00:00Avec Thierry Laborde, directeur général délégué de BNP Paribas en charge du pôle commercial Personal Banking et Services.
00:06Bonjour et bienvenue à vous. Vous avez publié vos résultats trimestriels la semaine dernière.
00:11Bénéfices nets en hausse de 14%, 3,5 milliards d'euros. Vous avez légèrement dépassé vos attentes.
00:16Qu'est-ce qui tire la croissance de la banque ?
00:18C'est à peu près tous les métiers. C'est d'abord des revenus qui sont en croissance de près
00:23de 10%.
00:24Donc la top line, comme on dit dans les jargons, se porte très très bien.
00:27Beaucoup d'efforts aussi sur l'efficacité opérationnelle.
00:31Ça c'est très à la mode dans toutes les entreprises aujourd'hui.
00:33Il faut améliorer son efficacité, une bonne maîtrise du coût du risque.
00:37Ça conforte des résultats qui sont en effet très bons et tirés par une dynamique commerciale de quasiment tous les
00:42métiers.
00:42Vous avez vu que les marchés américains avaient bien décroché hier soir.
00:45Vous, vous avez tiré bénéfices grâce à la banque et à l'investissement de cette volatilité des marchés.
00:52Vous avez tout à fait raison puisque dans notre pôle CIB,
00:55dans notre activité de marché, nous avons maintenant depuis 10 ans,
01:00patiemment, année après année, constitué une activité très forte autour du service aux investisseurs.
01:06Ce qu'on appelle l'equity, le prime brokerage pour le service aux investisseurs,
01:10où on est un acteur mondial significatif.
01:13Alors bien sûr, quand il y a de la volatilité sur les marchés actions,
01:16il y a beaucoup d'opérations avec nos clients investisseurs, fonds de pension, hedge funds, etc.
01:21Et ça, ça crée beaucoup de revenus.
01:23Ça a été le cas ce trimestre, c'est le trimestre un peu historique de Global Market sur ce troisième
01:29trimestre 2026.
01:30Et puis, il y a la hausse des taux aussi qui offre des produits rémunérateurs.
01:34Mais dans le même temps, j'imagine que le crédit immobilier doit en pâtir.
01:37À quel moment les taux élevés deviennent-ils un risque finalement pour votre modèle ?
01:42Alors aujourd'hui, nous, le crédit immobilier sur les activités de banques de particuliers,
01:46c'est quelque chose où on n'est pas market maker, quelque part où on ne fait pas le prix
01:49sur le marché.
01:50C'est plutôt en France les mutualistes.
01:51Notre situation en Belgique est différente, où là on est la première banque belge avec BNP Paribas Fortis.
01:56Mais les marchés, là encore une fois, sont différents.
01:58En France, les banques font un très très gros effort pour amortir le choc des taux sur le crédit immobilier,
02:04puisque les taux devraient être à 4,5 aujourd'hui.
02:06Et ils sont à 3,5.
02:08Ça monte, ça monte, mais ils ne sont pas encore très fiers.
02:10Évidemment, pour amortir ce choc, mais ça a vocation quand même à monter
02:13si les taux longs restent au niveau où ils sont aujourd'hui en France.
02:16Il y a un certain nombre de faillites.
02:17Vous, vous êtes inquiet pour la situation de la France ?
02:20Vous voyez déjà peut-être un frein à l'investissement pour les entreprises ?
02:23Ce que l'on voit aujourd'hui, c'est un peu plus d'attentisme,
02:26puisqu'encore une fois, on ne sait pas s'il y aura un budget, quel sera-t-il, etc.
02:29Donc le fait d'avoir un budget, il faut attendre le mois de décembre, ça arrive, c'est le mois
02:33prochain,
02:33c'est vraiment essentiel, quel qu'il soit, un budget qui permette d'avoir une forme de visibilité.
02:39Après, bien sûr, arrive l'échéance présidentielle.
02:42Mais nous, ce que l'on voit, c'est qu'en effet, il y a des faillites,
02:45mais il y a aussi beaucoup de créations d'entreprises.
02:48Ça, on l'oublie toujours.
02:49Aujourd'hui, la France, les Français, et en particulier les jeunes,
02:53créent beaucoup d'entreprises, beaucoup plus qu'il y a dix ans.
02:56Donc il est normal qu'il y ait un cycle de défauts, de faillites,
03:00parce qu'il y a eu aussi beaucoup de créations d'entreprises.
03:03Sur des entreprises moyennes ou grandes, on voit quelques cas spécifiques de difficultés
03:08qui sont connus, qui sont dans la presse, mais ce n'est pas du tout un phénomène généralisé.
03:11Il y a aussi beaucoup d'entreprises françaises, européennes,
03:14qui sont allées chercher de la croissance aux Etats-Unis ou en Asie,
03:18où là, la croissance va fort.
03:19Vous nous parlez du budget, il est indispensable,
03:23ce budget qui a pour vocation de réduire la déficit et la dette.
03:26Cette dette, vous y êtes exposée, vous ?
03:28Est-ce que c'est une grosse partie de votre exposition ?
03:32Et surtout, est-ce que c'est l'origine, finalement, de la dégradation de la note par Fitch ?
03:39Alors, la note n'a pas été dégradée, c'est la perspective qui a été dégradée.
03:43C'est très différent et c'est très lié.
03:44Ce n'est pas lié à la performance intrinsèque de BNP Paribas,
03:47puisqu'aujourd'hui, sur les marchés, on a empruntes moins chères que l'État français.
03:50Mais, encore une fois, c'est lié à l'environnement français.
03:53Alors, nous, notre exposition à la dette française, à l'OAT, c'est 20 milliards.
03:5719 milliards, exactement, dont la plus grande partie, 16 milliards,
04:02se rembourse à l'échéance.
04:03Donc, il n'a aucun impact sur les comptes de BNP Paribas.
04:06Donc, c'est une très faible exposition.
04:08C'est un impact s'il y avait une remontée très forte de ces taux
04:11qui serait totalement marginale.
04:13Et on ne s'interdit pas, tout en restant modeste,
04:15à souscrire un peu plus de dettes françaises.
04:18On ne se l'interdit pas.
04:20La banque commerciale, elle se porte bien.
04:24Pourtant, il y a quand même la tendance aux néobanques.
04:26Vous taillez dans votre raison d'agence.
04:28C'est le cas de la Société Générale,
04:30qui vient d'annoncer aussi la fermeture de 148 agences.
04:33Est-ce que cette réorganisation-là, elle est terminée pour vous ?
04:36Ou elle ne fait que commencer ?
04:37Elle sera, dans le programme qui avait été annoncé il y a maintenant un an,
04:40terminée à l'été prochain.
04:41C'est une transformation, ce n'est pas une rationalisation.
04:45C'est faire la banque différemment, avec, pour faire très simple, le meilleur du digital.
04:50Et quand vous regardez aujourd'hui où nous sommes situés dans les classements externes,
04:53sur la qualité des apps, on est vraiment dans les trois de tête.
04:57Donc, c'est vraiment très bien placé.
04:59On continue à investir massivement dans cette digitalisation,
05:03dans des parcours clients, dans de l'expérience client meilleure.
05:05On invente des nouvelles solutions de paiement.
05:08Wiro, c'est un exemple.
05:09Wiro, ça a été inventé par des banques dites traditionnelles,
05:12qui ont innové avec ce nouveau moyen de paiement européen,
05:14et toutes les fintechs y sont venues.
05:16C'est presque le monde à l'envers, si je voulais être...
05:18Et Wiro, ça pourra remplacer Visa, Mastercard un jour ?
05:22En tout cas, ça répond déjà à des usages assez massifs,
05:26en particulier le paiement de particulier à particulier,
05:29le paiement de particulier à professionnel.
05:31Aller payer son médecin, aujourd'hui, il y a beaucoup de médecins
05:33ou des commerçants qui n'acceptent pas la carte.
05:36Et ça remplace l'usage du chèque ou des espèces,
05:39de façon très moderne, de façon très très simple.
05:41Mais pour revenir à votre question sur la compétition,
05:44on voit bien que nous, nous avons une accélération à faire dans le digital,
05:48ce que nous faisons, mais nous restons sur un modèle,
05:50qui est un modèle digital et hommes et femmes.
05:53Et on voit bien que quand il y a des difficultés,
05:56quand il y a des problèmes, c'est arrivé à d'autres récemment,
05:59quand vous n'avez pas personne à qui appeler,
06:00pas d'alternative à votre application digitale qui tombe pendant une journée,
06:04une journée, vous n'avez plus accès à votre argent.
06:07Et ça, c'est quand même très très ennuyeux.
06:08Donc nous, on est vraiment dans la promotion de ce modèle hybride,
06:12avec une très grande transformation, une plus grande efficacité.
06:14Et encore un accompagnement.
06:15Bien sûr.
06:16Et surtout, beaucoup de compétences supplémentaires chez nos conseillers.
06:19C'est ça l'enjeu clé.
06:20Et là, l'IA aide beaucoup, puisqu'elle permet aussi d'avoir des conseillers
06:23qui, demain, seront de meilleure qualité, mieux formés.
06:26C'est ce qu'on appelle le conseiller augmenté.
06:28Vous êtes très présent aux Etats-Unis aussi.
06:31Est-ce que la victoire démocrate change quelque chose pour vous ?
06:34Alors, elle a changé une chose, c'est qu'elle renvoie un peu plus loin
06:39les pressions inflationnistes.
06:41Et en tout cas, la crainte de la stagflation,
06:43qui serait le scénario économique le pire,
06:45pour l'économie en général et pour les banques qui financent cette économie.
06:49Donc on a vu immédiatement une détente sur les taux longs.
06:52Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle, dont d'ailleurs les taux français.
06:54Donc ça fait du bien aussi à notre pays.
06:58Donc on va voir, si encore une fois, comment les équilibres se font
07:02entre un président républicain et une chambre démocrate.
07:05Mais on peut penser, en tout cas, qu'il y aura un peu plus d'équilibre
07:07que ce qu'il y a pu avoir jusqu'à présent.
07:10Avant, hier, Crédit Mutuel Arcaia était la première banque française
07:13qui a été victime de cyberattaques.
07:14Est-ce que ça, ça peut arriver chez BNP Paribas ?
07:17Ou est-ce que vous avez pris un certain nombre de moyens
07:20pour renforcer vos systèmes de prévention et d'alerte ?
07:22Alors, c'est des sujets sur lesquels on est toujours très discret.
07:25Et vous pouvez comprendre pourquoi nous le sommes.
07:27C'est un sujet sur lequel on investit depuis maintenant 10 ans, massivement.
07:32Les investissements en cybersécurité, c'est de l'ordre de 800-900 millions d'euros
07:35chaque année chez BNP Paribas,
07:38continuellement depuis des années.
07:39Donc, ça pousse aujourd'hui à avoir des équipes, encore une fois,
07:43de très grandes compétences qui savent aussi utiliser les technologies
07:48pour nous protéger, pour nous défendre, etc.
07:50Donc, le risque zéro, il faut être très humble, n'existe pas.
07:55Mais en tout cas, on travaille continuellement.
07:58On tire parti des expériences de ce qui peut se passer ailleurs.
08:01C'est cet exemple, je ne vais pas le commenter.
08:02C'est celui qui a malheureusement touché un confrère.
08:05Et on est toujours solidaires quand des opérations comme ça arrivent chez les autres.
08:09Mais en tout cas, on essaie d'en tirer une expérience,
08:12les conséquences, de regarder si ça aurait pu se passer chez nous.
08:16Et si oui, qu'est-ce qu'il faut faire pour éviter que ça s'y passe ?
08:19Le gouvernement a annoncé son intention de relever le plafond du Livret A.
08:23Vous n'êtes pas très favorable, si j'ai bien compris, à cette décision.
08:27Est-ce que le Livret A devient un concurrent trop sérieux, peut-être, pour les banques commerciales ?
08:32Non, ce n'est pas le sujet, puisqu'on le distribue.
08:34Non, ce qui ne fait pas l'unanimité.
08:35C'est vrai que cette décision ne fait pas l'unanimité.
08:38Alors, on n'a pas le niveau du plafond encore,
08:40puisque le Premier ministre a annoncé une fourchette entre 25 000 et 30 000 euros.
08:44C'est 22 900 aujourd'hui.
08:47Donc, pourquoi on n'est pas favorable à cette décision ?
08:49On trouve que ce n'est pas obligatoirement une bonne idée.
08:51Il y a trois raisons à ça.
08:52La première, c'est quelque part, ça augmente la dépense publique.
08:55Ça augmente les déficits.
08:57Et ça, dans la période, est-ce que c'est vers les ménages aisés
09:00qu'il faut flécher une augmentation du déficit ?
09:03Même si elle est modeste, il y a quand même une augmentation du déficit.
09:06Deuxième élément, c'est de l'épargne liquide,
09:09qui ne va pas aller à l'investissement long terme.
09:11Et ce qu'il faut, c'est aller investir dans l'innovation,
09:15dans les transitions, dans les financements de ces transitions,
09:18dans les fonds propres des entreprises.
09:20Et ça, c'est de l'épargne longue.
09:21Ce n'est pas l'épargne liquide du Livret A.
09:24Et puis enfin, ça aura un impact, parce que ça va renchérir le coût du crédit.
09:28Parce que quelque part, cette ressource plus chère,
09:30il faudra bien qu'elle soit répercutée quelque part.
09:32Merci.
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