00:00C'est un candidat à l'élection présidentielle qui répond à nos questions ce matin.
00:03C'est vous, Karim Boamran, bonjour.
00:05Vous êtes le maire de Saint-Ouen depuis 2020, vous êtes socialiste
00:08et vous êtes candidat à l'élection présidentielle.
00:11Vous publiez demain un livre qui s'appelle « L'espoir ou le mépris ».
00:14Vous parlez de vous, de votre origine, de votre histoire.
00:16Vous êtes candidat à l'élection présidentielle,
00:18alors qu'il y a Raphaël Glucksmann qui a gagné la primaire social-démocrate.
00:23Pourquoi vous n'avez pas joué ce jeu-là ?
00:25Celui de la primaire ?
00:26Oui.
00:26Je pensais que ça ne rassemblait pas toute la famille social-démocrate
00:30et puis les conditions d'organisation ne me convenaient pas.
00:33Et je trace, je trace ma route et ma candidature, c'est celle ancrée vers le réel.
00:38J'en parle dans mon livre, c'est celle qui s'insurge,
00:41qui se soulève contre ce mépris, mépris des élites,
00:45mépris de toute cette technostructure qui fait que notre beau pays
00:49décline, régresse et redonne de l'espoir.
00:51Et votre parcours, la singularité aussi de votre parcours,
00:53vous remontez votre histoire dans votre livre, issu de l'immigration,
00:56l'immigration marocaine, des origines modestes, vous le dites,
01:00une école REP, c'est-à-dire effectivement avec l'engagement prioritaire
01:04et un engagement politique.
01:06Vous avez commencé par être communiste, communiste pendant 20 ans.
01:09Est-ce que tout ça, ça dit votre parcours politique ?
01:12Ça dit votre positionnement aujourd'hui ?
01:14Avec, concomitamment, mon parcours aussi professionnel à l'international,
01:18dans la cybersécurité, dans la cybercriminalité, dans les hautes technologies,
01:21qui font qu'aujourd'hui, si jamais j'avais eu 20 ans en 2026,
01:27ça aurait été très compliqué d'avoir le parcours républicain que j'ai pu avoir.
01:30Vous pensez qu'aujourd'hui, on ne donne pas sa chance à un jeune
01:33qui aurait le même profil que vous ?
01:34Vous avez complètement raison.
01:35C'est-à-dire qu'aujourd'hui, en termes de qualité, de démocratisation, d'excellence,
01:40c'est compliqué, en termes d'emploi, de formation, c'est compliqué,
01:44en termes de chance, chance d'avoir un métier où on est l'architecte de sa vie,
01:49où on ne subit pas sa vie, c'est compliqué.
01:51En termes d'accès au logement, le logement a doublé par rapport à la valeur travail,
01:56c'est compliqué.
01:57Donc oui, on le voit avec les revendications des lycéennes et des lycéens,
02:00en termes de santé mentale, c'est compliqué, taux de suicide...
02:04Il y a une question centrale quand même.
02:06Moi, ce qui m'a frappé dans votre livre, c'est que vous redonnez une place essentielle
02:09pour résoudre tous nos problèmes au travail.
02:11Il va falloir recommencer à travailler.
02:13Or, on est dans un pays où les gens ont l'impression que le travail ne paie plus,
02:17que la valeur travail est démonétisée.
02:20Comment vous comptez vous y prendre pour redonner, en fait, aux Français,
02:23le goût et l'envie du travail ?
02:25Vous avez complètement raison.
02:27La valeur travail est une valeur populaire.
02:29L'aspect que le travail était avédissant, c'est vraiment une valeur qui a été portée
02:35par toute une élite intellectuelle bourgeoise qui rendait cette valeur avédissante.
02:41Donc comment revoir la valeur travail et se construire au travail du travail ?
02:45Déjà, le travail ne paie plus, vous l'avez évoqué.
02:46À l'époque, ma génération, il fallait 15 ans pour une personne issue d'un milieu populaire
02:52pour pouvoir doubler son pouvoir d'achat.
02:53Aujourd'hui, il faut 80 ans.
02:54Il faut qu'on soit en capacité de mettre en œuvre des formations, des études
03:00qui soient totalement en phase avec la réindustrialisation du pays
03:04et surtout l'intelligence artificielle.
03:05Vous parlez du pouvoir d'achat.
03:06Est-ce que vous estimez que la crise sociale qui est installée désormais durablement,
03:12avec aussi des manifestations, demain par exemple,
03:14est-ce que vous considérez que c'est la bonne réponse ?
03:16Est-ce que vous vous joignez à ces revendications, à ces manifestations ?
03:19C'était les lycéens hier, aujourd'hui ce sont les fonctionnaires,
03:22ce sont aussi un appel à la grève des syndicats demain.
03:25Est-ce que vous considérez que c'est la bonne manière de s'y prendre ?
03:27Je soutiens, j'accompagne, pas plus tard qu'hier à midi,
03:29j'ai reçu une délégation des lycéens avec ce que j'appelle la troisième voie.
03:33Non pas appeler à l'insurrection, au chaos comme c'est le cas de la France insoumise,
03:36mais expliquer, oui, vos revendications sont légitimes,
03:39le bâtimentaire, l'incerté mentale et l'orientation,
03:42mais, et j'avance sur un mais, ne soyez pas les victimes collatérales
03:46au regard de votre origine populaire et classe moyenne.
03:48C'est-à-dire, comment apporter les moyens pour pouvoir intégrer les grandes écoles,
03:54intégrer les universités qui vous donneront la possibilité d'avoir...
03:57Mais monsieur le maire, dans votre livre, vous écrivez quelque chose
04:00que j'ai trouvé à la fois touchant et assez frappant.
04:02De mon côté, et malgré mon milieu d'origine,
04:05l'école est l'endroit où je me suis senti le plus heureux,
04:07la même sensation qu'en allant au football,
04:09un endroit où je me sentais reconnu, des professeurs extraordinaires.
04:12Est-ce que le petit Karim aurait bloqué son lycée ?
04:16Donc, le petit Karim aurait mobilisé une grande partie des lycéennes et des lycéens
04:21pour faire en sorte que nous ayons une politique à la hauteur de nos ambitions.
04:27En revanche, blocage, mais continuité.
04:30Qu'est-ce qu'il ressent devant les lycées qui brûlent ?
04:31Continuité au niveau de l'enseignement.
04:34Parce que...
04:35Ça veut dire quoi ?
04:35Ça veut dire, hier, par exemple, il y a eu des tentatives de blocage à nouveau
04:39qui se sont transformées, notamment sous l'impulsion d'un certain nombre de parents, d'élèves,
04:43qui ont dit, écoutez, vous ne pouvez pas empêcher nos enfants d'aller quand même à l'école.
04:47On comprend vos revendications, mais il faut pouvoir aller à l'école.
04:49Et ça s'est transformé en barrage filtrant.
04:50Vous auriez été plutôt de cela ?
04:52De cette méthode-là ?
04:53Moi, j'aurais été la méthode où on se bat, on lutte,
04:57mais derrière, ne soyez pas les victimes collatérales d'une lutte.
05:00Parce qu'au bout d'un moment, les personnes qui sont issues d'un milieu favorisé
05:04vont pouvoir bénéficier de cours privés, vont pouvoir bénéficier...
05:07En fait, ils compenseront par l'argent, quoi.
05:09Ils compensent par le capital, et j'en parle dans mon livre, dans l'espoir au mépris, le capital social.
05:13Karim Bouamran, vous avez entendu autour des propos d'Edouard Philippe la question
05:17« Est-ce que ces propos sont racistes ou non ? »
05:19Scandaleux.
05:20Je voudrais les préciser pour que ceux qui nous écoutent puissent savoir à quoi je fais référence.
05:24Dans un entretien au Point, Edouard Philippe parle des casseurs, notamment le 17 octobre.
05:30Il dit qu'il y avait une surreprésentation de jeunes, je le cite, issus de l'immigration.
05:34Il s'est totalement disqualifié.
05:36Je pensais qu'il avait le minimum minimum de côté, on va dire, gaulliste,
05:42et surtout républicain au sens noble du terme.
05:44Il a fait une corrélation entre pillages, pilleurs, hommes et femmes de banlieue et immigrés.
05:51Il n'a rien compris.
05:52On est en 2026, on n'est plus dans les années 90, où lorsqu'on était issus des cités, on
05:58était issus de l'immigration.
05:59Toutes les personnes, je dis bien toutes les personnes qui sont à 90% dans les quartiers populaires, sont français.
06:05Musulmans, croyants, non-croyants, juifs, agnostiques, mais ils sont français.
06:09Il faut qu'Edouard Philippe l'intègre, ça.
06:10Ensuite, c'est un génie.
06:12Je ne sais pas comment il a réussi au travers des quelques images qui nous étaient...
06:17De Jean Massé.
06:18Qui nous étaient à notre disposition, mis à disposition, pour arriver à comprendre que ces personnes étaient issues des migrations.
06:26Donc, disqualifiées, démonétisées.
06:28Moi, j'avais juste une question pour terminer, parce qu'on a parlé du travail, mais sur l'entreprise, l
06:32'autorité, la responsabilité budgétaire, tout ça, vous êtes presque de droite.
06:36Qu'est-ce qui est de gauche chez vous, encore ?
06:37Ah non, pas du tout.
06:38Moi, je suis pour... Je le vois dans ma ville.
06:40Vous savez, quand vous êtes maire, vous êtes obligé de voter un budget à l'équilibre.
06:43C'est ce que j'appelle la responsabilité.
06:45La question, c'est, qu'est-ce que vous faites du budget ?
06:46Est-ce que vous protégez ou est-ce que vous privatisez ?
06:49La santé, la sécurité, le logement, l'éducation, ça, c'est un projet de gauche, ça, c'est un projet
06:55progressiste.
06:55Karim Boamrani, il y a votre livre qui sort aujourd'hui, L'espoir ou le méprise, aux éditions Plon.
07:00Et puis, il y a celui de la journaliste engagée un temps avec Ségolène Royal, journaliste de gauche, Françoise de
07:05Gois,
07:05qui publie les échanges SMS qu'elle a eus avec Emmanuel Macron.
07:09Ça s'appelle Vous êtes trop durs avec moi.
07:10Et elle dit que dans ses messages, Emmanuel Macron, vraiment, en jette sur tout le monde.
07:16Gabriel Attal, on lui a tout donné.
07:18Les socialistes, c'est des nazes, sauf Olivier Faure.
07:21Il a l'air d'épargner Olivier Faure.
07:23Les mecs de droite, je cite, ils courent à la gamelle RN au galop.
07:27Est-ce que vous estimez qu'un président devrait dire ça ?
07:30Je ne connais pas le contexte de ces échanges.
07:32En revanche, je peux comprendre une certaine acrimonie, une certaine déception de la part du président de la République
07:37lorsque des personnes comme Édouard Philippe, Gabriel Attal, ils ont tout reçu de la part du président.
07:42Et ensuite, ils se positionnent avec une espèce de trahison morale et politique.
07:47Moi, si jamais j'avais été Premier ministre de tel ou tel président et trois ans après me retrouver en
07:52le condamnant
07:52alors que j'ai servi à ses côtés, ce n'est pas du tout ma tasse de thé.
07:55Merci beaucoup Karim Bouamran d'avoir répondu à nos questions ce matin.
07:59Karim Bouamran, je rappelle que vous êtes maire de Saint-Ouen.
08:01Et votre livre, ça s'appelle « L'espoir ou le mépris ».