00:00Professeur Amarenko, on me pour, et d'abord évidemment Jessica a raison de dire qu'il faut faire ces campagnes
00:08-là,
00:09mais lorsque un AVC peut survenir, quels sont les signaux qui doivent nous alerter qu'il y a un souci
00:18majeur ?
00:19Eh bien c'est quelque chose qui survient brutalement, d'un côté du corps,
00:23par exemple j'ai la télécommande dans la main, elle tombe et je ne peux pas la ramasser,
00:29ça c'est, voilà, le bras est lourd, la jambe est lourde, il peut y avoir une paralysie faciale du
00:34même côté,
00:36ça c'est un premier signe, moteur, premier symptôme.
00:40Donc qu'est-ce qu'il faut faire là ?
00:41Deuxième symptôme, c'est un trouble de la sensibilité de l'hémicorps,
00:45pareil comme chez le dentiste, comme l'anesthésie chez le dentiste qui touche l'hémicorps.
00:50Un troisième type de symptôme, l'hémicorps, la moitié du corps.
00:54Ah pardonnez-moi, la moitié du corps.
00:56Et un troisième symptôme, c'est un trouble du langage,
00:59c'est-à-dire brusquement on cherche les mots, on n'arrive pas à trouver le bon mot,
01:03on dit un mot pour un autre, ou on mélange les mots,
01:05ou on dit quelque chose de totalement inintelligible,
01:08ça s'appelle l'aphasie, ça, ça doit alerter aussi.
01:13Quatrièmement, c'est un trouble de la vue,
01:15qui peut être une perte de la vue d'un oeil,
01:18ou une perte de la vue d'un champ visuel,
01:20d'un émis champ visuel, de la moitié du champ visuel.
01:23C'est brutal ?
01:24C'est brutal, c'est ça la caractéristique principale.
01:27C'est brutal, et en général ça fait pas mal,
01:30sauf quand il y a une hémorragie,
01:31à ce moment-là on a une céphalée, un mal de tête,
01:34qui est extrêmement violente,
01:37le pire mal de tête qu'on ait eu dans sa vie.
01:40Ça aussi, ça doit alerter.
01:42Et enfin, un trouble de l'équilibre,
01:46qui d'un coup, vous marchez comme une personne ivre,
01:48vous ne tenez plus debout.
01:49Ça aussi, ça doit alerter.
01:51Bon, qu'est-ce qu'il faut faire à ce moment-là ?
01:52À ce moment-là, la réaction immédiate, c'est le 15.
01:55Voilà, là on arrête, on ne finit pas ce qu'on a à faire.
01:58Voilà, exactement, c'est le 15.
02:00Alors, ces symptômes-là, ils peuvent être permanents,
02:02ou ils peuvent être transitoires.
02:04Parfois, ils peuvent durer que quelques secondes ou quelques minutes.
02:07C'est l'accident ischémique transitoire.
02:09Et ça, il faut le considérer avec la même urgence
02:12que quand les symptômes persistent.
02:14C'est pour ça, nous, on a créé SOS AIT il y a 25 ans,
02:17à l'hôpital Bichat,
02:18pour que les gens puissent venir tout de suite.
02:20SOS AIT, 24 heures sur 24,
02:22ça fonctionne toujours, bien entendu,
02:23et ça marche très bien.
02:25Donc, on peut, comme ça,
02:27une fois que les symptômes ont disparu,
02:29trouver la cause et éviter l'accident qui survient secondairement.
02:34Il y a des gens qui font des accidents en plusieurs temps.
02:36Parait-il, c'est très...
02:38Alors, pour les symptômes qui persistent,
02:40on a très peu de temps.
02:43Il faut arriver...
02:44Il y a la golden hour, c'est-à-dire la première heure.
02:47Si on arrive dans la première heure,
02:49c'est toujours mieux que si on arrive deux heures plus tard
02:51ou trois heures plus tard.
02:52Mais on peut traiter jusqu'à six heures.
02:54Oui, mais si j'arrive, par exemple, aujourd'hui à Pompidou,
02:56je suis pris en urgence immédiatement pour...
02:59Vous êtes pris en urgence immédiatement à Pompidou,
03:01ils vous transféreront parce qu'il n'y a pas d'unité d'AVC à Pompidou.
03:04Mais si je vais dans un hôpital, je vais être pris en urgence.
03:06Vous allez être pris en urgence.
03:07Si j'arrive à faire un AVC, là, je passe devant tout le monde.
03:09Le mieux, ce n'est pas d'aller dans un hôpital,
03:11parce que vous voyez, vous avez dit Pompidou.
03:12Alors, Pompidou n'a pas d'unité d'AVC.
03:14Donc, il faut appeler le 15.
03:17Et le 15, c'est en permanence ce qu'il y a autour dans Paris,
03:20quelles sont les unités d'AVC disponibles.
03:23Et ils vont pouvoir vous prendre en charge tout de suite.
03:25Et c'est une course contre la montre, en effet,
03:27parce que plus tôt on arrive à recanaliser l'artère qui est bouchée,
03:31plus on a de chances de récupérer.
03:32Comment on va analyser l'artère qui est bouchée ?
03:35Comment on sait que c'est la carotide et pas la côte ?
03:38Eh bien, on va faire immédiatement une IRM cérébrale,
03:42ou un scanner en jeu scanner.
03:43Mais ça, c'est disponible ?
03:45C'est disponible immédiatement.
03:47Les gens arrivent dans une alerte AVC.
03:50Nous, on reçoit le coup de fil.
03:52Vous êtes à quel hôpital ?
03:53Bichat.
03:54Et à Bichat, il y a combien d'AVC par jour ?
03:56Il y en a 3-4 AVC par jour, oui.
04:00Et ils sont traités ?
04:01Ils sont traités, oui, bien sûr.
04:04Alors, on reçoit le coup de fil du SAMU.
04:07L'équipe de neurologues de garde
04:10descend à l'IRM, aux urgences,
04:14à l'IRM, avec l'infirmière et les soignantes,
04:17et qui attendent le patient, le SAMU qui arrive,
04:20qui amène le patient directement à l'IRM.
04:22Le IRM est passé,
04:23et on peut décider tout de suite du traitement que l'on va...
04:27Et là, vous mesurez si c'est grave, très grave.
04:29J'imagine qu'il y a des AVC qui sont très graves,
04:33moyennement graves.
04:35Exactement.
04:35Mais alors, pour un AVC, par exemple,
04:37qui est particulièrement grave,
04:38qu'est-ce qui se passe dans ces cas-là ?
04:39Vous arrivez à agir ?
04:40Bien entendu, oui.
04:41Et la récupération est immédiate ?
04:44Il va falloir un mois ?
04:44Il va falloir deux mois ?
04:46Il y a une période de convalescence ?
04:48La recanalisation de l'artère
04:51peut permettre une récupération sur la table d'examen.
04:55Donc là, il peut repartir et rentrer chez lui ?
04:57Ce n'est pas exactement comme ça,
04:58mais deux, trois jours plus tard, oui.
04:59Et il va reprendre à bosser dans les huit jours, par exemple ?
05:01Absolument.
05:02Il faut savoir qu'environ, parmi les patients
05:05qui sont pris en alerte thrombolise, thrombectomie,
05:09qui sont les traitements que l'on applique dans ce cas-là,
05:12il y en a 50% qui guérissent.
05:15Mais 50% qui ne guérissent pas,
05:17d'où la nécessité de continuer les recherches
05:20pour améliorer les choses.
05:22On a progressivement amélioré le délai
05:25avec lequel on pouvait traiter les gens.
05:28Avant, c'était dans les trois heures,
05:29maintenant, c'est dans les...
05:30Après, ça a été dans les quatre heures et demie,
05:32en plus six heures.
05:33Et maintenant, on peut même aller à 12 heures
05:34ou 72 heures pour revasculariser les artères
05:37en fonction de l'état du patient.
05:40Enfin, voilà.
05:40Et donc, oui, globalement,
05:45si on prend tous les AVC,
05:4760% des gens guérissent.
05:49Et il ne va pas en faire un après.
05:5240% gardent un handicap.
05:53Et c'est beaucoup.
05:56Et parmi ceux qui guérissent,
05:57il y a quand même souvent un handicap invisible.
06:00C'est-à-dire des troubles cognitifs,
06:04un tout petit peu,
06:05ou bien des difficultés de langage
06:10dont on ne s'aperçoit pas très bien
06:13et que le patient, lui, sait qu'il l'a.
06:17Mais justement, il y a une question
06:18que je me suis souvent posée,
06:19et pardonnez-moi de parler de mon père,
06:21puisqu'il avait fait un AVC massif.
06:24Et je me suis demandé,
06:25est-ce que...
06:26Alors, comment le traduire ?
06:27Évidemment, comme...
06:28Je ne sais pas si je vais le traduire
06:29comme il faut le traduire,
06:31mais est-ce que son intelligence
06:33avait diminué ?
06:34Est-ce qu'il était moins...
06:35Est-ce qu'il ne se rendait pas compte
06:37de sa situation ?
06:38Parce que précisément,
06:39son cerveau avait été atteint
06:41et il était moins performant, ce cerveau.
06:43Je ne sais pas si je pose bien la question.
06:44Ça dépend beaucoup des...
06:46J'avais ce sentiment, en tout cas.
06:48Des cas.
06:48Ça, c'est tout à fait possible.
06:50Il y a des zones du cerveau
06:51qui font qu'on a l'impression
06:52que la personne n'est plus ralentie.
06:55Ce qui n'est pas forcément
06:56une mauvaise chose, d'ailleurs,
06:57parce qu'elle n'a pas...
06:58Comme elle n'est plus la même personne,
07:00elle ne se rend peut-être pas compte
07:01de son état.
07:02Oui, et beaucoup se rendent compte.
07:05C'est ce que je décris
07:05dans mon livre,
07:06Vaincre l'AVC.
07:07c'est qu'il y a tout de même,
07:10chez quelqu'un qui a eu un AVC,
07:12l'important, c'est de retrouver l'estime de soi,
07:15de retrouver sa place dans la famille,
07:19sa place dans la société.
07:21Et ça, c'est un travail de l'entourage
07:23qui est très important.
07:25Écoutez, c'est passionnant de vous écouter.
07:27C'est un sujet, évidemment, extrêmement important.
07:30Vraiment, merci, professeur Amarinco,
07:32d'être venu.
07:33Vous êtes une neurologue.
07:33Vous êtes reconnu comme l'un des plus grands
07:35spécialistes mondiaux de la prise en charge
07:37de la prévention de l'accident.
07:38C'est vrai que ça fait peur.
07:39Ça fait très peur.
07:40Ça fait peur.
07:41Curieusement, ça fait partie des choses
07:43qui font peut-être le plus peur
07:45parce qu'il y a un avant et un après
07:48et que c'est très brutal.
07:50Et je suis aussi président de Vaincre l'AVC.
07:52Donc, les dons pour vaincre l'AVC
07:56sont très importants pour améliorer
07:58la prise en charge de ces patients.
07:59Écoutez, on aurait pu rester ensemble
08:00pendant une demi-heure encore,
08:02mais je crois que nous avons un autre sujet
08:04à traiter.
08:05Nous devons libérer le professeur.
08:06Le patron de Bricorama.
08:08Que dites-vous ?
08:08Nous devons libérer le professeur aussi.
08:10On doit libérer le professeur.
08:11Mais bon, faisons attention
08:13et allons nous faire dépister.
08:15Et faites le test aussi,
08:16calcul du risque d'AVC.
08:17Et on remercie Jessica
08:18qui était avec nous en ligne
08:19qui a témoigné.
08:20Et également.
08:21Merci M. Amarinco.
08:22A tout de suite.
08:23Avec Pascal Praud de 16h à 18h sur Europe 1.
08:29Sous-titrage Société Radio-Canada
08:30Sous-titrage Société Radio-Canada
08:30...