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Henri Giscard d'Estaing, fondateur de l'École du Leadership et ex-président du Club Med, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mardi 3 novembre. Ils ont parlé des bonnes méthodes et des conseils aux dirigeants afin de mettre en place une bonne gouvernance au sein des entreprises, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.
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00:00Avec Henri Giscard d'Estaing, bonjour et bienvenue à vous, président de l'école du leadership,
00:05ex-président du Club Med, vous êtes l'auteur de Clé pour une montée en gamme aux éditions Télémac
00:09qui est sortie la semaine dernière. Alors la montée en gamme justement que vous avez réussi au Club Med,
00:14pourquoi avoir fait ce choix ? Le concept était à bout de souffle ou vous avez pris cette décision ?
00:20Alors le concept qui avait été un formidable succès, c'était en effet essoufflé
00:28avec ce qui arrive souvent quand on a réussi, on s'endort sur ses lauriers.
00:32Et le monde par ailleurs avait changé et il n'y avait que trois stratégies possibles,
00:38soit une stratégie de rupture, inventer quelque chose de différent,
00:41mais pourquoi le faire quand on avait quelque chose d'aussi formidable que le Club Med avec sa marque et
00:45son produit,
00:47soit essayer de devenir le moins cher, mais ça quand on regardait son modèle économique
00:51ce n'était pas possible ou raisonnable sauf à cacher complètement l'expérience et la qualité
00:56et puis une troisième voie, c'était la montée en gamme.
00:58Mais ça c'est valable pour toutes les sociétés, c'est un conseil que vous donneriez, la montée en gamme
01:03?
01:03Je pense qu'il y a les trois voies, mais quand on a une situation dans laquelle
01:09on a des coûts fixes élevés, et c'est le cas de beaucoup d'entreprises en France et en Europe,
01:16puisque c'est les choix politiques et sociaux qu'on a faits,
01:18la solution c'est quand même d'apporter plus de valeur et de qualité,
01:23et donc d'avoir une politique de prix qui s'ajuste sur la valeur.
01:27Mais pour ça il faut avoir une clientèle plus internationale peut-être ?
01:30Absolument, c'était ça le deuxième défi, il faut effectivement aller chercher des clients dans le monde entier,
01:36et c'est ce que nous avons réussi à faire, parce qu'en plus quand on est pour les familles,
01:42ce qui était le choix stratégique qu'on avait fait, il faut ne pas dépendre des vacances scolaires,
01:48sinon vous êtes plein de pensées et vide le reste du temps.
01:53Et donc la seule solution c'est d'avoir une clientèle familiale internationale.
01:56Alors Club Med va entrer de nouveau en bourse, mais à Hong Kong, vous, vous étiez partisan d'une entrée
02:01en bourse,
02:01à Paris, c'est un regret ou c'est une bonne décision de revenir sur les marchés ?
02:06Je pense que c'était une opportunité, c'est une opportunité pour Club Med,
02:10qui doit maintenant, ayant réussi sa transformation, pouvoir se développer, accélérer sa croissance,
02:14d'avoir accès de nouveau au marché financier.
02:17Je pense que ce serait mieux de le faire à Paris, puisque c'est là où sont ses racines, ses
02:23racines françaises.
02:24Vous êtes parti un peu brutalement du Club Med, la plaie est refermée maintenant ?
02:28Aujourd'hui je m'occupe du leadership, et de partager l'expérience que j'ai acquise
02:33dans ces plus de 20 années à la tête du Club Med et de sa transformation réussie.
02:38Alors le leadership, on en parle justement, le leadership à la française.
02:41Plutôt que le management, c'est ce que vous dites, c'est quoi la différence ?
02:45Et de qui peut-on s'inspirer ?
02:47Le management, c'est mettre en œuvre des processus, des process.
02:51Ils sont importants, c'est ce qui fait fonctionner une entreprise, une organisation.
02:55Le leadership, j'allais dire, c'est le cran d'au-dessus.
02:57C'est donner du sens, c'est embarquer les équipes, c'est conduire un projet.
03:02C'est faire en sorte que ce projet s'inscrive dans la durée.
03:07Et aujourd'hui, face à toutes les incertitudes, face aux attentes des nouvelles générations,
03:12c'est la seule voie pour arriver à transformer une entreprise, une organisation et à la faire réussir.
03:18C'est quoi les qualités d'un bon leader ?
03:20Je pense qu'il y en a cinq.
03:22Je vais essayer de les résumer.
03:24La première, c'est le courage.
03:26Puisque le leader doit prendre des décisions difficiles,
03:29doit être capable de faire ce qu'il dit.
03:33C'est aussi ensuite l'humilité, mais l'humilité avec la confiance en soi.
03:39C'est ce mélange entre confiance en soi parce que le leader doit aspirer,
03:44doit être capable de l'idée, mais aussi il doit le faire avec humilité.
03:48C'est l'écoute.
03:50On ne construit pas sans écouter.
03:54Et écouter, c'est la curiosité.
03:56On n'innove pas sans curiosité.
03:58C'est la capacité à susciter à la fois l'émotion et à pousser la raison.
04:06Je résume ça dans mon livre en disant, c'est savoir faire rire et pleurer.
04:11Et puis enfin, c'est voir loin et large.
04:16Le leader doit avoir un quart d'heure d'avance.
04:19Il doit voir avant les autres.
04:20Alors vous, vous avez monté cette école de leadership qui est plutôt une école de pensée.
04:25Est-ce que tout le monde, est-ce que ça s'enseigne ?
04:27Est-ce que tout le monde peut avoir les qualités d'un leader ?
04:30Ma conviction, c'est que tout le monde, c'est-à-dire toutes celles et tous ceux qui le veulent,
04:34puisqu'il n'y a pas la vocation d'être leader.
04:37On peut être un expert et il y a dans notre société besoin de beaucoup d'experts.
04:41Mais dès lors qu'on a envie d'entraîner l'équipe, de produire un projet,
04:44je crois que tout le monde peut le faire.
04:46Ça doit pouvoir s'apprendre.
04:48Ça doit pouvoir se cultiver.
04:49Et l'objectif que nous avons avec l'école du leadership de Paris,
04:51c'est justement de définir les méthodes, les concepts,
04:55pour pouvoir donner accès au plus grand nombre à ce leadership.
04:59Quand vous avez une équipe, il faut savoir la motiver.
05:01Il faut savoir lui faire du feedback.
05:03C'est ce que vous enseignez donc avec l'ESCP.
05:06Est-ce que c'est une des qualités à l'ère de l'IA,
05:10un des soft skills qui va permettre de faire la différence,
05:13notamment pour les jeunes ?
05:14Absolument.
05:16Aujourd'hui, on le voit, c'est la machine qui sera plus que nous.
05:19Donc, nous, nous devons être capables d'inspirer,
05:22de dynamiser, d'entraîner, de faire grandir.
05:26C'est ça le leadership.
05:28Est-ce que le management a évolué ?
05:30Est-ce que les patrons sont moins autoritaires, peut-être,
05:32qu'ils ne l'étaient avant ?
05:33Est-ce qu'ils sont plus compréhensifs ?
05:34Vous parliez d'écoute à l'instant.
05:36Est-ce que vous avez vu cette évolution-là ?
05:39Et même vous, est-ce que vous avez évolué en tant que patron ?
05:42Ah bien sûr, moi j'ai évolué parce que je me suis rendu compte,
05:45j'avais la chance de diriger une entreprise dans laquelle il y avait des milliers de jeunes,
05:50de voir que leurs attentes, leur façon de se comporter était différente
05:52et que ce ne pouvait plus être par commandement, par injonction,
05:58qu'on pouvait les faire bouger et les faire avancer.
06:00C'était en leur donnant du sens,
06:02en leur faisant comprendre que c'était aussi pour eux qu'on le faisait,
06:05qu'ils en tireraient à bénéfice personnel,
06:07que c'était aussi un projet qui ferait du bien à la société, à son ensemble,
06:12qu'on arrive à créer cette dynamique et cette dynamique de transformation.
06:15Je pense que c'est aujourd'hui quelque chose qui se développe,
06:18mais il faut aller plus loin.
06:19Vous avez évolué pendant presque 30 ans dans le secteur du tourisme,
06:22vous avez vécu dans votre chair, comme chaque Français, j'imagine,
06:25ce samedi 17 octobre,
06:27ces images de casse, de pillage qui ont circulé sur les réseaux sociaux,
06:30en France, mais aussi partout dans le monde.
06:32Est-ce que ça va faire fuir peut-être les investisseurs et les touristes français ?
06:37Étrangers, pardon.
06:38Ce n'est évidemment pas la meilleure promotion qu'on puisse faire
06:41pour le tourisme dans notre pays.
06:42Ceci étant dit, soyons lucides.
06:45Dans ces 25 dernières années,
06:47il y a eu tellement de crises dans le tourisme,
06:49dans ce domaine du Covid,
06:54aux différents événements climatiques,
06:57que ça n'empêche pas cette envie de partir en vacances,
07:01et en particulier pour les familles.
07:03Et donc, je pense que le tourisme est un secteur
07:06qui a une vocation à un développement dans la durée.
07:10Simplement, effectivement, il faut essayer de donner une image
07:13de soi-même qui soit favorable.
07:15Malgré la situation économique et la situation budgétaire,
07:18est-ce qu'elle vous inquiète ?
07:19Il y a un sondage paru dans Le Parisien ce matin.
07:21Selon l'IFOP, 92% des entrepreneurs sont pessimistes.
07:25Ils ont le moral en berne pour les six prochains mois.
07:28Vous êtes dans quel état d'esprit ?
07:32Ce qui me préoccupe, c'est qu'il n'y a pas ce travail
07:35qui est une des premières étapes du leadership,
07:38qui est le diagnostic partagé.
07:41Nous n'avons pas une vision commune des atouts,
07:45mais aussi des difficultés et des défis auxquels on a à faire face.
07:49S'il y avait ce diagnostic partagé,
07:52si l'ensemble d'entre nous était conscient de la réalité des choses,
07:57je pense qu'on pourrait regarder l'avenir avec une certaine confiance,
08:02en tout cas avec une volonté de transformation.
08:05Quand moi j'ai eu à faire face à la situation d'un club bête
08:07qui était de facto condamné il y a 25 ans,
08:10j'ai retrouvé l'espoir à partir du moment
08:12où nous avons établi avec toute l'équipe un diagnostic,
08:16que ce diagnostic nous l'avons partagé
08:18et qu'à ce moment-là on a pu lancer ce projet formidable de transformation.
08:22Alors on est à quelques mois de la présidentielle,
08:25outre les difficultés économiques et budgétaires voire sociales,
08:28il y a aussi cette instabilité politique,
08:31cette radicalité qui s'exprime dans les sondages.
08:33Ça vous paraît inéluctuable ce duel qui semble se profiler
08:38entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?
08:41Ce que je trouve très frappant dans la situation actuelle,
08:44c'est le contraste entre effectivement le débat politique,
08:47les tensions énormes qu'il incarne,
08:50et la réalité de la vie dans le pays.
08:54Moi à chaque fois que je rencontre des entrepreneurs,
08:56à chaque fois que je rencontre des jeunes,
08:58je vois des préoccupations, je vois des inquiétudes,
09:00mais je vois une envie d'avancer et une envie positive.
09:03Et il ne faudrait pas que le débat politique vienne dans le fond,
09:07c'est un peu ce que le sondage que vous décriviez tout à l'heure peut nous dire,
09:11vienne remettre en cause ce formidable dynamisme qui existe dans cette société,
09:16dynamisme qui a besoin de s'exprimer et qui a besoin d'être encouragé,
09:20non pas d'être bridé ou d'être disons inquiété par ces excès.
09:26Ces deux programmes plutôt radicaux, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon,
09:30pour un chef d'entreprise c'est inquiétant, l'un comme l'autre ?
09:34Tout ce qui est excès est par définition inquiétant.
09:37Ce qui est nécessaire, de nouveau, c'est de se fonder sur la réalité des choses.
09:43La réalité de la situation du pays, la réalité internationale,
09:46la réalité des formidables changements technologiques
09:49auxquels nous sommes amenés à faire face,
09:52mais en se disant comment on peut en bénéficier,
09:54comment on peut en faire des atouts.
09:55Et nous avons beaucoup d'atouts, simplement il faut les jouer.
09:59Merci Henri Giscard d'Estaing d'avoir été notre invité ce matin.
10:03Une interview à retrouver en podcast et en replay
10:04sur l'application BFM Business et l'ensemble de nos plateformes.