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Récompensé par le Prix de l'inventeur européen 2026, le fondateur d'Hemarina a transformé l'hémoglobine d'un ver breton en plateforme médicale universelle. Conservation d'organes, cicatrisation, développement international : il revient sur une aventure scientifique et industrielle hors norme.
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00:03Mon invité aujourd'hui est le prix de l'inventeur européen 2026, décerné par l'Office européen des brevets dans
00:12la catégorie PME.
00:13Son invention est un transporteur d'oxygène universel issu du verre marin Are Nicola Marina.
00:21Cette découverte a donné naissance à une plateforme technologique qui est capable d'oxygéner une cellule, un tissu, un organe
00:27ou un organisme dans sa totalité.
00:29C'est en fait une révolution technologique pour la conservation d'organes, la cicatrisation des plaies, la médecine régénérative, la
00:37culture cellulaire.
00:38Nous sommes donc connectés avec Dr. Franck Zal, PDG, fondateur, directeur scientifique de cette plateforme technologique qui s'appelle Emarina.
00:48Emarina, c'est né à Morlaix dans le Finistère, mais ça s'appuie sur un site d'aquaculture créé à
00:54Noirmoutier.
00:55Dr. Franck Zal possède un portefeuille de 63 brevets internationaux.
01:00Il a reçu auparavant en 2023 le prix Gallien pour ses travaux sur la conservation d'organes.
01:07C'est une technologie, je le disais, révolutionnaire, mais on a envie d'en savoir plus.
01:11Dr. Franck Zal, bonjour, bienvenue dans Smartech.
01:15Cette technologie a été utilisée notamment, on en a beaucoup entendu parler, pour soigner les grands brûlés de Cran-Montana.
01:22Expliquez-nous comment ça fonctionne.
01:25Alors, c'est très simple. Déjà, merci pour votre invitation.
01:28Il y a deux choses qui vous permettent de vivre.
01:29C'est manger. Je suppose que vous avez pris votre petit jeûne ce matin, mais vous pourriez dire je mange
01:33ce soir et ça ne va pas vous tuer.
01:35Par contre, on ne peut pas dire on respire ce soir, ça, ça va nous tuer.
01:38Et donc, en fait, cette molécule est capable d'aller oxygéner n'importe quelle cellule de votre corps.
01:42Et l'oxygène, en fait, est un élément.
01:44C'est comme un peu le carburant que vous mettez dans votre réservoir.
01:47S'il n'y a pas de carburant, c'est la panne sèche.
01:49S'il n'y a pas d'oxygène, c'est la mort assurée.
01:50Donc, en fait, on a trouvé une technologie à partir de cette molécule de verre marin
01:54qui est capable d'oxygéner une cellule, un tissu, un organe ou un organisme.
01:58Ayant compris ça, en fait, on développe des produits, des applications où on a besoin d'oxygène
02:04sur deux types d'applications, ce qu'on appelle l'ischémie et l'anémie.
02:08C'est des problèmes de circulation sanguine où, en fait, les globules rouges ne peuvent pas atteindre ces cibles
02:14parce qu'il y a des problèmes de circulation au niveau des vaisseaux.
02:17Et puis, l'anémie, manque de transporteurs d'oxygène.
02:19Donc, cette technologie, c'est vraiment, en fait, une technologie universelle.
02:22Alors, c'est extrêmement simple.
02:24On a trouvé chez un verre marin l'ancêtre de nos globules rouges avec pas mal d'années de recherche
02:28derrière.
02:29Mais il n'y a rien de révolutionnaire.
02:30En fait, l'évolution a été drainée par l'oxygène.
02:33Et nous, on a compris comment utiliser cet oxygène physiologique dans des applications médicales.
02:38Je parlais de la cicatrisation des plaies.
02:40Vous avez fourni des pansements.
02:42Expliquez-nous, en fait, comment fonctionne le pansement sur les brûlures ?
02:46Alors, cette molécule, on l'a mis dans un gel, un hydrogène.
02:49Donc, c'est un hydrogène qui va sur des plaies.
02:51Alors, des plaies qui correspondent à des brûlures, mais c'est aussi des plaies du diabétique.
02:56Des plaies qu'on appelle des plaies hypoxiques, qui manquent d'oxygène.
02:59Et encore une fois, une plaie, si elle manque d'oxygène, elle n'a pas cicatrisé.
03:02Si on prend l'exemple des grands brûlés, vous imaginez, en fait, une main qui est brûlée.
03:07Et donc, ça veut dire que toute la micro-circulation de la peau qui est sous le derme et l
03:12'épiderme est brûlée.
03:13Donc, ça veut dire que l'oxygène que vous respirez ne peut pas aller atteindre cette zone.
03:17Donc, l'idée, ça a été de mettre un hydrogène, en fait, sur ces plaies et, en fait, d'aller
03:21capter directement l'oxygène de l'air
03:23pour aller l'amener, en fait, aux cellules de la peau, ce qui permet de court-circuiter, en fait, la
03:28circulation sanguine.
03:29Et quand on fait ça, en fait, on a montré qu'on accélérait d'une façon considérable la vitesse de
03:34cicatrisation.
03:34Et notamment, ces jeunes de Grand-Montana, on a évité les amputations parce que, bien évidemment,
03:39vous imaginez, en fait, une main brûlée, un doigt brûlé, des nez brûlés, des oreilles brûlées, en fait,
03:44parce qu'ils s'étaient mis les mains devant la figure pour éviter, bien sûr, d'être brûlés sur la
03:48figure.
03:49En fait, on a évité les amputations de ces jeunes et notamment, en fait,
03:53et aussi les greffes, en fait, de peau au niveau de ces extrémités.
03:56Donc, il y a, encore une fois, ce que je veux dire ici, c'est que, en fait,
03:59ce n'est pas de la magie, ce n'est pas de la haute technologie.
04:02On a compris que l'évolution, en fait, de l'ordre des organismes sur Terre était liée à l'oxygène.
04:06Et nous, on utilise cet oxygène au bon endroit et au bon moment et en bonne quantité.
04:11À quel stade, aujourd'hui, de développement est votre entreprise ?
04:14On parle de Grand Montana. Vous avez un développement à l'international ?
04:18Oui, oui. Alors, en fait, il y a des produits qui sont enregistrés.
04:21Donc, Emo de Life est enregistré, en fait, en tant que dispositif médical de classe 3.
04:26On est en train…
04:27Alors, juste pour que tout le monde nous suive,
04:30donc, Emo de Life, c'est votre technologie pour la conservation d'organes ?
04:35Oui, c'est ça. C'est pour la conservation des greffons, en fait, en attente de transplantation.
04:40Le pansement Emiling, aujourd'hui, est encore compassionnel en France.
04:44Donc, c'est au cas par cas.
04:45Par contre, on a des autorisations pour Emo de Life,
04:48la solution de préservation de greffons en Arabie Saoudite.
04:51On attend des autorisations, assez simplement, sous peu, en Inde.
04:53Et c'est en train d'être enregistré, en fait, en Amérique du Sud, notamment au Mexique,
04:57pour aller apporter cette technologie un peu partout.
05:01Et à côté de ça, il y a des applications dans le domaine dentaire, dans le phtalmo, en cancérologie,
05:05parce que tout ça, c'est lié, en fait, à un problème d'oxygénation.
05:08Et ces autorisations, elles sont compliquées, complexes à obtenir ici, en Europe ?
05:15Alors, j'ai vu le pape il n'y a pas très longtemps, donc je dirais que c'est un
05:18chemin de croix.
05:18Alors, juste pour vous donner, en fait, un chiffre, en fait, un dossier réglementaire,
05:24c'est 40 000 pages de papier.
05:2640 000 pages de papier, et moi, en fait, en 10 ans, j'ai subi trois réglementations différentes.
05:32Donc, il a fallu refaire trois fois les 40 000 pages.
05:34Donc, c'était un PTA, un MDD, un MDR.
05:37Donc, ça devient de la folie furieuse.
05:40Juste, je vous donne aussi un autre chiffre qui m'interpelle,
05:43c'est qu'en France, il y a 400 000 normes.
05:44400 000 normes contre 38 000 normes, en fait, en Allemagne.
05:47Donc, est-ce que les Allemands tuent plus de gens dans les hôpitaux ?
05:50Je ne crois pas.
05:50Est-ce que le PIB de l'Allemagne est meilleur que celui de la France ?
05:53Je le crois.
05:54Donc, en fait, il va falloir maintenant rationaliser tout ça,
05:56et je pense qu'il faut se mettre autour de la table et nettoyer cette folie normative.
06:01Ça veut dire qu'on peut imaginer que votre entreprise se développe plus rapidement ailleurs qu'en Europe ?
06:07C'est un fait, oui.
06:08C'est déjà le cas aujourd'hui ?
06:10Oui, en fait, je suis contacté par énormément de pays à travers le monde
06:13qui veulent voir la technologie, en fait, aller dans leur pays.
06:17Et quand je vois, en fait, le pragmatisme, en fait, de ces différents pays,
06:23je me dis qu'il faudrait qu'on retrouve un peu ce pragmatisme dans notre pays à nous,
06:26parce qu'en fait, pour moi, la France, je l'aime.
06:28Ce que j'ai fait, c'est issu de la recherche fondamentale française,
06:31et j'aimerais bien qu'on raisonne d'une façon plus pragmatique.
06:35Je voulais vous faire réagir aussi sur l'affaire du cœur artificiel Karmat,
06:40puisque c'était aussi un fleuron scientifique,
06:44c'était présenté comme étant une magnifique pépite française
06:47avec des déploiements importants à l'international,
06:50et puis on a découvert sa liquidation judiciaire.
06:54Vous vous dites, aujourd'hui, on est dans une situation où on met en danger, en fait,
06:58des entreprises, des biothèques françaises ?
07:02Oui, tout à fait.
07:03En fait, au démarrage, il y a pas mal d'argent pour l'idée préliminaire,
07:07en fait, la preuve de concept.
07:09Ensuite, en fait, il y a un peu d'argent,
07:11et puis après, c'est la vallée de la mort.
07:12Et quand c'est, en fait, une technologie qui arrive sur le marché,
07:15ben là, il n'y a plus rien.
07:17Juste pour préciser, je crois que le cœur Karmat n'a pas été liquidé.
07:20En fait, il y a eu un repreneur qui a repris la techno.
07:22Et le cœur Karmat, c'est vraiment une innovation, mais incroyable.
07:25En fait, c'est de la haute technologie française.
07:27Je dirais que c'est comme le rafale du cœur,
07:29où on a réussi, en fait, à faire ce cœur artificiel.
07:32Et quand j'entendais, en fait, des personnes, en fait,
07:35qui ont, en fait, un pouvoir, en fait, de communiquer sur le cœur Karmat,
07:39j'entendais « on n'y a jamais cru »,
07:41je me dis « mais comment on peut dire ça quand on a une représentation,
07:44en fait, d'une banque, d'une grande banque qui s'appelle la BPI ? »
07:47Le cœur Karmat, c'est vraiment une révolution.
07:48Alors, ce n'est pas la panacée, donc c'est probablement,
07:51il y a eu, en fait, des problèmes de positionnement du produit,
07:54mais je trouve que c'est une super technologie.
07:56J'ai eu la chance de rencontrer Carpentier, l'inventeur.
08:00Sincèrement, on a des cerveaux comme ça en France
08:02qui sont capables de faire de tels niveaux de technologie.
08:04Par contre, après, on ne sait plus les accompagner.
08:07Pourquoi ? Je n'en sais rien.
08:07Parce qu'en fait, on pense que tout ce qui vient des États-Unis
08:10est vraiment le nec plus ultra.
08:13Finalement, les technologies, souvent, partent aux États-Unis,
08:16reviennent en France et on dit « c'est américain ».
08:18Ben non, c'était français à l'origine.
08:19Oui. Et alors, est-ce que c'est le chemin que vous envisagez ?
08:23Aujourd'hui, je suis de plus en plus sollicité par l'international.
08:26J'adorerais pouvoir développer tout ça en France.
08:29Mais encore, je vous dis, rien que pour discuter du statut d'un produit
08:32qui est un simple hydrogel, j'ai mis 4 ans pour arriver au statut
08:35de dispositif médical, alors que je le disais depuis 4 ans.
08:38Donc, 4 ans de discussion pour arriver à quelque chose
08:42qui était tellement évident.
08:44Je trouve que je n'ai pas envie de plus perdre de temps.
08:47Et donc, j'ai envie d'aller dans les pays où ce pragmatisme existe.
08:52Ça ne veut pas dire que je veux quitter mon pays.
08:54Ça veut dire que j'ai envie d'aider mon pays,
08:57mais leur montrer que ce n'est pas le chemin qu'on prend aujourd'hui,
08:59notamment dans tout ce qui est innovant et tout ce qui est biotechnologie.
09:02Il y a le sujet des normes, il y a le sujet des investisseurs aussi.
09:05C'est compliqué de lever de l'argent auprès d'investisseurs européens ?
09:10Ou il n'y en a pas suffisamment ?
09:13Il n'y en a pas suffisamment.
09:14Et puis, en fait, les montants ne sont pas suffisants.
09:17Juste pour vous donner une idée, en fait,
09:19quand vous levez 1 million en France, vous levez 10 millions aux États-Unis.
09:22Donc, l'argent est là-bas, ou au Moyen-Orient, en fait.
09:26Et puis, en fait, pour vous donner une idée,
09:28ce n'est pas que la recherche coûte cher, en fait.
09:33Je dis toujours, je prends l'exemple parce que vous allez le comprendre,
09:35une souris de laboratoire, une souris blanche de laboratoire
09:38que vous avez pour faire un test, ça coûte 1 000 euros la souris.
09:40Donc, vous voyez, quand vous avez besoin de 200, 300 souris,
09:43rien que pour faire des maniques sur les souris, ça coûte beaucoup d'argent.
09:46Un patient, quand vous faites un essai clinique,
09:48ça coûte environ 25 000 euros le point pour un patient.
09:51Donc, ça demande énormément d'argent.
09:54Mais il faudrait retrouver du pragmatisme et redescendre, en fait,
09:56un peu dans tout ce qu'on a mis en place pour développer cette technologie.
10:02Aujourd'hui, il y a des inepties totales.
10:03Quand on me demande de faire, en fait, injecter des singes avec notre technologie,
10:08alors qu'on est déjà passé sur l'homme avant,
10:10mais qu'on dit que si on n'est pas passé sur le singe, ça ne va pas aller,
10:13alors qu'on se dit, mais pourquoi j'irais, en fait, sacrifier un singe
10:15alors que je suis déjà sur l'homme ?
10:17Mais si on n'a pas coché la case, on ne peut pas enregistrer.
10:19Donc, vous voyez, il y a du pragmatisme qu'on doit retrouver, en fait,
10:22d'un point de vue développement de ces produits de santé.
10:25Et vos verts marins, ils s'exportent facilement ?
10:28Vous pourriez créer une ferme, une piscine ailleurs qu'à Noirmoutier ?
10:34Alors là, je suis à Noirmoutier, sur notre ferme.
10:36Donc, c'est des piscines, vous avez raison,
10:38c'est toujours des piscines de 450 mètres carrés avec du sable à l'intérieur.
10:42En fait, on a la technologie.
10:43Donc, oui, bien évidemment, on pourrait reproduire ce type de ferme ailleurs dans le monde.
10:47Bon, Franck Zal, on espère en tout cas que ça restera bien à Noirmoutier
10:51et une technologie française dont on est très fiers.
10:54Merci beaucoup d'avoir porté ce témoignage
10:57et de nous avoir expliqué quelles sont les évolutions
10:59et ces révolutions, finalement, technologiques que vous embarquez.
11:03Franck Zal, je rappelle, vous êtes le PDG, fondateur et directeur scientifique des Marinas.
11:08Merci à tous de nous avoir suivis.
11:10C'était Smartech, votre émission quotidienne sur la tech et le numérique
11:14que vous regardez sur la chaîne Bsmart, bien sûr.
11:22Sous-titrage Société Radio-Canada