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  • il y a 18 minutes
Chaque soir, Maxime Switek vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00Je suis d'accord. Bonsoir Sonia, bonsoir à toutes et à tous. Merci d'être avec nous ce soir.
00:03Regardez, c'est l'information principale de ce mercredi soir. Elle tient en une image et une question.
00:08L'image la voici. C'est deux trains à grande vitesse enchevêtrés.
00:13Deux trains qui ont déraillé après s'être percutés à 150 km au sud de Madrid.
00:17Le bilan est effroyable. Il y a au moins 68 morts ce soir.
00:22Un drame incompréhensible. Pourquoi personne n'a prévenu le conducteur qui arrivait à pleine vitesse,
00:28qu'un train était immobilisé sur la même voie ? On va vous montrer toutes les images avec nos invités
00:33pour les décortiquer dans un instant.
00:34On sera également avec l'un des passagers de l'un de ces trains. Il a vécu l'enfer tout
00:38à l'heure.
00:39Il va nous raconter. Mais d'abord, nos reporters sur place. On va retrouver Chloé Giraud.
00:44Chloé, racontez-nous. Vous voici, Chloé. Racontez-nous tout simplement ce que vous avez pu voir sur place ce soir.
00:51Écoutez, ce soir, vous allez voir sur les images de Théo Touché, les opérations sont toujours en cours.
00:57Ici, sur les lieux de l'accident. Et désormais, elles se concentrent uniquement à la recherche d'éventuelles autres personnes
01:05décédées dans l'accident.
01:07Vous voyez ces deux gigantesques grues qui sont ici depuis plusieurs heures maintenant
01:12et qui ont pour objectif de dégager les deux wagons les plus endommagés du train Iriot.
01:18Le train Iriot, c'est celui qui était à l'arrêt et qui a été percuté de plein fouet par
01:24cet autre train à pleine vitesse.
01:26Et bien sûr, la crainte ici dans les prochaines heures, c'est qu'à mesure que ces grues effectuent leur
01:33travail et dégagent ces wagons,
01:35de nouvelles victimes, de nouveaux corps soient découverts et viennent donc alourdir ce bilan déjà extrêmement lourd
01:41qui est de 68 personnes décédées pour le moment.
01:45Voilà, ces opérations, elles vont se poursuivre cette nuit malgré l'obscurité.
01:50En ce qui concerne les personnes blessées, il n'y en a plus aucune ici sur le site de l
01:57'accident à Hurda, ni dans la commune.
02:00Le gymnase avait été mis à disposition justement pour accueillir un certain nombre de personnes blessées.
02:06Aujourd'hui, elles ont toutes été dispatchées désormais dans des hôpitaux des alentours, mais aussi dans tout le pays.
02:14Et puis, il y a aussi les proches, les familles qui, pour un certain nombre d'entre elles, sont toujours
02:21à la recherche de personnes disparues.
02:24Il y a quatre centres qui ont été mis en place par la Guardia Civil Espagnole à travers le pays,
02:30à Tolède, non loin d'ici,
02:32mais aussi à Madrid, à Cordoue et à Civille, afin de permettre de mettre en place l'identification des victimes
02:40au plus vite,
02:41notamment via des tests, des prélèvements ADN effectués sur les proches.
02:46Voilà donc pour ces opérations de recherche qui se poursuivent et qui vont s'étaler, bien entendu, encore sur les
02:53prochaines heures,
02:54peut-être les prochains jours.
02:56Et puis, il y a aussi le temps du deuil, du recueillement, qui a d'ores et déjà commencé avec
03:02ces trois journées de deuil national décrétées ici en Espagne.
03:06Et puis, il y a une heure aussi, un moment de recueillement, une minute de silence qui a été respectée
03:12dans toutes les mairies du pays.
03:14– Chloé Giraud sur place, donc à Hurda avec Théo Touché.
03:17On va rester sur ces images, justement, de Théo en direct pour vous présenter celles et ceux qui m'accompagnent
03:23ce soir.
03:24Avec moi, Elza Vidal, Ulisse Gossé, bonsoir à tous les deux.
03:26Gérard Felser, bonsoir Gérard, notre spécialiste, notre consultant pour les questions de transport.
03:31Avec nous également, Juan José Dorado, bonsoir.
03:33Merci d'être là, vous êtes journaliste espagnole, correspondant ici à Paris.
03:36Et avec Lisa Hadef, bonsoir Lisa.
03:39Et Claude Fuya, bonsoir docteur, je voulais commencer avec vous ce soir.
03:42Vous êtes l'ancien médecin-chef des sapeurs-pompiers de Paris.
03:46On est une douzaine d'heures, au moins après cette catastrophe.
03:49On voit les secours qui s'activent toujours.
03:51Chloé nous disait à l'instant qu'il y a un wagon calciné dans lequel on risque de retrouver à
03:56nouveau des victimes
03:58et que ce bilan pourrait s'alourdir.
04:00Que font, j'allais dire, vos collègues ce soir, 12 heures après la catastrophe ?
04:04Qu'est-ce qu'ils font sur place ?
04:05Je vous remercie d'abord de votre invitation et avant de vous répondre, je voudrais avoir une pensée d'abord
04:10pour les victimes, pour les morts, pour les blessés,
04:14mais aussi ce qu'on oublie, les blessés les moins graves, qui ont été les premiers à aider certains sauveteurs.
04:22Il ne faut pas oublier qu'ils ont mis leurs mains dans le sang.
04:25Ils ont mis pour certains leur cœur en accompagnant des mourants.
04:28Et puis pour certains, ils vont mettre leur nuit pour revivre ces événements.
04:33Et on sera tout à l'heure, d'ailleurs, je le disais, avec l'un des rescapés de cette catastrophe,
04:37qui a accepté de témoigner en direct sur BFMTV, il sera avec nous tout à l'heure.
04:40Alors la particularité de ces accidents ferroviaires, heureusement rare, heureusement rare.
04:45À Paris, je n'ai vécu trois en 1988, et notamment l'accident de la gare de Lyon,
04:50qui a entraîné quand même 55 morts.
04:5255 morts.
04:53Oui, 55 morts, accident dans une gagne souterraine.
04:57La complexité, c'est la désincarcération.
04:59Les sapeurs-pompiers ont l'habitude de désincarcérer des voitures,
05:03mais vous comprenez qu'entre découper une voiture et découper un wagon,
05:07l'énergie nécessaire n'est pas la même, et la complexité n'est pas la même.
05:11Et pour vous donner un exemple assez terrible,
05:14dans la nuit du 27 au 28 juin 1988,
05:17nous avons été obligés à la fois de découper des morts pour pouvoir accéder aux vivants,
05:23et nous avons été obligés d'amputer sur place quelques victimes pour les sauver.
05:28Et on sait qu'un certain nombre de plusieurs dizaines de blessés ont dû évidemment être soignés en grande urgence
05:33sur place tout à l'heure,
05:34avant de pouvoir être transportés évidemment.
05:36Juan José Dorado, juste une question avant d'entrer, d'essayer de comprendre avec Gérard Felsier,
05:41dans quel état vous êtes ce soir ?
05:42Et j'allais dire, la question compliquée, dans quel état est l'Espagne ce soir ?
05:46L'Espagne est traumatisée bien évidemment, parce que cette tragédie arrive en plus après celle qui s'est passée au
05:52mois de janvier dernier,
05:52où il y avait déjà eu 46 morts sur 7000 même lignes entre Séville et Madrid.
05:59Et donc aujourd'hui les Espagnols sont en colère, en partie, certainement.
06:04Ils s'attendent à des réponses, des réponses rapides,
06:06même si on sait que c'est compliqué parce que la justice met du temps à passer.
06:10Vous savez, aujourd'hui, la justice n'a pas encore donné son verdict sur ce qui s'est passé en
06:15janvier dernier,
06:15du côté des Ademus.
06:17Donc les Espagnols aujourd'hui, ce qu'ils veulent, c'est avoir des réponses assez rapidement,
06:21pour essayer de comprendre, essayer d'avancer,
06:23d'autant plus que l'Espagne est un pays très polarisé.
06:25Vous savez, on est en campagne électorale, donc la société est très partagée aujourd'hui.
06:30On va insister là-dessus.
06:31D'abord, Élise Gosset, la colère, c'est ce que disait Juan José Dorado.
06:34Il y a de la colère déjà ce soir en Espagne, évidemment.
06:36Oui, la colère contre le gouvernement qui est accusé de ne pas avoir dépensé assez de moyens pour entretenir les
06:42lignes.
06:42Le réseau ferré espagnol, c'était la fierté du pays.
06:45C'est le plus grand d'Europe, le deuxième après la Chine pour les réseaux de grande vitesse.
06:49Aujourd'hui, c'est la descente aux enfers et c'est devenu un problème national, une crise.
06:52Alors colère, bien sûr, mais aussi deuil national de trois jours.
06:56Immense émotion dans tout le pays qui demande maintenant au gouvernement de répondre aux interrogations.
07:00Sur la sellette, il y a le ministre des Transports, car c'est effectivement la deuxième catastrophe en un an.
07:06La dernière, c'était en janvier.
07:08Elle avait fait déjà de très nombreuses victimes.
07:10Donc l'Espagne était encore sous le choc du mois de janvier et elle se retrouve plongée à nouveau dans
07:16cette tragédie
07:17et dans un contexte politique extrêmement tendu, puisque dans un mois, il y a des élections anticipées par le gouvernement
07:23socialiste espagnol.
07:24Donc c'est un pays qui est en deuil, en crise et en colère.
07:27– Gérard Felzer, encore une fois, on sort dans un instant avec un rescapé qui est en train de se
07:32connecter avec nous.
07:33Gérard, on va rappeler le scénario du drame avant d'essayer de comprendre les causes.
07:38Le scénario, c'est qu'à 8h30, il y a d'abord une panne, une panne informatique des systèmes de
07:41sécurité qui gèrent la grande vitesse en Espagne.
07:44– Avec cinq trains à l'arrêt, obligatoire, et sur les cinq trains, il y en a quatre qui ont
07:49redémarré, limité à 40 km heure.
07:52Et là, ça change tout, on ne sait pas qui a été derrière la décision de rendre la liberté, si
07:57j'ose dire, à plus de 100, 150 km heure, voire plus.
08:01Et donc, ça aboutit à un drame.
08:03Ce qui veut dire qu'autant ce pays a une culture du ferroviaire extraordinaire,
08:08c'est une des premières destinations mondiales, il fallait montrer l'exemple,
08:11le CAF, qui est le Alstom espagnol, fait de très belles machines, mais ça ne suit pas derrière.
08:18Et ça, certains disent que finalement, on a des appareils extrêmement modernes, mais l'humain ne suit pas.
08:26Et on ne sait pas qui, finalement, commande.
08:28On dit, il y a toujours, est-ce qu'il y a un pilote dans l'avion ?
08:30Mais là, est-ce qu'il y a un conducteur dans le train ou un cheminot dans la gare de
08:34triage ?
08:34– La grande question, Gérard, ce soir, c'est de savoir pourquoi est-ce qu'on a effectivement donné l
08:38'ordre à ce train de repartir,
08:39de reprendre de la vitesse, alors qu'il s'était arrêté, et alors qu'un train, lui, était toujours à
08:45l'arrêt.
08:46Ce sont les wagons, alors là, on voit les wagons blancs et les wagons rouges,
08:49ce sont le train aux wagons rouges qui était, lui, à l'arrêt sur cette ligne.
08:52Et le train de la Reine-Feu venu s'encastrer à l'arrière.
08:55On ne comprend pas, toujours ce soir, pourquoi est-ce qu'on lui a donné l'ordre de repartir.
08:58– Alors, on, le on, et tout dans le on, d'ailleurs, le ministre espagnol l'a dit,
09:03et ça ne s'est pas déterminé comme ça, est-ce qu'il est tout seul à décider,
09:06ce qui serait une erreur de procédure et non pas d'attaquer une seule personne, c'est probable.
09:11En tous les cas, c'est les voies sur lesquelles on va essayer d'améliorer les choses.
09:15C'est vrai que neuf mois pour trouver les causes de l'accident précédent, c'est quand même beaucoup.
09:22Et donc, je comprends que les Espagnols le prennent assez mal de ce point de vue.
09:26– Mais la première catastrophe, l'enquête n'est pas finie.
09:29Les Espagnols n'ont pas encore eu les raisons officielles de cette catastrophe,
09:32qui avaient fait 45 morts.
09:34Ce qui s'est passé en Espagne après la catastrophe de janvier,
09:37c'est que tout le réseau a été désorganisé.
09:39Il y a eu des retards qui provoquaient, donc, évidemment, la colère, là aussi, des passagers.
09:44Les compagnies ne remboursaient plus les retards, justement,
09:46parce qu'il y avait tellement de retards que ça finissait par coûter très cher.
09:49Et surtout, le problème majeur, c'est que l'Espagne a continué à développer de nouvelles lignes
09:55sans assurer l'entretien des lignes existantes.
09:58C'est le point majeur.
09:59Et la désorganisation qui a suivi la première catastrophe
10:02a sans doute entraîné une désorganisation de l'organisation des cheminots
10:08qui explique peut-être l'erreur humaine à laquelle on fait face ce soir.
10:12– Alors, Dorado, il y a effectivement cette hypothèse d'une erreur humaine
10:17qui est privilégiée, qui est pointée du doigt par le gouvernement.
10:21C'est déjà ce que dit le gouvernement ce soir, le gouvernement espagnol ?
10:23– Alors, effectivement, c'est les déclarations du ministre des Transports, Oscar Puente,
10:27qui a signalé l'erreur humaine.
10:29Mais cette erreur humaine arrive tout simplement
10:30parce qu'il y a d'abord une panne du service de signalisation
10:34qui fait qu'on passe d'un système automatisé à un système manuel.
10:39Effectivement, après, il faut comprendre qui a donné l'ordre à la gare centrale
10:44pour que les trains qui étaient à l'arrêt se mettent en marche.
10:48Après, il y a un problème supplémentaire.
10:50C'est une polémique qui est née, c'est la dernière demi-heure, la dernière heure.
10:55Pourquoi, effectivement, le train des IRIO était arrêté ?
10:58Le ministre a signalé que tous les trains avaient reçu l'ordre de se mettre en place.
11:02Et ce soir, la compagnie italienne dit que non,
11:05que le train IRIO n'avait pas du tout reçu cet ordre de se mettre en place.
11:08En tout état de cause, c'est une conjonction d'erreurs du système
11:13et certainement des erreurs aussi humaines derrière tout ça.
11:17Ce qui est important, vous parlez de la compagnie italienne,
11:19il faut que nos téléspectateurs sachent qu'en Espagne, il y a eu privatisation.
11:23D'ailleurs, Wigo, la SNCF, est présente en Espagne.
11:25Mais là, effectivement, c'est un train qui a été opéré par la compagnie italienne.
11:28Et il y a toujours la compagnie nationale, Renfe, qui est évidemment la plus importante.
11:33Mais donc, il y a la question sur la privatisation, les moyens qui ont été suivis.
11:37Et chose incroyable, Maxime, demain, il y avait une grève des cheminots
11:41qui était organisée justement pour protester contre le manque de moyens.
11:43Et les cheminots, ils ont décidé de maintenir la grève.
11:46En considérant qu'il fallait absolument qu'il y ait une réaction très forte du gouvernement.
11:49Alors, le gouvernement est accusé et c'est normal.
11:52Mais il avait quand même fait un effort financier en augmentant de près de 500 millions d'euros
11:57la part consacrée justement au chemin de fer.
12:00Visiblement, ce n'est pas suffisant.
12:01On a toujours ces images en direct de Ourda.
12:03Vous le voyez dans cette région d'Espagne, Cassia la Mancha,
12:05où s'est produit cet accident tout à l'heure, juste avant 9h.
12:09Et on est en direct ce soir avec Fernando Seco, l'un des passagers rescapés de cette catastrophe.
12:15Bonsoir Fernando et merci d'être avec nous ce soir en direct sur BFM TV.
12:19Une question très simple ce soir.
12:20Quelle image vous gardez en tête, Fernando, de ce que vous avez vécu ce matin ?
12:31C'est une question pas si simple que ça finalement.
12:38En tout cas, ce n'est pas facile d'en parler.
12:40Mais si je devais me remémorer les images,
12:47il y en a plusieurs qui me viennent en esprit.
12:50Mais surtout, celle de voir le wagon complètement détruit, écrasé.
13:02Avec un amas de ferraille, de corps, des blessés, des personnes sans vie.
13:11Voilà l'image la plus impactante dont je peux vous parler,
13:16qui me revient de cette tragédie de ce matin.
13:19On voit et on sent évidemment votre émotion.
13:21C'est difficile ce soir de raconter les choses.
13:24Vous, vous étiez dans le train qui roulait ou dans le train qui était à l'arrêt ?
13:31Dans le train qui circulait et qui allait de Madrid à Séville.
13:38Et quel ressenti, quelle sensation vous avez eu au moment du choc ?
13:42De quoi vous vous souvenez de ce moment précis du choc ?
13:56Juste avant le choc, le fracas, il y avait eu déjà un arrêt d'environ 10 minutes, me semble-t
14:04-il.
14:06Et là, on nous a annoncé qu'on allait être à l'arrêt pendant quelques instants.
14:15Parce qu'il y avait énormément de circulation ou de trafic sur les voies ferrées, c'est ce qu'on
14:20nous a dit.
14:24Au bout de 10 minutes, le train a redémarré ?
14:28Et 5 minutes après, c'est là que le choc s'est produit et qu'on a entendu le fracas.
14:37Et c'est ce que j'ai senti dans ma voiture, dans la voiture dans laquelle j'étais, c'est
14:45que j'ai été propulsé vers le haut.
14:51J'ai senti que des objets me tombaient dessus, c'est-à-dire des personnes aussi, des valises, des personnes.
14:59Enfin, c'était vraiment très confus et très impressionnant.
15:07Je me suis aussi dit, ça doit s'arrêter, à un moment, il y aura un autre choc, on va
15:12percuter quelque chose.
15:15Voilà ce que je me suis dit.
15:16Et je me suis dit, peut-être, le moment venu, ce moment venu, je ne serai plus en vie et
15:24je ne pourrai plus le raconter.
15:30Quelques instants plus tard, au moment où ces idées me traversaient l'esprit, on a pu sortir par une porte
15:43et nous éloigner du train le plus vite possible, parce qu'on ne savait pas, en réalité, s'il y
15:48avait d'autres trains devant, derrière, qui circulaient encore.
15:53Et lorsque nous nous sommes assurés qu'on était loin du train,
16:02on a vu le premier wagon complètement détruit, en morceaux, et nous nous sommes approchés pour essayer de secourir les
16:13blessés, les personnes qui étaient encore en vie.
16:16Et vous avez pu, à ce moment-là, Fernando, justement, aider des personnes qui étaient blessées.
16:20Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? On imagine, évidemment, le chaos.
16:30Ce n'était pas chaotique encore à ce point, parce que les personnes étaient encore sous le choc et il
16:38y avait un très grand silence.
16:39Et lorsque nous nous sommes approchés de cette voiture, de ce wagon, nous avons pu secourir, venir en aide aux
16:47blessés,
16:48à les dégager, en fait, à ceux qui étaient attrapés, en fait, en roue.
16:53Et nous avons pu les allonger sur l'herbe et ensuite, nous avons continué un peu plus loin dans le
17:16wagon.
17:16Nous avons utilisé des restes, des débris du train qui nous ont servi de brancard.
17:22Et c'est ainsi que nous avons pu sortir d'autres personnes, désentraver d'autres personnes du train qui étaient
17:31encore prises dans les débris.
17:33Encore une question, Fernando. Comment vous vous sentez ce soir ?
17:40Eh bien, ce matin, j'étais encore sous le choc. Je n'ai pas arrêté d'être dans l'action,
17:51finalement, de répondre aux médias, etc.
17:53Et maintenant que je suis chez moi, je suis plus serein.
18:02Mon esprit me dit sans cesse que je suis né une deuxième fois, que voilà, Dieu ne m'a appelé
18:09pour venir à ses côtés.
18:11Et voilà, je suis très reconnaissant.
18:13Vous dites serein. Il n'y a pas de colère chez vous ce soir ?
18:16On voit que certains essaient de pointer déjà les responsabilités, de comprendre les responsabilités.
18:19Vous n'êtes pas dans cet état d'esprit là pour l'instant ?
18:26Merci.
18:28Si, si, bien sûr que ça m'a traversé l'esprit, tout ça, les responsabilités.
18:33Le gouvernement, je crois que le gouvernement a énormément de responsabilités
18:39parce qu'il n'a pas investi les sommes nécessaires pour la maintenance,
18:45pour que les infrastructures ferroviaires soient opérationnelles à 100%.
18:52Merci beaucoup, Fernando, d'avoir accepté de témoigner ce soir en direct sur BFM TV.
18:57Merci à vous. Tout le courage, évidemment, pour vous et pour vos proches.
19:01On voit Elsa Vidal, ce témoignage ce soir.
19:06Évidemment, c'est très dur. C'est très difficile pour Fernando raconter.
19:09Mais tout de suite, il le dit, il a envie de comprendre.
19:11Il a envie de comprendre. Et c'est vraiment la question qui remue l'Espagne ce soir.
19:16Oui, il faut quand même s'imaginer une communauté nationale en Espagne
19:21précipitée déjà au bord de la rupture par un climat de tension autour de la crise du logement.
19:26précédée par cet accident de janvier dernier qui avait fait déjà 46 morts
19:30et dont on se disait qu'il était effroyable et qu'on ne pouvait absolument pas faire pire.
19:35Pas véritablement de transparence alors que le Premier ministre Pedro Sanchez
19:39l'avait promis cette transparence après l'accident de janvier dernier.
19:45Et là, on se retrouve, et toute la communauté espagnole se retrouve dans une situation bien pire
19:50dont on ne connaît pas encore le bilan.
19:51Et avec cette question, qu'est-ce qui s'est passé après cette mise en garde de janvier dernier
19:56qui est déjà au-delà de ce qui était compréhensible ?
19:59Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on se retrouve maintenant avec un bilan absolument incroyable ?
20:0368, on verra demain matin, 68 morts, des blessés, 17 en état critique.
20:09Il y a quand même sur 500 personnes dans le train, une sur trois qui a été physiquement impactée.
20:14Vous disiez tout à l'heure que de toute façon, tous ceux qui étaient dans le train
20:17finalement garderont une trace.
20:20On est quand même dans un climat qui précipite une forme de rupture des demandes d'explications.
20:26Mais il faut quand même s'imaginer, c'est un peu comme si la France aujourd'hui
20:29vivait une catastrophe ferroviaire majeure.
20:32Il y a un climat de tensions éruptives très importante.
20:35L'Espagne ira voter fin novembre à cause de la crise qui la traverse en ce moment.
20:40Donc ça, ce n'est pas une étincelle, c'est un brasier qui vient de s'ouvrir.
20:44On ne sait pas ce que ça va produire.
20:46On verra les tout dernières informations dans un instant avec l'Isadev parce qu'il y a du nouveau ce
20:50soir sur le scénario.
20:51Mais simplement, docteur, je reviens sur le témoignage quand même qu'on vient d'entendre.
20:53Avec Fernando qui nous disait, j'ai l'impression ce soir de renaître une deuxième fois.
20:57Il va falloir qu'il soit accompagné, Fernando.
20:59Parce que ce qu'il a vu, ce qu'il a vécu, le choc, ce qu'il a vu ensuite,
21:01les blessés, les morts,
21:04tout ce avec quoi il a été en contact, c'est absolument terrible.
21:06Ce qui est intéressant, c'est que ces paroles, vous n'avez peut-être pas fait attention,
21:11mais il a dit que ce qui m'impressionnait, c'était le silence.
21:13Oui, c'est ça.
21:14Et quand on ne connaît pas, on a l'impression qu'il y a des cris.
21:18C'est pour ça que je parlais de chaos.
21:19Moi qui ai vécu trois accidents ferroviaires en région parisienne, de nombreux attentats,
21:24ce qui m'impressionnait, c'était le silence.
21:27Le silence, les gens sont sidérés.
21:30Et je crois que c'est le problème, parce que ce silence, ça veut dire qu'on fait rentrer en
21:37soi ces émotions,
21:38et ces émotions, elles vont ressortir.
21:41Et c'est pour ça que je disais que, bien sûr, il y a des pensées en premier pour les
21:44morts,
21:44pour les blessés graves, certains seront estropiés à vie,
21:47mais aussi ceux qui ont été peu ou pas blessés, qui vont être les premiers secouristes,
21:52parce qu'on l'a vu, on est en pleine campagne,
21:55avec effectivement, dans ce chaos, un petit point positif,
22:01c'est que l'accès de secours était facile,
22:02et non pas un souterrain comme la gare de Lyon, posé des hélicoptères,
22:07mais les secours ont mis forcément un certain temps,
22:11parce que c'était en pleine campagne,
22:12et pendant de longues minutes, ces voyageurs ont aidé.
22:16Ils ont dû se débrouiller, c'est ce que disait Fernando,
22:18on s'est servi de la tôle, comme de brancard pour sortir des passagers.
22:23Un accident de TGV entre Paris et Lyon,
22:25à un moment donné, vous êtes en pleine campagne,
22:28et on n'est pas à Paris, où vous avez multitude de casernes de pompiers.
22:32Et on voit, par exemple, sur ces images, derrière le champ d'Amandier,
22:35il y a des passagers qui ont été éjectés du train,
22:37qui se sont retrouvés dans ces champs,
22:39et qui ont été pris en charge à cet endroit-là.
22:40Lisa, les dernières informations concernant le scénario,
22:43le déroulé de ce drame ce matin.
22:46El Pais vient de diffuser des enregistrements audio,
22:49trois enregistrements, deux, entre le conducteur du train d'Iriot,
22:52le train à l'arrêt et le contrôleur aérien de la gare,
22:55et un, entre le conducteur du TGV qui suivait et le même contrôleur.
22:59Les deux conducteurs des deux trains reçoivent l'ordre de reprendre leur vitesse normale.
23:04Mais sept minutes après avoir reçu cette instruction,
23:07la conductrice de l'Iriot signale qu'elle n'arrive pas à redémarrer le train,
23:10qu'elle est donc toujours à l'arrêt.
23:12Personne ne prévient le TGV qui va bientôt le percuter,
23:15celui qui est derrière, qu'il doit freiner,
23:16parce qu'un train devant lui est à l'arrêt.
23:18Donc on sait ce soir, grâce à ces enregistrements,
23:21que sept minutes avant l'accident,
23:23le train d'Iriot arrêté sur les voies
23:25explique au contrôleur qu'il n'arrive pas à repartir,
23:28et ensuite, il se fait percuter.
23:30Là, j'ai raffaire le zère,
23:31on a un élément avec les élèves qui est déterminant,
23:33évidemment, dans l'enquête et dans la compréhension de ce qui s'est passé ce matin.
23:35Et il y a un mot, on parlait de silence,
23:37il y a un mot aussi qui résume tout, c'est vitesse.
23:39D'abord, le carré de la vitesse, ça donne le choc,
23:42c'est considérable,
23:43et ensuite, on amène du matériel de plus en plus sophistiqué,
23:46et peut-être que la formation ou les procédures ne sont plus adaptées.
23:50Il y a un grand journaliste espagnol qui disait
23:53« on a confié la machine à vapeur à des gens qui roulent à 300 km heure ».
23:57Donc, aujourd'hui, il y aura probablement,
24:00non pas une personne responsable,
24:02le « on » va se transformer en équipe,
24:04il y a une équipe qui a dû ou qui aurait dû décider,
24:06ce qui n'a pas été fait, il n'y a pas de garde.
24:08– Ce que je ne comprends pas, Gérard Felser,
24:10c'est qu'il peut y avoir une défaillance humaine,
24:13un ordre ou une information qui n'arrive pas,
24:15qui n'est pas transfise, etc.,
24:17mais les trains ne sont pas prévus pour s'arrêter
24:21s'il y a quelques kilomètres devant un autre train qui est à l'arrêt ?
24:25– Non, apparemment, il y a des systèmes embarqués,
24:28qui sont très efficaces d'ailleurs.
24:30Là, il y a probablement un élément qu'on ne connaît pas encore,
24:33qui est outrepassé ces systèmes de sécurité.
24:36– Oui, parce qu'il y a des systèmes de freinage automatique
24:39qui imposent un arrêt au conducteur, même si le conducteur continue.
24:42– Donc, il va falloir probablement être inventif.
24:44Les compagnies, les industries, que ce soit Siemens pour les Allemands,
24:49Alstom pour les Français, la CAF pour les Espagnols,
24:52font des miracles, ils font des choses extraordinaires,
24:55parce qu'encore une fois, c'est un pays touristique,
24:57il faut répondre à la demande, et ça va encore très vite.
25:00Donc, le facteur vitesse est quand même important.
25:03– On peut quand même se demander comment il est encore possible
25:05d'envisager que le ministre des Transports reste longtemps à sa place,
25:10parce que deux accidents ferroviaires majeurs en moins d'un an,
25:15des promesses qui, visiblement, ont totalement failli,
25:19il est extrêmement fragilisé, et il continue à fragiliser aussi
25:23à la fois Pedro Sanchez, mais aussi le Parti Socialiste,
25:27parce que ce qu'on n'a peut-être pas encore à l'esprit,
25:30c'est que c'est un ministre socialiste.
25:32Le précédent ministre socialiste des Transports
25:35a été condamné à 24 ans de prison
25:38pour des prises de participation, des détournements de fonds.
25:41C'est tout l'édifice du Parti Socialiste en Espagne
25:44qui est quand même extrêmement fragilisé
25:45et qui a perdu la confiance de la population.
25:48On ne voit pas comment cet homme peut se maintenir
25:50en tant que ministre des Transports.
25:51Ça semble ahurissant à ce stade.
25:53– Et on a vu un certain nombre de messages apparaître
25:56sur les réseaux, notamment d'influenceurs très suivis en Espagne,
25:59qui disaient dans un langage très direct et peu fleuri,
26:03effectivement, maintenant ça suffit, vous partez.
26:05– Oui, effectivement, d'ailleurs on a demandé sa démission
26:08de ce matin, mais il a assez rapidement dit
26:10qu'il n'allait pas démissionner, entre autres choses,
26:12tout simplement parce qu'à l'instant,
26:15il fallait assumer la responsabilité de ce qui s'était passé
26:18et donc être devant les cheminots, devant les victimes
26:22pour essayer de comprendre ce qui s'est passé.
26:24Mais effectivement, c'est un ministre qui est très clibant,
26:27qui est effectivement l'un des bras droits du président du gouvernement.
26:32Alors le remplacer là tout de suite, ça paraît compliqué
26:34parce qu'on a aussi effectivement des élections dans quelques semaines
26:38et déjà ça peut avoir, ça aura une influence politique sur ces élections.
26:44Donc c'est une décision très compliquée à prendre,
26:46mais c'est vrai aussi que c'est un ministre clibant
26:49et qu'une partie du pays ne l'apprécie pas du tout.
26:52Effectivement, il vient d'être, entre guillemets,
26:55responsable en tant que ministre des Transports
26:57d'un deuxième accident très grave, encore une fois,
27:00ne sachant pas encore ce qui s'est vraiment passé en janvier du côté d'Alec.
27:05– Alors on verra dans un instant d'ailleurs avec les ADEF,
27:07la liste des accidents de train,
27:09parce qu'il y en a eu toute une série en Espagne
27:10ces derniers mois, ces dernières années, on verra ça.
27:12Vous voyez toujours ces images en direct depuis Ourda.
27:15Encore une fois, on est à 150 kilomètres au sud de Madrid
27:18avec les secours qui sont toujours à pied d'œuvre sur place, évidemment.
27:21Notre envoyé spécial nous a dit tout à l'heure qu'il y a un wagon
27:23visiblement qui a été calciné
27:25et dans lequel on recherche toujours d'éventuelles victimes.
27:28Ce qu'on va faire, c'est qu'on va vous montrer,
27:30résumé par Raphaël Redon et Emmanuel Abron,
27:32les toutes dernières images et les premières réactions en Espagne ce soir.
27:36– Sous-titrage Société Radio-Canada
27:49– Mais c'est la tête du Renfeu, joder.
27:53– Sous-titrage Société Radio-Canada
27:54– Hostia, macho.
27:55– Sous-titrage Société Radio-Canada
27:57– C'est un accidente también muy grave en el lado Renfeu.
28:01– Au milieu des rails, ce survivant découvre stupéfait
28:09l'ampleur de la catastrophe.
28:11Face à lui, les carcasses de deux trains espagnols
28:15entrer en collision quelques minutes plus tôt.
28:20Les premiers blessés sortent par des fenêtres du train.
28:24– D'autres sont encore bloqués à l'intérieur d'un wagon.
28:32– Malheureusement.
28:36– Neuf mois seulement après une collision proche de Cordoue,
28:41l'Espagne est à nouveau endeuillée par un drame ferroviaire.
28:45– Il est 8h54 ce mercredi matin,
28:55lorsque sur l'axe grande vitesse Madrid-Séville,
28:59deux trains entrent en collision.
29:01– Le rouge de la compagnie privée IRIO
29:07était à l'arrêt en raison d'un problème technique.
29:13– Le blanc de la compagnie nationale Renfeu
29:17n'est pas alerté et le heurte.
29:22L'un des survivants raconte.
29:25– Tout à coup, le train nous a percutés par l'arrière.
29:29D'un coup, on a vu le train sur notre gauche.
29:31Tout s'est renversé.
29:33Certaines personnes ont été projetées en l'air.
29:35Elles sont très gravement blessées.
29:36Il est impossible que notre train ait été arrêté
29:39pendant 5 ou 10 minutes
29:40sans que l'autre train ait reçu l'ordre de s'arrêter.
29:45– Avec la violence du choc,
29:47l'avant du train blanc est éventré.
29:50Le second, lui, voit plusieurs de ses wagons
29:53projetés hors des rails.
29:57À leur bord se trouvaient 544 passagers.
30:02– Nous sommes donc descendus
30:04et avons constaté que tout était détruit.
30:06il y avait beaucoup de blessés,
30:07des gens avec du sang sur le visage et les bras.
30:12– Avec des bandages de fortune
30:15ou parfois de simples mouchoirs,
30:18ces survivants tentent de penser leurs blessures.
30:22Les secours arrivent très rapidement sur les lieux.
30:25– Un camp de fortune est improvisé
30:34où des passagers sont soignés à même le sol.
30:39Un peu plus loin,
30:41les blessés les plus graves
30:42sont évacués par hélicoptère.
30:44– Dans le même temps,
30:52l'unité militaire d'urgence
30:54est déjà à pied d'œuvre.
30:56Dans les décombres,
30:58pour retrouver des disparus.
31:00– Le dernier bilan
31:04fait état de 68 morts
31:06et plus d'une centaine de blessés.
31:09un drame
31:10et des questions.
31:12– Comment cet accident
31:16a-t-il pu se produire
31:17sur l'un des axes ferroviaires
31:19majeurs espagnols ?
31:22Selon le ministre des Transports,
31:24il s'agirait d'une erreur humaine
31:26inexplicable.
31:29– Conformément à la réglementation
31:31et au protocole,
31:32le train ne devait pas reprendre
31:33sa marche normalement,
31:35étant donné que les voies
31:35étaient déjà occupées
31:36par un autre train
31:37arrêté à l'entrée de la gare.
31:41En plus,
31:42un signal rouge
31:43empêchait le train
31:44de reprendre sa marche.
31:47Et pourtant,
31:48malgré cela,
31:48le train impliqué
31:50dans l'accident
31:50a quand même reçu l'ordre
31:52de repartir vers 8h36.
31:53– Pour la deuxième fois
31:59cette année,
32:00l'Espagne est donc meurtrie
32:02par un accident ferroviaire.
32:05Il y a 9 mois déjà,
32:07près de Cordoue,
32:09deux trains étaient entrés
32:10en collision,
32:11faisant 46 morts
32:12et plus de 100 blessés.
32:16Arrivé en urgence sur place,
32:18le premier ministre espagnol
32:20promet de faire toute la lumière
32:22sur ce nouveau drame.
32:26– Aujourd'hui, l'Espagne est en deuil.
32:29Toute l'Espagne est en deuil.
32:30Et nous exprimons
32:31notre plus profonde solidarité,
32:33notre empathie
32:34aux familles des victimes
32:35ainsi qu'aux blessés
32:36toujours hospitalisés
32:37auxquels nous souhaitons
32:38un prompte rétablissement.
32:39Car derrière chaque personne
32:40décédée aujourd'hui
32:41se cachent des vies brisées,
32:43des familles déchirées
32:44et l'angoisse de celles
32:45qui ignorent encore
32:46où se trouvent leurs proches.
32:47Et bien sûr,
32:48il y a une immense douleur,
32:50une douleur que toute la société espagnole
32:51partage naturellement.
32:53– Le bilan humain
32:57pourrait encore s'alourdir.
32:58– L'Espagne a décrété
33:02trois jours de deuil national.
33:10– 68 morts,
33:12plus d'une centaine de blessés
33:13dont Elsa le disait tout à l'heure,
33:1517 dans un état très grave
33:16et on craint effectivement
33:17un bilan qui pourrait s'alourdir
33:19dans les heures qui viennent.
33:20Lisa Lef,
33:21on rappelle la toute dernière information
33:22ce soir parce qu'elle est capitale
33:23pour comprendre
33:23ce qui s'est passé ce matin.
33:24Ce sont des enregistrements audio
33:27dévoilés ce soir
33:28par la presse espagnole.
33:29– Absolument,
33:29El Pais qui diffuse
33:30donc des enregistrements audio
33:31entre les conducteurs
33:33et le contrôleur central.
33:34Les deux conducteurs
33:35ont donc été en contact
33:36avec le contrôleur,
33:37celui du premier train,
33:38Irio,
33:39qui est à l'arrêt
33:40et celui du TGV
33:41qui suivait.
33:42Le contrôleur donne
33:42aux deux conducteurs
33:44l'ordre de rouler
33:45à leur vitesse normale.
33:47Sept minutes après avoir
33:48reçu cette instruction,
33:50la conductrice de l'Irio
33:51explique qu'elle n'arrive pas
33:52à redémarrer le train,
33:53qu'elle est donc toujours à l'arrêt
33:54avec son train immobile
33:56sur les voies.
33:56Mais personne ne prévient ensuite
33:58le TGV qui arrive,
33:59celui de la Rennefée,
34:00qui est derrière,
34:00qu'il doit freiner
34:01parce qu'un train devant lui
34:02est à l'arrêt sur les voies.
34:04On sait donc ce soir,
34:05grâce à ces enregistrements
34:06audio diffusés par El Pais,
34:08que sept minutes avant
34:09l'accident,
34:10le train d'Irio
34:11arrêté sur les voies
34:12a expliqué au contrôleur
34:13qu'il n'arrivait pas
34:14à repartir
34:14et c'est ensuite
34:15qu'il se fait percuter.
34:17– Et on essaie évidemment
34:18de vous diffuser
34:19dans les instants qui viennent
34:19ces fameux enregistrements.
34:21La rédaction travaille dessus.
34:23On y reviendra dans quelques minutes.
34:25Mais ce qu'il faut dire aussi
34:26d'Isadep ce soir,
34:27c'est qu'il y a quand même
34:27une série noire
34:29d'accidents ferroviaires
34:30en Espagne
34:31ces derniers mois,
34:31ces dernières années.
34:32– Oui, et cette année,
34:33notamment 18 janvier 2026,
34:34à Adamus, en Andalousie,
34:36deux trains à grande vitesse
34:37entrent en collision.
34:38Ils roulaient à 200 km heure
34:39au moment du choc.
34:41Bilan, 46 personnes sont mortes,
34:43150 personnes sont blessées.
34:45Deux jours plus tard,
34:46le 20 janvier,
34:47un train déraille à Guélida
34:49près de Barcelone,
34:49un mur de retenue s'est effondré
34:51sur les voies ferrées
34:52avant le passage du train.
34:54Le conducteur est décédé
34:55et il y a eu également
34:56quatre blessés graves.
34:58Encore deux jours plus tard,
34:59le 22 janvier,
35:00nouvel accident,
35:01cette fois-ci,
35:01le train ne déraille pas,
35:02c'est ce que dit la Reine Fée,
35:04mais une grue extérieure
35:05a cogné un train
35:06qui s'engageait
35:07sur la voie ferrée.
35:08Un seul wagon a été touché,
35:10mais de nombreuses vitres
35:11sont brisées par la grue.
35:12Plusieurs personnes sont blessées.
35:15Ce sont trois accidents,
35:17quatre désormais en dix mois.
35:18Avant ça,
35:18d'autres accidents,
35:19souvent mortels,
35:20sept en tout depuis 2013
35:22avec un bilan terrifiant
35:23sur ces années précédentes,
35:2586 morts
35:26et près de 300 blessés
35:27auxquels s'ajoutent
35:28les victimes de cette année.
35:29Juan José Dorado,
35:30je parlais de série noire,
35:31mais c'est difficile
35:32de croire des coïncidences
35:34quand ça se répète
35:35et c'est pour ça,
35:35et c'est ça qui alimente
35:36d'une certaine manière
35:36la colère espagnole ce soir.
35:37Oui, certainement,
35:39mais c'est vrai que dans les références
35:41que vous venez de donner,
35:42il y a celle de la haute vitesse,
35:44le mois de janvier
35:44et aujourd'hui,
35:45les autres,
35:46c'est le réseau normal,
35:48d'ailleurs,
35:49de proches banlieues,
35:51ce qu'on appelle
35:51la proche banlieue du côté espagnol,
35:53c'est deux réseaux
35:53complètement différents.
35:54Alors,
35:55il faut aussi comprendre
35:55que le réseau
35:56des hautes vitesses espagnoles,
35:58vous l'avez signalé tout à l'heure,
35:59c'est le premier réseau européen
36:00avec plus d'autour
36:02des 4000 kilomètres
36:03de voie à haute vitesse,
36:05mais c'est un réseau
36:06qui n'est pas du tout vieillissant
36:07puisque la première ligne,
36:09celle que vous venez,
36:10où s'est passé l'accident,
36:11elle date de l'année 91.
36:13Elle a été construite
36:14pour l'exposition universelle
36:16de 92.
36:17Donc,
36:17le réseau a été développé
36:19au début des années 2000,
36:212010,
36:212012.
36:22Donc,
36:22c'est un réseau
36:23qui n'est pas du tout vieillissant.
36:24Après,
36:25il va falloir trouver effectivement
36:26s'il y a un problème d'investissement
36:27dans l'entretien ou pas,
36:29mais c'est vrai que le réseau
36:30en soi est un réseau
36:31qui est parmi
36:32les plus nouveaux,
36:35d'Europe aujourd'hui.
36:37On sera en Espagne
36:37dans une seconde,
36:38mais je m'arrête sur ce bilan.
36:40115 morts en 9 mois
36:41en Espagne.
36:42115 morts en 9 mois
36:43dans les accidents de crise.
36:44On dirait qu'il n'y a pas eu
36:45de retour d'expérience
36:46parce qu'il y a des accidents,
36:48mais il y a beaucoup plus important,
36:49c'est les incidents
36:50qui peuvent devenir
36:51des accidents.
36:52Et là,
36:53on est désemparés
36:54parce que la réponse,
36:55c'est que ça pouvait être évité.
36:56Ça aurait dû être évité.
36:58Et les bras m'ont tombé
37:00comme beaucoup de mes camarades.
37:01Évidemment.
37:02On va retrouver Romain Chauvet
37:03en direct de Madrid.
37:04Romain, on en parlait
37:05tout à l'heure
37:05avec l'un des rescapés
37:07qui était en direct avec nous.
37:08Il y a de la colère
37:08ce soir, évidemment,
37:09en Espagne.
37:10Oui, absolument.
37:11Et je vous parle en ce moment
37:12en direct
37:13de la gare d'Atocha
37:15au centre-ville de Madrid
37:15d'où sont partis
37:16ces deux trains
37:17plutôt ce matin
37:18avant ce terrible drame.
37:20mais non loin d'ici.
37:21Il y a ce soir
37:22dans le centre-ville de Madrid
37:23une manifestation
37:24devant le ministère
37:25des Transports
37:27pour des gens
37:28qui expriment leur colère
37:29face à ce drame
37:31et qui réclament également
37:32la démission
37:33du ministre espagnol
37:34des Transports.
37:35Donc oui,
37:36beaucoup de colère
37:36à la fois dans les rues,
37:38dans cette gare.
37:39Tout au long de la journée,
37:40j'ai rencontré ici
37:41des touristes,
37:41des Espagnols
37:42qui m'ont dit
37:43être inquiets
37:44pour l'avenir,
37:45se questionner
37:46si oui ou non
37:47c'était toujours sécuritaire
37:48de prendre le train
37:49en Espagne.
37:51Beaucoup de ces gens-là
37:52m'ont dit
37:52changer leur plan,
37:53annuler leur billet train
37:55et plutôt louer des voitures
37:56ou prendre des autobus
37:57du moins pour les prochains jours.
38:00Un peu plus tôt aujourd'hui,
38:00le premier ministre espagnol
38:01Pedro Sanchez
38:02a promis que toute la lumière
38:03serait faite sur cette affaire
38:05et que s'il y a eu
38:06une négligence,
38:07cela sera dévoilé.
38:09Donc colère et émotion,
38:10je vous dirais également
38:11ce soir après 20h,
38:14aux alentours de 20h,
38:15il y a eu une minute de silence
38:16qui a été observée
38:17à travers toute l'Espagne
38:19pour rendre hommage
38:20à ces au moins 68 victimes
38:22pour l'instant.
38:24Romain Chauvin,
38:24directeur de Madrid,
38:25alors que vous voyez
38:25les secouristes toujours à pied.
38:27Là, vous vouliez réagir,
38:27Ulisse Gosset ?
38:28Oui, je voulais citer
38:29l'éditorial du journal El Mundo
38:30qui dit
38:31« Aujourd'hui en Espagne,
38:32le problème n'est pas
38:33que les trains n'arrivent pas à l'heure,
38:35c'est qu'ils n'arrivent plus du tout ».
38:36Et évidemment,
38:37c'est un constat terrible.
38:39Le ministre chargé du transport,
38:41Oscar Puente,
38:43avait fait une déclaration
38:44en janvier
38:44après la première catastrophe de l'année
38:46en disant aux Espagnols
38:47« Ne vous inquiétez pas,
38:49une telle catastrophe
38:49ne peut pas se produire à nouveau,
38:51soyez tranquilles ».
38:52Et on voit effectivement que…
38:53Ce qu'il dit aujourd'hui,
38:54il dit que c'est invraisemblable.
38:55Oui, mais on voit que
38:56deux fois, c'est trop.
38:58C'est au moins une fois de trop
38:59et la première était déjà de trop.
39:00Pour l'Espagne aussi,
39:01c'est grave
39:01parce que c'est l'image
39:02du pays qui est atteinte.
39:03Vous savez que l'Espagne,
39:05c'est comme la France,
39:05c'est la deuxième grande destination mondiale
39:08avec 97 millions de touristes par an.
39:11Évidemment,
39:11les gens qui viennent en Espagne
39:12maintenant s'interrogent
39:13et est-ce qu'on va prendre le TGV ?
39:14Est-ce qu'on va prendre le train ?
39:15Est-ce qu'on va reporter ou pas
39:17notre voyage en Espagne ?
39:18Donc, il y a une crise
39:20d'abord pour les passagers
39:21qui sont décédés.
39:22Il y a une crise politique
39:23qui est grave
39:24à un mois des élections.
39:26L'extrême droite,
39:27Vox en particulier,
39:28attaque férocement
39:30le gouvernement
39:31et demande la démission
39:32du ministre des Transports
39:33mais aussi évidemment
39:34le départ de Pedro Sanchez
39:35qui est en difficulté
39:36et qui n'a survécu
39:37que grâce à une coalition
39:38avec des mouvements,
39:40des petits mouvements extrêmes
39:42indépendantistes.
39:42Donc, sa coalition est fragilisée,
39:44son image également est ternie.
39:46Donc, l'Espagne
39:47est dans une crise
39:48assez grave en fait
39:49et cette catastrophe
39:51a, je dirais,
39:53remis à vif
39:53toutes les blessures,
39:54toutes les interrogations
39:56que se pose le pays
39:57depuis des mois.
39:57C'est en plus
39:58le secteur ferroviaire,
40:00peut-être qu'on ne le voit pas
40:01en France
40:01parce qu'on est très fiers
40:02aussi du TGV
40:03mais le secteur ferroviaire
40:05en Espagne,
40:06c'est l'Espagne qui réussit,
40:07c'est l'Espagne
40:07de la modernité.
40:09Ça a vraiment changé
40:10l'image de l'Espagne
40:11à la fin des années 80
40:13au début des années 90.
40:14C'était un fleuron.
40:15Et là,
40:16c'est ce secteur-là,
40:18celui de la performance
40:19et de la modernité
40:20et de l'efficacité
40:21qui est frappé
40:21deux fois
40:22dans un laps de temps
40:23encore une fois
40:23très très court
40:25et ça vient
40:25blesser profondément
40:27je pense
40:27les Espagnols
40:28en plus de
40:29l'incompréhension
40:30et du caractère
40:31effectivement
40:32ahurissant,
40:32invraisemblable
40:33de la répétition
40:34de cet incident.
40:35Gérard Felsier
40:36en est obligé
40:36de faire le lien
40:36avec ce qui se passe
40:37ici en France.
40:37Comment est-ce qu'on peut
40:39rassurer ceux qui nous regardent
40:40et qui prennent le train
40:41régulièrement ?
40:43Il y a le matériel
40:45où les compagnies
40:46exploitants achètent
40:47le matériel
40:48après des appels d'offres
40:49et puis il y a
40:50la signalisation
40:50et ça c'est
40:51beaucoup plus important
40:52parce que c'est savoir
40:53comment on va opérer,
40:54comment on va faire passer
40:55les trains
40:55à côté,
40:56etc.
40:57et donc
40:58une coopération
41:00européenne
41:00à minima
41:01est nécessaire.
41:02Il y a 24 systèmes
41:04de signalisation
41:05différents
41:06en Europe
41:07et qui ne sont pas
41:07compatibles.
41:08Voilà un exemple
41:09de coopération
41:10qu'il faudrait
41:11à tout prix
41:11c'est ce que j'appelle
41:12moins...
41:12Pas tout à fait rassurant
41:13ce que vous nous dites.
41:14Non mais
41:14ils sont fiables
41:16chacun de leur côté
41:16mais rassemblés
41:18ça pose
41:19quelquefois
41:19des problèmes.
41:20Oui mais la SNCF
41:21là on a un vrai problème
41:22de fiabilité en Espagne
41:22la SNCF
41:24qui produit
41:25Wigo
41:26a dû adapter
41:27son système
41:27au système espagnol
41:28avec lequel il n'était pas
41:29compatible.
41:30Donc évidemment
41:30c'est un problème
41:31mais juste une chose
41:31quand même
41:32pour les spécialistes
41:32il est quand même
41:34démontré
41:35que la SNCF
41:36en France
41:36pour les TGV
41:37dépense
41:38près de 70%
41:39de plus
41:40pour l'entretien
41:42des voies
41:42l'Espagne
41:44a préféré
41:44créer de nouvelles lignes
41:45à grande vitesse
41:47plutôt que d'entretenir
41:48celle existante.
41:49Est-ce que c'est exact ?
41:50C'est l'emballement
41:51on veut prouver
41:52qu'on est bien meilleur
41:53qu'on est dans la modernité
41:54qu'on est capable
41:55d'assurer des touristes
41:56on a peut-être été
41:57un petit peu trop vite
41:58ça l'enquête le dira.
42:00On disait
42:00et on dit souvent
42:01que le train
42:02est le moyen le plus sûr
42:03de se déplacer
42:03ça reste le cas ?
42:04Oui
42:04ça reste le cas.
42:06Bon
42:06on va évidemment
42:07continuer à suivre
42:07ce qui se passe en Espagne
42:08je vous redonne le bilan
42:0968 morts
42:09censés être blessés
42:10ce soir
42:10je vous remercie
42:11toutes et tous
42:11d'avoir été avec nous
42:13ce soir
42:13Clothua
42:13je n'ai pas cité
42:14votre livre
42:14De sang et d'or
42:15quand l'urgence
42:16est une vie
42:16aux éditions Maroy
42:17merci d'avoir été
42:18avec nous
42:19Merci d'avoir regardé !

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