00:11Il est 8h12 et vous êtes bien sûr RMC et RMC Story.
00:14Je souhaite qu'après les vacances, les ICI puissent rouvrir, la jeunesse doit pouvoir retourner en cours.
00:19Voilà ce que disait Emmanuel Macron dans une interview cette semaine.
00:22Carole Zerbib, vous êtes toujours avec nous, vous êtes proviseur dans un ICI parisien
00:26et vous êtes membre du syndicat des personnels de direction, le SNPDN-UNSA.
00:30Après un mois de manifestation, comment vous anticipez la journée de lundi ?
00:34Est-ce que vous vous dites, oui, les élèves seront là, au rendez-vous, vous rouvrez comme si de rien
00:38n'était ?
00:38Ou est-ce que vous avez déjà des indices sur le fait qu'ils ne seront pas forcément présents ?
00:42Alors des indices, on en a, puisque les organisations lycéennes ont appelé au blocus des établissements dès lundi.
00:50Donc nous, on reprend très inquiets.
00:52Ce qui va se passer lundi, on ne sait pas, je crois que ça va dépendre des établissements et de
00:56la mobilisation des élèves.
01:00Oui, on est inquiets, on est inquiets.
01:02La profession a terminé sur les rotules, juste avant les vacances.
01:08Juste avant les vacances à Toussaint ?
01:09Voilà, il y a eu beaucoup de violences, une mobilisation importante.
01:13On a fait une alerte sociale, tant les chefs d'établissement étaient étudiés.
01:17C'est quoi une alerte sociale ?
01:18C'est-à-dire qu'on a attiré l'attention sur la situation de la profession, très exposée, très exposée,
01:24physiquement.
01:24En première ligne, on l'a vu pendant toutes les manifestations, à la fois pour protéger les élèves,
01:29mais aussi pour tenter de protéger parfois les biens, les lycées eux-mêmes, dans lesquels, pour nombre d'entre vous,
01:33vous logez également.
01:34Voilà, on habite sur place.
01:35Vous êtes vraiment au premier loge.
01:36Et la grande nouveauté, c'est qu'on a été directement ciblés.
01:40On est exposés et ciblés, notamment par des tirs de mortier, des dégradations importantes, des menaces, des insultes.
01:47Votre inquiétude, c'est que si ça se poursuit, il y a aussi une question scolaire.
01:51C'est-à-dire que les plus fragiles, notamment, qui ont besoin de ces cours, se retrouvent à décrocher.
01:58Oui, c'est-à-dire que le mode de revendication des lycéens est le blocus total des établissements.
02:05C'est-à-dire que ceux qui souhaiteraient pouvoir entrer dans l'établissement parce qu'ils souhaitent aller en cours,
02:09ne le peuvent pas.
02:10Parce que le blocus, c'est un terme militaire et qui empêche toute sortie et toute entrée de l'établissement.
02:16Donc, les élèves qui souhaitent ne pas aller en cours, c'est un choix.
02:21Mais il faut aussi respecter le choix des élèves qui souhaiteraient pouvoir entrer.
02:26Et ça, c'est impossible.
02:26Et ça, c'est illégal.
02:28Le blocus est illégal.
02:29Et le blocus, ce que vous décrivez, c'est exactement le principe.
02:31Bloquer un service public est illégal.
02:32Moi, je me suis demandé, est-ce qu'on ne pourrait pas, si la situation se poursuit malheureusement,
02:37imaginer ce qu'on appelait un Bac 68, un Bac de 1968.
02:41Après les événements de 68, on avait totalement repensé l'épreuve du Bac avec une sorte de petite épreuve un
02:46peu fastoche.
02:47Ce qui, du coup, avait produit un score extraordinaire de réussite au Bac.
02:52L'idée, c'est qu'on a quasiment donné le Bac aux étudiants en 68.
02:55Est-ce que là, à la fin de l'année, on pourrait imaginer qu'en fait, on fait une sorte
02:58de petit Bac qu'on donne un peu facilement à tout le monde parce qu'on n'a pas pu
03:01suivre les cours normalement ?
03:02Carole Zerbil.
03:03J'espère qu'on ne va pas en arriver là.
03:04Mais est-ce que c'est possible ?
03:05Ils vont revenir au lycée dès lundi.
03:06Oui, mais est-ce que c'est possible ?
03:07Il y a eu des précédents, en tout cas.
03:09Voilà, il y a eu des précédents et on l'a vu pendant le Covid aussi.
03:13Quand les élèves n'ont pas cours régulièrement, on aménage les examens.
03:20Et c'est vrai que là, la situation est plutôt préoccupante puisqu'on est en milieu de premier trimestre et
03:25il y a beaucoup d'élèves qui n'ont aucune note.
03:26On va parler aussi dans un instant des étudiants, mais un mot aussi pour savoir quelle est la protection à
03:32laquelle vous avez droit, vous, les proviseurs et vos établissements.
03:35Est-ce qu'on écoutait tout à l'heure la porte-parole de la préfecture de police de Paris sur
03:39les dispositifs vis-à-vis des manifestations de ce samedi.
03:42Est-ce que si vous redoutez qu'il n'y ait à nouveau des dégradations importantes et des blocages, voire
03:50des violences,
03:51est-ce que les commissariats d'arrondissement, est-ce que les forces de l'ordre sont à vos côtés ?
03:56Est-ce que vous avez un lien particulier ?
03:58Alors, on n'a pas de protection particulière, mais oui, on coopère avec, on travaille avec les commissariats d'arrondissement
04:07ou de circonscription en fonction des territoires pour réfléchir à la façon dont on...
04:15Vous parlez ensemble, vous préparez, vous anticipez ?
04:17Oui, oui, on discute, bien entendu, sur la façon dont... Et là, d'ailleurs, on a déjà commencé à travailler
04:22avec eux, sur la façon dont on va organiser les choses lundi.
04:27Le problème, c'est que les forces de police ne sont pas si nombreuses que ça et qu'ils ne
04:32peuvent pas protéger tous les établissements.
04:35Est-ce qu'ils pourraient créer... J'avais le maire de Cannes, par exemple, la semaine dernière, David Lissnard, qui
04:40disait,
04:41Chez moi, il y avait 3, 4 établissements qui ont tenté de bloquer, et ça a marché quelques jours, disait
04:46-il, jusqu'au jour où on a décidé de mettre à l'entrée de ces établissements
04:49des policiers, en l'occurrence des policiers municipaux, qui, dès 6h du matin, c'est-à-dire avant même que
04:55les blocages ne puissent tout simplement se développer,
04:59les désamorçaient, je dirais, dès le début, en permettant une sorte de aide-honneur pour que les élèves qui souhaitent
05:03rentrer puissent le faire.
05:04Est-ce qu'un dispositif de cette sorte, c'est-à-dire qu'il faille mettre des policiers devant chaque
05:08établissement, vous paraît peut-être acceptable, souhaitable ?
05:13Alors, on n'y est pas tout à fait favorable, et souvent, ce travail-là, ce que vous dites, être
05:19là tôt le matin, désamorcer, échanger, discuter avec les élèves,
05:23ce sont les chefs d'établissement et leurs équipes qui le font. C'est nous qui sommes aux portes de
05:27nos établissements tous les matins, et alors, c'est vrai que ce n'est pas notre travail...
05:31En même temps, vous n'avez pas forcément réussi à les empêcher ces blocages, tout en étant présents ?
05:33Non, mais je pense qu'il y a des établissements où ça a pu se faire quand les élèves étaient
05:37dans le dialogue.
05:38Quand le mouvement se radicalise, c'est beaucoup plus compliqué. Mais enfin, il vaut mieux quand même que ce soit
05:43nous qui soyons au contact de nos élèves.
05:46Et ensuite, la question des étudiants. Pierre Rondeau, vous-même, vous êtes prof à la fac.
05:49Alors, moi, ça fait trois semaines que je n'ai pas donné le cours à la fac. On est à
05:52Paris, à Panthéon-Sorbonne.
05:53On a aussi le même mouvement social avec les étudiants. On sait aussi que le principal syndicat étudiant, et le
06:00syndicat de l'enseignement supérieur,
06:01a déposé un préavis de grève pour l'ensemble du mois de novembre.
06:04Comme vos élèves, comme vos lycéens, mes étudiants n'ont aucune note.
06:09Trois semaines, donc sans cours. Et de la même manière, il y a aussi une demande de cours en distanciel,
06:13qui, lorsque ça peut être organisé, il y a aussi un boycott de certains étudiants à ne pas aller manifester,
06:18mais non plus ne pas aller en cours, ne pas avoir cours, ne pas demander des cours.
06:22Donc, de cette manière, on se dit, on se pose la question,
06:25et je peux rejoindre Arthur sur la question d'un diplôme au rabais,
06:27si demain on le donne à tout le monde sans avoir eu cours pendant trois, quatre, cinq, six, sept semaines,
06:31quelles conséquences à terme pour ces futurs étudiants et futurs travailleurs ?
06:35Carole Zerbib.
06:36Oui, oui, bien sûr. Et alors, on l'a dit tout à l'heure,
06:38les élèves les plus fragiles vont pâtir de cette situation.
06:42Et on le sait, quand un élève ne va pas en classe pendant quinze jours, trois semaines,
06:47revenir, c'est compliqué, se remettre à l'arrivée, c'est compliqué.
06:50Qu'est-ce que vous dites aux parents qui nous écoutent ?
06:51Est-ce qu'ils ont un rôle, là, à jouer, d'ici lundi matin,
06:54pour essayer de convaincre leurs enfants d'aller en cours,
06:57de ne pas bloquer au minimum le fait de continuer à dialoguer avec eux ?
07:02Est-ce qu'ils doivent dire ça à leurs enfants ?
07:03Bien sûr, il faut que les parents discutent avec leurs enfants,
07:07et peut-être que les lycéens pourraient réfléchir à un autre mode d'action que le blocage total.
07:13Ce qu'on craint aussi devant les établissements,
07:15c'est qu'il y ait des heurts entre élèves,
07:18entre ceux qui souhaitent bloquer et ceux qui souhaitent entrer.
07:22Et même entre parents, il y a aussi des parents d'élèves qui pourraient dire
07:25« Moi, mon enfant, il faut qu'il puisse rentrer en cours,
07:28je veux qu'on enfant puisse accéder à ce service public,
07:30le droit à l'éducation, c'est pour tout le monde,
07:32et il est interdit de bloquer un établissement scolaire. »
07:34On entend votre inquiétude à la veille du retour des vacances.
07:36Merci, Carole Zerbib.
07:38Vous êtes proviseur dans un lycée parisien
07:39et membre du syndicat des personnels de direction.
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