00:00Damien Charlery aussi nous rejoint pour Mandarine. Bonjour Damien, bienvenue.
00:03Bonjour Guillaume.
00:04Il est 15h43, vous avez chaud Damien ?
00:07Bon, ça va mieux là.
00:07Ça va mieux, bienvenue ici, c'est vrai.
00:09Et à cette heure-ci, 15h43, c'est le moment où les investisseurs, les intervenants de marché,
00:14rendent ici leur verdict face à nos auditeurs et téléspectateurs.
00:17Vous allez rentrer dans un instant ce verdict.
00:19Est-ce que ce moment qu'on va vivre ensemble, vous l'assumez ?
00:21Je l'assume complètement.
00:22On écoute votre verdict alors.
00:25Il semblerait que le marché soit mûr pour une rotation.
00:28Alors c'est à la fois une rotation géographique, mais également une rotation sectorielle.
00:32Pour en, au moins c'est annoncé, le marché mûr pour une rotation, dites-vous.
00:37Donc une déconcentration aussi, sans doute à venir, des performances.
00:39Pourquoi vous y croyez ?
00:40Absolument, absolument.
00:42Ce qu'on constate déjà, et à mon sens, ce que peu d'investisseurs ont en tête,
00:47c'est que, alors on parle beaucoup de techno, effectivement, des performances remarquables,
00:50des valeurs liées à l'intelligence artificielle et en particulier de semi-conducteurs.
00:53Mais la réalité, c'est que cette année encore, l'Eurostock surperforme le S&P 500.
00:58Et je pense que ça mérite d'être souligné.
01:00Alors, il y a eu beaucoup de volatilité.
01:03C'est-à-dire qu'on a commencé l'année avec un Eurostock qui a un peu surperformé.
01:06Et puis, bada boum, au moment de la crise au Moyen-Orient, les États-Unis ont rebondi,
01:10en tout cas en relatif, très largement.
01:12Mais depuis le 15 mai, on a un Eurostock qui surperforme le S&P de 7 à 8%.
01:17Et d'ailleurs, si on regarde, ne serait-ce qu'aujourd'hui, où on a des résultats remarquables de Micron,
01:22l'indice Eurostock fait un peu mieux que l'indice S&P 500.
01:27Et pour moi, c'est assez révélateur de ce qui se passe en ce moment.
01:31Et la vraie question, c'est, est-ce que ça peut durer ?
01:33Oui, pourquoi ? Et est-ce que ça peut durer, effectivement ?
01:35Pourquoi ? Alors, peut-être qu'il y a un peu d'usure à Wall Street,
01:37mais est-ce que l'Europe a vraiment beaucoup d'essence dans le capot pour rattraper son retard ?
01:41Enfin, en tout cas, améliorer encore sa performance ?
01:43Les questions restent ouvertes.
01:44Alors, en fait, il y a plusieurs questions.
01:46Il y a effectivement, est-ce que l'Europe a assez d'essence ?
01:47Et la deuxième question, c'est, est-ce que les États-Unis vont continuer de carburer sur les mêmes moteurs
01:52?
01:53La première réponse concernant l'Europe, c'est que, d'abord, la valorisation est beaucoup plus proche des moyennes historiques
02:00que la valorisation des marchés américains.
02:03Le deuxième élément, c'est que, en 2026, effectivement, la croissance des bénéfices américaines est largement supérieure à celle attendue
02:10pour l'Europe.
02:11Mais en 2027, les croissances de ces deux zones géographiques, normalement, devraient se rapprocher.
02:15Alors, on aura toujours un peu plus de croissance aux États-Unis qu'en Europe.
02:19Ce qui justifie aussi pourquoi, historiquement, et ce sera sans doute encore le cas,
02:23les États-Unis bénéficieront d'une prime de valo par rapport à l'Europe.
02:25Mais en tout cas, au niveau dynamique, ça sera moins négatif pour l'Europe.
02:32Troisième chose, c'est qu'évidemment, l'Europe a souffert ces dernières semaines et ces dernières mois de la crise
02:36au Moyen-Orient,
02:37de la hausse du pétrole, de l'impact du pétrole sur l'inflation et la dépendance de l'Europe par
02:43rapport à tous ces éléments-là
02:44qui ont fait que le PIB a été révisé à la baisse.
02:46L'année prochaine, ce n'est pas du tout impossible que ça s'inverse, puisque quand on voit le prix
02:51du pétrole rechuter,
02:52alors c'est vrai que ça peut paraître un peu étonnant qu'on ait rechuté au niveau pré-crise,
02:56mais en tout cas, on va dire que milieu d'année prochaine, sans doute, on aura une inflation qui chutera
03:02très fort,
03:02parce que si le pétrole reste au niveau actuel, on aura l'effet inverse de ce qu'on a aujourd
03:06'hui,
03:06c'est-à-dire un pétrole qui sera moins cher au deuxième trimestre qu'à la fin de l'année.
03:10Donc on aura une baisse de l'inflation, une baisse des taux d'intérêt,
03:14et une visibilité qui s'améliorera aussi sur l'économie européenne,
03:17parce qu'on aura plus ces problématiques d'énergie.
03:20Donc on a quand même quelques éléments qui ne sont pas trop défavorables à la zone euro,
03:24et après, évidemment, la question numéro un, c'est quid de l'IA, des semi-conducteurs ?
03:28Est-ce qu'on n'est pas trop optimiste aujourd'hui sur les CAPEX ?
03:32Sujet qu'on avait déjà un peu évoqué les dernières fois,
03:35en disant que sans doute à partir de la deuxième moitié de cette année,
03:38il faudrait voir si on n'a pas finalement un arrêt des révisions à la hausse sur les prévisions de
03:44CAPEX,
03:45et s'il y a un arrêt de révisions à la hausse sur les CAPEX,
03:48vu le positionnement des investisseurs sur toutes les valeurs qui ont bien performé,
03:52c'est possible quand même qu'il y ait des redistributions.
03:56Ça fait longtemps qu'on l'attend.
03:57Alors évidemment, c'est toujours difficile à timer, comme toujours, quand il y a un momentum aussi fort.
04:03Mais ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est qu'on est sur des niveaux de CAPEX,
04:09d'investissement de la part des hyperscalers,
04:13qui augmentent, je crois, de plus de 70% en 2026.
04:17En 2027, évidemment, effet de taille joint, ça sera plutôt 25%.
04:23Et on arrivera pas loin des 1 000 milliards,
04:25en tout cas c'est les prévisions du consensus,
04:27pas loin des 1 000 milliards de dollars d'investissement de la part des hyperscalers.
04:30Ce qui fait 2,5% du PIB, du PIB US.
04:36Et ce qui n'est jamais arrivé par le passé, pratiquement, au niveau de CAPEX,
04:40même dans des révolutions.
04:42L'un de nos intervenants nous disait hier,
04:43les montants de CAPEX amenés à être investis par les géants de la tech
04:46sont supérieurs à ce qui avait été débloqué lors de la crise Lehman,
04:49vous savez, pour sauver les banques, pour donner les échelles.
04:52Ah oui, mais c'est supérieur à pratiquement toutes les périodes de révolution industrielle
04:59ou technologique des 100 dernières années.
05:02Et la question qu'on commence à voir apparaître de plus en plus souvent
05:05dans des notes d'analyse et dans des analyses un peu plus détaillées
05:12de comment fonctionnent les investissements ou la rentabilisation de ces investissements,
05:18d'abord on s'aperçoit que, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent,
05:21avec l'augmentation des investissements année après année,
05:24les gros hyperscalers vont finir par investir plus que ce qu'ils ne produisent
05:27comme génération de trésorerie, donc vont commencer à s'endetter
05:30pour devoir financer tout ça.
05:33Deuxième élément, c'est que
05:37quand on voit également la prise de conscience d'un certain nombre d'entreprises
05:40sur le coût que représentent les tokens dans l'intelligence artificielle,
05:44c'est-à-dire l'utilisation des moteurs,
05:45finalement on a beaucoup d'entreprises qui commencent à limiter
05:47ou à contrôler ces dépenses,
05:50donc peut-être que les chiffres d'affaires ne vont pas monter aussi rapidement
05:52que ce qui est prévu.
05:54Ou à basculer vers des IA chinoises moins chères,
05:56moins puissantes mais moins chères aussi.
05:57Absolument, potentiellement des solutions moins chères,
05:59mais ce qui veut dire que potentiellement aussi,
06:01dans les années qui viennent,
06:02les investissements qui sont effectués aujourd'hui
06:04seront un peu moins rentables que ce qui était prévu.
06:08Et donc de deux choses l'une,
06:10soit les hyperscalers décident de réduire leur quantité d'investissement
06:13pour que leurs investissements produisent un retour
06:19qui correspond un peu plus à leur standard actuel,
06:21c'est-à-dire de l'ordre de 30%,
06:24soit ils acceptent de diluer leur rentabilité,
06:27ce qui n'est pas forcément non plus une très bonne nouvelle.
06:29Donc on a quand même quelques obstacles devant nous
06:33sur les hyperscalers et donc sur leurs fournisseurs également.
06:37Vous parliez des aides qui avaient été débloquées à l'époque de la crise
06:40après Lehman Brothers.
06:42Et encore, il faut considérer que 90% de ce qui avait été débloqué,
06:45c'était des lignes de crédit qui ont été remboursées.
06:47Là, c'est de l'argent en dur et des investissements en dur,
06:49donc c'est encore plus macroéconomique.
06:53Cela dit, pour ceux, et notamment en Europe,
06:55qui ont investi sur la big tech américaine,
06:57il y a eu un problème l'année dernière qui était vaguement le taux de change.
07:00Et on voit que là, l'euro est en train de décrocher.
07:02On s'est bien installé sous 1,13.
07:03Est-ce que vous pensez que ça peut aller encore plus bas
07:05et donc être une problématique à considérer
07:07quand on investit dans la big tech américaine ?
07:10Alors, les taux de change, il y a toujours un peu d'aléa
07:13parce qu'effectivement, jusqu'à présent,
07:15ou jusqu'à il n'y a pas si longtemps que ça,
07:16le consensus était plutôt baissier de l'art.
07:18Alors tout ça, en tout cas pour l'instant,
07:20ça a réagi à la première réunion de la Fed
07:24et à la première intervention de Kevin Warch
07:26qui a été un peu plus restrictive, on va dire,
07:29que ce qui était attendu.
07:30Donc ça a provoqué un rebond du dollar
07:32ce qui, couplé en plus à quelques bons chiffres éco,
07:35encore aujourd'hui, fait que le dollar se renforce.
07:38Maintenant, est-ce que c'est amené à se durer
07:40alors que les élections de mi-mandat arrivent aux Etats-Unis
07:42et que potentiellement, les élections de mi-mandat
07:45pourraient apporter des turbulences politiques ?
07:46Ce n'est pas sûr.
07:48En revanche, ce qui est certain,
07:49c'est que le mouvement actuel de la parité euro-dollar,
07:55potentiellement, elle peut être favorable
07:56pour un certain nombre de secteurs européens.
07:59Évidemment, on pense au secteur exportateur,
08:00en premier lieu,
08:02et parmi ces secteurs exportateurs,
08:03on va trouver le luxe,
08:05même si, a priori, au deuxième trimestre,
08:07on ne pense pas qu'il va y avoir un vrai décollage
08:09des croissances,
08:10mais en tout cas, le luxe qui commence à être...
08:11Ils ont des niveaux de valo qui ne sont pas forcément
08:13très élevés, il ne suffirait pas grand-chose
08:14pour que les gens se réintéressent à ce secteur,
08:16donc la baisse du dollar peut être favorable.
08:18L'aéronautique, évidemment,
08:19tout ce qui est de la consommation, de l'alcool,
08:23tout ce qui est exportateur
08:24bénéficierait d'un euro qui s'affaiblit.
08:26Oui, 6-7 euros finissaient par continuer de s'affaiblir,
08:28ce qui n'est pas sûr.
08:29Vous dites, attention,
08:30on risque d'avoir un retournement du dollar
08:31et peut-être une rebaisse,
08:32un redémarrage à la baisse du dollar
08:34à l'approche des mid-terms.
08:35Non, effectivement, ce n'est pas complètement sûr.
08:37Maintenant, la rotation sectorielle sur l'Europe,
08:40en l'occurrence, par exemple,
08:42elle est déjà...
08:43On la voit déjà un petit peu,
08:44parce qu'on voit des valeurs de conso
08:46qui surperforment.
08:47Alors, typiquement, un Inditex, un Zalando...
08:52Ils surperforment tout le temps, Inditex.
08:54Alors, ils ont eu des périodes un petit peu plus difficiles.
08:56Effectivement, c'est une société de très, très bonne qualité.
08:59Carrefour, par exemple, vous parlez de consommation.
09:01Carrefour, depuis le début de l'année, c'est pas mal.
09:02Carrefour, c'est toujours compliqué, Carrefour.
09:04Ah, depuis le début de l'année, c'est pas mal, c'est une surprise.
09:06Mais bon...
09:06Ces dernières semaines, ça a...
09:08Peut-être depuis le début de l'année,
09:09mais ces dernières semaines, ça a plutôt souffert.
09:11On voit des valeurs du luxe qui ne sous-performent plus.
09:14On voit des entreprises de la consommation,
09:17comme Danone ou des choses comme ça,
09:18qui, a priori, ne sont pas les secteurs
09:20qui ont été le plus plébiscité ces dernières années par les investisseurs,
09:22qui recommencent à surperformer.
09:24Donc, on voit quand même des secteurs
09:26qui, traditionnellement, sont délaissés,
09:29qui commencent à se stabiliser
09:30ou rebondir depuis...
09:33J'allais dire depuis le mois de mai.
09:35Et on voit que l'Europe attire des entreprises.
09:39L'Europe boursière attire des entreprises.
09:41On voit des vélités d'introduction en bourse.
09:42Hier, KNDS, le groupe franco-allemand dans l'armement.
09:45Aujourd'hui, on a appris que le slip français
09:48s'introduirait aussi en bourse,
09:49peut-être les premières cotations accessibles à tous,
09:51le 14 juillet.
09:52Ils visent le 14 juillet pour leur premier jour de cotation.
09:55Alors, leur slogan pour cette introduction en bourse,
09:57c'est évidemment,
09:58mettez votre slip en action.
10:00Je ne rigole pas.
10:01C'est le slogan du slip français pour cet IPO.
10:03Mais non, mais bon,
10:03on ne va pas parler du slip français en soi.
10:05D'ailleurs, ce matin,
10:06très intéressante interview du patron
10:07dans Dogma Morning Business,
10:09au micro de leur clousier,
10:10c'est le signe quand même que,
10:11oui, la bourse attire à nouveau,
10:12parce que pendant des années,
10:13on avait zéro introduction en bourse
10:14sous très très peu.
10:15Là, on a KNDS qui va arriver,
10:16il y a le slip français.
10:17Il se passe un truc ou pas
10:18sur les introductions en bourse,
10:19ici en Europe,
10:20parce qu'on en parle beaucoup aux Etats-Unis,
10:21mais ici aussi en Europe ?
10:22Je pense que c'est...
10:23Ce n'est pas spécifique,
10:23si on est d'accord.
10:24C'est s'avancer un petit peu.
10:26Heureusement, j'allais dire
10:26qu'il y a quelques introductions en bourse,
10:28parce qu'il y a plus de retrait de la cote
10:29que d'introductions en bourse.
10:31Maintenant, KNDS,
10:32c'est un cas un peu particulier.
10:34C'est le secteur de la défense,
10:35donc un secteur qui,
10:36quand même, globalement,
10:37même si boursement,
10:38depuis quelques mois,
10:38c'est un peu plus compliqué,
10:39mais c'est un secteur
10:40qui est industriellement
10:41quand même le vent en poupe
10:42et qui a besoin de capitaux
10:43pour financer des investissements.
10:44Donc, on comprend
10:45qu'une société comme KNDS
10:46s'introduise en bourse
10:48pour lever des capitaux
10:48et pour investir.
10:50Après, le cas particulier
10:51du slip français,
10:55je ne connais pas assez bien
10:56la société pour commenter,
10:58mais je sais qu'ils communiquent très bien.
11:00L'histoire est séduisante,
11:02mais est-ce que c'est vraiment révélateur
11:05d'une tendance industrielle ?
11:06Après, ils font leur communication là-dessus,
11:08c'est aussi un argument marketing,
11:09mais c'est aussi une réalité.
11:10Ils ont des usines en France
11:11et donc ils fabriquent en France.
11:12Ça, c'est intéressant.
11:13On peut, par la bourse,
11:14participer à la relocalisation.
11:16Et certains experts,
11:17en début de semaine,
11:17nous disaient même
11:19relocaliser, réindustrialiser la France,
11:20ce serait une façon de participer
11:21à combattre le réchauffement climatique.
11:24Parce qu'ici,
11:24quand on produit des biens,
11:26on le fait avec de l'électricité
11:27qui n'émet aucun gaz à effet de serre,
11:30le nucléaire,
11:31et puis aussi un peu de solaire et d'éolien.
11:32Alors que la Chine,
11:33qui émet pour nous,
11:33en revanche,
11:34beaucoup le fait aussi
11:35à travers du charbon.
11:35Donc, réindustrialiser la France
11:37pour combattre le réchauffement climatique.
11:38Qu'est-ce que vous en pensez ?
11:39Moi, je trouve ça formidable.
11:41Maintenant,
11:41est-ce que les investisseurs
11:42vont suivre juste sur le concept
11:43de « je réindustrialise la France ? »
11:47Pas qu'avec Leslie Français,
11:48c'était juste un exemple.
11:48Non, non, non.
11:49Il y a bien sûr toute la thématique
11:50de la souveraineté énergétique,
11:51de la souveraineté industrielle,
11:52de tout ce qu'on veut.
11:53Effectivement,
11:54ça recouvre un certain nombre
11:56de secteurs boursiers.
11:58Si on regarde
11:59dans l'actualité du jour,
12:02publication d'OVH,
12:03une des raisons pour laquelle
12:05le titre baisse,
12:06c'est parce que
12:07son activité
12:10private cloud,
12:11enfin l'activité
12:11qui s'adresse aux entreprises privées
12:12d'hébergement,
12:14ne décolle pas.
12:15Donc, ça montre quand même une chose,
12:17c'est que les entreprises
12:18françaises et européennes,
12:20pour l'instant,
12:20elles ne sont même pas
12:21en train de favoriser
12:22quelque chose d'aussi stratégique
12:24que l'hébergement de leurs données
12:25dans des entreprises françaises.
12:27Donc, est-ce que ça va marcher
12:28sur le reste ?
12:29C'est difficile à dire.