- il y a 8 heures
Secrétaire général de la CGT de 1982 à 1992, Henri Krasucki a d’abord été un résistant de la première heure. Engagé dès les années 1930, membre des MOI, il est arrêté en 1943, déporté à Auschwitz et survit aux marches de la mort.
Un passé qu'il n'avait jamais raconté publiquement, mais révélé aujourd'hui dans l’ouvrage "Nous voulions vivre, mais pas à n'importe quel prix" aux éditions Flammarion.
Pour en parler, nous recevons deux historiens spécialistes de la résistance étrangère qui ont œuvré à sa publication : Denis Peschanski, directeur de recherches émérite au CNRS, et Jean Vigreux, professeur à l'université de Bourgogne.
Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite
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00:00 Introduction : qui était Henri Krasucki ?
10:37 Enfance à Belleville : origines familiales et politisation
20:40 Le Front populaire, l'espoir et la lutte antifasciste
39:58 Résister sous l'Occupation : propagande, arrestation et torture
1:01:59 Déportation, survie et retour de la mémoire
Un passé qu'il n'avait jamais raconté publiquement, mais révélé aujourd'hui dans l’ouvrage "Nous voulions vivre, mais pas à n'importe quel prix" aux éditions Flammarion.
Pour en parler, nous recevons deux historiens spécialistes de la résistance étrangère qui ont œuvré à sa publication : Denis Peschanski, directeur de recherches émérite au CNRS, et Jean Vigreux, professeur à l'université de Bourgogne.
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39:58 Résister sous l'Occupation : propagande, arrestation et torture
1:01:59 Déportation, survie et retour de la mémoire
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NewsTranscription
00:00:01Bonjour, bienvenue pour cette émission consacrée à Henri Krasucki.
00:00:05Henri Krasucki a été l'un des principaux responsables de la CGT.
00:00:10Il a dirigé son journal, La Vie Ouvrière, il a été membre de son bureau confédéral,
00:00:15avant d'être son secrétaire général de 1982 à 1992.
00:00:20Mais le parcours de ce militant communiste débute dès les années 30,
00:00:24celle de la montée du fascisme, du Front populaire et de la guerre d'Espagne.
00:00:29« Résistant de la première heure, au sein de la section juive des frontiereurs et partisans,
00:00:34arrêté le 23 mars 1943 par la police française, il est déporté à Auschwitz, puis à Javikovic.
00:00:41Il survit aux marges de la mort et parvient à rentrer en France au printemps 1945. »
00:00:46Cette histoire, son histoire, Henri Krasucki ne l'avait pas racontée publiquement de son vivant.
00:00:51C'est désormais chose faite avec la publication de « Nous voulions vivre,
00:00:55mais pas à n'importe quel prix » aux éditions Flammarion.
00:00:59Pour parler de cet ouvrage, nous recevrons deux historiens, spécialistes de la résistance étrangère,
00:01:05en particulier juives et communistes, qui ont œuvré à sa publication.
00:01:10Denis Péchansky, directeur des recherches émérites au CNRS,
00:01:13et Jean Vigreux, professeur à l'Université de Bourgogne.
00:01:17Alors, première question, comment est né ce livre ?
00:01:21En fait, c'est une très belle histoire.
00:01:24En 1990, Marie-Claude Vaillant-Couturier, qu'on n'a pas besoin de présenter,
00:01:30était la première présidente de la nouvelle Fondation pour la mémoire de la déportation.
00:01:35Et en lien avec un laboratoire du CNRS,
00:01:37j'en faisais partie, l'Institut d'histoire du temps présent,
00:01:41il a été décidé de rassembler un maximum de témoignages de déportés résistants,
00:01:51de même qu'il y avait eu tout ce travail de fait sur les déportés juifs de France par persécution.
00:01:57Donc des déportés de répression.
00:01:59Un travail a été fait.
00:02:01Il y a eu un retour de milliers de survivants qui étaient très intéressés par cette initiative.
00:02:12Et parmi ceux qui ont apporté leur témoignage, soit en audio, soit en audiovisuel,
00:02:19là on a un exemple en audiovisuel de très grande qualité,
00:02:23et bien il y avait Henri Krasucki, un personnage qui s'imposait bien entendu,
00:02:29compte tenu de ce qu'il avait fait pendant la guerre, de son itinéraire, de sa formation,
00:02:35et évidemment ce qu'il est venu après.
00:02:37Alors comment on explique qu'Henri Krasucki ait attendu 1998 ?
00:02:42Vous expliquez qu'il y a les circonstances, il y a cette opportunité,
00:02:44mais pour se confier aussi longuement sur sa jeunesse, sur ses parents,
00:02:52sur son engagement dans la résistance, sa déportation ?
00:02:56En fait c'est une combinatoire entre cette initiative qui a eu vraiment un très grand écho
00:03:03dans le milieu des résistants déportés,
00:03:06et sans doute ce qui arrive toujours pour ces combattants, ces militants,
00:03:12c'est le moment de la transmission.
00:03:14Le moment où on se dit, il faut que je raconte ce que j'ai vécu,
00:03:19oui, ok, pour aider peut-être à ce que ceux qui vont lire, qui vont entendre,
00:03:28qui vont regarder, puissent se construire une idée de ce qu'on a vécu,
00:03:34avec en plus la singularité de son itinéraire.
00:03:38Mais n'oublions pas qu'il a parlé de sa déportation.
00:03:43On a une vidéo, alors c'est court, c'est un journal télévisé,
00:03:47mais il est avec Simone Veil, et il dialogue sur leur déportation.
00:03:52Un moment magnifique également.
00:03:54Parce qu'il faut retenir ça, on le voit dans le livre,
00:03:58qui a été vraiment beaucoup travaillé, mon collègue aussi bien entendu,
00:04:03et par l'éditrice Sandrine Trenner, c'est très beau.
00:04:09C'est une écriture, c'est d'abord un très beau témoignage qu'on a transcrit,
00:04:14ensuite il a fallu retravailler dessus,
00:04:18et proposer, construire un récit,
00:04:21qui est un récit du quotidien, à hauteur d'homme.
00:04:26C'est la caractéristique de ce livre.
00:04:28C'est ça qui le rend vraiment unique.
00:04:33Et il s'inscrit, si je peux rajouter quelque chose,
00:04:35dans la logique de la Fondation de la mémoire de la déportation,
00:04:38qui était de recueillir ces témoignages.
00:04:40Et là, c'est pour ça qu'il y a une rencontre,
00:04:42en fin de compte, entre les années 90,
00:04:44et cette quête de témoignages,
00:04:46et le moment où Henri Krasucki parle longuement,
00:04:49parce qu'il était en confiance.
00:04:51Il ne faut jamais perdre de vue aussi cet enjeu,
00:04:53qui est celui de l'entretien qui est mené par M. Zénou.
00:04:59Et c'était l'IFOREP qui le faisait
00:05:01pour la Fondation de la mémoire de la déportation.
00:05:03Il y avait un accord cadre
00:05:05entre la Fondation de la mémoire de la déportation
00:05:07et cet institut de formation et de recherche
00:05:10lié au CCAS de GDF, de Gaz de France.
00:05:14Ça existait, c'était important à l'époque, l'IFOREP.
00:05:17Tous les ans, il y avait un stage FMD-IFOREP en Alsace
00:05:23pour aller visiter le Stroutof.
00:05:26On formait, dans le cadre de ces années 90,
00:05:29la plupart des encadrants, des camps,
00:05:33de vacances, de colonies, etc.
00:05:36Et on présentait ce qu'était le nazisme.
00:05:38On allait visiter le Stroutof.
00:05:40Et puis, bien sûr, il y avait les témoignages
00:05:42qui étaient présentés, ou certains témoins qui venaient.
00:05:45Et dans ce moment confiance,
00:05:48dans ce moment véritablement de...
00:05:50Oui, on discutait.
00:05:52Eh bien, il y a ce témoignage.
00:05:54C'est vraiment la première fois.
00:05:55Alors oui, il en a parlé auparavant,
00:05:57mais là, c'est long.
00:05:58Ce qui donne l'importance, c'est qu'on prend le temps
00:06:02de... C'est plusieurs heures d'enregistrement.
00:06:04Et c'est ce qui donne toute cette sensibilité
00:06:08et cette histoire à hauteur d'homme,
00:06:10vue par en bois, une histoire singulière,
00:06:12mais qui, en même temps, est collective.
00:06:13Avec la singularité de cette approche,
00:06:19on mêle le mémoriel avec le scientifique.
00:06:24Parce que d'emblée, on a donc,
00:06:26je l'ai évoqué, une équipe de scientifiques
00:06:27associée à ce travail,
00:06:29mais aussi dans les transcriptions.
00:06:32Dans la transcription et l'appareil de notes
00:06:35qui a commencé,
00:06:36il y a un programme qu'on appelle Matrice,
00:06:40qui est un équipement d'excellence,
00:06:42qui s'est greffé sur cet enjeu mémoriel,
00:06:46ce qui a donné, ce qui a valorisé d'autant plus,
00:06:49évidemment, le produit.
00:06:52Et pour terminer encore dans ces enjeux de présentation,
00:06:57moi, j'ai la chance depuis quelques années
00:06:58de diriger le conseil scientifique
00:07:00de la Fondation de la mémoire de la déportation,
00:07:02qui est présidée par Serge Volikoff actuellement.
00:07:05Eh bien, on a, dès le départ,
00:07:07et je sais que la Fondation a soutenu dès le départ
00:07:09le projet Matrice, etc.,
00:07:11et nous, ça nous a permis aussi
00:07:13de faire le lien entre les deux
00:07:14et pas cantonner le conseil scientifique
00:07:16à des réunions XY,
00:07:19mais vraiment d'être dans la production scientifique
00:07:22et de participer à cette production scientifique.
00:07:24On est très heureux de cette coopération,
00:07:25je ne dirais jamais collaboration pour le sujet,
00:07:27mais de cette coopération qui permet
00:07:29à la fois aux universitaires,
00:07:32mais aussi à la Fondation,
00:07:33puisqu'elle travaille aussi sur la mémoire,
00:07:35de mêler, effectivement,
00:07:37ces enjeux mémoire-histoire
00:07:38et de déconstruire parfois
00:07:41des aspects mémoriels
00:07:43ou de souvenirs,
00:07:44parce qu'effectivement,
00:07:45dans les années 90, 1998,
00:07:48où on l'interroge
00:07:49sur ce qu'il faisait dans les années 30
00:07:51ou dans les années 40,
00:07:52il peut y avoir des petites erreurs,
00:07:54ça se retrouve,
00:07:55mais au moins,
00:07:56la mémoire est fiable
00:07:57et surtout, elle est importante
00:07:58parce qu'elle nous permet de comprendre
00:08:00que c'était quelqu'un
00:08:01qui était sensibilisé,
00:08:04conscientisé, on dirait,
00:08:06à la vie sociale et politique
00:08:09du pays qu'il avait accueilli.
00:08:11Et imaginez le choc
00:08:12quand on tombe
00:08:14sur l'entretien audiovisuel
00:08:20et qu'on a face à nous
00:08:2319h30
00:08:23de témoignages
00:08:25d'Henri Krasucki.
00:08:26Alors on se dit,
00:08:27il va tout nous raconter,
00:08:28la CGT et autres.
00:08:29Non !
00:08:30Il commence sa jeunesse
00:08:32et il termine au retour des camps.
00:08:34Près de 20 heures
00:08:36d'entretien audiovisuel.
00:08:38D'où l'épaisseur de ce livre
00:08:42qui témoigne de la richesse
00:08:45de ce qu'il nous raconte.
00:08:47Alors est-ce que les historiens
00:08:48que vous êtes,
00:08:48les spécialistes de cette période,
00:08:51mais aussi du mouvement communiste,
00:08:53de la résistance juive,
00:08:55est-ce que vous avez appris
00:08:55des choses
00:08:57par rapport à votre connaissance
00:08:59de cette histoire ?
00:09:01Est-ce que ce témoignage
00:09:02finalement vous a permis
00:09:05de cerner des choses nouvelles,
00:09:08oui,
00:09:08des petites révélations ?
00:09:12Je ne pense pas
00:09:12qu'on soit dans la logique
00:09:13de la révélation et du scoop.
00:09:15Ça c'était,
00:09:16il y a une historiographie,
00:09:17il y a quelques années,
00:09:19dans les années 89-90,
00:09:21il y avait cette volonté
00:09:22de rechercher le scoop.
00:09:24Non, ce qui est important,
00:09:26c'est que ça nous donne
00:09:27un regard
00:09:28à échelle humaine,
00:09:29comme ça a été dit,
00:09:30à l'échelle d'un acteur
00:09:32fondamental et important
00:09:33de ce XXe siècle,
00:09:35mais qui était resté
00:09:35discret, silencieux, pudique,
00:09:38et qui en fin de compte
00:09:39nous donne à comprendre
00:09:40sa trajectoire,
00:09:42nous donne à comprendre
00:09:42son parcours,
00:09:43mais aussi,
00:09:44et ça peut-être que
00:09:47plusieurs parcours
00:09:48comme celui-là,
00:09:49du singulier au collectif,
00:09:51nous invitent à comprendre
00:09:52comment dans les milieux populaires,
00:09:54comment dans la société française
00:09:57et en particulier
00:09:58le quartier de Belleville,
00:10:00comment, en fin de compte,
00:10:02on rencontre l'autre,
00:10:04l'altérité,
00:10:05comment on participe
00:10:06à la vie sociale,
00:10:07à la vie culturelle,
00:10:08à la vie sportive,
00:10:09à la vie politique.
00:10:10C'est vraiment
00:10:11une histoire sociale,
00:10:12une histoire par en bas,
00:10:13une histoire
00:10:14qui rend visible,
00:10:16en fin de compte,
00:10:16ceux qui étaient
00:10:18restés, pardon,
00:10:19longtemps invisibles.
00:10:20De ce point de vue-là,
00:10:21je ne dis pas
00:10:21que ça nous apporte
00:10:23beaucoup par rapport
00:10:24aux connaissances
00:10:24qu'on pouvait avoir
00:10:25ici ou là,
00:10:26que ça précise
00:10:27des choses,
00:10:29mais c'est plutôt
00:10:29de le considérer
00:10:31comme une trajectoire
00:10:33singulière
00:10:34dans un collectif.
00:10:36Alors,
00:10:37la première partie
00:10:38du livre
00:10:39traite de l'enfance
00:10:40d'Henri Krasucki.
00:10:41On y voit
00:10:43ses souvenirs familiaux
00:10:44se mêler
00:10:45avec la grande histoire.
00:10:47Est-ce que vous venez
00:10:47d'expliquer
00:10:48sur cette histoire sociale ?
00:10:49Est-ce que vous pourriez,
00:10:50pour ceux qui nous écoutent
00:10:52et qui ne connaissent pas
00:10:53forcément l'histoire
00:10:54d'Henri Krasucki,
00:10:55de nous le présenter,
00:10:56de présenter sa famille,
00:10:58ses origines
00:10:58et le pourquoi
00:10:59de l'arrivée en France
00:11:01de la famille Krasucki ?
00:11:04C'est finalement
00:11:06l'itinéraire
00:11:07de nombreux
00:11:09de nombreux
00:11:10de ces militants
00:11:12qui vont à la fois
00:11:13se politiser
00:11:15dans le Front populaire
00:11:16et surtout
00:11:17dans l'action
00:11:18résistante
00:11:19et qui sont issus
00:11:20des milieux
00:11:21de l'immigration.
00:11:22Il faut savoir
00:11:23qu'Henri Krasucki
00:11:24a été naturalisé,
00:11:26on pourrait y revenir,
00:11:27mais en 1947,
00:11:28après la guerre.
00:11:31on avait refusé
00:11:32la naturalisation
00:11:33deux fois
00:11:34à son père.
00:11:35Son père venait
00:11:36de Pologne,
00:11:36comme sa mère,
00:11:37lui-même est né
00:11:38en Pologne,
00:11:38à Volomine.
00:11:40Son père est venu
00:11:42d'abord,
00:11:42puis un an plus tard,
00:11:44à la fin des années 20,
00:11:47donc sa mère
00:11:48est lui-même.
00:11:49Il était tout jeune
00:11:50et ses parents
00:11:52étaient déjà
00:11:53des militants.
00:11:53Ils avaient fui
00:11:54la Pologne
00:11:56parce qu'ils avaient
00:11:57fui les persécutions
00:11:58antisémites
00:11:59et la répression politique
00:12:01dans un régime
00:12:02qui était un régime
00:12:03autoritaire,
00:12:03tout simplement.
00:12:04Ils se retrouvent
00:12:05en France
00:12:06et ils viennent déjà
00:12:08avec cet héritage
00:12:10politique.
00:12:11Je dirais,
00:12:11même s'il est très
00:12:12tout petit,
00:12:13Henri vient aussi
00:12:14avec cet héritage politique
00:12:16qui va le marquer
00:12:17évidemment
00:12:19en continu.
00:12:20Et ça,
00:12:21c'est quelque chose
00:12:21d'essentiel
00:12:23et ce n'est pas par hasard
00:12:24s'ils viennent en France.
00:12:26C'est là
00:12:27où on retrouve
00:12:28une sorte de marque
00:12:29de fabrique
00:12:30de ces combattants
00:12:31immigrés
00:12:32de la résistance,
00:12:34ces combattants
00:12:35de la main-d'oeuvre
00:12:35immigrée
00:12:36qui ont joué
00:12:37un rôle
00:12:37si important
00:12:38pendant la guerre.
00:12:40C'est qu'avec
00:12:41leur identité
00:12:43d'origine,
00:12:43bien sûr,
00:12:45il est,
00:12:47pour l'année d'origine,
00:12:48il est juif,
00:12:51il a une formation
00:12:52politique
00:12:52qui rentre
00:12:53ensuite
00:12:54au Parti communiste
00:12:55comme ses parents,
00:12:57mais il y a
00:12:58un attachement
00:12:58à la France,
00:12:59il y a une forme
00:13:00d'attachement
00:13:01universaliste
00:13:02à la patrie
00:13:03des droits de l'homme,
00:13:05à la patrie
00:13:05de la Révolution française.
00:13:07Et ça,
00:13:08c'est un point commun
00:13:09à tous ces combattants.
00:13:12C'est un point commun
00:13:13à tous ces combattants
00:13:14et même cette histoire,
00:13:16elle nous invite
00:13:16à comprendre aussi
00:13:17comment il est intégré,
00:13:21socialisé à Belleville.
00:13:22Il se présente
00:13:23comme un enfant
00:13:24de la banlieue.
00:13:25Alors,
00:13:26il a de l'humour
00:13:26parce qu'il y a aussi,
00:13:27ça ne manque pas d'humour,
00:13:28ce témoignage.
00:13:30Il dit,
00:13:30je suis la grande banlieue
00:13:31de Varsovie,
00:13:32mais il rattache
00:13:33à Belleville.
00:13:34Et toute son enfance
00:13:35passée à Belleville,
00:13:37quartier populaire,
00:13:38quartier où,
00:13:38effectivement,
00:13:39il y avait d'autres immigrés,
00:13:40où il y avait d'autres
00:13:42juifs polonais,
00:13:43où il y avait
00:13:43d'autres nationalités,
00:13:45ou même du monde rural
00:13:47qui était venu
00:13:48il y a peu longtemps
00:13:48par les migrations,
00:13:50autrefois on disait
00:13:50l'exode rural,
00:13:51mais en tout cas
00:13:51des migrations internes
00:13:52qui pouvaient exister,
00:13:54eh bien,
00:13:54il présente
00:13:55cette socialisation.
00:13:56Alors oui,
00:13:57avec,
00:13:58bien sûr,
00:13:59tous ceux qui ont fui,
00:14:00soit,
00:14:01bien sûr,
00:14:01l'antisémitisme
00:14:02de Pologne,
00:14:03qui ont fui aussi
00:14:05la lutte contre
00:14:06le mouvement ouvrier.
00:14:07Il ne faut jamais perdre
00:14:08de vue que dans
00:14:09ces années 20,
00:14:10on est sorti
00:14:10de la Première Guerre mondiale,
00:14:11mais la sortie
00:14:12de la Première Guerre mondiale,
00:14:13si globalement on dit
00:14:14c'est la victoire
00:14:15des démocraties libérales
00:14:16sur les empires centraux,
00:14:17etc.,
00:14:18c'est sans doute vrai,
00:14:19mais il y a quand même
00:14:20deux mouvements
00:14:20de troisième voie
00:14:21qui arrivent,
00:14:23ceux issus
00:14:24de la Révolution d'Octobre
00:14:25et du communisme
00:14:26et l'espoir suscité
00:14:27par le communisme
00:14:28jusqu'en 1921,
00:14:30on va dire,
00:14:30et la défaite,
00:14:31bien sûr,
00:14:31devant Varsovie,
00:14:32et puis les fascismes
00:14:34et comment les fascismes,
00:14:36les régimes autoritaires
00:14:37vont se nourrir
00:14:38des fascismes.
00:14:39Et donc,
00:14:40il va y avoir
00:14:40une lutte
00:14:42très forte
00:14:43contre le mouvement ouvrier
00:14:44dans les années 20 et 30,
00:14:46dans l'Europe centrale
00:14:47et orientale,
00:14:48mais pas simplement,
00:14:48elle va se rejouer aussi
00:14:50avec la crise
00:14:50des années 30 en France,
00:14:51et bien comment,
00:14:52en fin de compte,
00:14:53avec ce bagage
00:14:55familial,
00:14:55culturel,
00:14:56il va,
00:14:57petit à petit,
00:14:58et c'est ça qui est intéressant
00:14:59dans l'ouvrage,
00:15:00se conscientiser,
00:15:01c'est pas simplement
00:15:02un récit rétrospectif,
00:15:04je relis ma vie
00:15:06au regard
00:15:06de ce qu'on a pu
00:15:08connaître
00:15:08et savoir,
00:15:09etc.
00:15:09Non,
00:15:09on sent d'emblée
00:15:11sa soif
00:15:12de savoir aussi,
00:15:13parce que,
00:15:13Denis le disait,
00:15:15l'importance,
00:15:16c'est ce modèle républicain,
00:15:17universel,
00:15:18universaliste,
00:15:18mais qui se fait
00:15:19dans le cadre
00:15:20d'une école
00:15:21primaire,
00:15:23gratuite,
00:15:23laïque,
00:15:23obligatoire pour tous,
00:15:24et où il est
00:15:26avide de savoir,
00:15:27avide de comprendre,
00:15:28savoir lire,
00:15:29connaître les mots,
00:15:31ça,
00:15:31il y a toute un,
00:15:32comment dirais-je,
00:15:32une sensibilité,
00:15:33une anthropologie
00:15:34à ce qu'est un migrant,
00:15:36véritablement,
00:15:37dans ces années 20.
00:15:38On retrouve ça
00:15:39dans les aspirations
00:15:39de ses parents,
00:15:40parce qu'il est plutôt
00:15:41bon élève,
00:15:42et ses parents veulent
00:15:43qu'il réussisse
00:15:45à l'école,
00:15:46ils font d'ailleurs
00:15:46beaucoup de sacrifices
00:15:47pour lui permettre
00:15:48de faire des études.
00:15:49Oui,
00:15:49de faire des études,
00:15:50d'avoir les prix,
00:15:51les prix scolaires,
00:15:52à un moment donné,
00:15:53c'est même son père
00:15:54qui va recevoir
00:15:54les prix à sa place,
00:15:55parce que lui,
00:15:55il est en colonie
00:15:56où il doit faire
00:15:57la moisson en Corrèze,
00:15:59il y a tous ces enjeux,
00:16:00je dirais,
00:16:01liés,
00:16:02en fin de compte,
00:16:03aux périodes,
00:16:04aux moments,
00:16:05et puis,
00:16:06chose qu'on n'a pas dite,
00:16:08mais sur laquelle
00:16:08il faut qu'on insiste aussi,
00:16:10il militait à la CGTU.
00:16:12N'oublions pas
00:16:13que la CGTU,
00:16:14à partir de 1922,
00:16:16a créé cette main-d'œuvre
00:16:17étrangère,
00:16:18devenue main-d'œuvre immigrée
00:16:19dans les années 30,
00:16:20puisque,
00:16:21n'oublions pas
00:16:21que la crise économique
00:16:23de 1929-1930
00:16:25stigmatise l'étranger,
00:16:26on lutte contre l'étranger,
00:16:27donc la CGTU et le PC
00:16:29vont changer de nom
00:16:30et dire
00:16:30main-d'œuvre immigrée.
00:16:31Et donc,
00:16:31cette main-d'œuvre immigrée
00:16:32est le socle,
00:16:33le terreau
00:16:34dans lequel
00:16:35ils sont aussi
00:16:37forgés
00:16:37et dans lequel
00:16:39participe son père
00:16:40de manière active.
00:16:42Et lui,
00:16:42qui va aux Réunions,
00:16:44qui suit,
00:16:44qui est tout jeune.
00:16:45C'est ça qui est intéressant,
00:16:46c'est de voir
00:16:46qu'il y avait
00:16:47cette ouverture,
00:16:49je le disais tout à l'heure,
00:16:50l'altérité,
00:16:51eh bien,
00:16:51on va comprendre
00:16:52ce qu'est un meeting.
00:16:53Il est à l'âge
00:16:54de 8-10 ans
00:16:55dans des meetings.
00:16:57il a 12 ans
00:16:58au moment du Front Populaire.
00:16:59Donc,
00:17:00c'est ça aussi
00:17:00qu'il faut avoir
00:17:01à l'esprit.
00:17:03Avant qu'on évoque
00:17:03le Front Populaire,
00:17:05dans son histoire,
00:17:06il y a une personne importante,
00:17:08c'est sa petite sœur,
00:17:10ça va bouleverser aussi
00:17:11sa vie,
00:17:12ça va l'amener
00:17:12à faire le choix
00:17:13de renoncer à ses études.
00:17:14Est-ce que vous pourriez
00:17:15en parler aussi ?
00:17:20C'est très fort
00:17:22parce qu'il était promis
00:17:23très clairement
00:17:24à des études
00:17:25d'excellence.
00:17:27Il avait déjà
00:17:27un parcours
00:17:28d'excellence
00:17:29et parce qu'il fallait
00:17:33aider sa petite sœur,
00:17:34il a arrêté
00:17:36les études
00:17:36pour aider les parents
00:17:38et il s'est mis
00:17:39à travailler.
00:17:41C'est un très bel exemple
00:17:44et les vocations
00:17:46du personnage
00:17:48à travers
00:17:49sa formation,
00:17:51ses compétences,
00:17:52son goût
00:17:53pour la musique
00:17:54et en biographie
00:17:57de Beethoven
00:17:57qui le lance
00:17:59dans cette admiration
00:18:01pour tout ce qui est
00:18:02musique classique
00:18:03et en particulier
00:18:03après l'art lyrique.
00:18:07J'en profite
00:18:08pour dire
00:18:09qu'on est
00:18:10à l'antithèse
00:18:12de la caricature
00:18:13qu'on a eue
00:18:14d'Henri Krasucki
00:18:16dans les combats
00:18:18de la CGT
00:18:18quand il était
00:18:19secrétaire général.
00:18:20On l'a présenté
00:18:21dans les médias
00:18:22comme quand même
00:18:23un gars à peu près
00:18:25illettré,
00:18:26sachant à peine
00:18:27s'exprimer,
00:18:30peu cultivé
00:18:31en tout cas
00:18:33économiquement
00:18:33et on sait
00:18:34que ce n'était
00:18:34vraiment pas le cas.
00:18:36Il l'était vraiment
00:18:37cultivé
00:18:38et puis
00:18:40voilà,
00:18:40et aucune culture
00:18:42alors que ceux
00:18:43qui l'ont connu,
00:18:44on le verra
00:18:44dans ce livre.
00:18:45Même s'il ne va pas
00:18:47évidemment
00:18:48se mettre en avant
00:18:49mais on le sait,
00:18:51il a une culture
00:18:54très riche
00:18:54et ce n'est pas du tout
00:18:56le personnage.
00:18:58et les extraits
00:18:59qu'on va entendre
00:19:00montrent
00:19:01qu'il n'a pas du tout
00:19:02l'expression,
00:19:03le mode d'expression
00:19:03qui est caricaturé
00:19:06par un certain nombre
00:19:08d'humoristes
00:19:09ou de pseudo-humoristes
00:19:11quand il était
00:19:12aux manettes.
00:19:14Donc,
00:19:15c'est ça aussi
00:19:16la beauté
00:19:17de ce livre
00:19:17et de ce témoignage.
00:19:18Ça,
00:19:19on ne l'a pas inventé.
00:19:20On ne l'a pas inventé.
00:19:22Il s'avère
00:19:22que je l'ai connu un peu
00:19:23mais
00:19:23donc je le savais
00:19:24mais on le voit
00:19:26dans le livre.
00:19:27Et puis,
00:19:28ce qu'on voit,
00:19:28c'est cet aspect encore
00:19:29je le disais tout à l'heure
00:19:30pudique.
00:19:31Il n'explique pas trop
00:19:33ce qu'a sa soeur.
00:19:34Il n'en dit pas trop
00:19:35mais il dit
00:19:36en revanche,
00:19:38il fallait s'occuper d'elle,
00:19:39il fallait de l'argent
00:19:40dans la famille
00:19:41et donc moi,
00:19:42j'aurais été une bouche
00:19:43à nourrir encore en plus
00:19:44et on voit bien
00:19:45qu'on compte
00:19:46dans ces fins des années 20
00:19:48et années 30.
00:19:49On est au cœur
00:19:50en fin de compte
00:19:50aussi des enjeux
00:19:51de la crise économique
00:19:52puis son père
00:19:53qui était souvent
00:19:54viré parce que militant
00:19:55etc.
00:19:56Eh bien,
00:19:57il y a une prise de conscience
00:19:58qu'il ne faut pas
00:19:59qu'il soit un fardeau
00:20:00pour la famille
00:20:00et donc qui doit subvenir
00:20:02au moyen
00:20:02de toute la famille
00:20:04en travaillant.
00:20:05Et ça,
00:20:05c'est un sacrifice
00:20:07mais en même temps
00:20:07ce n'est pas présenté
00:20:09comme un sacrifice,
00:20:10c'est présenté
00:20:10comme un devoir familial
00:20:13envers ses parents,
00:20:14envers sa petite sœur
00:20:15et ça,
00:20:16c'est touchant.
00:20:18Ça donne à voir
00:20:19un autre personnage
00:20:20que souvent on nous présente
00:20:21sous des aspects
00:20:23comme le disait Denis,
00:20:24caricaturales
00:20:25ou simplement
00:20:26la froideur
00:20:27de l'organisation,
00:20:28enfin,
00:20:29l'organisation
00:20:30a toujours raison,
00:20:31etc.
00:20:31Eh bien là,
00:20:31on est dans l'intime,
00:20:33on touche
00:20:33au plus profond
00:20:35du fort intérieur
00:20:36d'Henri Krasucki.
00:20:39Je vous propose
00:20:40qu'on regarde
00:20:41le premier extrait
00:20:42puisqu'on parlait
00:20:42de la politisation
00:20:43d'Henri Krasucki
00:20:44où Henri Krasucki
00:20:45évoque 1936
00:20:47et les accords
00:20:48Matignon.
00:20:49Les conditions
00:20:50que se sont produits
00:20:51les accords
00:20:52Matignon
00:20:53et ensuite
00:20:54les autres accords
00:20:55qui ont amené
00:20:56les résultats
00:20:58considérables
00:20:59des grèves
00:21:01de juin
00:21:031936.
00:21:04C'est le genre
00:21:05de choses,
00:21:06il y a comme ça
00:21:07quelques événements
00:21:09qui sont connus
00:21:11sur lesquels
00:21:12on a écrit
00:21:13et tout ça
00:21:13et pourtant
00:21:14pas simples
00:21:15à rendre,
00:21:16à restituer.
00:21:17alors qu'il s'agit
00:21:18d'un grand moment
00:21:19de bonheur.
00:21:24Par quoi commencer ?
00:21:29L'ambiance.
00:21:31D'abord l'ambiance.
00:21:34Elle était générale
00:21:35et nous on baignait
00:21:37dans cette ambiance.
00:21:38Alors même
00:21:38puissance X
00:21:40avec l'enthousiasme
00:21:41des gamins.
00:21:44Deux gamins
00:21:45qui étaient témoins
00:21:47qui étaient témoins
00:21:47de tout ça
00:21:48mais témoins acteurs.
00:21:49On était dedans.
00:21:51Alors on était
00:21:52des témoins,
00:21:54des gamins,
00:21:54des témoins acteurs
00:21:55dit-il.
00:21:56D'ailleurs avec
00:21:57le sourire
00:21:58on sent aussi
00:21:59une pointe
00:21:59d'émotion
00:22:00dans ce témoignage.
00:22:01Il a 12 ans.
00:22:02À 12 ans
00:22:03à cette époque-là
00:22:04on est déjà militant.
00:22:06Il y a 12 ans
00:22:07on est déjà militant
00:22:08parce qu'on vit
00:22:09en fin de compte
00:22:10ces années 30.
00:22:11On vit la crise économique
00:22:12et sociale.
00:22:13On vit la montée
00:22:14des fascismes.
00:22:15On vit le 6 février
00:22:171934.
00:22:18On vit l'unité
00:22:19et l'union
00:22:20à gauche
00:22:21de la CGT,
00:22:22de la CGTU,
00:22:23de la SFIO
00:22:24et du PC.
00:22:26De ce mouvement
00:22:26que constitue
00:22:27le rassemblement populaire
00:22:29entre 1934
00:22:30et 1936
00:22:31jusqu'à l'arrivée
00:22:32au pouvoir.
00:22:33Là il y a
00:22:34un immense espoir
00:22:35et il y a un espoir
00:22:36et surtout
00:22:37pourquoi les enfants
00:22:38ils participent ?
00:22:40Déjà
00:22:41tous ces enfants du peuple
00:22:42ils ne faisaient pas
00:22:43d'études secondaires.
00:22:44Ils n'entraient pas
00:22:45au collège,
00:22:46ils n'entraient pas
00:22:46au lycée.
00:22:47Donc ils étaient
00:22:48tout de suite apprentis.
00:22:49Ils allaient travailler
00:22:50et on a
00:22:51dans les accords
00:22:53signés
00:22:54après les accords
00:22:55matignon
00:22:55mais dans les accords
00:22:55départementaux
00:22:56souvent des apprentis
00:22:57de 14 ans
00:22:58qui signent
00:22:59au nom de la CGT
00:23:00dans les départements
00:23:01les accords
00:23:02qui ont été
00:23:03obtenus,
00:23:04arrachés
00:23:04comme on disait
00:23:05à l'époque
00:23:05du patronat local.
00:23:08Donc on comprend
00:23:09l'ambiance
00:23:09dans laquelle on est.
00:23:10Et puis derrière
00:23:11il y a autre chose
00:23:12que l'on voit
00:23:12c'est ces photos
00:23:14ces films
00:23:15du front populaire
00:23:16de manière importante
00:23:17puisque c'est le début
00:23:18du photoreportage
00:23:20on a les nouveaux
00:23:21magazines
00:23:21de regards
00:23:22etc.
00:23:22qui présentent
00:23:23bien cela
00:23:24et bien on voit
00:23:25des jeunes
00:23:26dans les manifestations
00:23:27on voit des enfants
00:23:27dans les manifestations
00:23:28on voit les sourires
00:23:30on voit des gens debout
00:23:31et Daniel Tarkovsky
00:23:32a utilisé
00:23:33cette expression
00:23:34je me souviens
00:23:35il n'y a pas très longtemps
00:23:36dans un colloque
00:23:37qu'on a fait
00:23:37sur le moment
00:23:38front populaire
00:23:38où elle disait
00:23:39après toutes ces grandes
00:23:41manifestations
00:23:42de l'entre-deux-guerres
00:23:42qui étaient celles
00:23:43du deuil
00:23:43de la tristesse
00:23:44liées à la première
00:23:45guerre mondiale
00:23:45c'est le grand moment
00:23:47de joie
00:23:47et je trouve
00:23:48que dans le témoignage
00:23:49avec ce sourire
00:23:50qu'a Henri Krasuki
00:23:52on retrouve
00:23:53ce moment
00:23:53de joie
00:23:54parce que
00:23:54on évoque
00:23:56le front populaire
00:23:57il a tout de suite
00:23:58les yeux qui brillent
00:23:58ce n'est pas simplement
00:23:59une nostalgie
00:24:00du front populaire
00:24:01c'est de vie
00:24:02d'expliquer
00:24:04en fin de compte
00:24:04comment
00:24:06ces accords matignon
00:24:07entre autres
00:24:08parce qu'il dit
00:24:08il y a beaucoup de choses
00:24:09à dire
00:24:09change
00:24:10la vie
00:24:11amène
00:24:12véritablement
00:24:12un nouveau regard
00:24:16considéré
00:24:17que dans la vie
00:24:18il n'y a pas que
00:24:20on va dire
00:24:21boulot dodo
00:24:22mais il y a aussi
00:24:22les loisirs
00:24:23il y a aussi
00:24:24l'émancipation
00:24:25par la culture
00:24:26par le sport
00:24:27par plein d'autres choses
00:24:28et c'est assez intéressant
00:24:29parce que lui aussi
00:24:30on a des pages
00:24:30sur le sport
00:24:31il grandit avec la FSGT
00:24:33il grandit avec
00:24:34il est gardien de but
00:24:35qui pouvait avoir ça
00:24:37en mémoire
00:24:39qu'il a été à un moment
00:24:40gardien de but
00:24:40donc on voit bien aussi
00:24:41cette socialisation
00:24:42des milieux populaires
00:24:43par le syndicat
00:24:45la fédération sportive
00:24:46et gymnique du travail
00:24:47et le moment
00:24:48front populaire
00:24:48et dernière chose
00:24:50et j'arrête là
00:24:51et je passe la parole
00:24:52à Denis tout de suite
00:24:52dans ce témoignage
00:24:54par rapport au front populaire
00:24:55on a la joie
00:24:56on a tout ce moment
00:24:57mais on voit aussi
00:24:59le rapport de force
00:25:01on voit aussi
00:25:01les deux camps
00:25:03les deux frances
00:25:03on voit aussi
00:25:04que l'antifascisme
00:25:06est un combat
00:25:06de tous les jours
00:25:07et qu'il est
00:25:08qu'il baigne
00:25:10véritablement
00:25:10dans ce combat antifasciste
00:25:12et ça
00:25:12c'est
00:25:13je dirais
00:25:14quasiment
00:25:14la matrice
00:25:15de son engagement
00:25:16oui
00:25:17et puis
00:25:17quelle leçon
00:25:17pour les historiens
00:25:19que nous sommes
00:25:22on peut
00:25:22on peut vous faire
00:25:24un très beau cours
00:25:24sur le front populaire
00:25:25les avancées
00:25:27les structures
00:25:28qui ont été mises en place
00:25:31etc
00:25:32mais rendre compte
00:25:34de l'ambiance
00:25:34rendre compte
00:25:36de ce que ça signifiait
00:25:37pour ces gamins
00:25:39pour ces familles
00:25:42ben vous l'aurez ici
00:25:43parce que c'est vrai
00:25:44que cette minute
00:25:46et quelques
00:25:47de témoignage
00:25:48d'Henri
00:25:50dit tout
00:25:50sur ce que ça signifiait
00:25:53pour ces populations
00:25:54et ça explique aussi
00:25:55pourquoi ils se sont
00:25:57engagés après
00:25:59alors il y a aussi
00:26:00quelque chose
00:26:01qui m'a frappé
00:26:01c'est la fierté
00:26:02par exemple
00:26:03d'avoir un député
00:26:03communiste
00:26:04à Belleville
00:26:05et on sent derrière
00:26:06aussi
00:26:08finalement
00:26:08la fierté
00:26:09d'un monde ouvrier
00:26:10qui
00:26:11finalement s'affirme
00:26:13comme un acteur politique
00:26:14est-ce qu'on peut dire ça ?
00:26:15ah oui on peut dire ça
00:26:16on peut même
00:26:17aller plus loin
00:26:18et reprendre aussi
00:26:21le documentaire
00:26:22que cette année
00:26:23Huguenancy
00:26:24et Fabien Béziat ont fait
00:26:25et avec Serge Volikoff
00:26:26et d'autres
00:26:27nous avons été
00:26:29interrogés
00:26:29interviewés
00:26:30mais on voit bien
00:26:31en fin de compte
00:26:31par ces portraits
00:26:32par cette histoire
00:26:33par en bas
00:26:33comme je le disais
00:26:34tout à l'heure
00:26:35par une histoire sociale
00:26:35qui n'est pas simplement
00:26:36celle au sommet
00:26:37des organisations
00:26:38mais qui s'intéresse
00:26:39au plus concret
00:26:40au ras du sol
00:26:42comme l'auraient dit
00:26:43d'autres historiens
00:26:45et bien de voir
00:26:46en fin de compte
00:26:48comment
00:26:48il y a cette
00:26:50adhésion
00:26:51cette appropriation
00:26:52alors oui
00:26:53parfois il y a
00:26:54des difficultés
00:26:54oui parfois
00:26:55il y a des renoncements
00:26:56oui parfois
00:26:56mais là
00:26:57c'est pas ça
00:26:57qui l'emporte
00:26:58dans son témoignage
00:26:59ce qui l'emporte
00:26:59dans son témoignage
00:27:00c'est véritablement
00:27:02la logique
00:27:03du combat
00:27:04des acquis
00:27:05de la lutte
00:27:06et que grâce
00:27:07à la lutte
00:27:08grâce aussi
00:27:08au mouvement ouvrier
00:27:10on obtient des choses
00:27:11cette fierté
00:27:12ben oui
00:27:13c'est d'avoir
00:27:14un député communiste
00:27:15n'oublions pas
00:27:16que dans le plus
00:27:18comment dirais-je
00:27:21il n'y avait que
00:27:2110 députés communistes
00:27:22auparavant
00:27:241932
00:27:25ils pensaient avoir
00:27:2620, 30, 40 députés
00:27:28ils en ont 72
00:27:29il y a
00:27:30c'est le grand changement
00:27:32véritablement
00:27:32il y a deux changements
00:27:33le fait que la SFIO
00:27:34double les radicaux
00:27:35dans ces élections
00:27:37et puis que le PC
00:27:38fait une percée
00:27:3915%
00:27:39de l'électorat
00:27:41au premier tour
00:27:42donc ce qui veut dire
00:27:43que dans ces quartiers
00:27:45populaires
00:27:45où la vie politique
00:27:47était tenue
00:27:48par la CGTU
00:27:48et le PC
00:27:49mais aussi
00:27:50le mouvement ouvrier
00:27:51unifié
00:27:52réunifié
00:27:53dans le cadre
00:27:53du Rassemblement populaire
00:27:54et du Front populaire
00:27:55et bien il y a
00:27:56cet espoir
00:27:57ben oui
00:27:57parce que
00:27:58c'est un député
00:28:00sur lequel on peut compter
00:28:01c'est un ouvrier
00:28:01alors bien sûr
00:28:02ils n'étaient plus
00:28:03forcément ouvriers
00:28:04ils étaient devenus
00:28:04permanents
00:28:05mais il y a tout ce moment
00:28:07en fin de compte
00:28:08de reconnaissance
00:28:10d'intégration
00:28:11à la nation
00:28:12ce que Roger Martelly
00:28:14avait montré
00:28:15il y a quelques années
00:28:16sur l'entrée
00:28:18en fin de compte
00:28:19de cette nationalisation
00:28:20du PC
00:28:21à ce moment là
00:28:21et là le témoignage
00:28:23participe
00:28:23alors à hauteur
00:28:24d'une histoire familiale
00:28:26à hauteur
00:28:26de l'échelle
00:28:27d'un homme
00:28:28mais elle participe
00:28:29de toutes ces histoires
00:28:31alors il y a
00:28:32cet aspect
00:28:34du Front populaire
00:28:35mais il y a aussi
00:28:35vous l'avez dit
00:28:36c'est une lutte
00:28:37une lutte aussi
00:28:38contre la réaction
00:28:39contre le fascisme
00:28:40donc il y a aussi
00:28:41cette histoire
00:28:42à hauteur d'homme
00:28:43comme vous avez dit
00:28:44où il nous parle
00:28:46de la guerre d'Espagne
00:28:47il nous parle aussi
00:28:48des campagnes
00:28:49de solidarité
00:28:50avec les communistes allemands
00:28:51notamment après
00:28:52l'incendie
00:28:52du Reichstag
00:28:54et là aussi
00:28:54on voit
00:28:55un Henri Krasucki
00:28:56qui s'investit
00:28:58énormément
00:28:59dans
00:28:59dans
00:29:00dans ces combats
00:29:01est-ce que vous pourriez
00:29:02nous en dire aussi
00:29:03quelques mots
00:29:05oui mais
00:29:06c'est
00:29:08je dirais
00:29:08pour lui
00:29:09c'est un engagement logique
00:29:11l'internationalisme
00:29:14il est consubstantiel
00:29:16de sa formation
00:29:17et de son attachement
00:29:17à la France
00:29:18aussi
00:29:18et c'est ça
00:29:19qu'il faut comprendre
00:29:20dans
00:29:21l'identité
00:29:23de ces
00:29:23de ces hommes
00:29:25et de ces femmes
00:29:25donc
00:29:28oui
00:29:28oui
00:29:29il s'engage
00:29:30il s'engage
00:29:30d'autant plus
00:29:32qu'on est dans
00:29:34contexte de montée
00:29:35des périls
00:29:35que
00:29:37bien sûr
00:29:38il y a la
00:29:38on a vu un extrait
00:29:40du bon moment
00:29:42du front populaire
00:29:44mais après
00:29:45ça se délite
00:29:47après
00:29:47on a
00:29:49la montée des périls
00:29:50en Europe
00:29:51avec Hitler
00:29:51bien entendu
00:29:53on a
00:29:55les
00:29:56la remise en cause
00:29:59des alliances internationales
00:30:02qui avaient été
00:30:02scellées
00:30:04jusque là
00:30:06donc
00:30:07il y a la guerre qui vient
00:30:11et là
00:30:12là c'est la rupture
00:30:13très claire
00:30:15d'autant plus que
00:30:17autant
00:30:18avec le front populaire
00:30:20il y avait
00:30:22le sentiment
00:30:22ces militants
00:30:24d'être
00:30:26portés
00:30:27en quelque sorte
00:30:27par
00:30:28et à juste titre
00:30:29d'être portés
00:30:30par une population
00:30:31qui était
00:30:31par un peuple
00:30:32qui se retrouvait
00:30:33dans ces valeurs là
00:30:35autant
00:30:36à partir de la fin
00:30:37on va dire
00:30:38de 38
00:30:4038-39
00:30:41on a une sorte
00:30:42de délitement
00:30:43de la société française
00:30:44d'atomisation
00:30:45de repli sur soi
00:30:46de rejet de l'autre
00:30:48de monter
00:30:49en puissance
00:30:50de la xénophobie
00:30:53de l'anticommunisme
00:30:55de l'antisémitisme
00:30:57et puis du pacifisme
00:30:59qui sont les
00:31:00les quatre
00:31:03piliers de la destruction
00:31:04en quelque sorte
00:31:05d'une destruction
00:31:06de l'intérieur
00:31:06et ça
00:31:07évidemment
00:31:08ça va
00:31:09conduire à
00:31:10un isolement
00:31:11de
00:31:12de ces militants
00:31:15et à une chute
00:31:17du front populaire
00:31:17avant
00:31:19la chute officielle
00:31:21peut-être un mot
00:31:23pardon
00:31:23peut-être un mot
00:31:24sur quand même
00:31:25les mobilisations
00:31:26effectivement
00:31:26Denis a raison
00:31:27de parler
00:31:27de l'internationalisme
00:31:29qui est
00:31:30consubstantiel
00:31:31de l'engagement
00:31:32il n'y a aucun souci
00:31:33c'est le drapeau rouge
00:31:33et le drapeau bleu blanc rouge
00:31:34on est vraiment
00:31:35dans ce moment là
00:31:36mais ce qui est impressionnant
00:31:38aussi dans le témoignage
00:31:40c'est qu'il explique
00:31:41comment se met en oeuvre
00:31:42cette solidarité internationale
00:31:44comment le secours rouge
00:31:46international
00:31:46ça renvoie aux travaux
00:31:47de Corentin Lahue
00:31:48comment en fin de compte
00:31:49tout ce qui se fait
00:31:50autour de la défense
00:31:52de Tellmann
00:31:53et des incendiaires
00:31:55du Reichstag
00:31:55comment Dimitrov
00:31:57va se sortir des griffes
00:31:58nous permet de comprendre
00:31:59en fin de compte
00:32:00l'onde de choc
00:32:01qu'a été l'arrivée
00:32:02d'Hitler au pouvoir
00:32:03dans la conscientisation
00:32:04des uns et des autres
00:32:05et la prise en compte
00:32:07de ce danger
00:32:08de ce danger fasciste
00:32:09qui amène
00:32:10au rassemblement
00:32:11et au front populaire
00:32:12donc là on a 33, 34
00:32:13on voit bien tout ça
00:32:15et puis bien sûr
00:32:16après ce que dit Denis
00:32:18mais on voit
00:32:19en fin de compte
00:32:20cette montée
00:32:20cette arrivée
00:32:21jusqu'à 36, 37, 38
00:32:22et 38
00:32:23cette bascule
00:32:24ce changement
00:32:25mais je crois
00:32:26qu'on peut le lire
00:32:29aussi dans cet immense espoir
00:32:31et dans cet immense
00:32:35témoignage
00:32:35sur qu'est-ce que
00:32:36la solidarité internationale
00:32:38à quoi servent ces meetings
00:32:39pourquoi ces meetings
00:32:40pourquoi on va parler
00:32:41ben oui
00:32:42à Belleville
00:32:42de ce qui se passe
00:32:43en Allemagne
00:32:44on n'est pas simplement
00:32:45dans une logique
00:32:46de repli sur soi
00:32:48on est dans une logique
00:32:49d'ouverture à l'autre
00:32:50et ça c'est fondamental
00:32:51on parle de lieux symboliques
00:32:52comme la Bellevilloise
00:32:53comme l'actuel siège
00:32:54du parti communiste
00:32:55qui est le lieu
00:32:56où on recrute
00:32:56les combattants
00:32:57d'Espagne républicaine
00:32:58bien sûr parce que la MOI
00:33:00c'est elle
00:33:01qui a eu ce rôle fondamental
00:33:02dans la création
00:33:04des brigades internationales
00:33:05pendant longtemps
00:33:07on ne le disait pas trop
00:33:08ou ce n'était pas mis en avant
00:33:09mais ce qui s'avère
00:33:10c'est que la MOI
00:33:12donc la manœuvre immigrée
00:33:13va demander à les combattre
00:33:14Marti dit non
00:33:16dans un premier temps
00:33:16ils vont revoir Thorez
00:33:18et Thorez dit oui
00:33:18et c'est à partir
00:33:19de ce moment-là
00:33:20que ce seront
00:33:21les premiers bataillons
00:33:22qui vont aller combattre
00:33:23contre le fascisme
00:33:24bien sûr la plupart d'entre eux
00:33:25ils étaient réfugiés
00:33:27antifascistes en France
00:33:28ils avaient connu
00:33:29soit ce qu'on a dit
00:33:31tout à l'heure
00:33:31l'antisémitisme
00:33:32l'anticommunisme en Pologne
00:33:33soit bien sûr
00:33:35les répressions en Italie
00:33:37des antifascistes italiens
00:33:38qui étaient venus en France
00:33:39ou soit
00:33:40ceux qui avaient fui l'Allemagne
00:33:41entre 1933 et 1935
00:33:43et donc c'est au cœur
00:33:45de je dirais
00:33:46de ce terreau de la MOI
00:33:48que certains veulent en découdre
00:33:49et ont compris
00:33:50ce qu'étaient les dangers
00:33:52de la guerre et du fascisme
00:33:53et c'est bien sûr
00:33:54l'une des contradictions
00:33:57dans laquelle le Front Populaire
00:33:58va se retrouver
00:33:58entre bellicisme
00:33:59ou pacifisme
00:34:01On pourrait évoquer
00:34:03parmi les...
00:34:04vous évoquez ce retournement
00:34:06c'est-à-dire cette dynamique
00:34:07plutôt positive
00:34:08du rapport de force
00:34:09en faveur du Front Populaire
00:34:10qui petit à petit
00:34:11va se retourner
00:34:12avec la montée des périls
00:34:14et il y a un événement
00:34:15qui jette un grand désarroi
00:34:16dont Henri Krasuki
00:34:18se fait l'écho
00:34:19dans le livre
00:34:20le raconte
00:34:20c'est celui
00:34:21du pacte germano-soviétique
00:34:23de non-agression
00:34:25alors est-ce que vous pourriez
00:34:27nous raconter un peu
00:34:28ce désarroi
00:34:29et l'ampleur que ça a
00:34:30auprès de ces femmes
00:34:31et de ces hommes
00:34:32militantes de la MOI
00:34:36peut-être de la manière
00:34:37aussi dont Henri Krasuki
00:34:37lui fait face
00:34:38Oui
00:34:39parce que sa lecture
00:34:41est intéressante
00:34:41on pouvait
00:34:43aussi s'attendre
00:34:44à une sorte
00:34:45de plaidoyer militant
00:34:49pour justifier
00:34:51un positionnement
00:34:52politique de l'époque
00:34:53c'est pas du tout le cas
00:34:54il raconte véritablement
00:34:56comment
00:34:56ils se sont pris
00:34:59excusez du mot
00:35:00dans la tronche
00:35:01le pacte germano-soviétique
00:35:02qui est un choc monumental
00:35:04imaginez
00:35:05ils se battent
00:35:06depuis des années
00:35:07pour dénoncer
00:35:08le nazisme
00:35:09pour dire
00:35:10les conséquences
00:35:12que ça peut avoir
00:35:13pour l'Allemagne
00:35:14d'abord
00:35:15pour l'Europe
00:35:16et puis au-delà
00:35:17pour le monde
00:35:17ils ont subi
00:35:19dans leur chair
00:35:20les régimes autoritaires
00:35:22et les régimes totalitaires
00:35:23ils se retrouvent
00:35:24avec un pacte
00:35:25signé entre
00:35:26le pays
00:35:28entre guillemets
00:35:29du socialisme réel
00:35:30et
00:35:31et Hitler
00:35:33comment
00:35:34comment on fait
00:35:35avec ça
00:35:35et bien
00:35:36on tâtonne
00:35:37on se débrouille
00:35:38on a pris le choc
00:35:39alors oui
00:35:40on pense à Munich
00:35:42aux accords de Munich
00:35:43un an plus tôt
00:35:44le fait que
00:35:46là
00:35:47les puissances occidentales
00:35:49ont accepté
00:35:50de lâcher
00:35:51la Tchécoslovaquie
00:35:53en dotant
00:35:55à Hitler
00:35:57et donc
00:35:59bon
00:35:59oui
00:35:59on se raccroche
00:36:02un peu à ça
00:36:03mais par défaut
00:36:04et je dirais
00:36:06par contraste
00:36:07on y reviendra
00:36:08un peu plus tard
00:36:09mais
00:36:10quel soulagement
00:36:12au moment
00:36:13où l'Allemagne
00:36:15rompt le pacte
00:36:17et attaque
00:36:17l'Union soviétique
00:36:18en juin 1941
00:36:19quel soulagement
00:36:21pour tous
00:36:21ces militants
00:36:22de la MOI
00:36:22qui étaient déjà
00:36:23engagés dans la résistance
00:36:25avec des modalités
00:36:26différentes
00:36:27et qui là
00:36:28disent
00:36:29ouais
00:36:30on y est
00:36:31et en fait
00:36:32c'était un jeu
00:36:33alors il reconstitue
00:36:35d'ailleurs
00:36:35c'est pas ce que dit lui
00:36:36mais à l'époque
00:36:37il se raconte
00:36:39des histoires
00:36:40sur un jeu
00:36:41qu'aurait joué
00:36:42Staline
00:36:42par rapport à Hitler
00:36:43pour gagner du temps
00:36:44il le dit un peu
00:36:45d'ailleurs
00:36:45mais fondamentalement
00:36:48c'est
00:36:49on est tous ensemble
00:36:50du même côté
00:36:51il n'y a plus d'ambiguïté
00:36:53c'est un tournant
00:36:55majeur
00:36:56en particulier
00:36:57pour ceux
00:36:58qui ont été
00:36:58les premiers résistants
00:37:00parmi les communistes
00:37:01et pas que parmi les communistes
00:37:02c'est à dire
00:37:03soit les milieux
00:37:05intellectuels
00:37:06on le sait
00:37:07par ailleurs
00:37:09français ou étrangers
00:37:10peu importe
00:37:10et les militants
00:37:12de la MOI
00:37:12les militants étrangers
00:37:15et dans ce moment
00:37:17du pacte
00:37:17qui est pris
00:37:18un tournoi
00:37:19à 180 degrés
00:37:20d'une grande violence
00:37:21il faut le temps
00:37:23aussi que le parti
00:37:25ils sont complètement
00:37:26pris de court
00:37:27véritablement
00:37:28il ne faut jamais perdre de vue
00:37:30que les crédits de guerre
00:37:31sont votés
00:37:32par les députés communistes
00:37:33qu'en aucun cas
00:37:34ils refusent
00:37:35la guerre dès le début
00:37:36elle ne sera dénoncée
00:37:38que quelques semaines
00:37:39et plus
00:37:40en septembre
00:37:41comme guerre impérialiste
00:37:42en reprenant la thèse
00:37:43officielle
00:37:44du comité
00:37:45mais on voit très bien
00:37:46qu'avec les enjeux
00:37:47de la dissolution du parti
00:37:49l'arrestation
00:37:49des députés communistes
00:37:50aussi
00:37:50il ne faut jamais perdre de vue
00:37:52tous ces enjeux là
00:37:53mais on va voir
00:37:54qu'il y a un trouble
00:37:55très très fort
00:37:56dans la plupart des militants
00:37:57et même de certains cadres
00:37:59à l'époque
00:38:00on avait travaillé dessus
00:38:01avec Denis
00:38:02quand je faisais ma thèse
00:38:03sur Val-des-Crochets
00:38:05c'était la section agraire
00:38:06qui avait le plus douté
00:38:08c'était assez intéressant
00:38:09de voir ces enjeux là
00:38:10parce qu'à l'époque
00:38:11les archives du SHD
00:38:12n'étaient pas accessibles
00:38:13comme aujourd'hui
00:38:14mais c'était grâce à Denis
00:38:16qu'on y avait accès
00:38:17peut-être on peut préciser SHD
00:38:19parce que c'est
00:38:20le service historique
00:38:20de la défense
00:38:22excusez-moi
00:38:22on est dans nos signes
00:38:24mais c'était des archives
00:38:25qui à l'époque
00:38:26dans les années 90
00:38:27n'étaient pas forcément ouvertes
00:38:28maintenant c'est tout ouvert
00:38:29les archives de la seconde guerre mondiale
00:38:30il n'y a aucun souci
00:38:31mais ce trouble
00:38:32dans les interrogatoires
00:38:34dans les arrestations
00:38:35des militants en 1939
00:38:36n'oublions pas
00:38:37que chaque gendarmerie de canton
00:38:39va aller voir
00:38:40le dirigeant de la cellule
00:38:41et dire
00:38:42alors le pacte
00:38:42vous en pensez quoi
00:38:43etc.
00:38:44et c'est dans ce doute
00:38:46des militants
00:38:47et là le doute aussi
00:38:50que nous présente Henri
00:38:52il ne ressort pas
00:38:54la langue de bois
00:38:54classique
00:38:55qu'on présente
00:38:56on voit bien
00:38:56qu'il y a un trouble
00:38:57alors bien sûr
00:38:58il l'accepte
00:38:59parce qu'effectivement
00:39:01il y a les enjeux
00:39:02je dirais
00:39:06pas simplement
00:39:06de figure imposée
00:39:07du discours
00:39:08mais véritablement
00:39:09de raison
00:39:10de l'organisation
00:39:12mais c'est pas
00:39:15la doxa
00:39:16qui est reprise
00:39:17par rapport
00:39:19parce que là
00:39:20il se livre vraiment
00:39:21et il lit des choses
00:39:21et surtout
00:39:22et c'est là où
00:39:23c'est intéressant aussi
00:39:24et ça fait le lien
00:39:25avec ce que disait Denis
00:39:26tout à l'heure
00:39:26entre l'histoire
00:39:28et la mémoire
00:39:28et les reconstructions
00:39:29mémorielles
00:39:30il revient aussi
00:39:31sur comment
00:39:32en fin de compte
00:39:32ça a été justifié
00:39:33et ces justifications
00:39:35elles tiennent pas
00:39:36au bout du compte
00:39:37et c'est ça
00:39:38qui est intéressant
00:39:39à lire
00:39:40me semble-t-il
00:39:41il n'y a aucune
00:39:43censure
00:39:43véritablement
00:39:44par rapport à ça
00:39:47ensuite
00:39:47je vais un peu vite
00:39:49parce que
00:39:49c'est bien évidemment
00:39:52plus long que ça
00:39:53y compris dans le livre
00:39:54mais il arrive très vite
00:39:55la guerre
00:39:56l'occupation
00:39:57on sent un
00:40:00Henri Krasucki
00:40:00qui
00:40:03est combatif
00:40:04dès le départ
00:40:05c'est-à-dire
00:40:06le coup de Massu
00:40:07bon évidemment
00:40:08on ne peut pas dire
00:40:09qu'il a défaite
00:40:10avec
00:40:11et l'occupation
00:40:12avec
00:40:13comment dire
00:40:14sans
00:40:16sans être
00:40:17chagriné par ça
00:40:18mais
00:40:19en tout cas
00:40:20ça ne la somme pas
00:40:21il est déjà
00:40:22dans l'action
00:40:23quasiment
00:40:24dans la recherche
00:40:25de comment résister
00:40:27on peut dire ça
00:40:28bah oui
00:40:29parce qu'il continue
00:40:30en fin de compte
00:40:31la lutte
00:40:32c'est des
00:40:33bon
00:40:33ils sont dans une logique
00:40:34clandestine
00:40:35puisque les organisations
00:40:36communistes
00:40:37n'existent plus
00:40:38officiellement
00:40:38mais il y a toute la solidarité
00:40:40à avoir
00:40:41avec
00:40:42eh bien
00:40:43tous ceux de la main d'oeuvre
00:40:45immigrée
00:40:45qui se reconstitue
00:40:46rapidement
00:40:47on sait très bien
00:40:48très vite
00:40:49ce qui se joue
00:40:50avec
00:40:51eh bien
00:40:52le statut des juifs
00:40:53d'octobre 40
00:40:54de Vichy
00:40:55il y a toute une propagande
00:40:57de la
00:40:58de ces milieux
00:40:59pour expliquer
00:41:00pour jouer la solidarité
00:41:02l'entraide
00:41:02l'entraide
00:41:03c'est ça qui est fondamental
00:41:04c'est le terme de solidarité
00:41:06et d'entraide
00:41:06qui conduit aussi
00:41:08à la lutte
00:41:09à la résistance
00:41:10on a
00:41:11en fin de compte
00:41:11les cheminements
00:41:12et la chronologie fine
00:41:14que l'on peut retrouver
00:41:15là
00:41:15toujours à l'échelle
00:41:17d'un homme
00:41:18mais comment on se réorganise
00:41:20comment dans la clandestinité
00:41:22on arrive à recréer
00:41:24ces formes
00:41:25de solidarité
00:41:26alors c'était connu
00:41:27les travaux
00:41:29de Denis
00:41:29et d'autres collègues
00:41:30sur le sujet
00:41:31mais
00:41:32là on l'a
00:41:33à l'échelle
00:41:35oui
00:41:35humaine
00:41:37et puis
00:41:38il n'est pas
00:41:38dans les circuits
00:41:40décisionnaires
00:41:41si je puis dire
00:41:42il n'est pas
00:41:43dans la négociation
00:41:45qui est en cours
00:41:46à l'été 40
00:41:46entre la direction
00:41:48clandestine du parti
00:41:50et
00:41:52et
00:41:52à Betz
00:41:52et les allemands
00:41:53pour la reparution légale
00:41:55de l'humanité
00:41:55il n'est pas du tout
00:41:56dans ce circuit là
00:41:58lui il est dans la logique
00:42:00comme beaucoup
00:42:01à la MOI
00:42:02dans la logique
00:42:02de reconstruction
00:42:03de reconstitution
00:42:05dans la continuité
00:42:06sous l'occupation
00:42:07face à un double régime
00:42:10qui est pour eux
00:42:11pour eux
00:42:12inacceptable
00:42:12parce qu'il l'a toujours été
00:42:14la question ne se pose même pas
00:42:16et donc
00:42:18la première chose
00:42:19qu'il va faire
00:42:20c'est de reconstituer
00:42:21d'aider à la reconstitution
00:42:22des structures
00:42:23et d'abord
00:42:24des structures de jeunes
00:42:26de jeunes
00:42:26sur Paris
00:42:29ça va être
00:42:29sa première responsabilité
00:42:31et au fur et à mesure
00:42:33bon
00:42:34jusqu'à la
00:42:36la direction
00:42:37de l'union
00:42:37des jeunes juifs
00:42:39une branche
00:42:40de la MOI
00:42:41puisque la main d'oeuvre
00:42:42immigrée
00:42:42alors
00:42:44il faut le savoir
00:42:45parce que
00:42:46on parle des groupes
00:42:47de langues
00:42:47et tu pourras l'évoquer
00:42:48mais
00:42:49on parle des groupes
00:42:50de langues
00:42:50à la MOI
00:42:51parce qu'ils se structurent
00:42:52en groupes de langues
00:42:52on est toujours étonné
00:42:54quand on entende
00:42:54le groupe de langues juifs
00:42:56oui
00:42:56oui
00:42:57parce qu'il y a
00:42:58il y avait des juifs
00:42:59dans le groupe tchèque
00:43:01il y avait des juifs
00:43:02dans le groupe
00:43:02dans le groupe allemand
00:43:04enfin dans les différents groupes
00:43:05qui pouvaient exister
00:43:07mais il y avait aussi
00:43:08le groupe yiddishophone
00:43:10le groupe polonais
00:43:11qui parlait yiddish
00:43:13et Henri parlait yiddish
00:43:15il a parlé toute sa vie yiddish
00:43:17et ça c'est une clé
00:43:19pour comprendre le personnage
00:43:20et donc la MOI
00:43:22avait
00:43:23un
00:43:23avait un groupe de langues
00:43:25juifs
00:43:26comme on l'appelait
00:43:27et c'était une structure politique
00:43:29après c'est greffé
00:43:30dessus
00:43:31une structure militaire
00:43:32dans les francs tireurs
00:43:34et partisans
00:43:34de la main d'oeuvre émigré
00:43:35il y avait un groupe
00:43:36le deuxième détachement
00:43:38qui était
00:43:39détachement
00:43:39issu du groupe juif
00:43:41bon
00:43:41mais il y avait
00:43:42un groupe politique
00:43:44de la MOI
00:43:45où Henri va occuper
00:43:46une place
00:43:47de plus en plus importante
00:43:49et d'abord
00:43:50or c'est la clé
00:43:51pour la résistance
00:43:52dans
00:43:54l'organisation
00:43:55des jeunes
00:43:58des jeunes juifs
00:43:59de la région parisienne
00:44:01il faut quand même
00:44:02se rappeler
00:44:03se rappeler son âge
00:44:05quand même
00:44:07en 43
00:44:08quand il va être arrêté
00:44:09il a 18 ans
00:44:12il a 18 ans
00:44:13et ça a fait
00:44:15depuis combien d'années
00:44:16qu'il est engagé
00:44:18et là
00:44:18il est déjà
00:44:19un responsable
00:44:20important
00:44:22un responsable
00:44:23politique
00:44:23de la main d'oeuvre
00:44:24émigrée
00:44:25peut-être nous expliquer
00:44:26ce que ça veut dire
00:44:27d'abord résister
00:44:28en 1940
00:44:291941
00:44:30parce que
00:44:30beaucoup ont sans doute
00:44:31en tête
00:44:32l'histoire de la résistance
00:44:33armée
00:44:34militaire
00:44:35à l'occupant
00:44:35mais là
00:44:36on s'aperçoit
00:44:38dans le témoignage
00:44:39d'Henri Krasucki
00:44:40qui raconte
00:44:40comment
00:44:41il s'agit d'abord
00:44:42de faire de la propagande
00:44:43d'inciter la population
00:44:44à relever la tête
00:44:45et de montrer
00:44:45que tout n'est pas perdu
00:44:47Oui c'est ça
00:44:48c'est un militantisme
00:44:49c'est une contre-propagande
00:44:51je dirais presque
00:44:51par rapport à celle
00:44:53des Allemands
00:44:54de la zone occupée
00:44:55et aussi du gouvernement
00:44:56de Vichy
00:44:57c'est de faire des tracts
00:44:59d'avoir une presse clandestine
00:45:01d'avoir ces réseaux
00:45:03aussi de solidarité
00:45:04pour cacher
00:45:05des gens
00:45:06faire des faux papiers
00:45:07etc
00:45:07tout ça
00:45:07c'est bien présenté
00:45:09de toute façon
00:45:09la lutte armée
00:45:10c'est impossible
00:45:11et impensable
00:45:13en 40-41
00:45:14ça va commencer
00:45:15effectivement
00:45:16à partir de ce tournant
00:45:1741-42
00:45:20où on va commencer
00:45:21à avoir une lutte armée
00:45:22des attentats
00:45:23je ne reviens pas
00:45:23sur
00:45:26l'attentat de Fabien
00:45:28au métro Barbès
00:45:29bien sûr
00:45:30il y a cette possibilité là
00:45:32mais c'est ultra minoritaire
00:45:34et ceux qui vont mener
00:45:35de toute façon
00:45:35le combat
00:45:36ce seront les FTP
00:45:37et MOI
00:45:38de la région parisienne
00:45:39il ne faut jamais perdre de vue
00:45:40Denis l'avait montré
00:45:42à l'époque
00:45:43mais on l'a repris
00:45:44puis maintenant
00:45:45les archives
00:45:45de répression
00:45:47de la police
00:45:48sont ouvertes
00:45:49sur les attentats
00:45:50etc
00:45:50qu'entre 42 et 43
00:45:52au moment
00:45:53en fin de compte
00:45:55où on va avoir
00:45:56la chute
00:45:57avec la traque
00:45:58des FTP
00:45:58MOI
00:45:59de la région parisienne
00:45:59il y a plus de 240
00:46:02on va dire
00:46:04comment
00:46:05actions
00:46:05ou
00:46:07si c'est pas actions
00:46:08d'autres
00:46:08tiraient attentat
00:46:09mais je ne veux pas dire attentat
00:46:10je dirais exercice
00:46:11de la lutte armée
00:46:12il y a plus de 240
00:46:15c'est quasiment
00:46:16une tous les deux jours
00:46:17donc c'est eux
00:46:18qui sont les porteurs de ça
00:46:19mais au départ
00:46:20avant de rentrer
00:46:21dans ces logiques
00:46:22de lutte armée
00:46:23il faut
00:46:25constituer
00:46:25ces groupes de jeunes
00:46:26il faut envoyer
00:46:27ces jeunes
00:46:28être recrutés
00:46:29savoir qui est-ce
00:46:30qu'on fait recruter
00:46:30etc
00:46:31qu'est-ce qu'on envoie
00:46:31s'ils sont sûrs
00:46:32il y a 2-3 passages
00:46:33qui sont aussi intéressants
00:46:34quand ils voient
00:46:35son supérieur
00:46:35et qu'il explique
00:46:38la clandestinité
00:46:39où est-ce qu'on se rencontrait
00:46:40comment on faisait
00:46:41et puis
00:46:41qu'une fois
00:46:42il y a un peu de culot
00:46:44il parle d'autre chose
00:46:45et il voit bien
00:46:46on voit aussi
00:46:47toute cette
00:46:49humanité
00:46:49toute cette
00:46:53volonté
00:46:53de découvrir l'autre
00:46:55il y a des moments
00:46:56qu'on lit presque
00:46:57avec le sourire
00:46:58quand il raconte
00:46:59l'ingéniosité
00:47:00dont ils font preuve
00:47:00pour distribuer des tracts
00:47:01avec des machines
00:47:02pour les propulser
00:47:03dans le cinéma
00:47:05oui propulser dans le cinéma
00:47:07utiliser des ballons
00:47:08les parachutes
00:47:09utiliser des choses
00:47:11qui restent dans les câbles
00:47:12les pompiers
00:47:13qui doivent intervenir
00:47:14pour retirer
00:47:15etc
00:47:15enfin des choses super
00:47:16intéressantes
00:47:17il y a deux choses
00:47:18effectivement
00:47:18c'est d'abord avoir en tête
00:47:20que la résistance
00:47:22c'est pas uniquement
00:47:23la lutte armée
00:47:25donc toutes les modalités
00:47:26sont là
00:47:27on parle souvent
00:47:29de la résistance
00:47:30de sauvetage
00:47:31il y a le renseignement
00:47:32donc il y a la lutte armée
00:47:34dans les modalités
00:47:35avec le maquis
00:47:37il y a la propagande
00:47:38bon
00:47:39mais
00:47:40donc
00:47:41lui il était au coeur
00:47:42de ce travail
00:47:43de propagande
00:47:43on dit souvent
00:47:44Henri Krasucki
00:47:46qui est rentré
00:47:48dans les FTP
00:47:48MOI
00:47:49il n'est jamais rentré
00:47:50dans les FTP
00:47:50MOI
00:47:50c'était un militant MOI
00:47:52un responsable MOI
00:47:53mais il avait un rôle
00:47:54pour faire rentrer
00:47:56des militants
00:47:58dans
00:47:58les FTP
00:47:59MOI
00:47:59et avant
00:48:00il y a tout ce travail
00:48:01de propagande
00:48:02qui est
00:48:03absolument crucial
00:48:04et il n'est pas aidé
00:48:07de ce point de vue là
00:48:08ce travail
00:48:09par
00:48:10la ligne
00:48:13officielle
00:48:14du parti
00:48:14en 40-41
00:48:15et surtout
00:48:16en deuxième semestre 40
00:48:18ça va bouger
00:48:19à partir du printemps 41
00:48:21il n'est pas aidé
00:48:23par
00:48:23entre autres
00:48:24puisque l'un des objets
00:48:26c'était distribué
00:48:27l'humanité clandestine
00:48:29il n'est pas aidé
00:48:29par le contenu
00:48:30du journal clandestin
00:48:32au deuxième semestre 40
00:48:34bon
00:48:34et donc c'est là
00:48:35où on voit
00:48:36comment aussi
00:48:38ils se construisent
00:48:40leur propre
00:48:42presse
00:48:43qui va
00:48:44non pas être en rupture
00:48:46en contradiction
00:48:47avec la presse officielle
00:48:48mais
00:48:49va mettre l'accent
00:48:51sur d'autres points
00:48:52que
00:48:53les points
00:48:55soulignés
00:48:56par l'humanité clandestine
00:48:59et une autre dimension
00:49:01c'est l'organisation
00:49:02de premières manifestations
00:49:04patriotiques
00:49:05et c'est un jeu dangereux
00:49:07puisque
00:49:08deux de ses camarades
00:49:10seront
00:49:10les amis d'enfance
00:49:12seront arrêtés fusillés
00:49:13arrêtés fusillés
00:49:14etc
00:49:14et ça c'est
00:49:15on voit aussi
00:49:16pareil
00:49:17on disait
00:49:19on rentre
00:49:19à hauteur d'homme
00:49:21comment
00:49:21on voit comment
00:49:22c'est préparé
00:49:23comment c'est bien conçu
00:49:25c'est pas quelque chose
00:49:25de spontané
00:49:26c'est pas quelque chose
00:49:28d'un seul coup
00:49:29on décide
00:49:30de faire une manifestation
00:49:30c'est préparé en amont
00:49:32ils savent qu'un tel
00:49:32doit sortir de tel métro
00:49:34un tel doit sortir
00:49:35à tel endroit
00:49:35etc
00:49:36et on voit bien
00:49:37toute cette volonté
00:49:39de
00:49:41donner
00:49:42un autre son
00:49:43de cloche
00:49:44je dirais
00:49:45ou de voix
00:49:46pendant cette chape de plomb
00:49:47de l'occupation
00:49:48qui est complètement prise
00:49:49par la propagande allemande
00:49:50et comment contrer ça
00:49:51on sait très bien
00:49:52que les fêtes patriotiques
00:49:5414 juillet
00:49:5511 novembre
00:49:56ont participé
00:49:57de cela
00:49:58et c'est ce qu'il montre
00:49:59à plusieurs reprises
00:50:01dans son témoignage
00:50:03comment en fin de compte
00:50:04on organisait ça
00:50:05même si
00:50:06bien sûr
00:50:07il y avait ces arrestations
00:50:08même si on connaissait les risques
00:50:09mais jamais
00:50:12il y a un refus
00:50:13d'agir
00:50:14il est toujours
00:50:15dans la volonté
00:50:16d'agir
00:50:17il n'y a pas ce côté
00:50:18ah oui mais c'est dangereux
00:50:20ah oui mais etc
00:50:21et ça
00:50:22ça c'est
00:50:23à prendre en considération
00:50:24il y a vraiment
00:50:25vas-y
00:50:26non mais
00:50:26en plus il y a une singularité
00:50:29évidemment pour ces combattants
00:50:31juifs communistes
00:50:32c'est que
00:50:33la législation antisémite
00:50:37de Vichy
00:50:38et des allemands
00:50:39puisque les deux se combinaient
00:50:40sur Paris
00:50:43se traduisent par exemple
00:50:45par une série de trois rafles
00:50:46en 1941
00:50:46très tôt
00:50:48et qui touchent
00:50:51directement
00:50:51Belleville
00:50:52qui est le quartier
00:50:54d'Henri
00:50:56Krasucki
00:50:57qui touche sa famille
00:50:58qui touche
00:50:59ses camarades
00:51:01et la manifestation
00:51:03de rue
00:51:04des jeunes
00:51:04à Paris
00:51:05en début août 1941
00:51:06où ses deux copains
00:51:09sont arrêtés
00:51:10et vont être fusillés
00:51:11c'est à la fois
00:51:13une manif
00:51:13patriotique
00:51:14puisqu'on est dans
00:51:15une nouvelle
00:51:18stratégie politique
00:51:19qui est en parfaite harmonie
00:51:21avec ce qu'ils avaient
00:51:21en tête
00:51:22mais aussi
00:51:24un rejet
00:51:25de cette politique
00:51:27antisémite d'État
00:51:28menée à la fois
00:51:30par
00:51:30les forces de l'occupant
00:51:32et
00:51:33par
00:51:34les représentants
00:51:35de Vichy
00:51:36à Paris
00:51:36parce que
00:51:37il y avait la police de Vichy
00:51:39qui était tellement active
00:51:40à Paris
00:51:41Donc il y a aussi
00:51:42tout un travail
00:51:43pour limiter les rafles
00:51:44l'ampleur
00:51:45pour essayer de contrer
00:51:46cet antisémitisme
00:51:49dans les actes
00:51:51et protéger
00:51:52sauver le maximum
00:51:53de...
00:51:54Quand vous avez
00:51:54en 1942
00:51:55l'organisation
00:51:59des grandes rafles
00:52:00on pense évidemment
00:52:01à la rafle
00:52:02du 16-17
00:52:04du juillet 1942
00:52:05il y a eu
00:52:06tout un travail
00:52:07d'information
00:52:09faite par ces groupes-là
00:52:11et pour leur dire
00:52:12de se cacher
00:52:13pour leur dire
00:52:14de...
00:52:15Attention
00:52:15là
00:52:18les déportations
00:52:19commencent
00:52:20votre vie est en jeu
00:52:21et la vie des enfants aussi
00:52:24et donc
00:52:25il y a tout un combat
00:52:26qui est mené
00:52:27qui n'est pas simplement
00:52:29un combat
00:52:29de propagande
00:52:31mais qui est un combat
00:52:33de sauvetage
00:52:33par les cris
00:52:35et les premiers écrits
00:52:37qui sortent
00:52:38qui rendent compte
00:52:39de ce qui est en train
00:52:40de se faire
00:52:42dans le cadre
00:52:44de la solution finale
00:52:45même si
00:52:46c'est progressif
00:52:47évidemment
00:52:47la connaissance
00:52:48qu'on pouvait avoir
00:52:49du process
00:52:50d'extermination
00:52:51et de la solution finale
00:52:53et bien ça passe
00:52:55en particulier
00:52:55par ces organisations
00:52:56de la MOI
00:52:57et les organisations juives
00:52:58de la MOI
00:52:59tout spécialement
00:53:00et pour cause
00:53:03le 23 mars 1943
00:53:05Henri Krasucki
00:53:08est arrêté
00:53:09par la police française
00:53:10donc
00:53:10qui s'est lancé
00:53:12à la poursuite
00:53:12qui traque
00:53:14les résistants
00:53:15des FTP MOI
00:53:16est-ce que vous pouvez
00:53:17nous en dire un peu plus
00:53:18sur les circonstances
00:53:19de cette arrestation
00:53:23en fin de compte
00:53:24c'est un mouvement
00:53:25qui va durer
00:53:26sur toute l'année 1943
00:53:27en fin de compte
00:53:27c'est le démantèlement
00:53:28des FTP MOI
00:53:29et de la MOI
00:53:30par les brigades spéciales
00:53:33dans le cadre aussi
00:53:34des accords
00:53:34liés entre
00:53:36la police française
00:53:37et
00:53:38comme on dirait
00:53:39les autorités allemandes
00:53:41donc
00:53:41cette volonté
00:53:42de collaboration
00:53:43jusqu'au bout
00:53:44pourquoi ?
00:53:45tout simplement
00:53:46parce que
00:53:46ce sont ceux
00:53:47qui étaient
00:53:47le mieux organisés
00:53:48on a dit tout à l'heure
00:53:49le nombre d'actions
00:53:50qu'ils faisaient
00:53:51on a évoqué
00:53:52tous ces enjeux là
00:53:53et ça va
00:53:54durer
00:53:55de janvier 1943
00:53:57l'arrestation Mars
00:53:58les filatures
00:53:59et le temps
00:54:00où on les fait tomber
00:54:01la traque
00:54:01pour reprendre le terme
00:54:03puisque je crois
00:54:03que tu avais
00:54:05un film
00:54:06il y a quelques années
00:54:06qui s'appelait
00:54:10la traque de l'affiche rouge
00:54:11qui correspond
00:54:13en fin de compte
00:54:14à trois moments
00:54:15trois arrestations
00:54:17janvier mars
00:54:18ensuite
00:54:19à l'été juillet
00:54:21et puis
00:54:23entre novembre
00:54:24pour la fin
00:54:25et la chute
00:54:26de ce qu'on appelle
00:54:27le groupe Manouchian
00:54:28mais pareil
00:54:29dans ces arrestations
00:54:31il faut toujours voir
00:54:31que ce sont
00:54:32plusieurs dizaines
00:54:33de personnes
00:54:34qui sont arrêtées
00:54:35à chaque fois
00:54:35pour la fin
00:54:37le groupe Manouchian
00:54:37on parle souvent
00:54:38des 23 qui sont fusillés
00:54:40mais ils sont plus
00:54:41de 65 ou 71
00:54:43ça dépend comment on compte
00:54:44qui sont arrêtés
00:54:45et la plupart d'entre eux
00:54:47ceux qui ne sont pas fusillés
00:54:48ils sont déportés
00:54:49déportés à Auschwitz
00:54:50ou déportés
00:54:51dans les autres camps
00:54:52de concentration
00:54:54et pas forcément
00:54:54d'extermination
00:54:55mais ça participe
00:54:57de cette traque
00:54:58de cette lutte
00:54:59où il y a deux fois plus
00:55:00quatre fois plus
00:55:02je dirais
00:55:03d'acteurs
00:55:04qui vont traquer
00:55:05ces militants
00:55:06et lui
00:55:07pareil
00:55:08il est filé
00:55:08et comme de nombreux
00:55:11ça c'est ce que Denis
00:55:13avait bien présenté
00:55:14c'était un des premiers
00:55:14à l'avoir fait
00:55:15alors je le dis à sa place
00:55:16parce qu'il ne va pas
00:55:18trop le dire
00:55:18je peux le dire
00:55:19tu peux le dire
00:55:19ce qu'est la filature
00:55:20donc la police française
00:55:22apprend aux allemands
00:55:23ce qu'est la filature
00:55:24ce qui me frappe
00:55:25moi là-dedans
00:55:26et je le répète
00:55:27et je le répéterai toujours
00:55:29c'est qu'on n'est pas du tout
00:55:30dans un mécanisme
00:55:32de contrainte
00:55:32où les allemands
00:55:34exigent
00:55:35des français
00:55:36qu'ils se chargent
00:55:37de la répression
00:55:40anticommuniste
00:55:40de la traque
00:55:42des combattants
00:55:43et mouilles
00:55:43on est dans la logique
00:55:44du régime de Hichy
00:55:45et des brigades spéciales
00:55:47et donc singulièrement
00:55:48de l'antenne policière
00:55:50à Paris
00:55:50la préfecture de police
00:55:53de Paris
00:55:53dedans
00:55:54les renseignements généraux
00:55:56et ils ont
00:55:56on a créé
00:55:57à l'intérieur
00:55:58des renseignements généraux
00:55:59des brigades spéciales
00:56:00dont la BS2
00:56:02est chargée
00:56:03de la répression
00:56:06entre guillemets
00:56:06antiterroriste
00:56:07en fait ça vise
00:56:08les combattants
00:56:10résistants
00:56:10évidemment
00:56:12et
00:56:13ils font le boulot
00:56:15et je dirais
00:56:17pour les allemands
00:56:17heureusement qu'ils sont là
00:56:18pour faire le boulot
00:56:19parce qu'ils les connaissent tous
00:56:20d'avant guerre
00:56:23les fichiers
00:56:24sont très bien tenus
00:56:25et en plus
00:56:26ils maîtrisent
00:56:27l'art de la filature
00:56:28on va avoir
00:56:29pour comprendre
00:56:30BS2
00:56:31BS1
00:56:32les deux BS
00:56:33ça fait 200
00:56:34200 policiers
00:56:35bon
00:56:36les combattants
00:56:37de
00:56:39uniquement
00:56:40je prends
00:56:40uniquement
00:56:41les FTP
00:56:41et Mouilles
00:56:42à l'été 43
00:56:42c'était vraiment
00:56:44le pic
00:56:45ils étaient
00:56:4640
00:56:4750
00:56:49sur l'île de France
00:56:50ils avaient déjà
00:56:52toute une série
00:56:54de chutes
00:56:55antérieurement
00:56:56en particulier
00:56:58dans les groupes
00:56:58strictement français
00:56:59là il en restait
00:57:00pratiquement plus
00:57:00d'où le rôle
00:57:01de ces groupes armés
00:57:03des FTP
00:57:04Mouilles
00:57:05mais aussi avant
00:57:06de ces groupes politiques
00:57:07et lui Henri
00:57:08va faire partie
00:57:09de la première
00:57:10chute
00:57:11liée à la première
00:57:12filature
00:57:13liée à
00:57:21une dénonciation
00:57:23par
00:57:24Goldfarb
00:57:25la rouquine
00:57:25qui va parler
00:57:26et à partir d'elle
00:57:28il va y avoir
00:57:29ils vont tirer le fil
00:57:30ils vont faire
00:57:31une filature
00:57:32ils savent très bien faire
00:57:34et il y a un épisode
00:57:35un très joli épisode
00:57:37au moment
00:57:38où on trouve
00:57:39la filature
00:57:40où se trouve
00:57:40la première filature
00:57:4250 pages
00:57:43la filature policière
00:57:44qu'on trouve
00:57:44dans les archives
00:57:45bon
00:57:49le bouquin
00:57:50avec Raïski
00:57:51et Raïski
00:57:52qui était
00:57:52le chef
00:57:54des juifs
00:57:54de la MOI
00:57:55d'abord
00:57:56en région parisienne
00:57:57puis après
00:57:57il va partir
00:57:58dans le sud
00:58:01et qui était
00:58:03le parrain
00:58:05enfin pas le parrain
00:58:06le témoin
00:58:08le témoin
00:58:08au mariage
00:58:09d'Henri
00:58:10quand Henri
00:58:11va se marier
00:58:12à la fin des années 40
00:58:13donc il le connait
00:58:15très bien
00:58:15et une fois
00:58:16qu'il a ça
00:58:16dans les pattes
00:58:17il va voir Henri
00:58:19et lui montre
00:58:20et on voit
00:58:21la filature
00:58:22d'Henri Krasuki
00:58:23et des autres
00:58:24de ses autres camarades
00:58:29et on voit
00:58:30à un moment donné
00:58:31et il le raconte
00:58:34qu'il est filé
00:58:35parce que tous les militants
00:58:37faisaient très attention
00:58:38dans la rue
00:58:38s'ils étaient filés
00:58:40ou pas
00:58:40parce qu'ils savaient
00:58:41ils étaient évidemment menacés
00:58:43et là il voit
00:58:44qu'il est filé
00:58:44il rentre
00:58:46dans un bâtiment
00:58:48à double entrée
00:58:51il connaît
00:58:52évidemment les lieux
00:58:54et il va sortir
00:58:55dans la rue
00:58:55qui est parallèle
00:58:56à celle
00:58:57où il a
00:58:58il était repéré
00:58:59par les flics
00:59:00les flics attendent
00:59:03et quand ensuite
00:59:04comme il ne ressort pas
00:59:06ils rentrent
00:59:06dans l'immeuble
00:59:07ils s'aperçoivent
00:59:08qu'ils se sont fait avoir
00:59:09et qu'il y a une deuxième
00:59:10il est très fier Henri
00:59:11et il rigole
00:59:13t'as vu je les ai eus
00:59:14ah oui il les a eus
00:59:15sauf que comme
00:59:17la filature
00:59:18était déjà lancée
00:59:19il le dit lui-même
00:59:22était très avancée
00:59:24il n'y avait pas de problème
00:59:25ah oui il l'avait perdu
00:59:26pour la fin de la journée
00:59:27mais le lendemain matin
00:59:28ils allaient le récupérer
00:59:30à la sortie de sa planque
00:59:32parce que l'essentiel
00:59:33c'est ça
00:59:34alors que le résistant
00:59:35s'imagine que dans sa planque
00:59:36c'est une sorte de cocon
00:59:38où il ne risque rien
00:59:39c'est là le danger
00:59:41beaucoup plus que dans la rue
00:59:42c'est dans la planque
00:59:44parce qu'une fois
00:59:45que les policiers
00:59:45ont mis la main
00:59:46sur la planque
00:59:47il n'y a pas de problème
00:59:48ok ils sont largués
00:59:50à un moment donné
00:59:50il le récupère
00:59:51le lendemain matin
00:59:52et c'est ce qui se passe
00:59:53il va continuer la filature
00:59:55et là pendant deux mois
00:59:57il y a des filatures
00:59:58chez les jeunes de la MOI
01:00:00et chez les imprimeurs
01:00:01de la MOI
01:00:02au niveau national
01:00:03et c'est la chute
01:00:05la rave d'arrestation
01:00:07classique
01:00:08deux mois plus tard
01:00:09et après on reprend
01:00:10la deuxième filature
01:00:11et la troisième filature
01:00:12et ils ont un art
01:00:14de la filature
01:00:14qui va jusqu'où ?
01:00:16qui va jusqu'à
01:00:17ne pas arrêter
01:00:17certains militants
01:00:20en se disant
01:00:20tiens
01:00:21ceux-là
01:00:21ils ont manifestement
01:00:22un rôle un petit peu
01:00:23important
01:00:24on va faire comme si
01:00:25on ne l'avait pas repéré
01:00:26on arrête tous les autres
01:00:28et lui
01:00:28on laisse passer
01:00:30à travers les mailles du filet
01:00:31sans évidemment
01:00:31qu'il le sache
01:00:32et c'est le cas de Raimann
01:00:34et Raimann va être
01:00:36un des héros
01:00:37de l'équipe spéciale
01:00:40des FTPMOI
01:00:40de la région parisienne
01:00:41et c'est l'un de ceux
01:00:43qui ont tué Julius Ritter
01:00:45en septembre 1943
01:00:46mais
01:00:47il l'avait repéré
01:00:49et comme il l'avait repéré
01:00:50ils l'ont repris
01:00:51dans la deuxième
01:00:52puis la troisième filature
01:00:55et par exemple
01:00:56la troisième filature
01:00:57qui commence en juillet 1943
01:00:58donc vous avez compris
01:01:00on a trois filatures successives
01:01:01et bien la troisième filature
01:01:03là ça va être vraiment ciblé
01:01:05les FTPMOI
01:01:06ils vont chuter tous
01:01:08à ce moment-là
01:01:09la troisième filature
01:01:10elle commence
01:01:14nous rencontrons
01:01:16par hasard
01:01:19un individu
01:01:20que nous avions repéré
01:01:21dans une précédente affaire
01:01:24merci le par hasard
01:01:25bien sûr qu'ils l'ont pas rencontré
01:01:27par hasard
01:01:27et ça c'est là où on voit
01:01:30la terrible responsabilité
01:01:31de Régime de Vichy
01:01:32d'avoir choisi la collaboration
01:01:35au nom de son idéologie
01:01:37et d'avoir fait
01:01:40tout le travail
01:01:41entre guillemets
01:01:42les filatures
01:01:44les arrestations
01:01:46et puis les interrogatoires
01:01:48avec les tortures
01:01:49alors les interrogatoires
01:01:51justement
01:01:51on va y venir
01:01:52avec le second extrait
01:01:53que je vous propose
01:01:54de regarder
01:01:55où Henri Krasuki
01:01:57parle de sa mère
01:01:59notamment
01:02:00un jour
01:02:02ils se sont arrangés
01:02:05pour que
01:02:07je me retrouve
01:02:08avec ma mère
01:02:11elle avait été arrêtée
01:02:13en même temps que moi
01:02:26il se doutait
01:02:30de ce qu'elle faisait
01:02:31avec précision
01:02:32je n'en sais rien
01:02:35mais en tout cas
01:02:35il se doutait
01:02:36qu'elle avait des choses à dire
01:02:40elle a eu son compte
01:02:43elle a été
01:02:45beaucoup
01:02:47maltraitée
01:02:50et torturée
01:02:53alors évidemment
01:02:55elle n'a rien dit
01:02:56Henri Krasuki
01:02:57ne dira rien non plus
01:02:58mais j'aimerais
01:02:59que vous reveniez
01:02:59un peu quand même
01:03:00sur ce témoignage
01:03:01y compris sur la manière
01:03:02dont les brigades spéciales
01:03:04vont tenter
01:03:04d'instrumentaliser
01:03:06sa mère
01:03:06pour le faire parler
01:03:07ou pour au contraire
01:03:09instrumentaliser
01:03:10Henri Krasuki
01:03:11pour faire parler
01:03:12sa mère finalement
01:03:14oui ils vont battre
01:03:15ils vont battre
01:03:15Henri Krasuki
01:03:17devant sa mère
01:03:19pour qu'elle craque
01:03:23et à un moment donné
01:03:24ils vont lui
01:03:25dire à sa mère
01:03:26sa mère était
01:03:28l'agent de liaison
01:03:29de Kowalski
01:03:30qui était un des dirigeants
01:03:31de la MOI
01:03:31donc elle avait
01:03:32des responsabilités importantes
01:03:33de même que son père
01:03:34qui avait été arrêté
01:03:35lui un mois plus tôt
01:03:37qui reste toujours
01:03:38dans l'engagement
01:03:41familial
01:03:43et là
01:03:44oui
01:03:45oui
01:03:46et il y a un moment
01:03:46très fort
01:03:47tellement émouvant
01:03:49déjà
01:03:49le témoignage
01:03:51c'est compliqué
01:03:51de parler après
01:03:52mais
01:03:54oui il raconte
01:03:55comment il a été
01:03:57tellement ému
01:03:58quand après
01:03:58sa mère lui a dit
01:04:03oui
01:04:03ils m'ont dit
01:04:05que tu avais parlé
01:04:06que tu avais tout balancé
01:04:07donc
01:04:09elle pouvait
01:04:09elle pouvait parler
01:04:10à son tour
01:04:13et je leur ai dit
01:04:14non
01:04:14je ne sais pas
01:04:15ce qu'il a pu vous dire
01:04:16mais
01:04:16ce que je peux vous dire
01:04:17c'est qu'il a certainement
01:04:19pas parlé
01:04:19il ne vous a certainement
01:04:20rien raconté
01:04:21alors ce n'est pas la peine
01:04:23et là il en garde
01:04:24évidemment
01:04:26enfin il faut imaginer ça
01:04:27c'est aussi une histoire
01:04:28de famille
01:04:31c'est l'enfant et sa mère
01:04:34l'amour filial
01:04:35et puis de toute façon
01:04:38il y a beaucoup de passages
01:04:39vraiment
01:04:40comme on disait tout à l'heure
01:04:41intimes
01:04:42et qui touchent
01:04:43à l'émotion
01:04:44qui touchent
01:04:45oui parfois
01:04:46à l'indicible
01:04:47mais qui participent
01:04:48véritablement
01:04:49de cette histoire singulière
01:04:52et lui
01:04:52il va revenir
01:04:55de déportation
01:04:56sa mère aussi
01:04:57son père est mort
01:04:58ton père est mort
01:04:59et Gazelle arrivait
01:05:00il l'apprendrait en arrivant
01:05:02à Auschwitz
01:05:02il ne le sait pas
01:05:04il ne le saura plus tard
01:05:05en arrivant à Auschwitz
01:05:07et en revenant
01:05:07bon alors sa mère
01:05:08heureusement survit
01:05:10elle repart en Pologne
01:05:13et c'est lui
01:05:14qui au moment
01:05:16où la Pologne
01:05:17connaît une vague
01:05:18d'antisémitisme
01:05:19dans les années 60
01:05:21où Henri
01:05:22la fait revenir en France
01:05:24alors même que
01:05:27la Pologne
01:05:29était
01:05:32on le sait
01:05:35dans le monde soviétique
01:05:38de l'époque
01:05:39mais malgré ça
01:05:42il y a cette montée
01:05:44en puissance
01:05:45d'antisémitisme
01:05:45et il va réussir
01:05:48à la faire venir
01:05:49et ça ça reste
01:05:50ça reste chez lui
01:05:51c'est là on rejoint aussi
01:05:53son engagement
01:05:54il ne remet pas du tout
01:05:56en question son engagement
01:05:57communiste
01:05:57jamais
01:05:59mais
01:05:59ses racines juives
01:06:02lui font
01:06:03aussi
01:06:04comprendre
01:06:05un certain nombre de choses
01:06:07y compris
01:06:08dans les régimes
01:06:09disocialistes
01:06:10et ça
01:06:11ça c'est aussi un des éléments
01:06:12importants
01:06:13de son parcours
01:06:14et de son discours
01:06:17bien entendu
01:06:19alors il est
01:06:20donc arrêté
01:06:21torturé
01:06:22il ne parle pas
01:06:23il est déporté
01:06:24à Auschwitz
01:06:24puis à Jenikovic
01:06:25il survivra
01:06:26aux marges
01:06:27de la mort
01:06:28et il raconte
01:06:31ça de manière
01:06:32assez détaillée
01:06:33dans le livre
01:06:34il évoque aussi
01:06:36comment on résiste
01:06:37et comment on survit
01:06:39alors je vous propose
01:06:40peut-être de regarder
01:06:41notre troisième
01:06:42et dernier extrait
01:06:43mais pouvoir
01:06:44se regarder
01:06:46dans les yeux
01:06:46des autres
01:06:49et
01:06:50et
01:06:52se sentir
01:06:53soi-même
01:06:56un homme
01:06:59plus fort
01:07:00plus fort
01:07:01que l'ennemi
01:07:02les autres
01:07:03pouvaient
01:07:04nous exterminer
01:07:05ils pouvaient
01:07:06nous
01:07:08nous faire
01:07:10subir
01:07:10les pires sévices
01:07:12c'était
01:07:13des brutes
01:07:14mais les sous-hommes
01:07:16c'était eux
01:07:19ils s'avilissaient
01:07:20eux-mêmes
01:07:23alors que
01:07:24on peut
01:07:25subir des conditions
01:07:27pénibles
01:07:28à supporter
01:07:30et avoir
01:07:31une force
01:07:32intérieure
01:07:34augmentée
01:07:34de la capacité
01:07:35d'une force collective
01:07:39qui permet
01:07:40de se
01:07:41de se
01:07:41surpasser
01:07:43c'était la première
01:07:45condition
01:07:45pour survivre
01:07:48ce qui
01:07:49impliquait
01:07:50de ne pas
01:07:50vouloir vivre
01:07:51à n'importe quel prix
01:07:53vouloir vivre
01:07:54bien sûr
01:07:54nous voulions vivre
01:07:56mais pas
01:07:57à n'importe quel prix
01:07:59tout est dit
01:07:59dans cet extrait
01:08:01d'ailleurs
01:08:01c'est le titre
01:08:03de l'ouvrage
01:08:04qui est repris
01:08:05non seulement
01:08:06ça donne à voir
01:08:07bien sûr
01:08:08la vie
01:08:09dans les camps
01:08:10et surtout
01:08:11le camp de travail
01:08:12parce qu'il arrive
01:08:13à Auschwitz
01:08:13mais dans le tri
01:08:15que l'on connaît
01:08:16qui est fait
01:08:16à Auschwitz
01:08:17ceux qui étaient
01:08:18considérés comme valides
01:08:19allaient travailler
01:08:20dans des commandos
01:08:20et donc
01:08:21il y a tout ce récit
01:08:22où on a
01:08:23quelques témoignages
01:08:24mais quand même
01:08:25pas tant que ça
01:08:25et qui est aussi
01:08:26très important
01:08:27qui donne à comprendre
01:08:28comment en fin de compte
01:08:30on travaillait
01:08:30dans ces commandos
01:08:31et comment se reconstituent
01:08:33à l'intérieur
01:08:33les solidarités
01:08:34parce que de toute façon
01:08:35ceux qui se retrouvent
01:08:37ensemble
01:08:37ce sont les mêmes gars
01:08:39qui à un moment donné
01:08:40ont été déportés
01:08:41arrêtés
01:08:42pour les mêmes conditions
01:08:43alors résistants
01:08:45juifs communistes
01:08:45comme lui
01:08:46où il retrouve
01:08:47plusieurs camarades
01:08:49à la fois
01:08:50Auschwitz
01:08:50mais aussi
01:08:51dans le commando
01:08:52où en fin de compte
01:08:53il donne à comprendre
01:08:55qu'il continue
01:08:56la solidarité
01:08:58qui continue
01:08:58les formes de lutte
01:09:00qui continue
01:09:00on voit
01:09:01cette capacité
01:09:03et cette force
01:09:05qui l'anime
01:09:06dans ce petit extrait
01:09:10on a toute la
01:09:11alors peut-être
01:09:13que c'est pour certains
01:09:14une image galvaudée
01:09:15mais c'est cette flamme
01:09:16de la résistance
01:09:17au sens
01:09:17où en fin de compte
01:09:18ils avaient une conscience
01:09:20politique
01:09:21et où ils étaient solidaires
01:09:22les uns des autres
01:09:23et qui n'étaient pas tout seul
01:09:24et le fait
01:09:26de pouvoir dire
01:09:27c'est les autres
01:09:28qui en fin de compte
01:09:29sont des sous-hommes
01:09:31c'est génial
01:09:33parce que c'est
01:09:34une dialectique
01:09:35qui permet de comprendre
01:09:37à front renversé
01:09:38comment on combat
01:09:39et le combat continue
01:09:40oui
01:09:42aussi dans les camps
01:09:43mais avec des modalités
01:09:45différentes
01:09:46et pour l'anecdote
01:09:48un de ses copains
01:09:49ses grands copains
01:09:50et puis copains de déportation
01:09:53aussi
01:09:53Roger Trunian
01:09:54avait raconté
01:09:55cette anecdote
01:09:58on le disait
01:10:00il adorait l'opéra
01:10:04l'art lyrique
01:10:05c'était son truc
01:10:06grande culture
01:10:08et bien
01:10:09il récitait
01:10:11et il chantait
01:10:13des livrets
01:10:14d'opéra
01:10:15complets
01:10:19alors ça semble rien
01:10:20mais c'est tout
01:10:22évidemment
01:10:23c'est la vie
01:10:23c'est l'engagement
01:10:25c'est la survie
01:10:26c'est la lutte
01:10:27contre l'horreur
01:10:28et jusque là
01:10:30jusqu'à
01:10:31ces gestes là
01:10:32évidemment
01:10:33il y avait plein d'autres choses
01:10:34mais
01:10:36chanter l'opéra
01:10:38chanter l'opéra
01:10:39avoir cette forme
01:10:41et cette volonté
01:10:41d'évasion
01:10:42et de joie
01:10:43alors qu'on est dans un lieu
01:10:45en fin de compte
01:10:46on pourrait ne penser
01:10:48qu'à la mort
01:10:49ou ne penser
01:10:49qu'à la fin
01:10:51et bien non
01:10:52il y a toujours
01:10:53cette volonté
01:10:54de combattre
01:10:58on arrive au terme
01:10:59de cette émission
01:11:00que vous pouvez voir
01:11:02et revoir
01:11:03sur humanité.fr
01:11:04ainsi que les autres vidéos
01:11:05et contenus
01:11:06produits par la rédaction
01:11:06d'Humanité
01:11:08merci à Denis Péchanski
01:11:09et à Jean Vigreux
01:11:10merci aux éditions
01:11:11Flammarion
01:11:12et à la Fondation
01:11:12pour la mémoire
01:11:13de la déportation
01:11:14qui nous a mis à disposition
01:11:15les extraits vidéo
01:11:16que vous avez pu visionner
01:11:17et je vous donne rendez-vous
01:11:19avec nos invités
01:11:20à la Fête de l'Humanité
01:11:21le samedi 12 septembre
01:11:23à 11h45
01:11:25pour une rencontre
01:11:26autour du livre
01:11:28à bientôt
01:11:29merci
01:11:30à bientôt
01:11:31merci
01:11:31à bientôt
01:11:33à bientôt
01:11:34à bientôt
01:11:39à bientôt
01:11:42Sous-titrage FR ?