00:00Et nous sommes avec Frédéric Sandreto, bonjour, vous êtes professeur de civilisation américaine à Sciences Po, Jérôme Vialla, bonjour et
00:06bienvenue à vous.
00:07Vous êtes docteur en civilisation américaine.
00:10Cet état qui bascule ce matin, la chambre des représentants et le Sénat, c'est donc l'ensemble du congrès
00:16qui devient démocrate.
00:19Est-ce qu'on peut parler, Frédéric Sandreto, d'un référendum anti-Trump ?
00:24Oui, c'est un référendum anti-Trump. Je pense qu'on s'attendait à des surprises avec cette édition des
00:30mi-termes.
00:31Et là, on a vraiment, moi j'ai passé la nuit à le suivre et j'avoue que je n
00:34'en reviens pas de tous les États du Sud qui ont basculé avec la figure de Talarico Caparé.
00:39Enfin, c'est vraiment un moment historique qu'on est en train de vivre.
00:41Donc oui, bien sûr, c'est un camouflet pour Trump, indéniablement.
00:45En même temps, je pense que les démocrates se cherchent et il y a ce clivage au Parti démocrate
00:51entre l'establishment modéré et puis les progressistes qui ont fait une percée incroyable pendant ces élections.
00:59Jérôme Vialla, défaite clairement des Républicains.
01:04Pour autant, effectivement, est-ce qu'on peut parler de victoire démocrate
01:08dans le sens où est-ce qu'on a voulu installer véritablement les démocrates au pouvoir ?
01:12Alors, en fait, il faut voir que c'est très localisé aussi.
01:15On a eu un certain nombre de candidats et les candidats démocrates sont très variés.
01:19On a des candidats un peu plus centristes.
01:21Dans le Kansas, par exemple, une victoire d'un démocrate, on n'avait pas vu ça depuis 1932.
01:27Mais c'est un démocrate...
01:28Presque 100 ans au Kansas.
01:30C'est ça, exactement.
01:30Donc c'est quand même assez extraordinaire.
01:32Mais il s'agit d'un démocrate très centrist, qui est d'ailleurs un ancien républicain, un pasteur.
01:37Voilà, on a...
01:38Et là, on attend encore le résultat.
01:39Texas, ça faisait 38 ans qu'il n'y avait pas effectivement de démocrate.
01:43Mais il y a une politique démocrate qui est recherchée ?
01:46Et alors, ce qui est recherché, c'est autre chose que Trump, une alternative et des réponses.
01:52Et d'ailleurs, ce qui avait été le problème de Kamala Harris, c'est quand elle avait dit
01:55« Je ne ferai rien de différent de Joe Biden ».
01:58Et ça, c'est quelque chose qui ne pouvait pas fonctionner.
02:01Donc là, c'est clairement du changement.
02:03Là, ils veulent du changement.
02:04Et donc, ce que ça va nous donner aussi, c'est que ça va être la voie vers les primaires,
02:09au niveau des primaires présidentielles, qu'il va y avoir au sein des deux partis,
02:14et notamment des démocrates, entre effectivement des démocrates plus à gauche, plus progressistes,
02:20et des démocrates plus centristes.
02:22Et selon le candidat qui gagnerait ces primaires,
02:26le programme ira un peu plus dans un sens plus progressiste ou plus centristes.
02:30Alors là, évidemment, Frédéric Sandrétaud, on va regarder avec attention la Géorgie,
02:35la Géorgie où a été réélu John Ossoff.
02:37C'est une des figures montantes du parti démocrate ?
02:40Montantes du parti démocrate, absolument.
02:42Il a ses chances ?
02:43Oui.
02:44Franchement, oui.
02:45Et puis, je trouve...
02:46Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il incarne ? Qu'est-ce qu'il fait ?
02:47L'énergie, le dynamisme, et puis son verbatim.
02:51Il est très... pas mal comme dans la provocation.
02:54On dit que c'est le Trump démocrate, mais c'est vrai que quand vous regardez toutes ces terminologies,
02:57la manière dont il conduit un meeting, c'est quelqu'un de très punchy.
03:00Et je pense qu'il a toutes ces chances, oui.
03:02Alors, il a juste un petit bémol quand même, c'est qu'il a dit quand même qu'il ferait
03:06ses six ans de termes de sénateur.
03:08Après, c'est pas le premier qui va changer d'avis quand il y aura la pression aussi.
03:13Mais en tout cas, c'est ce qu'il a dit pendant la campagne.
03:15Il reste encore presque deux ans de mandat quand même pour Donald Trump.
03:21Qu'est-ce que ça va changer dans la conduite des affaires aux États-Unis,
03:24d'avoir à la fois la Chambre et le Sénat, c'est-à-dire l'ensemble du Congrès ?
03:28Est-ce qu'on va assister à un changement de politique ?
03:33Oui, personnellement, je ne pense pas.
03:35J'ai été très étonnée déjà de la réaction de Trump.
03:37Tout le monde s'attendait.
03:38Ce n'est pas comme une cohabitation à la française ?
03:41Non, c'est-à-dire qu'il a la possibilité de faire son veto.
03:43Il l'a dit, je serai monsieur veto.
03:45Il l'a encore dit il y a 48 heures, il l'a tweeté partout.
03:47Donc, je pense qu'il va forcément l'utiliser.
03:49J'ai été, par contre, relativement surprise par sa réponse à l'échec.
03:54Il a dit qu'il allait faire un effort, qu'il allait essayer d'aller vers eux.
03:58Et c'est la première fois que Trump reconnaît sa défaite publiquement.
04:03Oui, parce qu'on s'attendait éventuellement à des contestations.
04:05On en a déjà connu sous le précédent mandat.
04:06Alors, en fait, il reconnaît la défaite, mais il dit aussi qu'ils ont perdu
04:10parce que je n'étais pas sur les bulletins.
04:13Alors qu'il a dit tout le temps.
04:14Et il a aussi reconnu que sa défaite était en grande partie due à la guerre en Iran.
04:18Exactement.
04:18C'est sa faute.
04:19C'est vrai.
04:20Il n'a pas dit ça comme ça, quand même.
04:22Il ne faut pas exagérer non plus.
04:23Non, mais c'est en grande partie due à la guerre.
04:26Voilà, mais effectivement, en fait, les contestations auraient été plus évidentes
04:31et plus faciles si les résultats avaient été serrés.
04:34Mais là, c'est quand même très compliqué de contester des résultats
04:37quand c'est à ce point-là de dire qu'il y a une corruption alors que les résultats sont
04:42partout.
04:43Et on voit, quand on regarde les résultats de Talarico, c'est quand même très...
04:47Ce n'est pas serré du tout.
04:48C'est quand même très large, sa victoire.
04:49Donc, c'est intéressant.
04:50Il y a aussi les résultats des gouverneurs.
04:52Et ça, c'est important parce que c'est aussi les États qui sont en charge des élections
04:57et qui seront en charge des élections en 2028.
04:59Voilà, donc on voit que même au niveau local, on regarde aussi sur des questions comme l'avortement,
05:04qui sont dans des questions qui sont dans certaines élections,
05:07où on voit que dans le Missouri, par exemple, la volonté de la population,
05:13dans un État quand même conservateur, d'avoir le droit à l'avortement.
05:16Donc ça aussi, ce sont des questions au niveau local, mais qui sont très importantes.
05:20Des débats qui vont s'ouvrir en tout cas.
05:22Côté politique internationale, là, Frédéric Sandréto,
05:25on voit bien que Donald Trump dit que c'est dû en partie à la guerre en Iran.
05:30On voit bien que ce prix du baril de pétrole et donc du galon a pesé fortement
05:35sur le pouvoir d'achat des Américains et donc sur leur vote,
05:39qui est un rejet de Donald Trump.
05:41Est-ce qu'on peut s'attendre à une politique internationale plus calme ?
05:46Je pense qu'il sera beaucoup plus flexible, ce qu'il a refusé de faire.
05:49Est-ce qu'il va rechercher la paix, par exemple ?
05:51Il a toujours voulu, il voulait le prix Nobel de la paix,
05:53il n'a pas eu à deux reprises, je pense que ça a certainement...
05:55Oui, alors en même temps, il continue à tirer en Iran.
05:58Absolument.
05:58Mais sa base, Maga, Suzy Weiss, tout son entourage,
06:02Eddie Vance, était contre cette guerre en Iran.
06:04Il s'est mis lui-même dans un conflit, finalement,
06:07qu'il n'a pas réussi à maîtriser.
06:08Mais quand on reprend ses discours encore il y a 48 heures,
06:11il avait dit que le conflit pouvait être réglé maintenant,
06:12très rapidement, en 10 minutes avec des tirs.
06:14Donc je pense que sa parole est totalement versatile,
06:16qu'il faut faire attention, que là, il accuse le coup de l'échec,
06:19et peut-être qu'il peut rebonder encore d'ici une semaine
06:22et tenir un discours totalement différent, voire opposé.
06:24Oui, il faut s'attendre à un volte-face.
06:27Il a quand même le pouvoir de l'exécutif en tant que commandant en chef,
06:30et donc il faut faire attention de ne pas imaginer
06:32que cette victoire au Congrès va le rendre trop...
06:39va l'handicaper trop non plus,
06:41parce qu'il a fonctionné, finalement, sans Congrès
06:44par ordonnance présidentielle,
06:46et il continuera de faire ça.
06:48Il faudra qu'il fasse des deals, d'ailleurs,
06:50c'est ce qu'il a annoncé, effectivement.
06:52Il mettra le veto, et puis il fera un deal avec les démocrates.
06:56Voilà, parce qu'il faut voir qu'au-delà,
06:59même pour le budget, il peut mettre le veto,
07:01et pour passer outre un veto,
07:03alors pour le budget, c'est un peu différent,
07:04parce qu'il peut y avoir des accords,
07:06mais pour passer outre un veto d'un président aux États-Unis,
07:10il faut les deux tiers des deux chambres.
07:13Et donc ça, ça va être compliqué,
07:16sauf si, politiquement, il y a quelques républicains
07:19qui décident de s'affranchir de Donald Trump
07:21sur certaines questions, ce qui est possible,
07:23par exemple sur les sanctions russes,
07:26qui ne sont pas du tout majoritaires dans l'opinion publique,
07:30y compris républicaines.
07:32Donc peut-être que là, il pourrait y avoir des choses qui changent,
07:35mais ça sera coup par coup.
07:37Sur quoi il pourrait s'entendre avec les démocrates, selon vous ?
07:40Est-ce qu'il leur tend vraiment la main ?
07:41Est-ce qu'on peut le croire ?
07:42Quand il dit « ouais, ils ont fait un bon boulot, good job »,
07:45il dit aux démocrates,
07:47est-ce qu'ils peuvent gouverner véritablement ensemble ?
07:51Quand on a le passif de Trump,
07:52on aurait tendance à dire non,
07:54mais avec lui, je pense que tout est possible, pourquoi pas ?
07:56Le fait qu'il ait déjà quand même reconnu cette défaite
07:59annonce qu'il est en train vraiment de changer de mindset,
08:02quand il se dit « il reste deux ans »,
08:06il faut que ça soit quand même gérable,
08:07il ne peut pas se mettre dans des conflits permanents avec le Congrès,
08:09ce n'est pas possible.
08:10Qu'est-ce qui va se passer dans ces deux ans, là, pour vous, Jérôme Vialin ?
08:14Je pense qu'il va essayer, en fait, pour Donald Trump,
08:17ce qui est important, c'est le récit,
08:19et ça va aussi dépendre de ce qu'ont fait les démocrates.
08:22Je pense qu'il va y avoir quand même des enquêtes
08:25qui vont être extrêmement importantes.
08:26Il y aura peut-être des impeachments,
08:28pas forcément de Trump lui-même,
08:30mais par exemple du ministre de la Guerre,
08:32Pete Hexeth, qui, je pense,
08:33est quelqu'un qui va avoir de sérieux soucis,
08:36qui va devoir venir en audition,
08:39devant le Congrès.
08:41Et là, on peut avoir aussi des petites crises constitutionnelles,
08:44où le président peut dire,
08:46c'est le privilège de l'exécutif,
08:48qui est quelque chose qu'il a déjà utilisé,
08:50et donc nous n'avons pas à venir devant le Congrès,
08:55parce que nous avons cette position de l'exécutif,
08:59et donc une sorte de crise un peu constitutionnelle,
09:01qui pourrait être en partie réglée par la Cour suprême,
09:05peut-être en faveur de l'exécutif d'ailleurs,
09:07mais voilà, il va y avoir quand même de la tension qui va se produire.
09:11C'est vrai qu'on s'attend à un changement, forcément.
09:14Sur quoi Donald Trump pourrait éventuellement changer ?
09:19Quelle pourrait être sa première décision, éventuellement ?
09:22Je pense qu'Iran, je pense que ça serait la première...
09:24Enfin, à mon avis, ça serait le premier domaine
09:28dans lequel il a reconnu qu'il avait certainement fait une erreur.
09:32Il est allé tout seul.
09:34Et là, je pense qu'il peut se dire,
09:36bon, j'ai fait l'erreur, j'ai fait marche arrière.
09:39Merci Frédéric Sandretto,
09:40professeur de civilisation américaine à Sciences Po.
09:42Merci Jérôme Viala.
09:43Docteur en civilisation américaine,
09:45d'avoir été avec nous ce matin
09:47et d'être passé par le studio de Good Morning Business
09:50pour commenter ces mid-terms américains
09:52et cette vague bleue qui déferle aux Etats-Unis.
09:55Générique
09:55...