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Masterclass avec Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies Transformation des difficultés en sources d'opportunités, possibilité de gravir les échelons sans avoir de réseau et conseils pour provoquer la chance, importance de cultiver ses dons et sa curiosité, sacrifices sur le plan personnel pour réussir sa carrière, stratégie du groupe de continuer de produire du pétrole en accélérant dans les énergies décarbonées, plafonnement des prix des carburants : face aux jeunes, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, partage ses convictions et ses engagements. Année de Production :
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TVTranscription
00:00Public Sénat et Itoro présentent Masterclass.
00:04Le marché est une conversation.
00:06Sachez qui mérite d'être écouté.
00:10Itoro. No better.
00:12C'est pas normal. C'est pas top.
00:14Qu'est-ce qui va se passer à moi ?
00:1613, 17, 17.
00:18T'as tout un indice américain.
00:20Un indice merleux.
00:22Bonjour.
00:23Bonjour. Comment ça va ?
00:25Ah, il y a des visages que je retrouve.
00:30Et des nouvelles têtes.
00:31Ça, c'est bien. Ça fait un beau mélange.
00:33Aujourd'hui, c'est une Masterclass XXL
00:36avec l'un des plus grands patrons français.
00:39Déjà par la taille, 1,91 m.
00:41Je ne sais pas s'il y en a une qui est plus grande.
00:43Non, voilà, déjà.
00:44Et surtout par son influence et sa longévité
00:47à la tête de la 4e major pétrolière mondiale.
00:51Qui ne connaît pas Total Energy ?
00:53Qui vit dans un bunker ?
00:54Non, tout le monde connaît ?
00:56J'ai préparé comme à chaque fois le petit quiz qui va bien.
00:59Chiffre d'affaires de Total Energy ?
01:00200 milliards ?
01:02Par là ?
01:03Un petit peu moins, 160 milliards.
01:05Nombre de stations de service dans le monde et en France, au choix.
01:10En France, 35 000 ?
01:11Par là ?
01:12Ah, il y a un zéro en moins.
01:133 300.
01:14Ah, 3 300.
01:15Et dans le monde, 14 000.
01:17Et bien, lui, c'est le grand chef.
01:20Justement, le voilà qui arrive.
01:22Bonjour Patrick.
01:23Bonjour, Luc.
01:24Comment ça va ?
01:25Bien.
01:26Merci, merci.
01:27Prêt pour votre masterclass ?
01:27Prêt, venez, venez, venez.
01:28Vous les présentez.
01:29Patrick Pouyanné.
01:30On peut l'applaudir, le PDZ de Total Energy.
01:32Salut, non ?
01:33Hein ?
01:34Salut, salut, salut, bien sûr.
01:36Bonjour.
01:36Bonjour.
01:37Bonjour.
01:38Comment tu t'appelles ?
01:39Justine.
01:39Justine.
01:40N'aie pas peur.
01:41Bonjour.
01:42Il est grand, j'avais dit.
01:43Bonjour.
01:44Et toi ?
01:45Bien espérant.
01:45Bien espérant, ça va ?
01:46Bien espérant.
01:47Bonjour.
01:48Bonjour.
01:49Celestine.
01:49Bonjour, Celestine.
01:50Bonjour, Fédémie.
01:50Bonjour.
01:51Bonjour, Mégane.
01:52Bonjour, Mégane.
01:56Lui est aussi le public, sinon on y est pour un moment.
01:58Un bonjour global.
01:59J'ai compris, j'ai compris.
02:00Venez, venez, venez.
02:01Si vous voulez lui demander une petite carte carburant pour faire le plein gratos, c'est le maintenant.
02:06Il est là, allez-y.
02:08Il n'y en a pas.
02:09Il n'y en a pas.
02:09Alors, le gratos, ça n'existe pas chez nous.
02:11Dans l'oreillette, on le sait les...
02:12Merci, cool.
02:14Est-ce qu'on s'amuse un peu quand même quand on est le boss de Total Energy ?
02:18Est-ce qu'il y a toujours une dimension plaisir ?
02:20Plus la longévité, parce que ça fait quoi ? 12 ans ?
02:2212 ans bientôt.
02:2312 ans dans 15 jours.
02:24Voilà.
02:25Voilà.
02:25Et plus, quelques années en plus.
02:28Il y a toujours une dimension plaisir de...
02:29C'est le même essentiel, en fait.
02:31Je suis là pour m'amuser ce soir.
02:33Non, je ne viendrai pas.
02:34Allez, c'est parti pour la masterclass de Patrick Pouyannet, le PDG de Total Energy.
02:39Allez, installez-vous.
02:40Allez, vous laissez.
02:50Oui, dans la vraie vie, les étudiants et les grands patrons ne se rencontrent jamais.
02:54Et c'est normal.
02:55Et c'est normal.
02:55Chacun est à sa tâche, bien sûr.
02:57Les étudiants sont concentrés sur l'obtention de leur diplôme, leur formation.
03:01Et puis, les dirigeants des grands groupes chèrent évidemment quasiment non-stop leur multinational.
03:06Et bien nous, sur Public Sénat, ce qu'on veut, c'est que les uns et les autres puissent se
03:10parler librement sur les sujets que notre jeunesse juge comme étant prioritaire.
03:14Et puis, je rappelle encore une fois, pour celui ou celle qui aura la question la plus pertinente, en fin
03:20d'émission, dix ans de plein d'essence et d'électrons offerts par Total Energy.
03:24Non, toujours pas, ça n'a pas changé.
03:25Ça, pourquoi pas ?
03:26C'est moi qui choisis la question la plus pertinente.
03:28C'est vous.
03:28Allez, allez.
03:29Et pourquoi pas, tiens.
03:32Patrick, on a une photo de vous qu'on va découvrir maintenant.
03:35C'est très le pire.
03:35Vous êtes étudiant à Polytechnique.
03:38Non, vous n'êtes pas à l'armée, vous êtes étudiant à Polytechnique.
03:39À l'époque, vous vous êtes blessé au bras.
03:42Et ça a eu une conséquence, une conséquence sur votre carrière en tout cas à ce moment-là.
03:47Oui, je pense.
03:48Oui, ça faisait longtemps que j'étais jeune.
03:50Effectivement, je suis rentré libre parce qu'il y a eu l'école polytechnique et l'école militaire.
03:54Effectivement, à la fin de mon service militaire, j'ai joué handball et je me suis fracassé le bras en
03:59trois bouts.
04:00Et ça a influencé, je pense, la suite de mon histoire parce qu'en fait, quand je suis rentré à
04:03l'école polytechnique,
04:05où j'étais rentré 150e, ce qui était bien, j'étais là, je venais de province,
04:09j'ai été scotché dans ma chambre puisque je ne pouvais pas utiliser mon bras.
04:12Il m'a fallu près d'un an pour retrouver l'usage de mon bras.
04:14J'étais opéré, etc.
04:16Et donc, quand on est dans sa chambre, on travaille, on étudie.
04:20Bon, peut-être que je dis ça, mais c'est vrai.
04:22Et donc, à la fin, je suis sorti de polytechnique dans les dix premiers de l'anadolique.
04:25Vous ne le seriez pas alors ?
04:26Non, je ne pense pas que je serais là parce que je pense que j'aurais fait comme mes collègues,
04:29je ne me serais pas mal amusé.
04:30Mais moi, je ne pouvais pas trop m'amuser, je ne pouvais pas conduire,
04:32je pouvais se scotcher.
04:33J'avais des copains qui m'aidaient.
04:35Voilà, donc dans la vie, il y a des choses qui arrivent.
04:36Des fois, un malheur, entre guillemets, ou un problème se transporte.
04:39C'est toujours une grande philosophie pour moi.
04:41Dans toute difficulté, il y a toujours une opportunité.
04:44Voilà, c'est ça, être optimiste.
04:45Moi, je suis optimiste.
04:46Allez, maintenant, c'est au tour de nos amis étudiants de vous interroger,
04:49de vous poser des questions, Patrick Pouyanné.
04:50Vous allez voir, ils ont tous des parcours différents.
04:53Certains même ont fait leur service civique ou du bénévolat.
04:56Et on remercie l'Institut de l'Engagement et le Cercle des économistes
04:59qui nous ont mis en relation.
05:00On va échanger autour des sujets, leurs préoccupations,
05:05leurs sujets de prédilection, leurs centres d'intérêt.
05:07Première question à présent de Fadi.
05:13Bonjour, moi, je m'appelle Fadi Macron.
05:15Du coup, je suis en double master à l'EM Lyon, ainsi qu'à Sciences Po Lyon.
05:18Ma question est la suivante.
05:19Avec votre expérience, qu'est-ce qui permet aujourd'hui réellement
05:22de réussir professionnellement lorsqu'on ne dispose pas,
05:25par exemple, au départ de tous les codes et du réseau ?
05:28Merci.
05:28Vous savez, je vais prendre mon exemple,
05:30puisque moi, il se trouve que je suis fils de fonctionnaire.
05:33Mon père était douanier, ma mère travaillait au poste et je viens de province.
05:36J'ai découvert Paris quand je suis rentré à l'école polytechnique.
05:39Donc, vous voyez, je viens d'un parcours, sans doute, à l'époque,
05:43on pouvait, l'école républicaine m'a permis de progresser.
05:46Bon, j'avais un don, un don.
05:48Donc, quand on a un don, il faut le cultiver.
05:49Un don pour les maths.
05:50Et surtout, ma principale don, c'est que j'étais curieux à peu près dans tout.
05:53J'ai dû faire le concours général de français, de latin et de maths.
05:57Vous voyez, donc, j'étais curieux à tout et ça m'a parié.
06:01Après, donc, la curiosité, il faut être ouvert, il faut travailler.
06:04Moi, je n'ai pas de trouver d'autres recettes, il faut travailler.
06:07Et puis après, dans la vie, il y a des opportunités.
06:09Alors, vous les forcez sans doute par votre travail parce que les gens vont vous repérer.
06:13Mais les opportunités, il faut un peu de chance.
06:15Il faut rencontrer des personnes qui vont considérer que vous avez sans doute quelques talents
06:19et puis qu'il faut faire confiance.
06:21D'ailleurs, si j'ai un conseil dans la vie professionnelle, c'est que finalement,
06:24les jeunes, souvent, choisissent plutôt ce qu'ils ont envie de faire.
06:27En fait, ce qui est plus important, c'est de regarder avec qui va être votre premier responsable,
06:31votre premier chef, avec qui on va travailler.
06:33Parce que finalement, celui qui vous éduque professionnellement,
06:35c'est vos patrons successifs qui travaillent avec vous
06:38parce que vous avez tendance au mimétisme quelque part, à prendre d'eux.
06:42Comment provoque la chance ?
06:43Comment provoque les rencontres quand on n'a pas les réseaux, quand on démarre ?
06:45Mon travail m'a fait qu'on m'a repéré.
06:48Je suis devenu conseiller d'un premier ministre parce que j'étais haut fonctionnaire.
06:52Je suis rentré dans la fonction publique.
06:54On a des gens regardés, ils m'ont proposé de faire ce job.
06:57Après, je suis devenu directeur de cabinet d'un ministre.
06:59Donc, je pense que tout ça, c'est parce que les gens appréciaient ce que je faisais, mon comportement.
07:03Puis après, un jour, un patron d'une entreprise m'a dit
07:04« Est-ce que vous voulez venir chez moi ? »
07:06Je lui ai dit non la première fois.
07:08Et puis un an après, je lui ai dit oui.
07:10Je lui ai dit non parce qu'il venait un peu trop tôt
07:11et puis que j'avais encore la chance de pouvoir être encore une fois directeur de cabinet d'un ministre.
07:16Donc, j'ai décidé qu'à mon âge, j'étais jeune,
07:18je pouvais encore un peu travailler pour l'État, pour la France avant de rejoindre l'entreprise.
07:21Finalement, un an après, j'ai dit oui.
07:22Voilà, donc comme quoi l'histoire revient.
07:24Et provoquer la chance, je pense aux jeunes aujourd'hui, c'est plus compliqué pour eux ou pas ?
07:27Non, je ne pense pas.
07:29Non, pourquoi ça ?
07:29Je pose la question.
07:30Non, non, mais il y a l'idée que les choses, vous savez, encore une fois,
07:32moi, je vous ai écrit mon parcours, je n'avais pas de réseau.
07:35Je n'étais pas dans ce temps, je n'avais pas de code.
07:37Je ne venais bien pas d'un monde qui m'a donné accès nécessairement.
07:40Et d'ailleurs, jamais j'aurais imaginé, étant jeune à Saint-Jean-de-Luz,
07:43de venir un jour PDG de Total Énergie.
07:45C'était même loin de moi, voire très loin de moi.
07:48Donc, tout est possible.
07:49Après, encore une fois, on a ces talents, on les cultive,
07:52on a une personnalité, on fait des choses qui nous plaisent.
07:55Et puis, il faut écouter, il faut écouter les chants.
07:57Je veux dire, je pense que je n'ai jamais dit non,
08:00à part une fois à ce patron qui, un an après, je suis revenu,
08:02je n'ai jamais dit non à aucun des postes qu'on m'a proposés.
08:05Je fais confiance aussi.
08:06On fait confiance au fait que, bon, voilà, vous savez,
08:09un jour, j'étais dans la branche majeure de Total Énergie
08:12qui s'appelle l'exploration-production.
08:14Puis, on m'a envoyé au raffinage chimie.
08:15On m'a dit, on la punit, il ne sera jamais PDG de la boîte.
08:18Voilà, tout est possible, vous voyez, dans l'avenir.
08:20Bonjour, monsieur Pouyanné.
08:22Je suis Gaspard Oldbol, étudiant à l'ESCP en master.
08:25Et ma question est la suivante.
08:28Devenir PDG nécessite d'immenses sacrifices sur le plan personnel.
08:32À quoi avez-vous dû renoncer ?
08:34Cela en veille-t-il la peine ?
08:36Et qu'est-ce que vous diriez à ma génération ?
08:40Le mot sacrifice, non, ce n'est pas du tout comme ça que je le prends.
08:42C'est un immense privilège et une chance.
08:44Donc, ce n'est pas un sacrifice.
08:45En fait, je veux dire ce qui s'est passé pour moi.
08:48Christophe de Marjorie est décédé un soir, dramatiquement,
08:51dans un accident d'avion à Moscou.
08:53Et le lendemain matin, j'ai reçu un appel de Thierry Desmarais,
08:56qui était l'ancien PDG, qui était revenu au Conseil,
08:58qui m'a demandé, il m'a dit, voilà, Patrick,
09:00on pense à vous pour prendre la suite.
09:02Je vous donne deux heures pour réfléchir.
09:03Mais vous prenez le temps de réfléchir.
09:06Parce que je ne veux pas votre réponse spontanée,
09:08je veux que vous preniez le temps de réfléchir.
09:09Alors, en fait, j'ai pris deux, trois heures.
09:11Oui, j'ai réfléchi.
09:12Et la vraie réflexion, elle est l'impact que ça a sur sa famille, profondément.
09:17Parce qu'à ce moment-là, la grande différence
09:19entre être membre du comité exécutif et PDG,
09:22c'est que finalement, à la fin, vous êtes l'entreprise.
09:24Enfin, votre vie appartient à l'entreprise, en gros.
09:27Et c'est compliqué de ne pas rentrer.
09:29En tout cas, c'est comme ça que je le vis.
09:30Donc, il y a des conséquences.
09:31Il y a des conséquences.
09:33Je n'avais pas complètement vu ça,
09:34mais très vite, pour mes enfants,
09:35parce que tout d'un coup,
09:36les fils du PDG de Total Energy,
09:37ils ne savaient pas que j'ai travaillé chez Total Energy,
09:40leurs copains.
09:41Ça devient...
09:42Ils sont exposés.
09:44Il y a des gens qui peuvent...
09:45Donc, ça perturbe un peu l'entérotement familial.
09:48Il est là, presque simplement, le sacrifice.
09:50Est-ce que tout cela en vaut la peine,
09:53en valait la peine, justement,
09:54d'avoir exposé sa famille, malgré vous, tout ça ?
09:57Les sacrifices et la charge de travail, évidemment,
10:00tout ça, ça en vaut la peine ?
10:01Le PDG, encore une fois,
10:02c'est très différent d'un homme politique.
10:03Un homme politique, il engage totalement sa famille,
10:05il est un homme public.
10:06Moi, je suis un homme public dans la limite de
10:07je suis l'image de Total Energy.
10:09Mais à la fin, je passe.
10:10Un jour, quelqu'un...
10:11Même si c'est vraiment que je suis là,
10:12mais un jour, quelqu'un me remplacera
10:13et donc, j'incarne l'entreprise.
10:15Donc, moi, quand les choses se passent,
10:16je ne les prends pas personnellement.
10:18Les seules deux ou trois fois où je me suis
10:20un peu énervé dans mon crâne,
10:21c'est quand j'ai vu des commentaires dans les médias
10:23qui concernaient mes enfants.
10:24Et ça, ça me gêne.
10:25Mais c'est arrivé très rarement.
10:26Donc, il faut arriver.
10:28Et donc, de ce point de vue-là,
10:29je n'ai jamais...
10:29Comment dire ?
10:31Je suis détaché par un tour à tout cela.
10:32Je sais que j'incarne l'entreprise.
10:34Bon, j'ai ma personnalité.
10:35Les gens ont tendance à identifier
10:37le PDG que je suis et l'entreprise.
10:39Ça, j'en suis conscient.
10:40Mais en même temps,
10:41les attaques que peuvent avoir Total Energy
10:44ou que des fois,
10:44qui s'attaquent à moi directement,
10:46à ma personne,
10:48ne me blesse pas parce que finalement,
10:49j'ai une certaine distance.
10:51Bonjour, Lucie Lecheny,
10:52étudiante en conseil
10:53et vice-présidente interne
10:54de la Confédération nationale
10:55des juillets d'entreprise.
10:56J'ai une question aujourd'hui pour vous.
10:59Est-ce que pendant votre carrière,
11:00vous avez pris des décisions
11:01que vous ne réitériez pas aujourd'hui
11:03et même bien que vous regrettiez ?
11:05La règle que je me suis fixée,
11:06d'ailleurs, c'est Thierry Lemarie
11:07qui me l'avait dit,
11:07m'a dit que vous allez faire des erreurs.
11:09Vous avez une seule instruction.
11:11Jamais la répéter deux fois.
11:13Donc, vous devez être suffisamment lucide.
11:14Et c'est un exercice important
11:16de se reconnaître, de se regarder,
11:18d'être suffisamment lucide,
11:19même si vous êtes le numéro un,
11:20le patron,
11:20pour ne pas croire
11:21que tout ce que vous faites
11:22est infaillible
11:23et que reconnaître,
11:24c'est quand même ses erreurs
11:25et se dire,
11:26bon, ça, je l'ai fait
11:26et je ne vais pas le répéter.
11:27Ce qui est très difficile,
11:29par exemple,
11:29c'est sur les hommes et les femmes.
11:30C'est difficile d'être courageux
11:33avec les hommes et les femmes
11:34qui vous entourent.
11:34Quand vous devez prendre des décisions,
11:36quand je deviens PDG,
11:37sur qui, avec qui je vais travailler,
11:39donc vous devez promouvoir
11:40certaines personnes,
11:42demander à d'autres
11:43de se mettre en retrait,
11:45ce n'est pas très simple,
11:46mais en fait,
11:47et j'ai mis du temps,
11:48j'ai mis presque neuf mois.
11:50J'ai été nommé en octobre,
11:51c'est à l'été 2015.
11:53Et l'été, je me suis dit,
11:54mais finalement,
11:54qu'est-ce qui a marché
11:55et n'a pas marché
11:55depuis que tu es là ?
11:57Et je me suis rendu compte
11:58que j'avais pris des décisions
11:59sur le plan business
11:59que je regrettais,
12:01mais en fait,
12:01parce que j'avais été trop gentil,
12:03enfin, trop faible
12:04ou parce que j'avais accepté
12:05de rentrer dans un jeu de rôle
12:08et qui n'était plus conforme
12:09à l'intérêt de l'entreprise.
12:10Et je me suis dit,
12:10bon, finalement,
12:11ton job à toi,
12:12c'est que tu dois être convaincu
12:14que ce que tu fais,
12:14ça marche dans l'intérêt
12:15de l'entreprise
12:16puisque c'est toi
12:16qui l'incarnes.
12:18Bonjour,
12:18c'est Lestine d'Alessandro,
12:19étudiante à la Sorbonne.
12:20Et ma question,
12:22c'est aujourd'hui,
12:22de nombreux jeunes diplômés
12:24de grandes écoles
12:25ou d'universités
12:26expriment des réserves,
12:27parfois éthiques,
12:28à rejoindre
12:29des majeurs pétrolières.
12:30Et donc,
12:31si vous,
12:31aujourd'hui,
12:31vous devriez vous adresser
12:32par exemple
12:33à un jeune ingénieur
12:33qui, justement,
12:34hésite à postuler
12:35chez Total Energy
12:36par conviction écologique,
12:39comment réussiriez-vous
12:40à le convaincre
12:40qu'il serait plus utile
12:41chez vous
12:41plutôt qu'ailleurs ?
12:43D'abord,
12:44sur ce sujet-là,
12:45moi,
12:45je respecte la vie
12:46de tout le monde.
12:47C'est normal
12:48que dans nos systèmes
12:50démocratiques,
12:50et l'esprit des jeunes,
12:51d'ailleurs,
12:51les jeunes sont souvent
12:52plus révolutionnaires,
12:53moi aussi,
12:53j'avais des idées.
12:54Je veux dire,
12:55j'ai même dit un jour
12:55à mon patron,
12:56jamais je n'irai
12:56dans une boîte pétrolière.
12:57Vous voyez comme quoi
12:58on fait des points
12:59d'idées âneries.
13:00Bon,
13:01donc,
13:02non,
13:02mais je pense que,
13:03donc,
13:03un,
13:03je respecte
13:04et c'est bien
13:04que tout le monde
13:05ne va pas aller
13:05venir chez TotalEnergie.
13:07Deuxièmement,
13:07je pense que,
13:07qu'est-ce que je vais leur dire ?
13:08Je vais leur dire
13:08qu'en fait,
13:09chez nous,
13:09ils peuvent agir concrètement.
13:11Alors,
13:11bien sûr qu'on continue
13:12à produire du pétrole
13:13et du gaz,
13:14et je ne vais pas le cacher,
13:15ça fait partie de la stratégie
13:15parce que c'est votre énergie
13:16d'aujourd'hui,
13:17c'est celle que vous utilisez
13:18tous les jours.
13:19Et l'idée de croire
13:19que parce qu'on arrête
13:20de produire du pétrole,
13:21on va changer l'énergie mondiale,
13:22ça,
13:22c'est complètement faux.
13:34bas carbone,
13:35décarboné.
13:35Ça,
13:35c'est un autre impératif.
13:37Donc,
13:37ce que fait TotalEnergie,
13:38c'est qu'on a décidé
13:39depuis 2020,
13:40c'est pour ça qu'on est
13:41redevenu TotalEnergie
13:42avec un S,
13:43ce n'est pas Total,
13:43même si en ce moment,
13:45avec la crise pétrolière,
13:45tout le monde nous appelle Total.
13:46Bon,
13:47mais là,
13:47j'ai un peu renoncé
13:47parce que Total égale pétrole,
13:49donc visiblement,
13:49les gens aiment le pétrole
13:50en ce moment.
13:51Mais ce qu'on a décidé,
13:52c'est qu'on allait construire
13:53une branche nouvelle
13:54qui est l'électricité
13:55parce que finalement,
13:56l'énergie de la décarbonation,
13:57c'est l'électricité.
13:58Donc,
13:58on est engagé,
13:59on dépense à peu près
14:0025 % de nos budgets
14:01d'investissement,
14:02c'est là-dedans,
14:02donc c'est concret.
14:03Et chez moi,
14:044 milliards par an,
14:08avec ça,
14:08on fait beaucoup de...
14:10Je peux vous dire,
14:10on a construit
14:10des énergies renouvelables
14:11et d'ailleurs,
14:12il y a un de mes fils
14:13qui voulait faire
14:13des énergies renouvelables
14:15mais surtout pas venir
14:16chez TotalEnergie,
14:16d'ailleurs,
14:16il n'aurait pas eu le droit
14:17pour des conditions
14:18de conflits d'intérêts,
14:19donc je lui dis pas de problème.
14:20Un jour,
14:20il m'a dit,
14:21après six mois,
14:21finalement,
14:22moi j'ai des copains
14:22de mon école
14:23qui sont venus chez toi,
14:24ils sont vachement contents
14:24parce qu'ils font
14:25des grands projets,
14:26moi je fais des petites choses,
14:26voilà,
14:27donc nous on offre
14:27la possibilité,
14:29on est très sérieux,
14:30d'ailleurs,
14:30on est très attractifs
14:31dans ce secteur-là,
14:32on s'était donné
14:33un objectif
14:34de construire en 2020
14:3535 gigawatts
14:36de capacités renouvelables,
14:3835 gigawatts,
14:38ça fait un paquet
14:39de réacteurs nucléaires,
14:39je peux vous dire,
14:40c'est à peu près
14:401,5 gigawatts,
14:42et bien on les a construits
14:42et on va continuer
14:43à croître
14:50que dans une entreprise,
14:51si je peux mettre
14:524 milliards
14:53dans ces énergies-là,
14:54c'est parce que je gagne
14:54de l'argent
14:55avec le pétrole et le gaz,
14:56moi je ne suis pas
14:56un magicien.
14:57Lorsqu'on est PDG,
14:58on doit arbitrer
14:59des objectifs
15:00qui se contredisent
15:02parfois,
15:03tel est le cas,
15:03on imagine,
15:04de Total Energy
15:05qui œuvre au quotidien
15:07pour la transition énergétique,
15:09la décarbonation,
15:11qui rend l'énergie
15:13abordable,
15:14mais qui aussi,
15:15comme toute entreprise,
15:16doit nécessairement
15:17dégager des bénéfices,
15:19comment,
15:21concilier,
15:21comment arbitrer
15:22des objectifs
15:25inconciliables ?
15:26Ils ne sont pas
15:26inconciliables,
15:27la preuve,
15:27on essaie de faire au mieux,
15:28mais ça c'est exactement
15:30la définition du management,
15:31enfin du manager.
15:33Vous avez deux catégories
15:34de manager,
15:34au début,
15:35on vous donne
15:35un objectif simple,
15:36tu vas produire,
15:37puis après on va ajouter,
15:39je dis à mes patrons,
15:40ça sera plus cool,
15:41tu vas produire,
15:42mais en même temps,
15:43tu dois baisser tes émissions.
15:44Déjà on commence
15:45à compliquer un peu l'équation,
15:47puis après on va dire
15:47que tu dois produire,
15:48baisser les émissions
15:48et contenir tes coûts.
15:50Donc ça c'est
15:51la troisième dimension.
15:52Mais c'est ça une entreprise,
15:53on cherche quelque part
15:54et c'est là qu'un manager
15:55va exprimer son talent,
15:57sa capacité
15:58à trouver le bon compromis.
16:00Alors c'est là
16:00qu'un cadre stratégique
16:01est important.
16:02On s'est fixé un cadre,
16:04on veut atteindre,
16:05l'électricité doit faire
16:0610%,
16:0620% en 2030.
16:08Donc je sais
16:08que je dois y consacrer
16:093 à 4 milliards.
16:10Donc je sais
16:10que ces 3 à 4 milliards
16:11ont une rentabilité
16:12plus faible
16:13pendant des années
16:13que si j'investis
16:14dans le pétrole et le gaz.
16:15Mais ça c'est le cadre
16:16qu'on s'est donné
16:17avec le conseil d'administration
16:18et dont je dois être le garant.
16:19J'ai écouté
16:20une récente interview
16:21dans laquelle vous expliquez
16:23que vous continuez
16:24à produire du pétrole
16:25parce que la difficulté
16:28de la transition
16:29c'est la demande
16:30et que les consommateurs
16:31veulent avant tout
16:31une énergie abordable
16:33sauf que selon
16:34l'Agence internationale
16:35de l'énergie
16:36pour atteindre
16:37nos objectifs climatiques
16:38il ne faut plus ouvrir
16:39de nouveaux gisements.
16:40Donc ma question
16:41est la suivante.
16:42En continuant
16:43d'exploiter massivement
16:44de nouvelles réserves
16:45qui ont contribué
16:46d'une certaine manière
16:47à verrouiller la demande
16:49et à enfermer
16:51les sociétés
16:52dans les énergies fossiles
16:55alors que vous pourrez
16:57notamment
16:58utiliser votre puissance
16:59financière
17:01pour accélérer
17:02l'or décarboné.
17:03La population croit
17:04et continue à croître.
17:06On somme 7 milliards
17:07on sera 9 milliards
17:07et ça c'est un phénomène
17:09qu'on oublie un peu facilement
17:10parce qu'on ne peut pas décider
17:12nous, en tout cas
17:12moi je ne vais pas décider
17:13qu'il faut que cette population
17:15qui croit
17:16soit pauvre en énergie.
17:18Parce que d'ailleurs
17:19l'accord de Paris
17:19quand vous le lisez
17:20il s'appelle
17:21accord de Paris
17:22pour le climat
17:22et le développement.
17:23Parce que c'était là
17:24le cœur du sujet
17:25de l'accord de Paris.
17:26C'est comment on fait
17:27pour à la fois
17:28aller vers la neutralité carbone
17:30et en même temps
17:31permettre à tous
17:31ces pays émergents
17:32de continuer à se développer,
17:34à croître.
17:34C'est une aspiration légitime
17:35de toutes ces populations-là.
17:37Donc il est là le débat.
17:38Je m'appelle Denis,
17:39bonjour.
17:39Bonjour.
17:40Je suis étudiant
17:41à Sciences Po Grenoble
17:42et donc j'ai une question
17:43qui touche de près
17:44à l'actualité.
17:45donc vous présentez souvent
17:48le plafonnement
17:49des prix des carburants
17:51comme un sacrifice financier
17:52pour votre entreprise.
17:54Et en fait,
17:55moi je me demande
17:55au final,
17:57est-ce que ça ne serait pas
17:58un choix
17:59qui s'avère être rentable
18:00avec le temps ?
18:01On l'a fait profondément
18:03parce que,
18:03et je pense qu'il se trouve
18:05que la crise dure plus longtemps
18:06et que le prix monte haut,
18:07parce qu'on veut quelque part,
18:09c'est l'occasion pour nous
18:10de montrer aux Français
18:10c'est qu'avoir un grand pétrolier
18:12dans le pays,
18:13c'est utile pour eux
18:14et l'utilité c'est le prix.
18:15Je veux dire,
18:16pas de secret.
18:17Donc,
18:17on peut me dire tout ce qu'on veut.
18:19À la fin,
18:19oui,
18:20à ma grande surprise
18:21parce que la crise dure,
18:22ça devient,
18:23on est en train de devenir
18:23la marque la plus populaire
18:25du pays,
18:25tout d'un coup,
18:26alors qu'on ne l'était pas
18:26parce que Total,
18:27c'est vu comme une marque
18:29de façon service chère.
18:30On est assimilé à ça.
18:31Tout d'un coup,
18:32on devient accessible
18:33et aujourd'hui,
18:34le gouvernement essaie
18:35de temps en temps
18:36de parler de taxation
18:36mais il fait des sondages,
18:40de taxation
18:40et les Français répondent
18:42mais massivement,
18:43leur plafond,
18:44c'est très bien,
18:44laissez-le nous.
18:45Ils ne veulent pas
18:45de la taxation.
18:46Le gouvernement aimerait
18:48bien faire les deux
18:48mais là,
18:49le plafond va s'arrêter.
18:51Mais je pense que
18:52ce n'est pas une opération
18:53gagnante.
18:54Aujourd'hui,
18:54c'est un coût.
18:55On doit être à peu près
18:56à 500 millions d'euros.
18:57On peut me dire
18:57que ce n'est pas beaucoup d'argent.
18:58Donc,
18:59c'est un choix délibéré.
19:00Mais vous avez gagné
19:01des parts de marché au passage.
19:02On gagne des parts de marché
19:03mais chaque part de marché
19:04me coûte un centime de litre.
19:06Aujourd'hui,
19:07je vends moins cher l'essence
19:08que ce que je devrais faire.
19:10Après,
19:11les parts de marché,
19:12oui,
19:12mais parce qu'on est populaire.
19:13J'adore.
19:14L'entreprise devient populaire.
19:16Moi,
19:16je trouve ça super
19:16pour une entreprise
19:17qui est...
19:17On est en train de réconcilier
19:18les Français
19:19avec le capitalisme.
19:20Une entreprise
19:21qui gagne beaucoup d'argent
19:22et qui est populaire
19:23vue d'en bas.
19:24Donc,
19:25en haut,
19:25on nous critique.
19:26En bas,
19:26aujourd'hui,
19:27on est populaire.
19:27Il y a la queue partout.
19:28Ils veulent tous aller chez nous.
19:29Et en plus,
19:30c'est bien
19:30parce que j'admire
19:31ce qui se passe.
19:32Je veux dire
19:33merci à toutes les équipes
19:34de mes stations-services
19:34qui ne font pas
19:36patience infinie.
19:37En plus,
19:37les Français,
19:38ils ne râlent pas
19:38quand il n'y a plus
19:39d'essence dans la pompe.
19:40Donc,
19:41il y a un respect.
19:42Ils voient qu'on fait
19:43le maximum pour eux.
19:44Voilà.
19:44Donc,
19:45moi,
19:45si j'arrive à réconcilier
19:46encore une fois
19:47une entreprise
19:48qui marche
19:49et le fait
19:50qu'elle soit appréciée,
19:51je pense que là,
19:51pour le coup,
19:52les 500 millions d'euros
19:53ou plus qu'on aura investi
19:54à la fin de l'année
19:54sont un vrai investissement.
19:56Mais certains pourraient dire,
19:57des mauvaises langues,
19:58je dirais,
19:581,85 €,
20:00ça le coûterait 1 milliard,
20:01il en gagne 20.
20:02Non,
20:02mais d'accord,
20:03on peut rentrer là-dedans,
20:03mais simplement,
20:04il se trouve que
20:05personne ne nous oblige
20:06à faire ça.
20:07Personne.
20:08C'est une décision
20:08qui n'a été prise que par nous,
20:10sans même en informer
20:11quelque chose.
20:11D'ailleurs,
20:11le gouvernement a un peu râlé
20:12parce qu'au début,
20:13ils n'étaient pas au courant.
20:14Mais je veux dire,
20:15on a fixé ça
20:16parce que psychologiquement,
20:18dans mon esprit,
20:19qu'on franchit 2 euros,
20:20on rentre dans un autre univers
20:22pour le porte-monnaie
20:23des Français.
20:24On va continuer,
20:25Patrick,
20:26avec une série de questions
20:27oui ou non,
20:28vous répondez par oui
20:29ou par non
20:30et après vous expliquez
20:32pourquoi,
20:32évidemment.
20:33Oui ou non,
20:34vous aimez les grands voyages,
20:36vous aimez partir loin.
20:37J'adore.
20:38Sur 200 pays dans le monde,
20:40il en a fait déjà 160.
20:42C'est un objectif d'ailleurs.
20:44Oui,
20:44parce qu'en fait,
20:44j'adore,
20:45parce qu'en fait,
20:45pour moi,
20:46et je le fais pour mon métier,
20:48mais je le fais aussi
20:48par mes vacances.
20:49Je me balade un peu partout
20:50sur la planète.
20:50Je parlais des vacances aussi.
20:51Non, les congés,
20:51parce qu'en fait,
20:52je trouve que voir les autres,
20:54on apprend beaucoup
20:55des autres cultures
20:55et voir comment...
20:57J'ai amené un jour
20:57ma famille se balader
20:58dans les collines
21:00entre guillemets
21:01en Papouasie-Nouvelle-Guinée
21:02où on a vécu
21:03pendant trois semaines
21:03avec des gens dénués,
21:04des gens qui expliquaient
21:06qu'ils n'ont même pas
21:07aucune idée
21:07de ce que c'est
21:08que notre vie européenne.
21:09J'ai vu une autoroute
21:10que la plus haute montagne du monde,
21:11c'est celle qui était
21:12à 1000 mètres devant eux.
21:14Vous relativisez beaucoup de choses.
21:15Il paraît que vous disparaissez
21:16totalement quand vous êtes en vacances.
21:17À part un téléphone satellitaire,
21:19il est injoignable.
21:19Non, non.
21:20Non ?
21:20Je vois avec le bidule,
21:22l'iPhone,
21:26parce que j'ai besoin
21:27que mon esprit s'aère.
21:28J'aime bien aller dans le Pacifique,
21:29dans des îles pour aller loin.
21:30Mais aujourd'hui,
21:31on est connecté tout le temps.
21:32Je suis injoignable.
21:33Même quand je suis allé en Antarctique
21:34et là, j'avais effectivement
21:35un téléphone satellitaire.
21:36C'est mon métier.
21:37Après, quand je suis en vacances,
21:39je désigne quelqu'un
21:40qui doit rester à Paris
21:40et qui s'occupe en cas de crise.
21:42On n'est pas un surhomme
21:43parce qu'on est PDG de l'entreprise.
21:44Ce n'est pas vrai.
21:45On est comme vous tous.
21:46Et moi, j'ai découvert
21:47qu'au contraire,
21:48il fallait avoir à peu près
21:49le rythme scolaire.
21:55se ressourcer
21:56et puis avoir des congés à Noël,
21:58des congés en mouvement de Pâques
21:59et des congés l'été.
22:00Sinon, en fait,
22:02la fatigue fait qu'on est stressé
22:04et on peut prendre
22:04des mauvaises décisions
22:05où son énervement,
22:06ça se traduit par l'énervement.
22:07Oui ou non,
22:08vous avez un bon coup de fourchette.
22:10Oui.
22:10Vous avez vu ma carure,
22:11donc ça va.
22:12Sans être spécialement gourmet.
22:14Non, ça, ce n'est pas vrai.
22:15Ah ?
22:16Donc gourmet et gourmand.
22:17Oui, les deux.
22:18Ça, ce n'est pas vrai.
22:19Oui ou non,
22:19vous dormez 6 heures par nuit.
22:22Avec l'âge, on dort moins.
22:23Ça se balade entre 5h30 et 6h maintenant.
22:26Donc lever 6h30 tous les matins,
22:27bureau à 8h moins le quart,
22:29jusqu'à 20h.
22:30Même le dimanche.
22:31Dimanche, non.
22:32En fait, le bureau, pour moi,
22:34il s'arrête plutôt à la fin
22:35des dîners que je peux avoir
22:36à 22h30.
22:37Parce que quand je vais,
22:38honnêtement,
22:38je vais rarement en ville
22:39pour mon plaisir personnel
22:40pendant la semaine.
22:41Je préfère rentrer chez moi
22:42me reposer.
22:43Le dimanche, oui,
22:44je travaille le dimanche.
22:45Pas le samedi, mais le dimanche.
22:46Oui, à partir de 10h.
22:47Oui, de 10h à 20h ou 22h.
22:50Il faut prendre tous les mails
22:51de la semaine,
22:51il faut répondre.
22:51Il y en a qui répondent.
22:52Vous répondez une fois
22:53par semaine au mail, non ?
22:54Non, non, je réponds
22:54au fur et à mesure de la semaine.
22:56Vous savez,
22:56quand vous êtes pris
22:57du matin au soir.
22:58Il y en a 200 par jour
22:58dans le vin ?
23:00Oui, au moins 200.
23:01Mais en fait,
23:02ma vie,
23:02il y a un pays d'un PDG,
23:03en fait, je suis matin,
23:04j'arrive à 8h30
23:05et je vais rentrer
23:06dans des réunions
23:06jusqu'à 20h.
23:07Je suis rarement dans mon bureau
23:09à avoir le temps
23:09de réfléchir,
23:10de répondre à des mails.
23:11Ça ne se passe pas comme ça.
23:12Donc, il faut que j'arrive
23:12à répondre en urgence.
23:13Oui ou non,
23:14vos équipes tremblotent
23:16parfois en entrant
23:17dans votre bureau.
23:18Elles tremblotent
23:19comme moi,
23:20je tremblotais
23:20quand j'allais voir
23:20Christophe de Margerie.
23:22En fait,
23:23j'ai mis du temps
23:24à comprendre ça.
23:25Et c'est ce que je disais
23:26tout à l'heure.
23:27Le problème,
23:27quand vous êtes
23:27dans cette position-là,
23:29vous pensez
23:30vous comporter normalement,
23:31mais vous n'êtes plus
23:32le même dans le regard
23:33des autres.
23:33Vous êtes le patron
23:34de l'ensemble.
23:35Et je me suis dit
23:36un jour,
23:36mais en fait,
23:37quand moi,
23:37je rentrais dans ce bureau,
23:38bon, je connaissais bien
23:39Christophe de Margerie,
23:40mais je n'étais pas
23:40totalement,
23:42nécessairement aussi clair
23:44et, je dirais,
23:46dans tout ce que je pouvais dire
23:46parce que, bon,
23:47c'était le PDG,
23:48je lui explique des trucs
23:49quand même,
23:49et l'amener à comprendre
23:50mes raisonnements.
23:51Donc, je me suis dit
23:52que les gens qui rentraient
23:52en bureau étaient
23:53dans les mêmes conditions.
23:54Donc, après,
23:55je ne suis pas sûr
23:56qu'ils tremblent.
23:57Vous savez que vous avez
23:57un petit surnom.
23:58Certains dans votre entourage
23:59vous ont donné un surnom.
24:01Vous savez ?
24:01Quand j'étais gamin,
24:02j'en avais plein.
24:03Donc, je ne sais pas
24:03quel est celui de l'entreprise.
24:05Aigle 4,
24:06il faut le prononcer
24:07en anglais.
24:08Eagle 4,
24:08puis le revenir au français,
24:10Eagle 4.
24:12Oh, oui, ça,
24:12c'est marrant,
24:13mais je préfère la notion
24:14d'aigle que de gueuler.
24:16Oui ou non,
24:17vous êtes à la fois rationnel,
24:19émotif et parfois volcanique.
24:21On peut être...
24:21Ce qui prouve
24:22la complexité du personnage.
24:23Non, je pense que j'ai...
24:25Alors, pour le coup,
24:25je dois parler de moi-même,
24:26là, c'est compliqué,
24:26mais je pense que je suis
24:28un mélange un peu étrange,
24:29pas émotif,
24:30mais émotionnel,
24:30d'une intelligence
24:31à la fois rationnelle.
24:32Oui, je fais les livres
24:33de mathématiques,
24:34de physique,
24:34donc je suis rationnel
24:35et j'aime bien regarder
24:36les faits
24:37et je prends mon temps
24:38à regarder le tour de l'arbre,
24:40à regarder la réalité des faits
24:41pour comprendre
24:41ce que je dois faire.
24:42Mais après,
24:43je pense qu'il y a
24:44une intelligence émotionnelle
24:45qui se manifeste
24:46parce que quand on pilote
24:48un ensemble pareil,
24:49c'est pas...
24:50Il y a aussi de l'instinct,
24:51il y a aussi d'autres...
24:52C'est pas les maths
24:53qui vous donnent le résultat,
24:54c'est pas le fichier Excel
24:55qui vous dit
24:55ce que vous devez faire.
24:56Il faut prendre
24:56d'autres éléments
24:57dans la dimension
24:58d'entreprendre la prise de décision
24:59qui peuvent être des éléments
25:00des collaborateurs
25:01qui vont-ils être capables
25:03d'exécuter ou non
25:03ce que je vais demander de faire.
25:07Un mélange un peu étonnant
25:10de rationalité,
25:11d'émotion,
25:11mais je pense que c'est le cas
25:12de pas mal de leaders.
25:13Qu'est-ce qui peut vous faire
25:14sortir de vos gonds ?
25:16Il y a des choses
25:17que je ne supporte pas,
25:18c'est l'amateurisme.
25:20Je ne supporte pas
25:22que quelqu'un vienne me voir
25:23avec un dossier
25:24qu'il a à peu près regardé.
25:26Et où quand je commence
25:27à poser la question
25:28A plus B égale C,
25:29ça ne marche pas.
25:31Et puis la mauvaise foi,
25:32pire que ça.
25:33C'est-à-dire que quelqu'un
25:34qui va dire
25:35bon, le dossier n'est pas terrible,
25:36mais qui ne va pas
25:37être de bonne foi.
25:38Parce que je crois beaucoup
25:39que pour progresser,
25:40encore une fois,
25:40il faut regarder les faits.
25:42On progresse
25:43et on n'axe pas
25:43en mettant la poussière
25:45sous le tapis.
25:46Donc les gens de mauvaise foi,
25:48ça c'est pour moi,
25:48au sens artérien du terme,
25:50c'est un truc
25:50qui peut me rendre
25:52pour le coup
25:53très en colère
25:53quand j'ai le sentiment
25:54que la personne
25:55en face de moi
25:56ne va pas reconnaître l'erreur,
25:57voire même
25:58va s'enferrer
25:58à vouloir
26:00défendre une position
26:01qui clairement
26:01ne tient pas la route.
26:02On a une seconde chance
26:03quand on s'est planté.
26:04Oui, le droit à l'erreur
26:05existe, non.
26:06Ce n'est pas la même chose.
26:07Faire des erreurs,
26:08j'en fais.
26:09Non, mais faire des erreurs,
26:11j'accepte que les gens
26:11puissent faire des erreurs.
26:12On est là pour,
26:13ensemble, corriger.
26:14Mais ce que je n'aime pas,
26:15c'est que l'erreur relève
26:16soit on n'a pas vraiment
26:17regardé le sujet,
26:18ce n'est pas professionnel,
26:19parce que je pense
26:19que la première chose
26:20qu'on doit dans une entreprise,
26:21encore une fois,
26:21c'est l'accès amateurisme
26:22versus professionnel.
26:23Et deuxièmement,
26:24je n'aime pas qu'on s'en faire
26:25en étant de mauvaises points
26:26en disant
26:26« Mais non, mais non, mais non,
26:27mais non, tu n'as pas compris. »
26:27Bon, d'accord.
26:28Peut-être que je n'ai pas compris.
26:30Oui ou non,
26:31vos erreurs, oui.
26:32Oui ou non,
26:32vous avez une voiture électrique
26:34à titre personnel ?
26:35Oui, il y en a une.
26:36C'est-à-dire,
26:36il y en a une.
26:37J'ai une voiture électrique,
26:38une Zoé depuis longtemps.
26:40Toujours la Zoé ?
26:41Oui, parce qu'elle marche bien.
26:43En fait, honnêtement,
26:44c'est mon épouse qui l'utilise
26:45et moi, le week-end un peu.
26:46Elle ne bouge pas,
26:47elle fait des kilomètres.
26:48Mais vous savez,
26:48une Zoé,
26:49pour être dans Paris,
26:49elle s'est petite,
26:50ça va pour faire 5 kilomètres,
26:52aller dans le centre-ville,
26:54etc.
26:54J'ai une voiture hybride
26:55pour moi-même.
26:56Mais pour être honnête,
26:57la voiture hybride,
26:58je suis un peu fainéant,
26:59donc elle marche plus
27:00à l'essence que…
27:01Oh, pas bien.
27:02Oui, mais enfin,
27:03il faut aller brancher le truc,
27:04etc.
27:04En fait, je le fais.
27:05Et vous allez brancher où, d'ailleurs ?
27:06Chez moi, à mon domicile,
27:07j'ai une maison,
27:08donc j'ai la chance
27:08de pouvoir la brancher.
27:09Mais en général,
27:10quand je le fais,
27:10quand je reviens,
27:11il n'y a plus de l'électricité
27:12parce que soit un de mes enfants
27:12sur mon épouse,
27:13elle a l'utilisé.
27:14Donc, c'est moi
27:14qui utilise l'essence.
27:16Peut-être parce que
27:16je suis le pétrolier,
27:17c'est pour ça.
27:18Patrick, on passe
27:19à la question inversée.
27:20Maintenant, c'est à vous
27:21de poser une question
27:22aux étudiantes et étudiants
27:23qui sont là,
27:24qui vous répondront après,
27:25s'ils le souhaitent.
27:27Je ne veux pas être très…
27:29Une question.
27:30Qu'est-ce que je dois faire
27:32pour vous attirer
27:32à venir travailler
27:33chez Total Energy ?
27:35À qui je pose la question ?
27:37Allez.
27:39Les critiques qui reviennent
27:40le plus souvent,
27:41je pense que c'est surtout
27:41lié à l'activité.
27:42Donc, travailler davantage
27:43sur l'ARSE, selon moi ?
27:45Honnêtement, je pense que déjà,
27:47oui, c'est dans les messages
27:48qu'elle véhicule.
27:49Une entreprise,
27:50vous pouvez donner
27:52autant de chiffres
27:52que vous voulez.
27:53Je pense que c'est après
27:54dans l'opinion,
27:55dans la manière
27:57dont on voit une entreprise,
27:58un peu de cet instinct-là
28:00qui va faire changer les choses.
28:03Et puis, je pense aussi
28:04être optimiste.
28:05On en parlait.
28:07Donner espoir à la jeunesse
28:08en disant que,
28:09voilà, chez Total,
28:10si vous êtes performant,
28:11que vous avez de bonnes idées,
28:13vous pouvez avoir
28:13des belles perspectives
28:14de croissance,
28:16faire des gros projets
28:16qui ont un sens,
28:18des projets qui ont peut-être
28:20une espérance dans la durée,
28:22qui auront un impact
28:22dans le temps.
28:23Bah, ouais, ça fait rire.
28:24Alors, ce soir,
28:25j'ai été optimiste ou non ?
28:26Oui, plutôt, oui.
28:27Bon, ça va.
28:28Alors, je peux progresser
28:29dans ton sens.
28:30Merci.
28:31Bon, merci en tout cas.
28:32Merci Patrick Pouyanné
28:33pour cette Masterclass.
28:34Ça vous a plu,
28:35la Masterclass ?
28:35Toujours, oui.
28:36J'aime bien, oui.
28:37Ça va.
28:38Ça vous a plu aussi ?
28:39Ils sont sympas.
28:40Ça va.
28:40J'espère que je les ai convaincus
28:41de venir travailler
28:42chez Total Énergie.
28:43Et je vais suivre leurs conseils.
28:44Merci à vous, en tout cas.
28:45Merci.
28:46Merci Patrick Pouyanné.
28:51Allez, Masterclass,
28:52c'est fini pour aujourd'hui.
28:53Ça continue sur les réseaux sociaux,
28:54justement les réseaux sociaux,
28:55avec d'autres questions
28:57qui vous seront posées.
28:58Cette émission a été enregistrée
29:00à la Maison Sanofi à Paris.
29:02Masterclass,
29:02c'est aussi du replay
29:03sur publicscena.fr.
29:05À très vite.
29:26C'était Masterclass
29:28avec le concours de eToro.
29:30Le marché est une conversation.
29:33Sachez qui mérite d'être écouté.
29:36eToro, no better.
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