00:00 C'est un sentiment de très grande émotion par rapport à ce qui s'est passé à Annecy ce matin.
00:03 D'abord parce qu'il s'agit d'enfants et a priori aussi de personnes âgées.
00:08 Parce que le lieu même d'intervention des faits c'est Annecy, c'est le bord du lac d'Annecy.
00:15 C'est un site touristique extrêmement connu, très apprécié des anétiens, des hauts savoyards
00:20 et des touristes qui venaient à cet endroit.
00:22 Donc évidemment on ne s'attendait absolument pas à une telle attaque à cet endroit là.
00:26 Et donc beaucoup de questions qui se posent déjà. Mais à cet instant c'est vers les familles très inquiètes
00:32 que mes pensées vont parce que voilà il y a des enfants hospitalisés, des adultes hospitalisés
00:38 et que maintenant il faut que ces personnes évidemment gagnent leur combat pour rester en vie.
00:45 Il y a eu une conférence de presse commune de la procureure avec la première ministre Elisabeth Borne.
00:50 On voit que l'assaillant a un profil disons compliqué, un homme de nationalité syrienne
00:57 qui avait obtenu un statut de réfugié en Suède et qui avait fait une demande d'asile en France.
01:03 On voit que sur les réseaux sociaux certains de vos collègues, notamment LR, ont fait le lien
01:08 avec le projet de loi immigration qui va arriver.
01:11 Est-ce que ça vous paraît bienvenu dans ce contexte de ramener comme ça l'actualité politique ?
01:18 Alors le temps il est à la compassion, il est au soutien des familles et il fallait absolument attendre
01:24 la conférence de presse de la procureure et du préfet de la Haute-Savoie en présence de la première ministre
01:30 et du ministre de l'Intérieur pour pouvoir faire un certain nombre de commentaires.
01:36 Le premier commentaire c'est qu'il n'y a pas de qualification terroriste pour l'instant.
01:41 C'est un élément qui est quand même assez important. Ça n'enlève rien au drame, ça n'enlève rien à la catastrophe
01:46 que cela représente pour les enfants qui sont aujourd'hui entre la vie et la mort
01:50 et pour les adultes qui sont dans le même état à l'hôpital.
01:53 Mais c'est quand même quelque chose d'important.
01:55 Et effectivement le profil du personnage semble un profil beaucoup plus complexe
02:00 et ne pas cocher les cases des premières réactions.
02:03 Moi je trouve assez indécent que certaines communications aient été faites
02:07 avant même d'attendre des informations tout à fait officielles venant de l'autorité judiciaire
02:12 des services de l'État parce que d'abord on est dans l'émotion,
02:16 il faut respecter une forme de chronologie vis-à-vis de ce qui se passe
02:20 et ensuite on aura largement le temps parce que cette affaire va être judiciarisée,
02:25 parce qu'il y aura une enquête et la politique reprendra ses droits.
02:29 Mais aujourd'hui dans l'état de sidération des Hauts-Savoyards,
02:33 comprenez bien que le temps n'est pas du tout à la polémique politique
02:36 et à l'instrumentalisation à des fins de politique nationale d'un tel drame.
02:41 L'émotion elle est légitime, je la ressens, je suis père de famille,
02:44 j'habite dans ce département, on est complètement sidérés par ce qui s'est passé ce matin,
02:48 mais le travail des hommes et des femmes politiques c'est un travail qui doit se faire la tête froide
02:54 en regardant la réalité telle qu'elle est et d'avoir un débat politique
02:58 sur des questions aussi graves que les questions d'immigration et les questions de sécurité,
03:03 ça ne peut pas se faire sous l'émotion.
03:05 C'est pour ça que je dis qu'aujourd'hui le sujet c'est l'émotion,
03:08 c'est l'accompagnement des familles, les questions restent extrêmement fortes,
03:13 mais lancer une polémique politique aujourd'hui à des fins d'alimenter un débat national,
03:18 et on sait très bien dans quel sens ça va,
03:21 puisque l'objectif c'est de faire moins de coopération européenne,
03:25 de remettre en cause de la hiérarchie des normes entre le droit européen et le droit français,
03:28 de rétablir des frontières au sein même de l'Union Européenne,
03:32 c'est-à-dire au sein de l'espace Schengen,
03:33 on voit très bien les propositions qui sont aujourd'hui mises sur la table,
03:36 puisque c'est celle du Front National depuis des années.
03:39 Donc je trouve ça totalement indécent.
03:42 Et gardons la tête froide, autant qu'on peut l'être,
03:46 la colère est légitime, l'émotion est légitime,
03:48 mais gardons-nous de tirer des conséquences immédiates en disant
03:53 "Vous voyez finalement c'est la démonstration de rien du tout,
03:57 simplement il faut prendre les choses morceau par morceau,
04:02 on voit bien que c'est très difficile pour le gouvernement d'avancer sur un sujet sur l'immigration,
04:05 on voit bien que c'est une opportunité politique pour certains de vouloir imposer ce débat-là,
04:10 et bien écoutez, quand le débat sera devant le Sénat, on en parlera.
04:13 Et à ce titre-là, le groupe auquel j'appartiens, c'est-à-dire le groupe centriste, fera ses propositions.
04:17 Mais ce ne sera certainement pas moins d'Europe,
04:19 ce sera sans doute plus d'Europe et plus de coopération internationale
04:22 pour s'occuper de la Méditerranée orientale, des frontières de l'Union Européenne
04:26 et puis la sécurité en France.
04:28 La majorité présidentielle a aussi été accusée d'avoir instrumentalisé cet événement.
04:33 Ce matin, la proposition de loi sur l'abrogation de la réforme des retraites
04:36 a été débattue à l'Assemblée nationale,
04:38 et Aurore Berger, chef de file des députés macronistes, a fait un point presse
04:43 en expliquant qu'elle estimait que l'émotion devait prendre le pas
04:46 sur une bataille finalement assez procédurale autour de ce texte,
04:50 parce qu'elle pensait que c'était une maladresse de sa part.
04:53 Écoutez, encore une fois, tous ceux qui vont vouloir essayer de tirer une forme de profit politique
04:59 d'un tel drame se trompent, vraiment.
05:02 Ils se trompent moralement, parce que ça ne se fait pas.
05:05 Ils se trompent politiquement, parce qu'in fine, les conséquences de ce qu'ils font
05:10 seront désastreuses, y compris pour les objectifs qu'on cherche à atteindre,
05:14 c'est-à-dire pour le contrôle de l'immigration et pour la sécurité des Français.
05:18 Donc vraiment, je trouve ça assez globalement indécent.
05:24 Pour ce qui me concerne, depuis que l'événement est intervenu ce matin,
05:29 je n'ai aucune critique à faire à l'égard du gouvernement.
05:32 J'ai été tenu informé, comme mes collègues parlementaires, des différents événements,
05:38 du déplacement de la Première Ministre, du ministre de l'Intérieur et les services de l'État sur place,
05:42 en particulier le corps préfectoral, ont été tout à fait transparents
05:46 et nous ont alimenté des informations qu'ils avaient au moment où ils pouvaient nous les communiquer.
05:50 Donc il n'y a aucune polémique à avoir de ce côté-là.
05:54 [Musique]