00:03BFM Business présente les enjeux de demain avec Raphaël Duchemin.
00:08Gros plan aujourd'hui sur l'intelligence artificielle.
00:12A l'heure où tous les secteurs font des efforts pour décarboner leurs activités,
00:16l'IA par nature très énergivore est-elle en plein développement.
00:20Alors est-elle un problème pour accélérer la transition ou peut-elle être justement une des briques de la solution
00:25?
00:25C'est ce qu'on va tenter de comprendre avec vous.
00:27Claudia Gray, bonjour.
00:28Bonjour Raphaël.
00:29Vous êtes investisseuse dans des fonds de capital risque chez BPI France.
00:33Si on prend la photo à l'instant T, en apparence ces enjeux sont irréconciliables
00:38et pourtant aujourd'hui forcés de constater qu'on ne peut faire l'impasse finalement sur aucun dédeux,
00:43ni l'IA ni la décarbonation.
00:45Tout à fait.
00:46Une question légitime à se poser, c'est est-ce une bombe énergétique
00:49ou au contraire un levier en faveur du climat ?
00:52Puisqu'effectivement il y a aujourd'hui des chiffres qui sont alarmants.
00:55Par exemple, on estime que d'ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre du secteur du numérique,
01:00elles pourront représenter deux fois la France, ce que représente aujourd'hui deux fois la France.
01:04C'est énorme, c'est alarmant.
01:05Donc la question mérite d'être posée.
01:08En revanche, face à ces constats qui sont assez alarmistes et alarmants,
01:11il faut garder en tête qu'on est face à une révolution technologique
01:15et que l'IA ce n'est pas la technologie de demain, mais c'est même la technologie d'aujourd
01:19'hui.
01:19Il y a des montants colossaux qui sont investis à l'échelle du monde.
01:22On parle de 2000 milliards de dollars en 2025, c'est énorme.
01:27Et donc on ne peut pas faire l'impasse sur ce secteur de l'intelligence artificielle.
01:31En fait, il faut être acteur de cette course.
01:33Et effectivement, il faut balancer un petit peu ces deux enjeux.
01:36Est-ce qu'on pousse l'intelligence artificielle un petit peu au détriment du climat
01:41ou est-ce qu'au contraire, on décide d'être spectateur ?
01:44Alors, quelles sont les difficultés qui sont face à nous sur cette problématique-là ?
01:48Est-ce que c'est le data center, pour être clair ?
01:52Oui, une grosse contrainte à laquelle on fait face, c'est effectivement la demande en électricité
01:58qui est liée à la course à la puissance de calcul et qui est liée à ces data centers.
02:04Ce qu'il faut garder en tête, c'est qu'aujourd'hui, l'intelligence artificielle qu'on utilise en grande
02:09partie,
02:09c'est une intelligence artificielle qui est d'ailleurs pour beaucoup des États-Unis,
02:15Anthropik, OpenAI, pour ne pas les citer.
02:18Et donc, en fait, le pire des scénarios qu'on pourrait imaginer,
02:21c'est finalement d'aller vers cette intelligence artificielle,
02:24de participer à cette course technologique,
02:26mais en fait d'utiliser une intelligence artificielle qui soit d'ailleurs,
02:30alors que chez nous, on bénéficie quand même d'un mix énergétique qui est très décarboné.
02:33Donc finalement, ce qu'on peut se dire, c'est si on s'intéresse à l'urgence climatique,
02:36si on est conscient de ces enjeux climatiques,
02:39on a tout intérêt à créer, à renforcer un écosystème maison avec data center maison.
02:44Donc le problème, c'est celui de la France et de l'Europe, face aux États-Unis notamment,
02:49donc quelque part la question de la souveraineté qui est liée directement au climat.
02:54Tout à fait.
02:55En fait, plus on sera souverain dans notre approche,
02:58c'est-à-dire plus on développera un écosystème maison,
03:01c'est-à-dire faire participer notre écosystème de PME, d'ETI française,
03:05qui ont des expertises sur le génie climatique, le génie électrique,
03:08faire participer nos start-up, mettre en place des solutions peut-être de récupération de la chaleur fatale.
03:13Toutes ces choses-là, si on les fait maison, en fait, c'est la création d'un écosystème d'IA
03:17qui nous permettra à la fois d'être souverains et de mieux maîtriser notre empreinte énergétique.
03:21Et alors on en est où, justement, sur les recherches qui permettent de combiner les deux ?
03:26Est-ce qu'on a des pépites qui y travaillent aujourd'hui ?
03:28Oui, on a des pépites qui y travaillent aujourd'hui.
03:29Je pense qu'on peut être fiers de Mistral AI, notre champion français.
03:33Nous, chez BPI France, on a décidé de le soutenir et on continue de le soutenir.
03:37Et d'ailleurs, Mistral AI, c'est un acteur qui est très intéressant
03:40puisqu'il s'est complètement détourné du narratif américain
03:44qui voudrait qu'on crée que des super modèles qui répondent à une multitude de problématiques
03:48et qui sont très énergivores d'une part et aussi très coûteux financièrement à mettre en place.
03:52Mistral AI, en fait, il développe quelque chose qui est une des solutions,
03:55en tout cas une des approches qu'on pourrait considérer comme une solution,
03:58c'est-à-dire développer des modèles qui soient plus verticalisés,
04:01qui répondent à des problématiques précises mais qui ne sont pas moins efficients.
04:05Mais en fait, ils permettent de raisonner dans un environnement contraint qui est le nôtre,
04:09celui de la France.
04:11Donc on n'a pas les poches aussi profondes que celles des États-Unis.
04:13Et puis on est aussi conscients et consciencieux face à l'urgence climatique.
04:17Pour accélérer, qu'est-ce qu'on fait, Claudia ?
04:20Pour accélérer, on continue d'être dans une dynamique protectionniste, je dirais,
04:24c'est-à-dire favoriser nos acteurs français, européens,
04:27puisqu'on sera plus fort à l'échelle européenne, évidemment.
04:30Donc on continue de se privilégier entre nous.
04:32Et surtout, on ne se démotive pas et on reste acteur dans cette course.
04:36Merci beaucoup, Claudia Gray, d'être venue avec nous sur BFM Business
04:40pour nous parler de ses enjeux de demain.
04:44Les enjeux de demain sur BFM Business