des civils, ce qui est énorme.
12:56Et en fait, d'autres journalistes considèrent
12:59qu'il y a bien plus de blessés du côté des manifestants,
13:01entre 2 et 3 000.
13:02Et notamment, on a 82 graves blessés,
13:06152 blessés à la tête,
13:0717 éborgnés et 4 mains arrachées.
13:09Donc c'est ça aussi le bilan de cette demande
13:11du pouvoir politique au préfet.
13:13Et arrive le Covid,
13:14et effectivement, là, c'est, on va dire,
13:17je pense, certains juges administratifs
13:18qui se sont dit, vu la situation difficile,
13:20on ne va pas forcément annuler systématiquement
13:23des arrêtés illégaux,
13:24on va prendre un peu plus de temps, etc.
13:25Donc ça a créé un état d'esprit
13:27chez certains préfets, comme Umutu,
13:31qui, lui, et ça, c'est un portrait
13:33qu'a réalisé Florent Ledu
13:37de ce préfet assez emblématique
13:39dont on a parlé.
13:39Et lui, en fait, il estime carrément
13:41que la justice administrative
13:44devrait se faire toute très discrète
13:46par rapport au préfet,
13:48parce qu'il considère que seul le préfet
13:49a une véritable légitimité,
13:51et que s'il doit y avoir un contrôle
13:54des actes des préfets,
13:55il faudrait que ça soit un contrôle très restreint.
13:57Il faut quand même mesurer ce que ça veut dire,
13:59parce que concrètement,
14:00les préfets, c'est le pouvoir exécutif,
14:01c'est l'émanation du pouvoir exécutif
14:03dans les territoires.
14:04Ça voudrait dire un pouvoir exécutif
14:07sans contrôle.
14:07En gros, c'est ça.
14:08On a un contrôle minimal,
14:09mais en tout cas,
14:09qui pourrait faire ce qu'il veut.
14:11Donc en gros, c'est ce qu'on appelle
14:11l'autoritarisme,
14:12puisque par définition,
14:13l'état de droit,
14:14c'est quand les lois s'appliquent,
14:15y compris à l'état lui-même.
14:17Si les lois s'appliquent à tout le monde,
14:18sauf aux représentants de l'état,
14:20vous êtes dans un pouvoir autoritaire,
14:22factuellement.
14:22Donc c'est comme ça que propose un préfet,
14:29des Bravem,
14:30j'ai affiché tout à l'heure
14:31cette information qui fait que la Bravem,
14:34donc tristement célèbre pour ses pratiques
14:36et effectivement ses emblématiques
14:38des années allemandes,
14:40j'ai envie de dire, à Paris,
14:41défilera le 14 juillet
14:42sous demande du préfet de police de Paris,
14:46donc Patrice Fort.
14:47Ce qui m'amène à...
14:48Parce que tu posais la question des gilets jaunes,
14:50et je pense que c'est la question fondamentale
14:51autour des préfets,
14:52c'est que la montée en puissance des préfets,
14:54est-ce que ce n'est pas aussi
14:55une nécessité d'Emmanuel Macron
14:58pour compter,
14:59enfin contrer les mouvements sociaux multiples
15:01que sa politique a provoqué ?
15:04Parce qu'en fait,
15:05dès 2018,
15:06le quinquennat Macron est intranquille
15:08puisqu'il suscite directement
15:10le mouvement des gilets jaunes,
15:11ensuite on aura de nombreux
15:12multiples mouvements,
15:13les mouvements climat,
15:14les mouvements pour les retraites,
15:16Naël, etc.
15:17Plus récemment,
15:18pour la Palestine,
15:20il y a énormément de mouvements sociaux
15:21qui ont été provoqués
15:22par la brutalité du quinquennat Macron,
15:24est-ce que ces préfets,
15:25et cette montée en puissance des préfets,
15:26tu dis que Macron a tout de suite
15:27identifié que les préfets étaient importants,
15:29est-ce que ce n'est pas parce que
15:29précisément il en a besoin
15:32pour tenir le pays
15:33qui déborde en fait ?
15:35Je pense qu'il y a deux tensions
15:36qui se croisent,
15:37la première c'est que très tôt
15:38Emmanuel Macron considère
15:39que les préfets doivent devenir
15:40un peu les managers des territoires,
15:42le relais,
15:43parce qu'il a une vision,
15:44en fait Emmanuel Macron,
15:45très rapidement,
15:46il impose une vision très monarchique
15:47du pouvoir,
15:49c'est-à-dire qu'il a cette vision-là,
15:51d'ailleurs il se met en scène
15:52lors de son élection,
15:53il a cette vision-là,
15:55et donc tout de suite
15:56il considère que les préfets
15:57vont être un relais très important,
15:59et donc au fil des ans d'ailleurs,
16:00on ne va pas faire le détail là,
16:02mais dans l'article on fait,
16:03on raconte l'évolution aussi
16:05du pouvoir des préfets
16:06qui sous Emmanuel Macron
16:08s'est accru énormément,
16:10c'est-à-dire que maintenant
16:11ils ont des droits de dérogation,
16:12enfin voilà,
16:13ils ont vraiment un pouvoir élargi
16:15entre l'élection,
16:16la première élection d'Emmanuel Macron
16:17et maintenant,
16:18et d'ailleurs il y a des syndicalistes
16:19qui se posent la question,
16:21finalement si demain
16:22on a un pouvoir d'extrême droite
16:25qui est élu,
16:26il lui faut quelques semaines
16:27en fait pour mettre au pas le pays
16:29puisque les préfets aujourd'hui,
16:31s'ils acceptent d'appliquer
16:32les ordres qui émaneront de ce pouvoir,
16:36en fait ont des pouvoirs accrus.
16:38Et d'autant que la dissolution
16:39du corps préfectoral
16:39permet à n'importe qui
16:41de nommer à sa main
16:42la carte,
16:43enfin de redessiner à sa main
16:44la carte préfectorale.
16:45Donc ça c'est la première chose.
16:46La deuxième,
16:47et ça c'est un professeur
16:49de droit des libertés fondamentales,
16:51Xavier Dupré de Boulois,
16:53qui exerce à l'université
16:55Paris-Panthéon-Sorbonne,
16:56et lui il pose l'hypothèse
16:57que en fait le pouvoir politique
16:59a eu tellement peur
17:00pendant les Gilets jaunes
17:01qu'en fait Emmanuel Macron,
17:03là je le cite,
17:03se sent en dette vis-à-vis des préfets
17:05depuis ce mouvement,
17:06puisqu'il a très bien compris
17:08qu'en fait il ne doit
17:10finalement sa survie politique
17:12ou en tout cas il ne doit
17:14qu'au préfet le fait
17:15que ce n'est pas plus dégénéré.
17:17Et donc à partir de là,
17:18il se dit,
17:18les préfets c'est vraiment
17:19les relais sûrs de ma politique,
17:22c'est vraiment les relais sûrs
17:23de mon pouvoir
17:23et donc je vais les renforcer.
17:25Ce qui est intéressant
17:27et ce qu'on met en scène
17:29aussi dans cette enquête,
17:30c'est que cette inquiétude
17:32du rôle des préfets,
17:34elle ne touche pas simplement
17:35les professeurs de droit
17:36en liberté fondamentale,
17:38elle ne touche pas simplement
17:38les gens de gauche,
17:39elle ne touche pas simplement
17:40les syndicalistes,
17:41elle touche aussi
17:42les commissaires de police.
17:43C'est assez surprenant
17:44mais ça leur pose la question
17:45pour deux raisons.
17:47Déjà il y a eu la réforme
17:48de la police nationale.
17:51Jusqu'à présent en fait
17:52traditionnellement
17:52la police nationale
17:53était organisée en spécialité
17:54sous la direction
17:55de la direction générale
17:56de la police nationale
17:57et la réforme
17:58va départementaliser
18:01finalement les policiers,
18:02c'est-à-dire qu'on va les fondre
18:04dans un grand tout,
18:05notamment les enquêteurs
18:08de la police judiciaire
18:09qui est vent debout
18:10contre cette réforme
18:12puisque finalement
18:13ils se retrouvent
18:14à perdre la spécificité
18:15de leur travail
18:15et en fait on les met
18:17sous la direction
18:19d'un directeur départemental
18:21de la police nationale
18:21qui lui-même
18:22est soumis
18:24directement,
18:25hiérarchiquement,
18:26au préfet.
18:27Donc ça c'est la première chose.
18:28La deuxième chose
18:29c'est qu'il y a eu
18:29un différent décret en 2025
18:31dont l'un
18:32qui a accru énormément
18:34les pouvoirs de préfet
18:36sur notamment
18:36l'évaluation
18:38de différents acteurs
18:40des services publics
18:41dont les commissaires de police.
18:44Et en fait
18:44ce que nous disent
18:45dans cette enquête
18:46les commissaires de police
18:47et notamment
18:49Anouk Fourmigué
18:50qui est au syndicat
18:52des commissaires
18:53de la police nationale
18:54c'est qu'en fait
18:55elle s'est rendue compte
18:56que les préfets
18:57sont de plus en plus
18:58intrusifs
18:58dans le travail
18:59des policiers.
19:00En fait elle rappelle
19:01qu'en tant que policier
19:03ils répondent
19:04à deux pouvoirs
19:05au pouvoir exécutif
19:06pour toutes ces questions
19:07d'un tiers de l'ordre
19:08et au pouvoir judiciaire
19:09pour la question
19:10des enquêtes.
19:11Et finalement
19:12les commissaires de police
19:13et les policiers
19:14dans leur travail
19:15sont obligés
19:16de séparer
19:17en fait
19:18ces deux directions
19:20et de faire en sorte
19:21que les informations
19:22ne passent pas
19:23d'un pouvoir à l'autre
19:24puisque en fait
19:25c'est la garantie
19:26de l'état de droit
19:26c'est la séparation
19:27des pouvoirs.
19:28Et ce qu'elle dit
19:28c'est que depuis
19:29la réforme de la police nationale
19:31et ce décret
19:32et bien de plus en plus
19:34de préfets
19:35commencent à poser
19:36des questions
19:36sur les affaires judiciaires.
19:37Or le préfet
19:38représente le pouvoir exécutif
19:39et il commence
19:41à se mêler
19:41de la question
19:41des affaires judiciaires.
19:42C'est un abus de pouvoir.
19:43C'est un abus de pouvoir
19:44mais en plus
19:45ça remet en question
19:46la question
19:47de la séparation
19:48des pouvoirs
19:49et in fine
19:49la question
19:50de l'état de droit.
19:51C'est à dire que
19:52alors elle nous explique
19:54qu'eux tiennent bon
19:55et que
19:56généralement
19:56ils ne font pas
19:57remonter l'information
19:57elle m'explique
19:59elle m'explique
19:59et même
20:00alors ça c'est pas dans le papier
20:00mais que le préfet
20:01et que certains préfets
20:02sont tellement
20:03comment dire
20:05vont tellement loin
20:06que lorsqu'il y a
20:07du maintien de l'ordre
20:08c'est eux qui veulent décider
20:09où on met des camions
20:10alors qu'ils n'ont aucune
20:10compétence en matière
20:11opérationnelle.
20:13Et en fait
20:14elle est relativement inquiète
20:16pour la question
20:16de la séparation
20:17des pouvoirs
20:18qui est quand même
20:18un fondement républicain
20:20énorme
20:20d'autant plus
20:21qu'on a quand même
20:22plusieurs candidats
20:22à la présidentielle
20:25Jordan Bardella
20:25Marine Le Pen
20:26Bruno Retailleau
20:27qui ont clairement
20:28fait comprendre
20:29que l'état de droit
20:29c'était pas leur passion
20:30et que s'il pouvait
20:31s'en passer
20:32il s'en passerait.
20:33Donc en fait
20:33avec ce dispositif
20:34il pourrait s'en passer
20:35très rapidement
20:35puisqu'il pourrait dire
20:36maintenant
20:36vous en tant que préfet
20:38vous avez demandé
20:39à vos subordonnés
20:39qui sont les commissaires
20:40de police
20:41qui sont les policiers
20:42et de vous faire remonter
20:43toutes les informations
20:44sur les questions judiciaires
20:45de donner des directives
20:46etc.
20:46donc ça c'est la partie
20:49inquiétante.
20:50Et bien si vous voulez
20:51en savoir plus
20:52sur la question
20:53des préfets
20:53et de leur rôle
20:54dans cette dérive autoritaire
20:56qui a déjà lieu
20:56et qui pourrait s'empirer
20:57notamment en cas de victoire
20:58de l'extrême droite
20:59et bien on vous renvoie
21:00vers les papiers
21:01de Bruno Ritt
21:01et Florent Ledue
21:02qui sont sur Humanité.fr
21:03et puis on se dit
21:04à bientôt
21:05merci Bruno
21:06merci