- il y a 3 ans
Les Vraies Voix avec Corinne Tapiero, Philippe Bouriachi et Bruno Pomart
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00:00 Bon, nous sommes prêts, 18h30, c'est le moment du coup de projecteur avec nos trois vraies voix
00:05 qui sont ce soir Corinne Tapiero, Bruno Pomard et Philippe Bourjaki. C'est un coup de projecteur
00:12 tout particulier, nous sommes c'est vrai, très émus. Allez c'est parti !
00:16 Les vraies voix Sud Radio, le coup de projecteur des vraies voix.
00:20 Elle avait 41 ans. Marie Trintignant est morte il y a 20 ans aujourd'hui. En 2003, c'était un crime
00:27 passionnel. Bertrand Cantat, son meurtrier, accessoirement chanteur de Noir Désir, plaidait
00:31 le coup de folie. Pour les médias, il fut l'artiste torturée et elle la femme hystérique. Il fera même
00:36 la couverture des Inoccupables en 2007 après seulement quatre ans sous les barreaux au lieu
00:40 de huit. Le meurtre de Marie Trintignant est un féminicide mais ce mot n'existait pas en 2003.
00:45 Depuis Me Too, les choses évoluent trop doucement même si la prise de conscience a fait du chemin.
00:50 Le meurtre d'une femme par un conjoint ou un ex est enfin nommé, la passion n'y a plus sa place.
00:55 Pourtant en 2023, les femmes continuent de mourir sous les coups de poing ou de feu,
01:00 précisément une, tous les trois jours en France. Ce qui nous amène effectivement à notre question
01:06 sur Twitter à laquelle vous pouvez réagir, vous les auditeurs de Sud Radio. Le féminicide,
01:11 les 20 ans de la mort de Marie Trintignant dont on fête les 20 ans hélas aujourd'hui,
01:16 est-ce que ce féminicide marque selon vous le début d'une prise de conscience des violences
01:21 conjugales ? Corine Tapirot, c'est vrai qu'il y a un avant et un après parce que ça a été
01:27 médiatisé ? Oui, c'est vrai que ça a été médiatisé, c'est vrai aussi qu'on s'est aperçu que ces
01:35 situations arrivaient dans tous les milieux, tous les milieux étaient touchés et à partir de ce
01:40 moment-là on a commencé à en parler. D'ailleurs il y a eu un moment de sidération, on a parlé de
01:45 crimes passionnels, on n'osait pas dire le mot, enfin c'est un assassinat pur et simple dû à des
01:51 coups violents. Et même les parents n'avaient pas l'air d'être au courant de ce qui se passait,
01:57 donc elle a vécu quand même dans cette espèce de climat un peu assez dur quand même. Et
02:03 aujourd'hui l'entourage devient même presque plus attentif, pas forcément grâce à ça,
02:09 mais on a pu en parler. C'est vrai aussi qu'on a avancé, on a évolué, il y a beaucoup à faire au
02:16 niveau des dépôts de plaintes, la façon dont on recueille la parole des femmes, comment on les
02:20 encadre. Alors je sais que tout le monde se gargarise du bracelet électronique anti-rapprochement,
02:28 mais enfin bon, ça sonne chez la dame, donc c'est quand même un petit peu embêtant, ça devrait
02:34 sonner à la police, il devrait arriver. Je crois qu'il y a des choses qui ne sont pas très cohérentes.
02:38 Bruno Pommard, comment ça se fait que ce bracelet par exemple, il ne sonne pas directement à la police ?
02:42 C'est la technologie encore une fois qui doit être peut-être révisée. Il y a une nouveauté qui a été
02:48 lancée, des nouveaux téléphones portables. Tout à fait, mais il y a quelque chose qui a avancé
02:53 d'ailleurs, parce que pour parler d'une personne qui est critiquée depuis pas mal de temps, c'est
02:57 Madame Schiappa, lorsqu'elle a été auprès de Gérald Darmanin, elle a fait quand même avancer les choses,
03:00 on ne peut pas lui reprocher, elle a fait quand même des choses intéressantes. Sur les référents
03:04 en commissariat, par exemple, police, il y a plus de référents de présent. Il y a le 39-19,
03:09 c'est quand même un référentiel important pour les femmes qui sont au chômage.
03:15 Il faut y accéder.
03:17 Et ce qu'on voit actuellement, puisqu'on est au mois de juillet, on est à 70 féminicides déjà en France,
03:26 donc c'est assez considérable.
03:28 On a l'impression que tous les jours, dans la presse d'envoi, c'est incroyable, une femme qui meurt sous les coups de leur mari.
03:32 Écoutez, moi, je veux encore, excusez-moi de parler un peu de ma petite personne,
03:37 surtout de mon association, mais je travaille là-dessus depuis pas mal de temps avec une pièce de théâtre
03:41 qu'on a mise en place avec une fonctionnaire de police qui est spécialisée dans l'accueil des femmes
03:45 en commissariat, qui s'appelle Sonia Aïa, qui a réalisé une pièce de théâtre qui s'appelle "Je me porte bien".
03:49 Et on se produit cette pièce, à titre bénévole évidemment, avec mon association Red Venture,
03:55 un peu partout, dans des écoles, dans des lycées, dans des villes, on l'a fait à Paris,
04:00 on l'a fait devant le préfet de police, etc., qui consiste à présenter ce que sont les relations
04:05 entre un homme et une femme, et avec tout ce que ça peut apporter à un moment donné lorsque la situation se dégrade.
04:12 Et c'est très intéressant, et on se rend compte qu'il y a beaucoup de gens que ça interpelle.
04:16 Donc c'est un sujet qu'il ne faut pas prendre à léger.
04:18 - Philippe Bouriaki, on entend beaucoup quand même les femmes dire que ça ne va pas assez vite.
04:22 On entend beaucoup de gens le dire en général, qu'il n'y a pas de prise de décision assez forte
04:27 de la part du gouvernement sur les tentatives de rapprochement ensuite, sur les actes eux-mêmes.
04:33 Quand est-ce qu'on a envie de taper un bon coup de poing sur la table, moi c'est mon cas en tout cas,
04:38 quand est-ce que ça va vraiment bouger, changer, quand est-ce que ce chiffre terrible qu'on vient d'entendre va-t-il redescendre ?
04:44 - Quand on aura éduqué nos garçons, puisque dans le 99,99% ce sont des garçons, des hommes,
04:53 mais avant d'être des hommes, ce sont des jeunes hommes, et puis des garçons, des petits garçons,
04:57 leur apprendre l'égalité, leur apprendre le respect, leur apprendre le self-control,
05:02 leur apprendre que le non, c'est non, c'est pas peut-être, c'est non,
05:06 leur apprendre que lorsqu'on est à bout de nerfs, on sort, on crie un bon coup,
05:12 ou on va dans une salle mettre les gants avec d'autres personnes,
05:15 ou on va à la piscine, ou on joue au tennis, enfin peu importe, les femmes ne sont pas un punching ball.
05:19 Ça, ça commence d'abord par ça, ça commence par aussi ne pas...
05:25 Moi je le dis parce que je suis de culture méditerranéenne, les hommes, on est des rois,
05:30 et les femmes sont à notre disposition, et ça commence... - C'est notre propriété, ouais, c'est ça.
05:34 - Non mais ça commence par la mère qui met les hommes au-dessus de tout le reste,
05:38 et qui demande à ses filles de se comporter en état infernalitaire.
05:41 Alors bien évidemment, les choses sont en train de changer, les mentalités sont en train de changer,
05:46 mais ça commence aussi par ça, et mettre au même niveau les garçons et les filles.
05:51 Ça commence aussi par l'éducation,
05:56 attendez mesdames, je pèse bien mes mots de ce que je suis en train de dire,
05:59 l'éducation des femmes et des jeunes filles, à leur dire dès la première gifle, faut partir.
06:04 Et faut partir, faut pas revenir.
06:06 Je pense à la femme du Ruby Man qui a pris une rouste sévère,
06:11 - Qui a pris sa défense. - Qui a pris sa défense,
06:14 qui a été au tribunal pour dire "je veux que mon mari rentre à la maison",
06:16 et qui était comme ça, en train de faire le pied de grue.
06:19 Et là, il y a une vraie complexité.
06:21 Alors oui, les choses sont plus médiatisées, mais non, les choses n'ont pas évolué,
06:25 et ce n'est pas à la femme de quitter le domicile,
06:28 le problème, c'est la pression qu'il y a autour, la pression des voisins,
06:31 la pression du condiraton et la pression familiale,
06:33 qui disent "bon bah écoute, on va pas faire ce scandale, on veut pas que ça se tache, tais-toi".
06:36 Et donc ça, ces mentalités, elles doivent changer, d'effetivement.
06:39 - Alors, concernant ce drame, Marie Trintignant,
06:43 on vous a sélectionné avec Judith quelques extraits qui sont très marquants.
06:48 Alors déjà, nous sommes le 1er août 2003,
06:50 le chirurgien Stéphane Delajoux annonce le décès de la comédienne
06:53 survenue à la clinique Hartmann de Neuilly-sur-Seine.
06:56 - Madame Marie Trintignant est décédée ce matin à 10h20,
07:01 des suites d'un oedème cérébral,
07:03 et ce, malgré la réanimation poursuivie depuis son arrivée à la clinique Hartmann.
07:10 - Voilà, donc là, on voit bien l'étendue de la blessure, le constat médical,
07:14 et ensuite, face à la presse, l'avocat de la famille Trintignant,
07:17 maître Georges Keijman, récemment décédé, répondait aux fameux arguments
07:21 dont, tout à l'heure, Judith nous a parlé un petit peu, les arguments de la défense.
07:24 - Il est parfaitement invraisemblable de penser que cette frêle jeune femme,
07:30 d'1m65, moins de 60 kilos, ait pu bousculer, renverser à terre
07:36 un gaillard qui est un véritable athlète d'1m90, 85 kilos,
07:41 et entraîner à plusieurs disciplines sportives.
07:44 Je ne m'étendrai pas sur l'hystérie prétendue de Marie,
07:48 c'est l'excuse classique des hommes qui frappent.
07:51 - L'hystérie des femmes, en général, dans ce cas précis,
07:54 c'est ce qui a été invoqué, effectivement,
07:56 mais en général, c'est aussi un peu ce qu'on lance aux femmes qui sont fortes,
07:59 qui ont une grande bouche, qui s'imposent dans la vie, etc.
08:02 - On est encore dans une société qui promeut le patriarcat, finalement.
08:06 - Oui, invraisemblablement, il n'y a pas de doute.
08:10 Mais on a aussi un entourage qui peut dire "tu l'as cherchée, qu'est-ce que t'as fait pour en arriver là ?"
08:17 - C'est terrible. - Je trouve ça extrêmement terrible.
08:19 Ce que je trouve encore plus terrible, et sur quoi on n'avance toujours pas,
08:23 c'est sur les enfants.
08:25 Les enfants des femmes battues.
08:26 Parce que lorsqu'ils ont été témoins de ces violences,
08:29 ça peut devenir à leur tour, assez probablement, des adultes frappeurs.
08:34 - Ou frappés. - Oui, ou frappés, ça dépend.
08:37 Et il faut aussi les traumatiser.
08:40 Il faudrait qu'on puisse les prendre en charge.
08:42 Moi, j'ai accompagné, dans le cadre des missions que j'avais en tant que responsable
08:46 de l'association de parents d'élèves, notamment, et d'autres structures,
08:50 des femmes battues, qu'on a réussi à exfiltrer de chez elles,
08:56 qu'on a placées dans des foyers spécifiques.
09:00 Malheureusement, forcément, comme les enfants sont là,
09:03 il y a un droit de visite, donc le père est toujours en lien avec la famille
09:07 et retrouve assez rapidement la femme.
09:09 Quand ces femmes ont eu, en tout cas pour deux d'entre elles,
09:11 je me souviens des dossiers, le bénéfice de la jouissance du domicile familial,
09:17 les pères ont trouvé, enfin les mariés, ont trouvé le moyen de réattaquer le juge
09:21 en disant "mais le bail est à mon nom, c'est pas possible", etc.
09:24 Et du coup, les choses retombent.
09:25 C'est-à-dire qu'il manque un suivi après.
09:28 C'est-à-dire quand il y a un fait comme celui-là, par exemple,
09:30 le domicile doit rester domicile, quelles que soient les revendications suivantes.
09:34 - Alors, autre élément important sur lequel Judith va vous faire réagir,
09:38 les vrais voix.
09:38 Donc, écoutez cet extrait.
09:39 C'est la mère de Marie Trintignant, Nadine Trintignant,
09:42 qui répondait aux questions de Léa Salamé en 2018
09:45 au sujet du retour sur scène de Bertrand Cantat, l'auteur du crime.
09:50 - Comment se fait-il qu'un homme, où on sait qu'il a tué,
09:54 c'est pas un mystère, je trouve honteux, indécent, dégueulasse,
09:59 qu'il aille sur scène ?
10:01 - Bruno Pommard, pardonnez-moi, je suis un peu émue.
10:04 Quand on entend une mère qui a perdu sa fille comme ça,
10:07 sous les coups d'un homme qui n'est pas appelé un meurtrier
10:10 par la majorité de la société, on peut vraiment se poser des questions.
10:14 - C'est un meurtrier, excusez-moi de reprendre le terme.
10:16 C'est un meurtrier, c'est tout.
10:18 Et c'est vrai qu'encore une fois, la société se doit de répondre.
10:22 Mais c'est vrai que depuis l'avènement de l'hashtag #MeToo,
10:25 c'est vrai que ça a permis aux femmes de se libérer,
10:29 de pouvoir dire ce qu'elles ressentaient.
10:31 C'est toute la problématique de l'emprise de l'homme sur la femme.
10:36 Et l'emprise, c'est quelque chose de terrible.
10:37 Moi, j'ai une amie, pour tout vous dire, que je vois souvent,
10:42 qui m'expliquait sa vie.
10:44 Elle avait trois enfants et elle me disait,
10:47 j'ai fait un premier enfant, ça allait bien.
10:48 Il a commencé à me violenter.
10:50 Je lui dis, mais pourquoi tu n'es pas parti ?
10:52 Parce que je l'aimais.
10:53 Et j'ai fait un deuxième enfant pour lui montrer que je l'aimais,
10:56 pour voir si ça allait jusqu'à trois enfants,
10:59 jusqu'au moment où elle a failli mourir.
11:01 Et cette emprise-là, j'arrivais pas à la comprendre, tout simplement.
11:05 Donc, aller voir des psys, aller voir des associations,
11:07 parce qu'il y a quand même beaucoup plus d'associations qui sont efficaces.
11:11 Mais la problématique est tellement importante...
11:14 - On est un peu dans une forme de syndrome de Stockholm.
11:16 - C'est ça, bien sûr.
11:18 - La difficulté, c'est les derrières.
11:20 - Et le nombre de femmes, c'est ça.
11:22 - On a encore un extrait à écouter.
11:23 - Les vraies voix.
11:24 Autre extrait, là aussi, qui est très révélateur.
11:26 Le comédien François Cluzet,
11:28 ancien mari et père du fils de Marie Trintignant,
11:31 tient un discours très touchant lorsqu'on évoque le souvenir de la comédienne.
11:34 Depuis 20 ans, les témoignages de nombreux artistes alertent sur ce crime
11:39 et sa symbolique.
11:40 On vous fait réagir dessus.
11:41 - Non, je ne pardonnerai jamais.
11:42 Je ne pardonne pas aux gens qui frappent les femmes, qui les tuent,
11:46 comme je ne pardonnerai pas aux assassins d'Ilan Halimi,
11:50 que je n'ai toujours pas digéré,
11:51 comme je ne pardonne pas à ceux qui humilient les homosexuels.
11:54 Je ne peux pas pardonner qu'on ait tué Marie.
11:56 Je ne pardonnerai jamais.
11:57 - Bon, là, on entend François Cluzet nous parler des mots homosexuels,
12:01 des juifs, en fait, des femmes, des minorités.
12:04 Il y a un problème, justement, sur cette appréciation globale
12:07 de comment on fait pour protéger ces minorités, finalement, Philippe Auréachi.
12:11 - Mais il n'y a que des minorités, en fin de compte.
12:13 Vous pouvez prendre toutes les communautés.
12:15 Dans les communautés, il y a encore des sous-communautés.
12:17 Je ne parle pas de sous-hommes ou sous-femmes, attention.
12:19 Je parle de sous-communautés.
12:20 Et donc, comment on fait pour protéger la société en général ?
12:24 Je rebondirai sur deux choses, sans vouloir choquer qui que ce soit.
12:27 Premièrement, je ne suis pas d'accord avec l'avocat qui dit
12:29 comment on peut penser qu'une femme de 60 kilos ne peut pas...
12:33 - Elle met 60.
12:33 - Je peux vous assurer que moi, mes élèves de Krav Maga et de Self-Défense,
12:37 elles font 55 kilos et elles mettent des bonhommes de 120 kilos au sol,
12:40 quand elles connaissent les techniques.
12:41 Ça, c'est un premier point.
12:42 Deuxième point, il arrive que des gens, lorsqu'ils sont poussés à bout,
12:46 puissent moduler leur force et la décupler.
12:50 Mais je n'excuse pas et je dis que ça n'explique pas
12:54 qu'un homme puisse frapper à 19 reprises une femme ou un autre homme, peu importe.
12:59 - Mais vous reprécisez le contexte et vous avez effectivement...
13:02 C'était très important ce que vous dites.
13:04 - Et donc, ça commence par l'éducation,
13:08 ça commence évidemment par la sanction, mais l'obligation de réparation.
13:11 Ma philosophie m'oblige de dire qu'une fois que la personne a réparé sa dette,
13:18 lorsqu'elle a payé sa dette, elle a le droit à la réhabitation.
13:21 Alors, on peut être choqué, se dire comment il peut se produire sur scène,
13:25 mais comment des gens vont le voir sur scène ?
13:27 Et donc, par conséquent, où est la chaîne de respect ?
13:29 - Pardonnez-moi, répondissez juste sur les inoccupables
13:31 qui le mettent quand même en 1 en 2017.
13:34 - C'est Scandaleux.
13:35 - Je suis désolée, OK, il a le droit d'aller sur scène,
13:37 mais à un moment donné, il a fait 4 ans au lieu de 8.
13:40 - Bien sûr.
13:41 - Il le met en une des inoccupables comme une grande star qui revient sur scène,
13:44 le retour de Bertrand Quentin, moi je trouve ça personnellement...
13:47 - C'est rare que je donne mon opinion à la radio.
13:49 Honteux.
13:49 - Oui, on ne devrait plus en entendre parler.
13:51 - Voilà, il devrait disparaître immédiat.
13:53 - Il appartient à chacun d'avoir l'humilité de se mettre en retrait total de la vie publique.
13:58 - Alors justement, c'était l'une des questions qu'on avait voulu soulever
14:01 à travers ces différents documents sonores.
14:04 Corinne Tapierro, lorsque Mme Trintignant, maire, explique
14:09 qu'elle ne comprend pas pourquoi Bertrand Quentin revient sur scène,
14:12 il y a effectivement en avant l'argument de Léa Salamé qui lui dit
14:15 "il a été condamné, il a payé sa dette",
14:17 sauf que là effectivement, il y a une autre dimension
14:20 et qui est très importante dans le cadre de cette affaire,
14:23 c'est qu'il revient sur scène et il va être applaudi.
14:26 Et là, ça change tout Corinne Tapierro.
14:28 - Ah ben, c'est insupportable, moi j'ai trouvé ça intolérable,
14:32 je pensais au moins qu'il n'aurait même plus le culot de se présenter sur scène.
14:36 Et d'un autre côté, c'est vrai que lorsqu'on a payé sa dette,
14:41 on doit être inséré pour des tas de faits.
14:44 Mais est-ce qu'on est sûr que cet homme ne frappera plus ?
14:46 - C'est ça.
14:47 - Est-ce qu'on est sûr que cet homme-là qui s'accute,
14:51 sa compagne qui s'est suicidée,
14:53 est-ce qu'on est sûr qu'on n'a pas remis en liberté un véritable prédateur,
14:57 un mec dangereux, dangereux pour tout le monde ?
14:59 Moi j'ai été extrêmement choquée par cette histoire,
15:02 j'ai trouvé ça terrible, j'ai été choquée par les mots édulcorés
15:08 qui étaient employés pour ne pas dire les choses,
15:10 parce que c'était une personnalité publique,
15:12 qu'il ne fallait pas porter atteinte à son image,
15:14 je trouve ça terrible.
15:15 Et en revanche, moi je ne vois pas la même relation avec MeToo,
15:20 c'est pas du tout la même prise de conscience.
15:22 - C'est le déclenchement, ce que je parlais.
15:23 - Ah c'est le déclenchement, parce que...
15:25 - C'est pour ça qu'on a posé cette question,
15:27 c'est-à-dire est-ce que cette terrible histoire
15:30 marque une évolution dans la prise de conscience ?
15:33 C'était notre question en fait.
15:34 - Je pense que lorsqu'on est un personnage public, ça nous oblige.
15:36 Et quand on est un personnage public, ça nous oblige à tout.
15:39 Ça nous oblige à respecter la loi,
15:41 ça nous oblige à respecter les autres.
15:42 - Être exemplaire.
15:43 - Et en plus de ça, quand il va chanter des chansons un peu douteuses,
15:48 je ne comprends même pas comment il a pu le dire.
15:50 - Dans un autre répertoire, vous avez l'affaire Catenens,
15:51 il n'y a pas de mort évidemment derrière,
15:54 mais c'est le principe de...
15:56 Surtout lorsqu'on est un représentant public,
15:58 on est un élu de la République,
15:59 on ne peut pas se permettre des choses comme ça.
16:01 - 0826-300-300, vous pouvez réagir à ce débat bien évidemment.
16:05 On est toujours avec Sandrine qui nous appelle
16:07 des viands les bains en haut de sa voix.
16:09 Sandrine, vous êtes là ?
16:10 - Oui.
16:11 - Alors on a envie de vous entendre un peu
16:12 sur tout ce qui vient de se dire Sandrine.
16:14 - Oui, alors c'est très difficile d'entendre tout ça.
16:19 On part du principe de toute façon que personne ne devrait faire ça.
16:24 Moi je pense qu'il faut prendre le problème à la racine si c'est possible,
16:28 et la violence avant qu'elle s'installe,
16:31 elle est déjà présente assez fréquemment dans des cours de récréation par exemple,
16:36 vous la voyez partout,
16:37 donc c'est peut-être déjà là qu'il faudrait faire quelque chose
16:40 avec l'éducation des plus jeunes,
16:43 et puis faire prendre conscience aux garçons notamment,
16:46 parce qu'en effet ils sont peut-être plus concernés,
16:49 qu'ils seront toujours plus forts avec les femmes,
16:51 avec les filles que contre elles.
16:53 - C'est une parole de sagesse.
16:55 Vous avez envie de dire quelque chose de plus Corinne ?
16:57 - Non, je crois que ça a vraiment le mérite de la clarté,
17:01 mais c'est vrai aussi qu'on pourrait apprendre les relations humaines,
17:05 même assez loin, la relation homme-femme,
17:09 même dans le travail, dans toute cette forme de respect.
17:12 C'est pas parce qu'on est grosse qu'on peut être frappé,
17:14 ce n'est pas parce qu'on n'a pas fait quelque chose qu'on peut être frappé,
17:18 et surtout éduquer les femmes à la reconnaissance du pervers narcissique,
17:21 qui va immédiatement vous dévaloriser,
17:24 vous mettre dans une situation telle que vous ne vous appréciez plus vous-même.
17:29 Il y a d'ailleurs une très belle chanson qui dit
17:32 "Elle aurait dû le faire si elle avait su, elle aurait dû y aller".
17:35 - Oui, mais vous savez, pour continuer dans ce que vous dites,
17:38 je vais ramener un peu à ce qu'est la police nationale sur ce sujet-là,
17:44 il faut savoir que les services de police sont dépassés
17:46 par le nombre de dossiers qu'il y a à traiter.
17:48 Moi j'ai une amie, je tairai l'endroit où ça se situe,
17:50 c'est pas loin de Paris, qui a 300 dossiers sur ce sujet de violence,
17:55 sous le coude.
17:57 Ils sont 3 à traiter ça, et...
17:58 - Ils sont 3 sur 300 dossiers ?
17:59 - Oui, sur une unité, je tairai le département.
18:03 Donc compter le nombre de départements et compter le nombre de victimes qu'il y a.
18:07 C'est compliqué comme problème à régler.
18:09 - Alors, vous êtes spécialiste de sécurité,
18:11 deux de nos trois vrais voix, vous Bruno Pommard et vous Philippe Bourjaki,
18:15 il y a donc un nouvel outil qui est sorti, qui a été testé,
18:18 c'est le téléphone en fait.
18:20 C'est un téléphone et à partir du moment où l'homme qui est interdit
18:24 de s'approcher du domicile de son ex-compagne,
18:28 à partir du moment où il s'en approche, le téléphone bip,
18:31 et il y a tout de suite, ce que demandait Judith tout à l'heure,
18:34 une intervention des forces de l'ordre.
18:37 Ça c'est un cas concret, une solution efficace.
18:39 - Ça fonctionne très bien en Espagne, donc il n'y a pas de raison que...
18:42 - C'est très développé d'ailleurs.
18:43 - Ça fonctionne pas.
18:45 - Mais derrière, effectivement, c'est tout le suivi,
18:48 tu l'avais dit tout à l'heure, mais aussi le suivi psychiatrique
18:52 de l'individu.
18:54 Parce que si tu ne traites pas la personne sur les effets,
18:59 enfin sur les causes, les effets ne peuvent que se reproduire.
19:01 D'ailleurs, on voit bien qu'il y a un taux de récidive important.
19:04 - C'est tout un problème en tout cas.
19:05 - Et puis, on repart sur l'éducation des garçons de jeune âge,
19:08 mais aussi des filles pour leur dire dès la première insulte,
19:12 dès la première brimade, et rappeler aux femmes
19:14 que les pervers narcissiques, au début, vous survalorisent,
19:17 vous traitent comme une reine pour enfin faire le vide autour de vous.
19:21 Et une fois qu'il y a le vide autour de vous,
19:22 ils sont complètement dans son emprise, et là, c'est l'enfer.
19:25 - Tout à fait d'accord avec ce propos.
19:27 C'est vrai que la réaction, effectivement, le téléphone,
19:29 la police peut intervenir rapidement et ça, il n'y a pas de soucis là-dessus.
19:33 Le problème, c'est qu'après, c'est le suivi, la prise en charge.
19:35 Et là, on est un peu, même beaucoup dépassés.
19:37 Manque de psychologues, manque de psychiatres, manque de tout.
19:41 - En tout cas, si vous écoutez cette émission
19:43 et que vous êtes en situation de violence conjugale,
19:46 sachez donc qu'il y a des solutions pour vous, mesdames.
19:49 Après, déjà, à commencer par aller porter plainte, effectivement.
19:52 Il y a cette histoire de téléphone dont vous parlez, Frédéric.
19:55 Et puis surtout, ne vous laissez pas faire
19:57 par les pervers narcissiques et par les hommes violents.
19:59 Vous avez autre chose à rajouter, Corinne Tapiero, avant qu'on rentre dans l'antenne ?
20:04 - Non, mais ce qui est assez étonnant, souvent,
20:06 c'est que les femmes ont un amour démesuré pour cet homme qui les violente.
20:11 Donc, c'est très difficile de partir.
20:13 - Juste pour conclure, alors, petit rapport aussi personnel, en tant qu'homme.
20:18 Lorsque tout à l'heure, vous disiez, Corinne Tapiero,
20:21 quand l'enfant a été frappé, souvent, il devient frappeur.
20:24 - Quand il a été témoin de...
20:25 - Et alors, il y a aussi une autre donnée,
20:27 c'est que de plus en plus, il y a des enfants de divorcés.
20:29 Et ces enfants de divorcés ont grandi dans ce déchirement affectif.
20:34 Et ils sont eux-mêmes, en termes de souffrance affective,
20:38 et ils véhiculent ces peurs de la séparation.
20:41 Et forcément, ça va amplifier cette notion de perdre celui qu'on aime.
20:46 - Et surinvestir sur la relation.
20:48 - Et ça, quand vous parliez de psychologie,
20:50 effectivement, c'est un des enjeux très importants,
20:52 parce qu'il y a de plus en plus de couples qui divorcent.
20:55 - Et tout passe par l'éducation.
20:56 - Et l'aspect féminin aussi, parce que souvent, les périodes narcissiques
20:59 font en sorte que la personne soit complètement dépendante de tout,
21:02 et y compris économiquement.
21:03 - Oui, on l'a fait compabiliser totalement.
21:04 - Beaucoup de femmes se disent "je ne peux pas quitter mon bureau
21:07 parce que comment je vais faire avec mes enfants, etc."
21:09 Donc, il y a un vrai problème.
21:11 - Le mot de la fin aussi, on le rappelle,
21:13 éduquez vos petits garçons.
21:15 - Mesdames, mettez-vous au self-défense.
21:17 - Et vos filles aussi.
21:19 - Mettez-vous au self-défense, pas pour exercer une violence,
21:21 mais pour apprendre à avoir confiance en soi.
21:23 - Merci à tous les trois.
21:25 Merci Sandrine pour votre rapport à cet échange riche.
21:28 - Oui, merci Sandrine.
21:30 - Et puis vous, auditeurs de Sud Radio,
21:32 vous restez là avec nous, parce qu'on va se faire un peu plaisir
21:34 avec du bonheur, avec les 5 minutes de bonheur qui viennent.
21:39 avec le grand sourire de Frédéric Brindel pour ceux qui peuvent le voir.
21:43 Allez, à tout de suite !