00:008h43 sur BFM Business et RMC Live, Canal 25.
00:03Jacques-Julie Neuville, bonjour.
00:05Bonjour.
00:05Vous êtes présidente de Mater-Up, spécialisée dans le ciment bas carbone.
00:08Et Eric Malenfer, bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes président de G'Expertise, ingénierie dédiée à la topographie, à la construction et à l'immobilier.
00:15Si vous êtes réunis ce matin sur ce plateau, c'est parce que vous faites partie des patrons chanceux
00:21qui ont pu interviewer hier à l'AREF sept candidats à l'élection présidentielle.
00:25C'était le premier débat, on peut dire, de cette élection.
00:28Donc vous les avez auditionnés.
00:30D'abord, donnez-nous chacun une première impression.
00:33Est-ce qu'ils vous ressemblaient tous au niveau face aux défis qui s'offrent à la France ?
00:39Alors on a senti des prémices de programmes des débuts.
00:45Mais c'est vrai que nous les avons interrogés sur des points très spécifiques, concrets, pragmatiques.
00:51Et on a eu des réponses dans l'ensemble plutôt générales.
00:55Donc moi j'attends pour ma part que ça soit creusé un petit peu plus que ce qu'on a
01:00entendu hier sur les sujets économiques
01:03et particulièrement sur l'industrie.
01:05Et pour vous Éric Malenfer ?
01:06Écoutez, j'ai trouvé très intéressant déjà qu'ils viennent.
01:09Que la campagne démarre en n'oubliant pas que l'économie c'est quand même le cœur battant, si vous
01:13voulez, du fonctionnement du pays.
01:14Et ça touche tout le monde.
01:15On croit souvent qu'en fait c'est hors sol.
01:17Non, ça touche tout le monde.
01:18Parce que tout le monde a besoin d'un salaire, etc.
01:21Ça a été plutôt convivial, il y a eu des petites tricks, mais ils se sont écoutés, il y a
01:27eu des propositions.
01:28Vous en avez qui répondent aux questions, d'autres qui ne répondent pas.
01:31Donc c'est amusant.
01:32Alors Julie Neville, vous attendiez des propositions pour simplifier la vie des entreprises dans le domaine de l'écologie ou
01:37sur la formation.
01:38Est-ce que vous avez été, on peut dire, heureusement surprise ?
01:41Oui, alors spécifiquement sur l'industrie, sur la transition écologique dans l'industrie.
01:48On a besoin aujourd'hui de décarboner.
01:50C'est ce qu'on fait d'ailleurs, on fait du ciment bas carbone, qui est au même prix, qui
01:53est compétitif.
01:55Et aujourd'hui, ma question était simple, c'était comment on déploie des usines en France.
01:59Et pourquoi les déployer en France, plutôt qu'ailleurs en Europe ou même hors Europe, de façon très concrète.
02:07Parce qu'aujourd'hui, c'est long, c'est complexe, c'est fastidieux pour avoir les autorisations avant même de
02:12commencer à construire.
02:13Tout le monde était au niveau ou c'était plutôt Marine Tondelier qui était en pointe sur ce côté plus
02:16écologique ?
02:17Alors, j'allais dire sur la décarbonation de l'industrie, c'est pas un sujet qui tend à l'écologie,
02:25c'est un sujet qui tend à nous tous.
02:27On le voit avec les derniers mois qu'on a passé, on a tous vécu, je pense, des difficultés.
02:31Donc on voit que la décarbonation de l'industrie, ça touche en fait tous les sujets, tous ces transpartisans.
02:37Ces transpartisans et tout le monde doit se saisir du problème.
02:41Réindustrialiser, oui, mais réindustrialiser vers compétitif, c'est aussi la question que nous, chefs d'entreprise et que nos dirigeants
02:48doivent se poser.
02:49Comment on réussit ça ?
02:50Alors vous, Éric Malenfer, vous aviez des doutes sur la capacité, vous l'avez dit, des politiques à répondre à
02:54vos questions.
02:55Sur quoi vous êtes resté sur votre faim, par exemple ?
02:58Sur la compréhension qu'on devra de toute façon consommer moins, à un moment ou à un autre, moins de
03:06services publics.
03:07La France est un pays riche qui, on a quand même un taux de prélèvement qui est exceptionnel, 45%
03:13c'est exceptionnel.
03:14On a un coût de dépense publique de 57% qui est exceptionnel.
03:18Face à ça, remettre en question ce qui doit relever du service public, quelle est la qualité de service qu
03:25'on a en face,
03:26ils refusent presque tous de réellement le remettre en cause.
03:29Pourquoi ? Parce qu'il va falloir, pas montrer du doigt, mais il va falloir dire là où ça dysfonctionne.
03:33Et puis alors le traitement des retraites, qui est quand même l'explosion, si vous voulez, des dépenses au cours
03:38de ces trois dernières années,
03:393,4 points de pipe de plus.
03:43C'est vraiment très compliqué à aborder, on le sent, avec des positions qui sont assez diamétralement opposées.
03:49Oui, effectivement, parce que autant Jean-Luc Mélenchon voudrait que la retraite revienne à 60 ans,
03:54autant, il ne l'a pas confirmé hier à Édouard Philippe, mais il avait proposé que ça aille jusqu'à
03:5867 ans.
03:59Ce sera effectivement crucial, cette question de la retraite, pour vous Julie Neuville.
04:04Est-ce que vous avez été convaincu par ce qu'ils vous ont dit sur le fait qu'il fallait
04:09travailler plus longtemps ?
04:12J'ai trouvé que c'était plutôt flou, en tout cas ça n'est pas chiffré.
04:17Et nous, chefs d'entreprise, ce dont nous avons besoin, c'est de la visibilité.
04:22De savoir sur les cinq prochaines années, et je dirais même en industrie, sur les 10, 20, 30 prochaines années,
04:29vers où on se dirige.
04:31Donc il faut à la fois avoir un cap qui est clair, et là le cap n'est pas toujours
04:34clair,
04:35et d'avoir des mesures qui sont chiffrées, et surtout de savoir quand est-ce qu'elles vont être mises
04:39en place,
04:39combien de temps elles vont mettre pour effectivement produire leurs effets,
04:44et quels sont les effets mesurables attendus.
04:47Je crois vraiment que ce pragmatisme et cette précision dans les calculs et les chiffres
04:53est importante pour nous, chefs d'entreprise au quotidien,
04:56mais on en attend pas moins de la part de nos futurs dirigeants,
05:00pour qu'on puisse s'engager sur des choses qui sont très claires.
05:03Alors vous, vous avez des revendications assez fortes.
05:06Il y a une étude qui est sortie au Pignanouet à l'occasion de la REF,
05:09qui dit qu'effectivement vous avez besoin de moins de charges, moins de fiscalité,
05:13que vous souhaitez moins de bureaucratie, c'est ce qui ressort en majorité de cette étude.
05:18Est-ce que là il y a eu des engagements précis ?
05:20Est-ce que vous avez l'impression qu'il y a une prise de conscience des candidats
05:23sur ces besoins que vous avez et ces inquiétudes ?
05:25Vous vous doutez que ça dépend un petit peu des candidats et de leur façon de voir la chose.
05:30Certains nous disent très clairement, vous n'avez aucun problème, c'est faux,
05:34vous pouvez dire tout ce que vous voulez, tout marche très bien.
05:36Donc là c'est plutôt Jean-Luc Mélenchon qui vous a dit augmenter les salaires ?
05:39Un petit peu, alors nous augmenter les salaires, il faut juste se dire une chose,
05:41c'est que la dépense que nous préférons faire, c'est celle de payer nos collaborateurs à la fin du
05:45mois.
05:45Et on aimerait tous les payer plus cher.
05:47Après vous avez un delta entre le brut chargé et le net qui est quand même très important.
05:52Alors il y a du service au milieu dans toutes ces charges.
05:55Il faut simplement que ces charges correspondent à un véritable service et qu'il n'y en ait pas trop.
05:58Donc oui, là-dessus on a eu quelques réponses.
06:01Maintenant, la prise de conscience qu'il faut regarder ce qui se passe ailleurs,
06:07et qu'ailleurs ils ne sont pas plus malheureux, et les statistiques montrent le contraire,
06:11tout en acceptant de travailler un peu plus, de s'engager un peu plus,
06:16arrêtant de faire du misérabilisme si vous voulez sur le temps de travail,
06:18ça marche très bien ailleurs.
06:20Il faut qu'on remette la France effectivement bien au travail.
06:22Alors on n'a pas besoin de la remettre au travail, elle est déjà au travail, elle travaille bien.
06:25La seule chose, il faut qu'on arrête de croire que c'est un tabou,
06:29et que comme depuis 1993 qu'on essaye d'avoir 5 réformes pour réformer le régime des retraites,
06:35toujours dans la douleur, jamais de façon harmonieuse,
06:38et là c'est encore bloqué.
06:39Donc en fait on ne fait que reporter.
06:40Je vais juste ajouter une chose, c'est que le remboursement de la dette,
06:43qui est un faux sujet parce que ça ne marchera jamais, déjà.
06:47Comment ça, c'est-à-dire qu'on ne peut absolument pas l'annuler ?
06:50On ne peut absolument pas dire qu'on va annuler le remboursement de la dette,
06:54geler la dette, et en même temps, grâce à ça, on n'aurait plus de nouveaux intérêts.
06:58Il y a juste un truc, c'est que le déficit structurel de la France, il est de 124 milliards.
07:01Donc de toute façon, tous les ans, on dit à nos enfants, sur la génération, sur les 25 ans qui
07:06viennent,
07:06tous les ans, nous empruntons pour payer nos dépenses de fonctionnement.
07:10C'est vous qui allez rembourser.
07:11C'est inaudible.
07:13Les patrons, on l'entend, et Patrick Martin l'a dit,
07:16le problème c'est la défaillance de l'État aussi,
07:19qui doit faire des efforts et balayer devant sa porte.
07:23Ils sont prêts à les faire, ces efforts, les politiques ?
07:26Je l'espère.
07:27Je l'espère, je pense que les efforts, il faudra tous les faire.
07:32Pour ma part, je pense qu'on ne réussira, collectivement,
07:37salariés, chefs d'entreprise,
07:40politique, fonctionnaire,
07:41que si on coopère et qu'on travaille ensemble dans un même intérêt.
07:46Il y a des intérêts pour le pays qui sont transpartisans.
07:49Il y a des réformes qu'il va falloir faire parce qu'on n'aura pas le choix,
07:52que ça va s'imposer à nous,
07:54la dette, les retraites, la transition écologique.
07:58Tout ça, il va le faire.
08:00Il va falloir le faire.
08:01Et là, ce qui était intéressant, en tout cas hier,
08:02c'est au moins de mettre les sujets sur la table.
08:05Donc, quand bien même, on n'a pas eu des réponses forcément sur tout,
08:09pas suffisamment chiffrés, en tout cas étayés, à mon sens.
08:12En tout cas, les sujets ont pu être mis sur la table
08:15et vont permettre d'être dans le débat public
08:17et d'entendre ce que chacun a à dire et à apporter pour construire.
08:22Et pour construire, il faut être tous ensemble.
08:23Mais après, il faudra agir, il faudra faire.
08:25Est-ce que vous avez le sentiment qu'ils vous ont dit ce que vous aviez envie d'entendre ?
08:29Je ne cherche pas à nous dire ce qu'on a envie d'entendre.
08:31Maintenant, il va falloir surtout trouver des solutions qui ne soient pas des solutions simplistes.
08:34Parce que quand les chefs d'entreprise demandent de la simplification,
08:38c'est très souvent plus dans le mode d'interaction avec l'administration.
08:42Le risque qu'il peut y avoir, c'est ce que disent certains candidats,
08:45c'est oui, on va casser les normes.
08:46On va supprimer des normes, etc., qui ne servent à rien.
08:50Écoutez, moi, j'ai entendu l'exemple d'il faut absolument supprimer la R20-20.
08:53La R20-20, elle est juste là pour affirmer le confort d'été.
08:56Donc, supprimer ça quand on voit ce qu'on vient de vivre,
08:58ça me paraît totalement en contradiction avec ce dont ont besoin les citoyens.
09:02Donc, ce serait quand même bien de faire un petit peu attention.
09:04Il y a des sujets qui sont techniques.
09:05Il ne faudrait pas dire n'importe quoi par populisme.
09:08Merci à tous les deux d'être venus nous débriefer dans ce grand oral
09:12des sept candidats à la présidentielle,
09:13puisque vous les avez auditionnés hier à la REF.