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  • il y a 3 mois
Le 14 juillet 2016, alors que des dizaines de milliers de personnes célèbrent la Fête nationale sur la promenade des Anglais, un camion de 19 tonnes fonce délibérément sur la foule. En seulement quelques minutes, Nice bascule dans l'horreur. Le bilan est effroyable : 86 personnes tuées et 458 blessés, venus du monde entier. Dix ans après cette tragédie, la chaîne propose un documentaire pour comprendre ce qui s'est réellement passé et rendre hommage aux victimes de l'un des attentats les plus meurtriers de l'histoire de la France.

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Transcription
00:01Il y a dix ans, la France était frappée une nouvelle fois en plein cœur.
00:05La France visait un soir de fête nationale, l'horreur à Nice, cette nuit, un carnage.
00:10Qui semble bien être un attentat, le parquet antiterroriste a été saisi.
00:15L'horreur de nouveau vient de s'abattre sur la France.
00:18Après les attentats de Charlie Hebdo, de l'hyper-cachère et du 13 novembre à Paris,
00:23le terrorisme touche Nice, en pleine fête nationale.
00:26Le 14 juillet 2016, alors que des dizaines de milliers de personnes assistent au traditionnel feu d'artifice sur la
00:33promenade des Anglais,
00:34un camion de 19 tonnes fonce délibérément sur la foule.
00:37On entend loin des cris, attention le camion, il faut réagir vite parce qu'on va mourir.
00:44On s'est jeté là-bas, en contrebas dans la mer.
00:47En quatre minutes seulement, 86 personnes dont une dizaine d'enfants sont tués, 458 autres sont blessés.
00:54Le camion, quand il est passé, j'aurais pu le toucher avec la main comme ça.
00:57Le camion m'a percuté et il m'a projeté à une quinzaine, vingtaine de mètres, je ne saurais pas
01:01dire.
01:02Et puis Rachel, elle est passée dessous.
01:03On nous a dit, c'est fini, elle est morte.
01:08En fait, j'ai vu mourir devant moi.
01:11Retour sur ces quatre minutes qui ont bouleversé la France.
01:14C'est un des moments les plus marquants de ma vie d'élu, mais surtout de ma vie d'homme.
01:21C'est le moment le plus tragique, le plus intense, le plus dur que j'ai eu à connaître.
01:28Que s'est-il réellement passé ce soir-là ?
01:31Qui était l'homme au volant de ce camion meurtrier ?
01:34Rahmed Larouache-Bourlel avait un mode de fonctionnement qui n'était pas du tout religieux.
01:40Il buvait, il sortait en boîte, il était un peu l'exemple de ce que j'ai appelé le djihadisme
01:46d'atmosphère.
01:47Je voudrais essayer de comprendre ce qu'il conduit à faire ce geste.
01:50Comment sa course a-t-elle pu être stoppée ?
01:52Il faut que je fasse quelque chose pour arrêter ce camion.
01:55Il a été interrompu dans son entreprise UNEST.
02:00Comment policiers, pompiers, soignants et autorités ont-ils fait face à l'une des nuits les plus dramatiques de l
02:05'histoire moderne de France ?
02:06Le maire arrive, le téléphone sonne, je vois qu'il fait ça.
02:11Là je comprends qu'il y a quelque chose qui se passe.
02:14Il apprend qu'il y a un attentat.
02:16Pour la première fois de ma vie, je comprends ce que l'expression silence de mort veut dire.
02:24Silence de mort.
02:27Cette nuit d'enfer, je l'ai vécue, en tant que jeune journaliste, aux côtés de Julien Pasquet.
02:32Juste derrière moi, sur le long de la promenade des Anglais, il y a encore des dizaines de corps.
02:36Ça fait bizarre parce que moi je n'ai jamais remis les pieds sur la promenade des Anglais.
02:40Ça fait remonter des petits flashs dans la tête.
02:43Dix ans après, victimes, témoins, secouristes et responsables politiques racontent cette nuit
02:49qui a changé leur vie à jamais pour comprendre, transmettre et surtout pour ne jamais oublier.
03:11La mer
03:13Qu'on voit danser
03:17Le long du Golfe Clay
03:23A des reflets
03:25Bonjour, je m'appelle Philippe Biansotto
03:27Et le 14 juillet 2016, j'ai été à cet endroit précisément.
03:35Une très belle journée festive, j'ai rendez-vous avec des amis, tout va pour le mieux.
03:41Le 14 juillet à Nice, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est très festif.
03:45On avait un feu d'artifice tous les 14 juillet au soir.
03:48Donc il fait beau, il y a les touristes.
03:51C'est une journée où on s'amuse, on se balade, on va au resto, on boit des verres.
03:56Et le soir, on venait sur la plage pour voir justement le feu d'artifice.
04:05Comme Philippe et des milliers de Niçois, ce 14 juillet 2016, Audrey, 13 ans, a prévu d'aller voir le
04:12feu d'artifice sur la promenade des Anglais avec sa sœur jumelle Laura, dont elle est inséparable.
04:23Avoir une sœur jumelle, c'est avoir une meilleure amie, tous les jours au quotidien, tous les matins, on se
04:29lève, on est ensemble, on mange ensemble, on parle, on discute toute la journée, on est toutes les deux collées.
04:34C'est vraiment une meilleure amie de sang lié pour la vie en fait.
04:39C'est ma moitié en fait, c'est ma vie.
04:43Les deux sœurs seront accompagnées de leur mère et de leur père Jacques.
04:47Je sortais du travail et je suis arrivé à la maison, j'ai ouvert la porte et au moment où
04:53j'ai ouvert la porte, il est arrivé Laura et Audrey en courant.
04:58Oh papa, papa !
04:59Et elle était contente que je rentre, on s'est fait des...
05:02Et ils étaient heureux les enfants, vous voyez ce que je veux dire ?
05:07Ma femme, elle me dit ce soir, en fait les jumelles, elles demandent si tu ne voulais pas sortir voir
05:13le feu d'artifice.
05:14Je les regardais et puis j'ai dit, il n'y a pas de souci.
05:17Et je me vois encore Laura en train de chanter, de se coiffer, de se faire belle, vous voyez je
05:23veux dire ?
05:24Elles se préparaient, elles étaient vraiment excitées.
05:32Thierry, lui, est resté en famille, à quelques kilomètres de la promenade.
05:36Mais sa fille, Ami, 12 ans, assiste aux festivités à Nice avec des copines.
05:42Le soir du 14 juillet 2016, j'étais ici, mes parents, dans l'arrière-pays.
05:45J'étais donc avec la famille des Amis et la mère de mes filles et ma fille cadette.
05:51Mais ma fille Ami n'était pas là, elle était avec la famille d'une amie,
05:55elles avaient passé la journée, une journée piscine, grillade chez sa copine.
05:59Et le soir, en rentrant, elle s'est arrêtée voir le feu d'artifice.
06:04Il est 22 heures, le feu d'artifice s'élève au-dessus de la baie des Anges,
06:08sous les yeux de près de 30 000 spectateurs.
06:13Pendant une vingtaine de minutes, la promenade des Anglais vibre au rythme des célébrations,
06:18puis les concerts prennent le relais pour prolonger la fête.
06:24Parmi les artistes programmés ce soir-là, Lionel monte sur scène avec son groupe de rock.
06:30C'était une ambiance particulière parce qu'il faisait frais,
06:34c'était tempétueux, il y avait du vent et il tombait quelques gouttes.
06:38Et moi, je me rappelle, j'étais en débardeur en attendant de monter sur scène
06:41et j'avais presque froid, ce qui est anormal en mi-juillet à Nice.
06:48Tout le monde est déconcerté par la météo, tout le monde est déconcerté par ce froid et ce vent.
06:53Ça, c'est sûr que tout le monde se dit, quel drôle de 14 juillet.
06:57On commence à jouer, on trouve chacun nos marques, on observe un petit peu les gens devant nous
07:02pour voir comment ils sont réceptifs, dynamiques.
07:06Et c'est pendant l'amorce de mon solo de guitare que le camion passe sur les gens qui sont
07:14devant nous.
07:18À quelques centaines de mètres de là, dans le célèbre restaurant niçois La Petite Maison,
07:24Christian Estrosi, le maire adjoint de l'époque, est venu saluer un invité de marque.
07:30Je souhaitais aller saluer Bono, qui était à Nice, en ce lieu qui lui est assez familier.
07:40Moi, je travaillais à La Petite Maison le 14 juillet, comme chaque année.
07:44Le feu d'artifice venait de s'arrêter.
07:46Christian Estrosi arrive pour nous saluer, pour nous demander comment ça allait.
07:51Le maire arrive et il s'assoit.
07:55Je vais, pour le voir, lui demander ce qu'il voulait manger.
07:59À ce moment-là, le téléphone sonne.
08:01Je vois qu'il fait ça.
08:06Et là, d'un coup, je vois tout le monde courir super vite et dans le silence.
08:12Et je vois tous ces gens arriver comme s'ils venaient vers moi.
08:17Je n'avais jamais vu ça de ma vie.
08:25Il y a un mouvement de foule énorme qui se produit et qui emporte tout.
08:33Des terrasses, des restaurants.
08:39Là, je comprends qu'il y a quelque chose qui se passe.
08:42Christian Estrosi, je lui prends le bras et je commence à pleurer parce que j'ai peur,
08:45en fait, déjà.
08:47Et je lui dis, mais Christian, qu'est-ce qui se passe ?
08:49Qu'est-ce qui se passe ?
08:50Et je le vois comme ça, au téléphone, l'air vraiment choquée.
08:55Alors ma fille lui dit, mais qu'est-ce qu'il y a ?
08:58Donc il apprend qu'il y a une attente.
09:16Quelques minutes après la fin du feu d'artifice,
09:18il est 22h30 lorsqu'un camion de 19 tonnes
09:22s'engage sur la promenade des Anglais à hauteur de l'hôpital Lanval.
09:28Son chauffeur accélère et fonce délibérément sur la foule,
09:33renversant tous ceux qui se trouvent sur sa trajectoire.
09:36Stéphane et sa famille le croisent au début de son itinéraire.
09:42Nous, on était à Lanval, vraiment là où est parti le camion, en fait.
09:45On rentrait gentiment sur la prom.
09:48Et en fait, en voyant arriver le camion, naturellement, on se dit,
09:51je suis sur la route, il y a un camion, donc je retourne sur le trottoir.
09:54Donc on est remonté sur le trottoir et c'est là où le camion nous a fauchés.
10:00Moi, je tenais la main de mon fils, j'ai juste eu le temps de le jeter.
10:03Ma fille était devant, elle a juste eu le temps d'accélérer un petit peu,
10:05puis Rachel, elle était derrière.
10:07Moi, le camion m'a percuté, puis il m'a projeté à une quinzaine,
10:10vingtaine de mètres, je ne saurais pas dire.
10:11Et puis Rachel, elle est passée dessous.
10:20Rachel, mère de deux enfants et mortellement percutée,
10:23son mari échappe à la mort de quelques centimètres seulement.
10:28Si vous voulez avoir la sensation, vous vous mettez sur le quai de la gare
10:31et quand le train passe en gare, mais qu'il ne s'arrête pas,
10:33vous voyez la puissance qui arrive avec le souffle, c'est ça en fait.
10:36Le camion, il était à 50 mètres, en une seconde, il n'est même pas un dixième, deux secondes,
10:40je ne sais pas, il est sur vous, vous êtes comme le lièvre dans les phares d'une voiture.
10:45Vous dites, ça passe, et puis ou pas.
10:50Cette sensation, Jacques va lui aussi la vivre.
10:53Le camion, quand il est passé, si vous voulez, j'aurais pu le toucher avec la main comme ça.
10:58Au bout d'un kilomètre, la route est barrée, c'est le début de la zone piétonne,
11:03la partie la plus fréquentée de la promenade des Anglais.
11:06Jacques s'y trouve avec son épouse et leur deux filles jumelles, Audrey.
11:10Et Laura.
11:16On entend au loin des cris, attention, le camion.
11:22Et nous, sur le coup, le camion, il n'est pas très loin,
11:26mais il faut réagir vite parce qu'on va mourir.
11:32Je me suis retournée une dernière fois pour voir si tout le monde suivait.
11:35Et juste derrière moi, il y avait ma soeur et ma mère.
11:37Et en fait, elles étaient bras dessus, bras dessous.
11:40J'ai ma copine qui était à côté de moi, qui est dans l'axe du camion.
11:44Elle va mourir.
11:45Donc je la prends, en fait, et je la tire.
11:49Là, je la prends, je la tire.
11:50On tombe sur le côté.
11:52Il y avait un banc blanc.
11:53Je tombe.
11:55Et juste derrière moi, il y avait ma mère.
11:57Elle tombe aussi.
11:58Et je ne vois plus ma soeur.
12:00À partir de là, je ne la vois plus.
12:06Je dis, elle est où Laura ?
12:07Elle me dit, elle est tombée avec moi, elle est derrière.
12:12Je dis, non, il n'y a pas Laura.
12:13Elle est où Laura ?
12:14Et là, il commence à créer.
12:16Laura, Laura, et tout.
12:17Je dis, on va, papa, il va arriver.
12:20Je descends tout doucement.
12:22Et puis quand j'arrive en bas, ma femme, elle me dit, et Laura ?
12:25Je dis, pourquoi elle n'est pas là, Laura ?
12:27J'ai regardé, je commençais à paniquer.
12:28Audrey qui me dit, non, elle n'est pas là, Laura.
12:30Et je suis remonté pour essayer de le trouver.
12:32Et donc, j'ai crié sur la promenade.
12:36Et j'ai crié, et j'ai crié.
12:37Je voyais beaucoup de gens qui étaient perdus comme moi.
12:41Donc, je suis revenu, je suis revu ma femme.
12:43Et c'est là que j'ai dit, écoute, je ne sais pas où elle est.
12:46Elle doit être cachée.
12:48Elle a dû partir.
12:49Elle a dû se mettre à l'abri.
12:50Je ne sais pas.
12:51Et après, toute la soirée, je l'ai cherché avec ma femme jusqu'à 4 heures du matin.
12:54On ne savait pas où elle était Laura pendant trois jours.
13:01Pendant près de quatre minutes, le camion poursuit sa course meurtrière.
13:05La panique est totale.
13:07Des milliers de personnes se réfugient sur la plage.
13:10On s'est jetés là-bas, en contrebas dans la mer.
13:13On ne savait pas ce qui allait se passer par rapport à la suite.
13:16Est-ce que le camion allait exploser ?
13:17Est-ce que des gens allaient sauter du camion et nous achevait ?
13:20Donc moi, j'avais dit aux amis, si des gens descendent avec des armes, je m'en vais au large.
13:24Dans la nuit, on ne me verra pas.
13:27Je vois le camion passer devant moi.
13:30Je garde ma guitare avec moi.
13:32C'est-à-dire que je la mets en bandoulière et je me réfugie sous la scène.
13:37Au moment où je suis accroupi derrière la scène, je suis à côté d'une femme qui est en pleurs.
13:43Et en fait, elle me dit, monsieur, descendez-moi sur la plage.
13:47Je lui ai donné ma guitare pour qu'elle la tienne et j'ai sauté.
13:50Voilà.
13:51Et c'est quand je suis arrivé en bas que je lui ai tendu les bras.
13:54Elle s'est descendue comme ça parce qu'il doit y avoir 2,50 mètres.
13:59Et je l'ai attrapée.
14:00Donc les gens m'ont vu et en fait, j'ai descendu des dizaines de personnes.
14:07Au milieu du chaos, un élan d'entraide s'installe.
14:09Alors que le camion semble inarrêtable, Franck Therrier, un citoyen niçois en scooter, va commettre un acte héroïque.
14:17On allait partir avec ma femme pour manger une glace dans le Vieux-Nice.
14:23On est rentré sur la promenade des Anglais au niveau des Bosquets.
14:28Voilà.
14:28L'avenue des Bosquets.
14:33Ma femme gesticule derrière moi et me fait comprendre qu'il y a quelque chose qui se passe.
14:38parce qu'elle, elle se tourne et elle voit.
14:41Mais je n'entends pas puisque j'ai le casque et voilà, on ne se comprend pas très bien.
14:46Je veux dire...
14:48Le temps que je réagisse, le camion nous bout par la droite, sur le trottoir.
14:53Je me dis qu'il faut que je réagisse rapidement et j'accélère.
15:01Je le suis, mais ma femme veut que j'arrête.
15:05Je freine, je dépose ma femme, je la mets en gros en sécurité et je réaccélère.
15:12Je pars, bien sûr, elle me tire et...
15:15Pour pas que j'y aille, mais j'y vais.
15:19Et je le prends en chasse.
15:20Il faut que je fasse quelque chose pour arrêter ce camion.
15:30Franck Therrier se lance dans une course folle contre le camion, au péril de sa vie.
15:34J'y vais à fond.
15:36J'ai pris la décision.
15:38J'y vais.
15:39Et là, je ne me pose plus de questions.
15:43Au bout de quelques centaines de mètres, Franck rattrape le chauffeur.
15:47Il jette son scooter sous les roues du camion
15:49et parvient à grimper sur le véhicule.
15:52Une scène à peine croyable, digne d'un film d'action.
15:56Et là, je jette le scooter, je tombe et je cours derrière.
16:05Et je monte à la cabine.
16:09Je monte sur le marche-pied et je vais le frapper.
16:14Je le frappe de toutes mes forces.
16:16Je suis accroché au rétroviseur et je tape sans arrêt.
16:23Je tape, je donne le maximum.
16:27Déstabilisé, le conducteur riposte immédiatement.
16:30Il me tire dessus.
16:32Ça ne marche pas.
16:34Je prends un coup de crosse sur la tête.
16:37Je tombe.
16:38Je remonte.
16:40Je me refrappe.
16:42Je continue à frapper parce que c'est long.
16:45Parce que la police n'est pas proche.
16:49Et là, il faut que je tape.
16:51Mais j'espère qu'ils vont arriver.
16:59Quelques secondes plus tard, à hauteur de l'hôtel Negresco,
17:02le chauffeur ouvre le feu sur trois policiers municipaux
17:05qui tentent de l'intercepter.
17:07Les fonctionnaires répliquent, le prennent en chasse,
17:09puis un peu plus loin, parviennent à le neutraliser.
17:14Réfugié sous le camion, Franck Terrier est d'abord mis en joue par les policiers
17:18qui ignorent encore son rôle et craignent la présence d'un éventuel complice.
17:23Je ressors, mais la police vient me prendre de suite au pied du camion
17:29et me traîne jusqu'à l'autre côté de la chaussée, devant le palais de la Méditerranée.
17:37Mes trangles me secouent, quoi.
17:40Pour être gentils.
17:41Ils imaginent que vous êtes un complice.
17:43Exactement, oui.
17:44Ils font leur boulot, voilà, après.
17:48En jetant son scooter sous le camion et en tentant de maîtriser son conducteur,
17:53Franck Terrier aura contribué à mettre un terme à cette course meurtrière,
17:58limitant certainement un bilan déjà dramatique.
18:00Sur l'avant du camion, au niveau de la boîte de vitesse,
18:06il manquait un cache pour passer les vitesses
18:10et en jetant le scooter, vu qu'il n'y avait pas le cache,
18:15ça a sectionné le système de boîte à vitesse
18:21ou le système d'air, parce que c'est pneumatique
18:25et c'est ça qui a fait qu'il ne pouvait plus avancer.
18:29Au terme d'un parcours d'un kilomètre 900,
18:32le terroriste est donc abattu.
18:34Peu à peu, ceux qui s'étaient cachés
18:36retournent sur la promenade des Anglais
18:38et découvrent un paysage apocalyptique.
18:41Une fois que le silence est revenu,
18:43je leur ai dit de rester dans l'eau.
18:45C'est moi qui suis sorti.
18:46J'ai passé ma tête au ras du sol,
18:49des escaliers, voir ce qui se passait.
18:51Et là, j'ai vu la désolation.
18:54Je suis monté, j'ai vu des gens enchevêtrés,
18:57les uns sur les autres, des morts.
19:00C'était une catastrophe.
19:07Ce que j'ai vu également,
19:09c'est des jeunes tournés autour des corps
19:12pour essayer de voler des téléphones portables.
19:13Ça, je l'ai vu.
19:16À ce moment-là, je suis à côté de ma chérie de l'époque,
19:20qui était beaucoup plus jeune que moi.
19:22Et je me rappelle avoir eu cette réflexion.
19:25Je me suis dit, on va remonter sur la chaussée,
19:27on va voir quelque chose d'indescriptible.
19:32Je suis plus âgé qu'elle.
19:34Donc, quitte à ce qu'il y en ait un qui,
19:39entre guillemets, qui se crame,
19:40parce qu'il va voir autant que ce soit moi.
19:44Et donc, à ce moment-là, j'ai pris sa tête
19:45et je l'ai mis sous mon tee-shirt.
19:52C'est-à-dire que la pauvre,
19:53elle a marché pendant un certain temps
19:54avec sa tête sous mon tee-shirt.
19:57Elle n'a rien vu.
19:59Je vois les corps, je vois des tas de corps.
20:03Visuellement, on a affaire à quelque chose
20:05d'insurmontable.
20:10Il y avait des corps partout.
20:11C'était...
20:14La guerre.
20:15La guerre.
20:16C'était un champ de bataille, en fait.
20:19Un champ de bataille.
20:20Il y avait des draps de partout,
20:22il y avait du sang de partout.
20:27Les premières victimes sont identifiées
20:29par les secours.
20:30Leurs proches sont immédiatement contactés.
20:35Je suis au volant et que, donc,
20:39une de mes filles qui est encore ma compagne
20:41et puis ma fille derrière,
20:42quand on est appelé par la mère de la copine de ma fille
20:44qui nous dit, venez vite, venez immédiatement.
20:47Il y a eu un attentat sur la promenade des Anglais.
20:49Mon fils est mort, ma sœur est morte,
20:51nos filles sont blessés.
20:54Donc, de là,
20:55j'ai mis plein gaz et j'ai descendu
20:57jusqu'à la promenade des Anglais.
21:00Ma compagne, ma femme,
21:02a volé hors de la voiture
21:04pour courir, courir et tout.
21:06Moi, pendant ce temps, il a fallu que je garde la voiture.
21:09J'ai trouvé une place très vite.
21:10Et puis, j'ai pris ma fille, la petite,
21:12et j'ai marché vers la prom.
21:16J'ai reçu un SMS de Anne
21:18qui me disait que ça y est,
21:19elle était dans une voiture de police avec ma fille
21:20qu'ils allaient vers les urgences à l'Anval.
21:23Et je me suis pointé à l'hôpital de l'Anval,
21:25où là, je l'ai vue en réa,
21:28avec un cathéter osseux intubé,
21:32un chien à côté d'elle.
21:33Il y avait un petit garçon qui était méchamment blessé,
21:37qui poussait des cris.
21:38Enfin, c'était vraiment horrible.
21:39Et puis, en fait,
21:41cinq minutes après que j'arrive,
21:45on nous a dit,
21:46bon ben, c'est fini, quoi.
21:48Elle est morte.
21:50En fait, j'ai vu mourir, quoi.
21:51Dans le mois.
22:06En 2016, Éric Ciotti est député des Alpes-Maritimes.
22:11Il est informé de l'attaque
22:12quelques minutes seulement après les faits.
22:14Ce soir-là, j'étais chez moi.
22:17Et le premier message que j'ai eu,
22:20premier appel,
22:22ça peut vous surprendre,
22:23mais c'était celui de Rachida Dati.
22:25Son frère était sur place.
22:27Rachida m'appelle, me dit,
22:28mon frère est en panique,
22:29il se passe quelque chose de très grave.
22:31Les informations étaient encore parcellaires.
22:34L'alerte venait d'être donnée.
22:36Et donc, je me rends immédiatement sur place.
22:41Il rejoint aussitôt Olivier Riquier,
22:44le lieutenant-colonel des sapeurs-pompiers de Nice,
22:47chargé de coordonner les opérations de secours.
22:49Je vais au PC de commandement des pompiers
22:52et tout de suite,
22:55premier point m'est fait,
22:59soulignant qu'il y avait
23:02plusieurs dizaines de morts,
23:04plusieurs centaines de blessés.
23:05Et là, devant le palais de la Méditerranée,
23:07on mesure ce qui s'est passé
23:09puisque le camion du terroriste
23:11avait été stoppé
23:12par les policiers
23:14de la compagnie départementale d'intervention.
23:17Le pare-brise est truffé de balles.
23:20Les policiers sont là,
23:21le terroriste,
23:23son corps est dans le camion.
23:26Depuis le poste de commandement,
23:28le lieutenant-colonel Riquier
23:30doit prendre une décision clé
23:31alors qu'il ne sait pas encore
23:33si l'attaque est terminée.
23:34Je vais au PC
23:35et là, tout le monde est pendu à mes lèvres
23:37parce que la question qui se pose,
23:38c'est que compte tenu
23:39que le camion serait piégé,
23:41qu'il y aurait des terroristes retranchés,
23:44etc.,
23:44est-ce que nous continuons
23:45de délivrer les secours
23:46sur la promenade
23:47qui peut faire l'objet
23:48d'un sur-attentat
23:49ou est-ce qu'on attend
23:50la sécurisation complète
23:51de la zone
23:52qui, je vous le rappelle,
23:53fait un kilomède neuf,
23:54donc très, très, très difficile
23:55à sécuriser ?
23:56D'entrée,
23:57c'est le cœur qui va parler.
23:59Je donne l'ordre
23:59de poursuivre la distribution
24:00des secours,
24:01d'engager le maximum de moyens,
24:03même si toute la zone
24:04n'est pas sécurisée,
24:05pour sauver le maximum de victimes.
24:07Car dans le centre-ville de Nice,
24:10les informations sont encore confuses.
24:12Personne ne sait
24:13si l'assaillant a agi seul
24:14ou si d'autres terroristes
24:16sont encore dans la ville.
24:17Tout le monde,
24:18ils sont en téléphone.
24:19Ils vous disent un truc,
24:20ils vous disent l'ordre.
24:21J'ai vu mon frère
24:21qui me dit ça,
24:22j'ai vu ma copine
24:23qui dit ça,
24:23chacun disait la sienne.
24:25On ne savait pas
24:25combien ils étaient,
24:27on ne savait pas
24:27s'ils, au pluriel,
24:29étaient armés
24:29ou au singulier.
24:30On ne savait pas grand-chose
24:32à cet instant-là.
24:33L'idée, c'était de faire
24:34de telle sorte
24:35de sécuriser
24:36la promenade des Anglais,
24:37j'ai envie de dire
24:37par extension
24:38Nice et le centre Nice,
24:40et de s'assurer
24:41qu'il n'y aurait pas
24:41d'autres attentats
24:43et surtout
24:44qu'il n'y avait pas
24:44une pluralité d'auteurs.
24:47Par mesure de précaution,
24:49des centaines de personnes
24:50sont confinées
24:51dans les restaurants
24:52et commerces.
24:53Les forces de l'ordre
24:54redoutent une nouvelle attaque.
24:55Pendant de longues minutes,
24:57personne n'est autorisé
24:58à sortir.
24:59Et là,
25:00au bout de trois quarts d'heure,
25:02on tape sur les grilles
25:03du restaurant,
25:04mais du coup,
25:04ça fait vraiment
25:05beaucoup de bruit.
25:06J'étais devant la grille,
25:07moi, et je me dis
25:08« Mais qu'est-ce qui se passe ? »
25:08On me dit
25:09« C'est la police.
25:11Et levez les grilles,
25:12levez les grilles.
25:13Vous êtes une cible,
25:14il faut qu'on vous évacue. »
25:15Je ne sais pas,
25:16on devait être
25:17150 ou 200 dans le restaurant.
25:20Vous voyez,
25:21oui, oui,
25:21il faut sortir,
25:22il faut sortir.
25:23Mettez-vous tous
25:24les mains en l'air.
25:24On est tous sortis
25:26à la queue le leu,
25:26les mains en l'air comme ça.
25:29On allongeait le restaurant,
25:30on est allés
25:30sur la place Masséna.
25:31La place Masséna
25:32était comme en état de siège.
25:33Il y avait des polices,
25:34c'était vraiment pour le coup,
25:35on se demande
25:36comment ça s'est si vite organisé.
25:37Il y avait
25:39des voitures de police partout,
25:41plus personne,
25:42plus personne qui courait.
25:43Enfin,
25:43il y avait la place Masséna vide.
25:45On ne sait pas
25:45ce qui s'est passé.
25:46C'était vraiment
25:47des levées de doutes.
25:48Donc on avançait
25:50petit à petit,
25:51on allait chercher
25:51les gens
25:52dans les établissements
25:54et on revenait
25:55à la place Masséna.
25:56On allait,
25:56on revenait.
25:57Les minutes passent
25:58et les renseignements
25:59recoupent les informations.
26:01Le scénario
26:02de l'attentat
26:02commence à se préciser.
26:04François Hollande,
26:05le président de la République
26:06lui-même,
26:07me téléphone,
26:09disposant
26:10des premières informations
26:11du ministère
26:12de l'Intérieur.
26:13Christian,
26:14nous avons
26:15un attentat
26:16qui vient de se dérouler
26:17à Nice.
26:21Christian Estrosi
26:22rejoint lui aussi
26:22la promenade des Anglais
26:23et découvre
26:25l'ampleur du drame.
26:26Moi qui suis né à Nice,
26:28moi qui ai toujours entendu
26:29comme vous l'entendez
26:30à cet instant,
26:31du bruit sur la promenade
26:32des Anglais,
26:32jour et nuit.
26:34Pour la première fois
26:35de ma vie,
26:37je comprends
26:38ce que
26:39l'expression
26:40silence de mort
26:41veut dire.
26:44silence de mort.
26:46C'est-à-dire
26:47pas un bruit
26:50et des cadavres
26:53étendus
26:54à l'infini.
26:55Ce sont des moments
26:57si lourds
26:58qui,
27:00je ne vous le cache pas,
27:04sont sans doute
27:05les plus marquants
27:05de ma vie.
27:06Les plus marquants
27:07et qui ne me quitteront
27:09jamais.
27:10Jamais.
27:13Il se rend ensuite
27:14au centre
27:15de supervision urbain
27:16où il visionne
27:17les 4 minutes
27:18de l'attaque
27:19captée par les caméras
27:20de vidéosurveillance.
27:22Des images
27:23d'une violence
27:23insoutenable.
27:24J'ai eu
27:26du mal
27:27à pouvoir regarder
27:29et j'avais le devoir
27:30de regarder
27:31en même temps
27:31donc je ne vous cache pas
27:33que
27:34humainement
27:35je suis terriblement
27:36éprouvé.
27:37Terriblement.
27:38mais en même temps
27:40je sais que ceux
27:41qui ont
27:41les responsabilités
27:45de l'organisation
27:47ne serait-ce que
27:47des secours
27:48ont le devoir
27:49de ne pas montrer
27:52leur propre épreuve
27:53tant l'épreuve
27:55des autres
27:55est tellement plus
27:57terrifiante.
28:01Tout au long
28:02de la nuit
28:02les blessés
28:03affluent vers
28:04les hôpitaux
28:05niçois
28:05notamment ici
28:06à l'hôpital Pasteur.
28:08Tout d'un coup
28:09sont arrivés
28:11des dizaines
28:12des centaines
28:13de blessés graves
28:14en même temps.
28:14Les patients
28:15sont arrivés là
28:17et ont été
28:18rentrés
28:18dans les urgences
28:21c'est-à-dire ici
28:25et donc il a fallu
28:26trouver des solutions
28:27assez rapides
28:28d'orientation
28:29parce qu'il n'y avait
28:29pas assez de place
28:30il y avait des brancards
28:31partout.
28:32Malgré l'afflux
28:33exceptionnel de victimes
28:34les équipes médicales
28:36parviennent à faire face
28:37grâce au renfort
28:38de nombreux soignants
28:39et à un dispositif
28:40d'urgence
28:41immédiatement déclenché.
28:42On a vu des gens
28:43arriver spontanément
28:44à l'hôpital
28:44ceux qui avaient été
28:46alertés par le système
28:47d'alerte
28:48et ceux qui n'avaient pas
28:49été alertés
28:49on a vu aussi
28:50des chirurgiens
28:51en vacances
28:51venir proposer
28:52leur aide
28:53et les chirurgiens
28:54des cliniques
28:55nous ont téléphoné
28:56en disant
28:56on est là
28:57si vous avez besoin
28:58on était vraiment
28:59en première ligne
28:59et donc on arrivait
29:00à trier les patients
29:02par exemple
29:02le patient
29:04qui a reçu
29:05une balle perdue
29:05dans le ventre
29:06on n'a pas traîné
29:07à l'opérer
29:08on a tout de suite
29:09organisé son bloc opératoire
29:11on a traité
29:12300 patients
29:14traumatisés
29:15on a opéré
29:1718 urgences vitales
29:19en même temps
29:19sur 20 salles d'opération
29:21déjà quand vous avez
29:22une urgence vitale
29:23à l'hôpital
29:23c'est compliqué
29:24quand vous avez
29:25deux urgences vitales
29:26en même temps
29:26c'est encore plus compliqué
29:27alors quand vous en avez
29:2818
29:30c'est très compliqué
29:31et là
29:32il s'est passé quelque chose
29:33chaque anesthésiste
29:35chaque interne
29:36chaque médecin
29:36chaque chirurgien
29:37a pris des initiatives
29:39qui se sont avérées
29:41efficaces
29:41puisqu'à 3h du matin
29:42on avait opéré
29:45toutes les urgences vitales
29:46les urgences absolues
29:47donc on peut dire
29:48que le système
29:49a tenu bon
29:51les victimes
29:52étaient sidérées
29:54c'est à dire
29:55que même si elles étaient
29:56conscients
29:57on avait du mal
29:58à établir un contact
29:59on n'arrivait pas
30:00à les interroger
30:01ils avaient une sidération
30:04qui était
30:05moi je me souviens bien
30:06de cette fille
30:06j'ai essayé d'avoir
30:07des renseignements
30:08parce qu'avant
30:08de l'endormir
30:09et de l'opérer
30:09je voulais pouvoir
30:11prévenir ses proches
30:15et impossible
30:15elle était mutique
30:17moi c'est ça
30:18qui m'a le plus marqué
30:23très vite
30:24la nouvelle se répand
30:25dans toute la France
30:26dans les rédactions
30:27les ministères
30:28et les services
30:29de l'état
30:29chacun tente de comprendre
30:30ce qui vient de se produire
30:31les informations
30:33sont encore fragmentaires
30:34mais une certitude
30:35s'impose déjà
30:36la France
30:37vient d'être frappée
30:38une nouvelle fois
30:39le premier responsable
30:41politique
30:41qui m'a appelé
30:42cette nuit-là
30:43c'est Emmanuel Macron
30:45il était alors
30:47ministre de l'économie
30:48on se connaissait bien
30:49on avait travaillé
30:50ensemble
30:51sur des sujets
30:52liés à notre territoire
30:54et paradoxalement
30:57à l'époque
30:57j'étais l'élu
31:00sans doute
31:00qu'il connaissait le mieux
31:01sur le territoire niçois
31:03il m'a appelé
31:03quelques minutes
31:05après l'attentat
31:06pour avoir
31:07des éléments
31:09j'ai échangé avec lui
31:11j'ai eu aussi
31:12le président Sarkozy
31:13et puis
31:14il y avait
31:14soif d'informations
31:16légitimes
31:17de tous les médias
31:18qui essayaient
31:19d'en savoir plus
31:20sur ce qui se passait
31:21qui nous appelaient
31:23Aux alentours de minuit
31:25les chaînes d'informations
31:26basculent en édition spéciale
31:28La France visait
31:29un soir de fête nationale
31:31l'horreur
31:32à Nice
31:32cette nuit
31:33un carnage
31:33on vous rappelle le bilan
31:34si vous nous rejoignez
31:3573 morts au moins
31:37dernier bilan
31:38communiqué
31:39par la police
31:41Julien Pascal
31:42il est donc
31:433h30
31:43quelle est la situation ?
31:45La situation
31:45elle est complètement figée
31:47ici à Nice
31:48on est à quelques dizaines
31:49de mètres à peine
31:50vous découvrez
31:50derrière moi
31:51c'est la promenade
31:52des Anglais
31:52qui est juste derrière moi
31:53on est sur une rue parallèle
31:55ce qu'il faut comprendre
31:57c'est que cette promenade
31:57des Anglais
31:58elle est complètement fermée
31:59évidemment
32:00complètement sécurisée
32:05ce 14 juillet 2016
32:06j'étais jeune journaliste
32:08avec mon collègue
32:09Julien Pasquet
32:10nous étions à Saint-Tropez
32:12pour couvrir
32:13un événement sportif
32:14Julien
32:14on se retrouve ici
32:1510 ans
32:1610 ans
32:17après avoir couvert
32:18tous les deux
32:18la plante à Nice
32:19ça fait bizarre
32:20ça fait bizarre
32:21parce que moi
32:21j'ai jamais remis les pieds
32:23sur la promenade
32:23des Anglais
32:26il y a un parfum étrange
32:28ça fait remonter
32:32des petits flashs
32:33dans la tête
32:33Julien se souvient
32:35d'une soirée
32:36qui s'annonçait festive
32:37et qui
32:38en quelques minutes
32:39a basculé
32:40dans l'impensable
32:41on était
32:43sur un gala de tennis
32:44à Saint-Tropez
32:45un tournage
32:47aux antipodes
32:48de ce qu'on a vécu
32:49finalement
32:50on était partis
32:51pour 2-3 jours
32:52je crois
32:52on finissait
32:53le tournage
32:54on était
32:55dans cette soirée
32:56de fin de tournage
32:57ensemble
32:58où on célébrait
32:59et tout à coup
33:01on commence
33:02à avoir des alertes
33:03sur le téléphone
33:05il se passe
33:05quelque chose
33:06de terrible à Nice
33:06il y a un camion
33:07qui a foncé
33:08dans la foule
33:09sur le coup
33:10j'avoue
33:10que moi
33:11je ne prends pas
33:11vraiment la mesure
33:12de ce qui se passe
33:12et je dois dire
33:13que toi Elliot
33:14tu es un peu plus alerte
33:15à ce moment-là
33:17et tu me dis
33:18Julien
33:18on n'est pas loin
33:19on n'est pas loin
33:20de ce qui est en train
33:20de se passer
33:21il faudrait peut-être
33:21qu'on appelle Paris
33:23qu'on appelle la rédaction
33:24qu'on se manifeste
33:25qu'on dise
33:25qu'on leur rappelle
33:26qu'on est là
33:27et qu'il se passe quelque chose
33:28Paris nous contacte
33:29et on se dit
33:30oui en effet
33:31il faut faire quelque chose
33:32nous décidons immédiatement
33:34de rejoindre Nice
33:35un chauffeur VTC
33:36accepte de nous y conduire
33:38en urgence
33:38et on monte dans cette voiture
33:40on explique
33:41au chauffeur
33:41ce qui est en train
33:42de se passer
33:42qu'on doit se dépêcher
33:43et qu'on nous attend
33:45pour couvrir cet événement
33:46et cette tragédie
33:47qui est en train d'arriver
33:48on fonce
33:49et la première image
33:50que j'ai
33:51en effet
33:51c'est qu'on arrive
33:52à toute vitesse
33:53dans le centre-ville de Nice
33:54qu'il y a des militaires
33:55un petit peu partout
33:56et que la voiture
33:57avec ce chauffeur VTC
33:58arrive à toute blinde
33:59et qu'il y a un militaire
34:01de Sentinelle je crois
34:02qui nous voit arriver
34:03et qui nous met en joue
34:04qui nous demande
34:04de nous arrêter
34:05qui nous dit
34:05arrêtez-vous tout de suite
34:06et c'est le premier moment
34:08où là on est
34:09on est face au réel
34:10j'ai le souvenir
34:11de ce barrage
34:12de militaires
34:13nous mettre en joue
34:14et toi qui sors
34:15la carte de presse
34:16par la fenêtre
34:16en hurlant
34:17journaliste-journaliste
34:18il y a un silence
34:20et moi j'entends
34:21la sécurité
34:23j'entends un clac-clac
34:24alors je ne sais pas
34:25ce que c'est
34:25mais potentiellement
34:26de larmes
34:27c'est comme ça
34:28où là je me dis
34:29ça y est
34:29on bascule en quelque sorte
34:30on passe d'un moment
34:31paradisiaque
34:31féerie
34:32et là on bascule en enfer
34:33c'est vraiment le déclic
34:35une fois sur place
34:36le choc est immense
34:39il y a ce moment
34:40on se retrouve
34:41sur cette promenade
34:42des Anglais
34:43alors qu'elle était
34:47ruralisée
34:47c'est à dire
34:48qu'elle était protégée
34:49il y avait déjà eu
34:50une mise en place
34:51de la sécurité
34:53qu'il pouvait y avoir
34:53et je me souviens
34:54très bien
34:55que tu vas vers
34:56un pompier
34:56pour lui demander
34:57qu'est-ce qui s'est passé
34:58exactement
34:59sur la promenade
34:59des Anglais
35:00et le pompier
35:01nous regarde
35:02exaspéré
35:02il dit
35:03mais vous n'avez pas compris
35:04que c'est l'horreur
35:04c'est l'horreur
35:05et donc en fait
35:06si vous n'avez pas compris
35:07allez-y
35:10voilà
35:10c'est une scène
35:12qui est en déçant
35:13descriptible
35:13et ces corps
35:16ces corps
35:17qui sont les uns
35:18à côté des autres
35:19qui ont été
35:19à ce moment-là
35:20recouverts d'un drap blanc
35:22sachez
35:22que juste derrière moi
35:24sur le long
35:24de la promenade des Anglais
35:25il y a encore
35:26des dizaines de corps
35:27recouverts de couvertures bleues
35:29qui sont sur le sol
35:31on n'aurait pas dû être là
35:32mais
35:33c'était important
35:34de voir ça
35:35je pense
35:35aussi peut-être
35:36pour le raconter
35:38et pour que nous
35:39on ait conscience
35:41des dommages
35:42de l'horreur
35:44dans la nuit
35:45le ministre de l'intérieur
35:46Bernard Cazeneuve
35:47arrive à Nice
35:47nos pensées vont
35:49encore une fois
35:51aux familles
35:52de ces victimes
35:53à ceux qui sont
35:55aujourd'hui
35:56durement touchés
35:57plombés dans un
35:58immense chagrin
35:58mais aussi
36:00à l'ensemble
36:01des habitants
36:02de la ville de Nice
36:03qui sont ce soir
36:04profondément
36:05traumatisés
36:06et plongés
36:07dans l'inquiétude
36:08il rencontre
36:09les secours
36:10les forces de l'ordre
36:11et plusieurs rescapés
36:12dont cette policière
36:13municipale
36:13qui a participé
36:15à neutraliser
36:15le terroriste
36:16le ministre de l'intérieur
36:17Bernard Cazeneuve
36:19est arrivé
36:20je crois
36:21autour de 2h du matin
36:22ou un peu plus tôt
36:23on est allé
36:25dans les sous-sols
36:26du palais de la Méditerranée
36:27où il a
36:28où il a rencontré
36:29les premiers acteurs
36:30et
36:30je me rappelle aussi
36:33de cette policière
36:36qui a tiré
36:37qui a atteint sa cible
36:38heureusement
36:39elle est restée
36:40dans l'anonymat
36:41pour les raisons
36:43que l'on comprend
36:44je me rappelle
36:46la reconnaissance
36:47qu'on a exprimée
36:48pour ces policiers
36:49qui ont interrompu
36:50le parcours
36:52et
36:53grâce à eux
36:55peut-être
36:56des dizaines
36:57de vies
36:58ont été sauvées
36:59parce que
37:00chaque maître
37:01qu'ils faisaient
37:01c'était des dizaines
37:02de victimes
37:03en plus
37:06à 3h47
37:08le président
37:09de la république
37:09prend la parole
37:11l'horreur
37:13l'horreur
37:14de nouveau
37:15vient de s'abattre
37:15sur la France
37:17à Nice
37:18cette nuit
37:20un camion
37:21a foncé
37:22sur la foule
37:23rassemblée
37:24pour
37:24le feu d'artifice
37:26du 14 juillet
37:27avec l'intention
37:29de tuer
37:30d'écraser
37:31et de massacrer
37:33j'exprime
37:35au nom
37:35de la nation
37:36éplorée
37:37notre solidarité
37:39à l'égard
37:41des victimes
37:42et de leurs familles
37:45la nuit
37:46est interminable
37:47plusieurs hôtels
37:48et établissements
37:49voisins
37:49sont réquisitionnés
37:50pour accueillir
37:51provisoirement
37:51les victimes
37:52Christian Estrosi
37:54décide d'ouvrir
37:54un centre d'accueil
37:55afin de centraliser
37:56les informations
37:57et accompagner
37:58les familles
37:59j'ai fait ouvrir
38:00le centre universitaire
38:02méditerranéen
38:02pour
38:04en faire
38:05un lieu
38:06qui accueille
38:07les familles
38:08j'ai mobilisé
38:09beaucoup de psychologues
38:11pour être là
38:12pour les accompagner
38:13des religieux
38:15des prêtres
38:17des rabbins
38:17des imams
38:19parce que
38:20nous savons aussi
38:21que certains
38:22au delà
38:23d'un médecin
38:24d'un psychologue
38:25ont besoin
38:27d'être accompagnés
38:27par la religion
38:30elle-même
38:32et dans ce lieu
38:34j'aurais pris
38:35des dizaines
38:36et des dizaines
38:38d'enfants
38:39de parents
38:39dans les bras
38:41où j'ai partagé
38:42leurs larmes
38:47c'est ici
38:48devant le centre
38:49universitaire
38:50méditerranéen
38:51que nous terminons
38:52la nuit
38:52avec julien pasquet
38:53pendant des heures
38:54nous assistons
38:55à l'attente
38:56insoutenable
38:56de familles
38:57venues chercher
38:57une réponse
38:58un non
38:59un signe de vie
39:00là julien
39:01on vient de passer
39:01la nuit
39:02à couvrir
39:03la canta
39:04et
39:06nous avant
39:07le lever du soleil
39:08on se retrouve
39:09au niveau
39:10du centre
39:11de crise
39:11les gens
39:12qui sont perdus
39:13qui recherchent
39:14un proche
39:15un père
39:15une mère
39:16un frère
39:16une soeur
39:17le seul endroit
39:18où ils peuvent
39:19avoir des réponses
39:20sur ce qui s'est passé
39:20c'est ici
39:21ça s'est transformé
39:22en cellule de crise
39:23c'était là
39:24que tu venais
39:25tu venais jeter la pièce
39:25en fait
39:26c'était là
39:27que tu jouais
39:28à pile ou face
39:29et que tu savais
39:30si tu repartais
39:31avec un soulagement
39:32ou si tu repartais
39:33avec le drame
39:33de ta vie
39:34pendant la nuit
39:34et jusqu'au petit matin
39:35il y a ce défilé
39:37insupportable
39:38des gens
39:39et des familles
39:40qui viennent poser des questions
39:41et avoir la réponse
39:43à la plus terrible question
39:45de leur histoire
39:45c'est est-ce que
39:46mon mari
39:47ma femme
39:47mon frère
39:48ma soeur
39:48est mort
39:48ou est morte
39:50et les réactions
39:50les réactions
39:51je les ai en tête
39:52et je pense qu'on a la même
39:54tous les deux
39:55dans l'esprit
39:56et celle-là
39:57elle nous poursuivra
39:57je pense pendant très longtemps
39:58c'est cette femme
40:00qui est accompagnée
40:01de ses enfants
40:02alors je ne sais pas
40:03je ne sais pas
40:04qui elle a perdu
40:04cette dame
40:05en tout cas
40:05je n'en ai pas le souvenir
40:06mais ce que je sais
40:07c'est qu'on assiste
40:10à un naufrage
40:12physique et mental
40:14sous nos yeux
40:15d'une dame
40:16qui vient d'apprendre
40:17donc la mort
40:18de son être cher
40:19et qui
40:20s'écroule sous nos yeux
40:22qui s'écroule
40:23et qui pousse
40:24un cri
40:28qui est indescriptible
40:29que j'ai jamais
40:31entendu de ma vie
40:32et que j'espère
40:32ne jamais réentendre
40:34un cri de détresse
40:35un râle
40:37presque animal
40:40et elle s'effondre
40:41en fait
40:42elle s'effondre
40:42elle est prise
40:43d'un vertige
40:44d'une panique
40:45que chacun peut imaginer
40:46dans un cas
40:47comme celui-là
40:48et c'est juste horrible
40:49c'est juste horrible
40:51autour du centre
40:52des journalistes
40:53du monde entier
40:53sont présents
40:54mais certains franchissent
40:56une ligne
40:56en braquant leur caméra
40:58sur des familles
40:59à qui on annonce
40:59la mort d'un proche
41:00une scène
41:01qui me révolte
41:02il y a certains confrères
41:03d'ailleurs je ne sais pas
41:04si on peut les appeler
41:05confrères
41:05et je ne sais pas
41:06si tu as envie d'en parler
41:07mais qui avaient
41:09des intentions différentes
41:10qui n'avaient pas
41:10le même rapport
41:11à cette actualité dramatique
41:12et qui essayaient
41:13de mettre la caméra
41:14entre les trous de la bâche
41:15pour aller choper
41:15cet instant
41:17et faire la course au scoop
41:18qui était assez indécente
41:19et qui n'était pas
41:20du tout appropriée
41:21en tout cas selon moi
41:22et selon toi
41:23parce que j'ai le souvenir
41:24d'un jeune Elliot
41:24qui a été très en colère
41:26et qui a eu
41:27une réaction assez épidermique
41:28en voyant des journalistes
41:30aller chercher l'image
41:32dérangeante
41:32malsaine
41:33c'était des journalistes italiens
41:35qui avaient fait un trou
41:35dans la bâche
41:36pour essayer de mettre
41:37leur caméra
41:38le soleil se lève
41:40et cette femme s'écroule
41:42et la naissance fait que
41:44tous les journalistes autour
41:46se taisent
41:46baissent les caméras
41:47par respect
41:48et ce journaliste italien
41:49qui en sifflotant
41:51panote sa caméra
41:52pour essayer de prendre cette image
41:55et c'est vrai qu'à ce moment-là
41:57moi je réfléchis plus du tout
41:59en journaliste
42:01et je fonce vers lui
42:05je le pousse
42:06je pousse la caméra
42:07lui essaie de justifier
42:09tant bien que mal
42:10je pense que
42:11il dit qu'il faisait son métier
42:13sauf qu'on n'a pas la même façon
42:14de voir le métier
42:15à ce moment-là
42:15je craque complètement
42:16et tu me pousse vers
42:20cette rue
42:20et là moi je m'effondre
42:22je me souviens de m'effondrer
42:24et de revenir
42:25mais à ce moment-là
42:26t'es une autre personne
42:28de toute façon
42:28je pense qu'on est tous
42:30des autres personnes
42:31après avoir ouvert
42:32cet attentat
42:40au lever du jour
42:41la promenade des anglais
42:42est figée
42:43marquée par les traces
42:44de l'attaque
42:45pour de nombreuses familles
42:46le cauchemar
42:47ne fait que commencer
42:48Audrey Borla
42:49son père Jacques
42:50et leurs proches
42:51devront attendre
42:52trois jours
42:53avant de connaître
42:54le sort de Laura
42:55la soeur jumelle d'Audrey
42:56âgée de 13 ans
42:58ma soeur était transportée
43:00directement à Pasteur
43:02et pendant trois jours
43:04nous on n'a pas eu de nouvelles
43:05et pourtant
43:06on a appelé
43:06tous les hôpitaux
43:08tous les commissariats
43:09le 17 juillet
43:11c'est mon père
43:12qui fait un test salivaire
43:14pour ma soeur
43:16parce qu'ils ont retrouvé ma soeur
43:17donc mon père est appelé
43:19pour faire un test salivaire
43:20Jacques se rend à l'hôpital
43:21avec un ultime espoir
43:23que sa fille soit encore en vie
43:24donc on est rentré
43:25dans cette salle
43:26et qu'est-ce que je vois
43:27je vois le commissaire
43:28qui était déjà assis
43:29à son bureau
43:30et il me dit
43:31j'ai une bonne nouvelle
43:32et une mauvaise nouvelle
43:33et j'ai dit
43:34oui mais
43:34on va commencer par la bonne
43:37il me dit
43:38on l'a retrouvée
43:41mais le deuxième
43:42c'est que
43:44elle est partie
43:45enfin elle n'est plus là
43:46elle est morte
43:46elle est décédée
43:48voilà
43:50je croyais tuer quelqu'un
43:52et j'ai crié
43:54j'ai tapé le poignet
43:55sur la table
43:56il me donne
43:57les bijoux
43:58il me dit
43:58voilà
43:59ce que je peux te rendre
44:01c'est ça
44:02j'étais fou
44:02j'aurais voulu
44:03la panne à mes bras
44:05la secouer
44:06non j'y croyais pas
44:09quelques heures plus tard
44:10Audrey apprend à son tour
44:12que sa soeur jumelle
44:13avec qui elle partageait tout
44:15ne reviendra jamais
44:16on m'annonce subitement
44:18mais brutalement
44:19le décès de ma soeur
44:21comme ça
44:22avec une bonne
44:23et une mauvaise nouvelle
44:25et donc mon frère
44:26et ma soeur
44:27Audrey calme toi
44:28non non je sors
44:29pas du tout
44:30ma soeur elle est pas morte
44:30j'ai 13 ans
44:31je ne sais pas
44:32ce qui se passe
44:36comment je fais
44:36pour vivre avec ça
44:37avec une nouvelle
44:38si soudaine
44:39en fait
44:39comment je fais
44:43ils ont retiré
44:44la moitié de ma vie
44:46moi je
44:46j'ai pas de honte
44:48à dire que
44:48le 14 juillet 2016
44:49j'ai perdu la moitié
44:50de ma vie
44:52et j'ai perdu
44:53une moitié de moi
44:53donc je suis morte
44:55à moitié
44:55ce soir là
44:56et j'ai pas de honte
44:58à dire ça
44:58parce que c'est ce que
44:59je ressens aujourd'hui
45:02l'attentat du 14 juillet 2016
45:04fera 86 morts
45:06et 458 blessés
45:15après l'horreur
45:15et l'émotion
45:16vient le temps
45:17des questions
45:17qui était l'homme
45:19au volant
45:19de ce camion bélier
45:20de 19 tonnes
45:21agissait-il
45:22au nom d'une organisation
45:23terroriste
45:24avait-il des complices
45:30l'auteur du carnage
45:32s'appelle Mohamed
45:32Laouesh Boulel
45:33c'est un chauffeur-livreur
45:35tunisien
45:35de 31 ans
45:37le gars vient
45:38de Msaquen
45:39qui est une grande ville
45:41de trafic
45:42de voitures
45:43en Tunisie
45:43donc très liée
45:44aux garagistes
45:46d'ici
45:46de Nice
45:47des voitures d'occasion
45:48un monde
45:50où il y a pas mal
45:51de délinquances
45:51et qui est
45:53d'une certaine manière
45:55protégée
45:55par les réseaux religieux
45:57qui leur permettent
45:58d'expier leur péché
46:00en échange
46:01de l'argent
46:01qu'ils vont donner
46:02pour les oeuvres
46:03de la religion
46:03Si Daesh
46:04a revendiqué
46:05l'attentat
46:06il n'avait pourtant
46:07aucun lien direct
46:08avec le groupe
46:09État islamique
46:10avant son crime
46:10Cet attentat
46:11il est
46:12la quintessence
46:14de ce que peut faire
46:15un individu
46:17déterminé
46:18à tuer
46:18avec finalement
46:19des moyens
46:20relativement rudimentaires
46:21L'allocation
46:23d'un camion
46:24une arme
46:26a créé
46:26un traumatisme
46:27planétaire
46:29C'est pas un réseau
46:31très élaboré
46:32C'est pas un groupe
46:34terroriste
46:35comme pour le Bataclan
46:36projeté
46:37depuis
46:37les zones de guerre
46:39en Syrie
46:40et en Irak
46:42très structuré
46:43organisé
46:44par les réseaux
46:45de Daesh
46:48Selon son épouse
46:49ce père de trois enfants
46:51ne donnait aucun signe
46:52d'une quelconque radicalisation
46:55Il n'est pas croyant
46:56il ne pratique pas du tout
46:57il mange du porc
46:58boit de l'alcool
46:59je ne l'ai jamais vu prier
47:01ni quoi que ce soit
47:01en relation avec la religion
47:04Mohamed Larouèche-Bourlel
47:05avait un mode de fonctionnement
47:07qui n'était pas du tout religieux
47:10il buvait
47:11il sortait en boîte
47:12il avait des relations homosexuelles
47:14il était
47:16un peu l'exemple
47:17de ce que j'ai appelé ensuite
47:18le djihadisme d'atmosphère
47:20c'est-à-dire qu'on est à Nice
47:22dans un milieu
47:23où vous avez beaucoup
47:24de djihadistes tunisiens
47:26qui ont été libérés
47:27parmi les premiers
47:28après la chute de Ben Ali
47:29qui ont implanté
47:31de forts réseaux ici
47:32dans leurs environnements
47:34familiaux émigrés
47:35ce qui a fait
47:36que les Alpes-Maritimes
47:37ont été le deuxième département
47:39exportateur de djihadistes
47:40en France
47:41vers la Syrie et l'Irak
47:43après la Seine-Saint-Denis
47:46et ça a créé
47:47toute une ambiance
47:48qui fait que même
47:49ceux qui ne sont pas
47:50partis en Syrie
47:53étaient imprégnés
47:55de cette atmosphère
47:58s'il n'appartenait
47:59à aucune mouvance radicale
48:01sa femme décrit
48:02aux enquêteurs
48:02un homme d'une violence extrême
48:04obsédé par le sexe
48:06elle affirme avoir subi
48:07pendant des années
48:07coups, humiliation
48:09viols et menaces
48:11Il aimait le mal
48:12Il aimait me brûler
48:14avec des pailles
48:14Il me frappait
48:16à coups de pied
48:16sur la tête
48:17car il voulait voir
48:17le sang couler
48:18C'était un monstre
48:19Même le diable
48:20s'est inspiré de lui
48:22Mais en dehors
48:22de son foyer
48:23Mohamed Lawesh Boulel
48:24était un homme
48:25en apparence
48:26sans histoire
48:27amateur de salsa
48:28et passionné
48:29de musculation
48:30Une façade
48:31qui va voler en éclats
48:33peu avant le massacre
48:36Au début de l'année 2016
48:38plusieurs proches
48:39observent un changement brutal
48:40Mohamed Lawesh Boulel
48:42se serait soudainement radicalisé
48:44Certains insistaient justement
48:46sur les failles
48:47de sa personnalité clivée
48:48et son sentiment
48:50de culpabilité
48:51et le fait
48:52qu'il voulait racheter
48:54son inconduite
48:56eu égard
48:57aux normes religieuses
48:59en tuant
49:00des mécréants
49:01qui assistaient
49:03à la fête
49:04idolâtre
49:05du 14 juillet
49:06Les analyses
49:07de ses téléphones
49:07et de son ordinateur
49:09confortent cette évolution
49:10Les enquêteurs
49:11y découvrent des milliers
49:12de vidéos et photographies
49:14liées à la violence
49:15des exécutions d'otages
49:17des contenus
49:18de propagande djihadiste
49:19mais aussi
49:20des images
49:20d'accidents mortels
49:22Une radicalisation
49:24accompagnée
49:24d'une préparation méthodique
49:26Dès le 1er janvier 2016
49:28il photographie
49:29un article relatant
49:30une attaque
49:31commise avec un véhicule
49:32A partir du mois de mars
49:34il multiplie les recherches
49:36pour louer un camion
49:37sur un autre téléphone
49:39les enquêteurs
49:39retrouvent des clichés
49:40de la promenade des anglais
49:42pris plusieurs mois
49:42avant l'attentat
49:43comme s'il effectuait
49:45déjà des repérages
49:48Je voudrais essayer d'abord
49:49de comprendre
49:51de comprendre
49:53ce qu'il conduit
49:55à faire ce geste
49:57Moi je suis en partie
49:58des gens
49:58qui ont regretté
50:00qu'il ait été abattu
50:01je pense que j'aurai
50:02sans problème
50:02pu l'abattre moi-même
50:03mais demain
50:04il est anglais
50:06mais
50:08parce que justement
50:09j'aurais aimé
50:10comprendre
50:10quel est le profil
50:11qui est tombé
50:12sur ma fille
50:13et sur 85 autres personnes
50:14sans parler de tous
50:15les autres blessés
50:16traumatisés
50:17après sans doute
50:18que
50:19je ne sais pas
50:20si elle m'aura apporté
50:21grand chose
50:21mais spontanément
50:23c'est ça que j'aurais
50:23voulu savoir
50:24L'homme était également
50:28bien connu de la justice
50:29Entre 2010 et 2016
50:32il est visé
50:32par plusieurs procédures
50:33pour violences
50:34menaces de mort
50:35vols ou dégradations
50:36Mais une question demeure
50:39Mohamed Laweshboulel
50:40a-t-il agi seul ?
50:45Les investigations révèlent
50:46que plusieurs de ses proches
50:48ont participé
50:48à la préparation logistique
50:50de l'attentat
50:50Parmi eux
50:52Mohamed Graheb
50:53et Chokri Chafroud
50:54Les enquêteurs
50:55découvrent
50:56de nombreux échanges téléphoniques
50:58entre les deux hommes
50:58et le terroriste
50:59dans les jours
51:00qui précèdent
51:00le 14 juillet
51:01Chokri Chafroud
51:02est notamment soupçonné
51:04d'avoir encouragé
51:05Mohamed Laweshboulel
51:06dans sa radicalisation récente
51:08et d'avoir eu connaissance
51:10de son projet meurtrier
51:11En décembre 2022
51:13la cour d'assises
51:14spéciale de Paris
51:15condamne 8 personnes
51:17Mohamed Graheb
51:18et Chokri Chafroud
51:19écopent de 18 ans
51:20de réclusion criminelle
51:21pour association
51:22de malfaiteurs terroristes
51:3310 ans après l'attentat
51:35les rescapés
51:36continuent de se reconstruire
51:37mais les blessures
51:39elles
51:39ne disparaissent jamais
51:41complètement
51:42Quand moi je me retrouve
51:43toute seule du jour au lendemain
51:44sans ma soeur jumelle
51:46c'est sûr que ça change
51:47un quotidien
51:48on apprend à vivre
51:49toute seule
51:50et à se lever le matin
51:52sans avoir sa soeur jumelle
51:53qui se lève
51:55pour la réveiller
51:56ou dire
51:57on s'habille comment
51:59et je pense que
52:00le plus dur
52:01c'est la réadaptation
52:02parce qu'on n'accepte pas
52:04d'être toute seule
52:05du jour au lendemain
52:06et de faire ses habitudes
52:07toute seule
52:08c'est pas acceptable
52:09moi personnellement
52:10je ne l'accepte pas
52:13Pour honorer
52:14la mémoire de sa soeur
52:15Audrey a choisi
52:16de graver son souvenir
52:17à jamais sur sa peau
52:19Oui oui
52:19mais toi
52:20je ne suis que en rapport
52:21avec ma soeur
52:21En fait j'ai décidé
52:23d'écrire
52:25différemment mon histoire
52:26parce qu'avant
52:26je me mutilais
52:27à cause de ça
52:28j'avais besoin
52:30de ressentir
52:31quelque chose
52:32de vivant
52:33parce que
52:33je suis vide d'émotion
52:35en fait
52:35je suis vraiment
52:36envie
52:36j'ai l'impression
52:37de rien ressentir
52:38de tout ce qui est bon
52:40je ne le ressens pas
52:45Je me faisais du mal
52:46parce que j'avais envie
52:47d'être près d'elle
52:48à un moment donné
52:49j'ai vraiment eu envie
52:50d'être près près d'elle
52:51donc j'ai commencé
52:53à me couper les bras
52:54etc
52:55et puis je me suis arrêtée
52:57et j'ai fait différemment
52:59j'ai fait les tatouages
53:01et depuis
53:04il n'y a plus de mutilation
53:08aujourd'hui Audrey
53:09est installée à Nancy
53:10ses frères et soeurs
53:11ont eux aussi
53:12quitté la maison familiale
53:16pour Jacques
53:17leur père
53:18le silence qui s'est installé
53:20est parfois difficile
53:21à supporter
53:22les enfants ils font leur vie
53:23oui mais bon
53:25ça n'arrive pas à nous faire
53:27là elle est venue en vacances
53:29enfin elle est venue
53:30elle est venue nous voir
53:31de Nancy
53:32mais moi quand ils viennent me voir
53:39pardon
53:45ça me fait du bien
53:46je pense que mon père
53:48il aurait voulu avoir ses enfants
53:50pour toute la vie
53:51auprès de soi
53:52parce qu'il a perdu une fille
53:53en fait
53:55si Audrey est parvenue
53:56à retrouver un semblant
53:57de vie normale
53:58une question continue
54:00de la hantée
54:01pourquoi elle et pourquoi
54:02pourquoi pas moi en fait
54:04c'est pourquoi elle est partie
54:05et pourquoi je suis encore là
54:06pourquoi je suis en train de vivre
54:07et pourquoi elle ne fait pas ça
54:08pourquoi je suis en train de rire
54:10et pourquoi elle n'est pas là
54:12est-ce que j'ai le droit
54:12de faire ça
54:13alors qu'elle est
54:15six pieds sous terre
54:17elle est enfermée
54:18à 13 ans
54:19et moi j'en ai 23
54:20cette année
54:21et est-ce que j'ai le droit
54:22de faire tout ce que je fais
54:23ça c'est la culpabilité
54:25mais ça ça ne me quittera jamais
54:27la culpabilité du survivant
54:29c'est le fait
54:29d'avoir survécu
54:30pourquoi mon proche
54:32pourquoi mes enfants
54:33pourquoi mes parents
54:34ont été victimes de ça
54:36et pourquoi moi aujourd'hui
54:37je suis là
54:38pour pouvoir en parler
54:38et c'est quelque chose
54:40de régulier
54:41qui revient dans le discours
54:42et qui peut impacter
54:44l'humeur de la personne
54:51comme Audrey
54:52des centaines de rescapés
54:53portent encore
54:54les séquelles invisibles
54:56de cette nuit du 14 juillet
54:59j'ai fait une dépression
55:00très sévère
55:01ce qui ne nous tue pas
55:03nous rend plus fort
55:03je ne suis pas
55:05d'accord avec
55:06cette maxime
55:07en l'espèce
55:08je pense que j'ai
55:09quand même
55:09hérité d'une
55:11d'une fragilité
55:12et je ne crois pas
55:14me tromper
55:14en disant que c'est
55:15le cas de tous
55:15ceux qui m'accompagnaient
55:21moi j'ai l'impression
55:21de vivre avec une espèce
55:22avec une graine
55:23à l'intérieur de moi
55:25j'imagine ça
55:25comme une graine
55:27noire
55:27qui est en moi
55:29c'est la graine
55:30d'un arbre
55:30et de temps en temps
55:32régulièrement
55:33sans que je ne puisse
55:34rien y faire
55:36la graine se développe
55:37et l'arbre noir
55:38il pousse
55:38et à ce moment là
55:39je revis
55:40ce que j'ai vécu
55:41le 14 juillet
55:42je ne peux rien y faire
55:43ça va durer
55:44quelques minutes
55:45et puis
55:47disparaître
55:47jusqu'à la prochaine fois
55:48je sais que j'ai ça en moi
55:50et que ça revient
55:51régulièrement
55:53certains sont incapables
55:54de remettre les pieds
55:55sur la promenade des anglais
55:57de mon plein gris
55:58elle est sur la promenade
55:59mais pas du tout
56:01pas du tout
56:01je n'ai rien à faire
56:03sur la promenade des anglais
56:04je n'ai rien à faire
56:06j'ai rien à faire
56:08d'autres au contraire
56:09ressentent le besoin
56:10le besoin d'y revenir régulièrement
56:12comme pour apprivoiser
56:13leurs souvenirs
56:14et reprendre peu à peu
56:15possession de ce lieu
56:17ça a été difficile au début
56:20mais j'ai décidé
56:21de ne pas leur laisser ça
56:22c'est à dire que
56:23non seulement
56:24ils ont pris
56:25beaucoup de gens
56:26ils n'allaient pas
56:27en plus nous prendre
56:28cet endroit
56:31magique
56:36Malgré les cicatrices
56:38chacun tente à sa manière
56:39de reprendre le cours
56:40de sa vie
56:41Il faut
56:42continuer à vivre
56:44il faut
56:46continuer à tirer
56:46les feux d'artifice
56:47il faut continuer
56:49à sortir avec
56:50femmes et enfants
56:51il faut continuer
56:52tout ça
56:53Sur la promenade
56:54des anglais
56:55une statue rappelle
56:56les noms
56:57des 86 victimes
56:59Là on arrive
57:00à la statue
57:00qui a été
57:01installée
57:02par rapport
57:03à l'attentat
57:06c'est la première fois
57:07que je la vois de près
57:25Laura
57:28Ami
57:30Rachel
57:32Angelo
57:34Yanis
57:36Elisabeth
57:37Christina
57:38Ils avaient entre
57:402 et 90 ans
57:41Ils venaient de France
57:42et du monde entier
57:44Dix ans plus tard
57:45leur nom demeure
57:48et leur souvenir
57:49ne s'effacera jamais
58:04Merci à mes Tipeurs

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