00:0013h, 14h, Europe 1 Info.
00:0313h40, allez la suite d'Europe 1 Info avec vous Charles Huillier et vos débatteurs du jour.
00:07Jean-Michel Salvatore, Jonathan Sixou, on parle du MEDEF.
00:10Oui, c'est l'événement de rentrée du MEDEF, la rencontre des entrepreneurs de France,
00:16la REF qui s'ouvre aujourd'hui sous le thème du courage.
00:20Les patrons en auront besoin de courage en attendant un débat demain en clôture
00:26avec les sept principaux candidats à la présidentielle qui évoqueront leurs idées pour l'économie.
00:32Alors, à huit mois de l'élection, ce rendez-vous annuel de cette organisation patronale
00:37prend une dimension très politique qui va se traduire par une affluence record.
00:42Patrick Martin, on le rappelle, le président du MEDEF, a témoigné de l'inquiétude des entrepreneurs.
00:49Il était l'invité de France Inter ce matin.
00:51C'est tellement facile pour les politiques, j'allais dire de tous bords,
00:55de faire supporter la charge aux entreprises.
00:57L'effort partagé, il pèse déjà beaucoup sur les entreprises.
01:00On a les entreprises les plus taxées au monde.
01:02Alors, on peut se dire, c'est pas grave, c'est les actionnaires qui payent.
01:04Si je regarde le MEDEF, simplement le MEDEF,
01:07principale organisation patronale, on a 12 millions de salariés dans nos rangs.
01:10Qu'est-ce qui se passe ? On n'embauche plus.
01:13Parfois, on doit licencier.
01:14On ne peut pas augmenter les salaires comme on voudrait augmenter les salaires.
01:17On ne sait pas faire les efforts auxquels on ne pourra pas échapper de réduction des dépenses.
01:22Dire que les entreprises doivent faire un effort supplémentaire,
01:24et en réalité qu'elles supporteront une fois de plus l'intégralité de l'effort.
01:28C'est scié la branche sur laquelle on est assis.
01:30Voilà, Patrick Martin, ce matin sur France Inter.
01:34Alors, Jean-Michel Salvatore, vous côtoyez le monde économique.
01:38Je crois que vous conseillez quand même quelques entreprises.
01:41Quel est le moral des troupes ?
01:43Êtes-vous d'accord avec ces mots de Patrick Martin, le président du MEDEF,
01:46qui disait que 2027 sera soit le sursaut, soit la crise ?
01:50En gros, ça passe ou ça casse ?
01:52Écoutez, le moral, il est catastrophique.
01:57Et on peut objectiver ce moral avec une enquête qui a été faite par OpinionWay,
02:04auprès de 66 000 patrons.
02:07Et au terme de cette enquête, on découvre que 82% des patrons sont pessimistes.
02:1582% des patrons.
02:16Or, ce sont les patrons qui embauchent.
02:19Et là, Patrick Martin l'a dit sur France Inter,
02:22les patrons n'embauchent plus.
02:23Pourquoi ?
02:24Parce qu'ils ont le sentiment que la situation économique de la France est imprévisible.
02:30Or, quand on dirige une entreprise,
02:32on a besoin d'un minimum de stabilité,
02:34on a besoin de savoir un peu où on va.
02:36Or là, il y a une instabilité fiscale,
02:39on ne sait pas ce qui va se passer,
02:40une instabilité sur les conditions économiques.
02:44Et c'est vrai que, depuis la dissolution, depuis 2024,
02:48les patrons ont vraiment le sentiment de travailler sur des sables mouvants.
02:53Et donc, c'est vrai, ils sont très inquiets.
02:55Et ils sont aussi très inquiets par les programmes des deux favoris à la présidentielle.
02:59Jean-Michel Salvatore, je passe tout de suite, dans un instant, la parole à Jonathan Sicsou.
03:03Mais c'est vrai que cette histoire de surtaxe sur l'impôt des grandes entreprises,
03:10troisième année d'application, ça ne devait durer qu'un an.
03:14Et ça, j'imagine que chez les entrepreneurs, Jean-Michel Salvatore, ça ne passe pas ?
03:18Oui, parce que, si vous voulez, eux, ce qu'ils voient, ces entrepreneurs,
03:21c'est que l'État, les impôts n'ont jamais été aussi importants.
03:25Et à chaque fois qu'il y a un trou dans la caisse,
03:28au lieu de se dire, tiens, quelles sont les mesures courageuses qu'on pourrait prendre
03:32pour réduire les dépenses,
03:33à chaque fois, on n'essaye pas de réduire les dépenses,
03:36mais au contraire, on les maintient et on crée un impôt supplémentaire.
03:39L'impôt dont vous parlez, c'est un impôt qui devait être totalement exceptionnel,
03:45qui avait été décidé par Michel Barnier lorsqu'il a été Premier ministre.
03:48Il a été ensuite maintenu par François Bayrou une deuxième année.
03:52Et là, on voit bien qu'il va être maintenu encore par Sébastien Lecornu une troisième année.
03:56Il va durer, cette histoire, Jean-Michel.
03:58Et rappelez-vous, la CSG devait durer deux ans.
04:01Jonathan Sigsou, pour faire tourner un petit peu la parole,
04:05j'imagine qu'il y a aussi une inquiétude particulière pour ces chefs d'entreprise.
04:12Lorsqu'ils entendent un Jean-Luc Mélenchon proposer de brûler la dette détenue par la Banque de France,
04:18redort-il Jean-Luc Mélenchon son blason auprès des chefs d'entreprise
04:22lorsqu'il nous fait ces saillies, pour appeler un chat en chat ?
04:28Absolument pas, pour une raison simple, c'est qu'en voulant brûler la dette, comme vous dites,
04:34ce n'est que rajouter de l'instabilité à l'instabilité dont Jean-Michel vient de parler.
04:38Et cette même étude, considérable, rappelons-le, 66 000 personnes, 66 000 patrons de sondés,
04:45c'est considérable comme étude d'opinion,
04:47eh bien, ils sont 66% à redouter la faillite en 2027.
04:51Donc effectivement, quand vous craignez la faillite à ce point,
04:54vous n'embauchez pas, vous n'investissez pas davantage.
04:58Il y a aussi une autre réalité, parce qu'il faut arrêter d'écouter le discours de l'extrême gauche
05:04à ce sujet.
05:05Un patron n'est pas un milliardaire, loin de là,
05:07même s'il y en a.
05:08Et un patron, est-ce que c'est forcément un méchant, alors ?
05:11Et un patron n'est pas un méchant, on peut le rappeler aussi.
05:14Et les patrons connaissent également,
05:16les chiffres ont été publiés dans la presse ce matin,
05:18dramatiques pour beaucoup d'entre eux,
05:2033 000 dirigeants de toutes petites entreprises,
05:22moins de 3 salariés,
05:2433 000 personnes depuis le début de l'année,
05:26donc en 6 mois, sont désormais au chômage,
05:28ont perdu leur emploi,
05:29et même des patrons de TPE,
05:31donc pas de TPE, de PME, pardon,
05:34de petites et moyennes entreprises,
05:35c'est donc au moins 20 salariés et plus.
05:39Eux, depuis le début de l'année,
05:40près de 700 ont perdu leur emploi également.
05:43Donc si vous voulez, c'est un secteur en crise aussi.
05:44Ce qui donne aussi, pour corroborer ce que vous dites très bien,
05:47Jonathan Sixot,
05:48une hausse de 5% sur un an
05:51des défaillances d'entreprises en France.
05:53C'est quasiment du jamais vu,
05:55si on met de côté les années Covid, bien sûr.
05:58Alors, Patrick Martin, le président du MEDEF,
06:02Jean-Michel Salvatore,
06:04défend une augmentation de 2% de la TVA
06:07qui permettrait d'augmenter les salaires nets
06:09et de générer une croissance très rapidement
06:12de 300 000 emplois.
06:14C'est le chiffre qui l'avance, Patrick Martin.
06:16Est-ce que vous pensez que,
06:18en ces temps de vache maigre pour les Français,
06:20parce que la TVA,
06:21c'est la taxe sur la valeur ajoutée,
06:24est-ce que vous êtes d'accord
06:26avec cette proposition de Patrick Martin ?
06:28Eh bien, Jean-Michel Salvatore,
06:30dit-nous tout.
06:30En fait, Patrick Martin,
06:32il dit un peu la même chose que Bruno Le Maire.
06:33Je ne sais pas si vous avez lu son interview
06:34dans Le Parisien ce week-end.
06:36Le Maire disait, finalement, aujourd'hui,
06:38les dépenses de l'État sont financées
06:40par tous ceux qui travaillent.
06:42Et Le Maire disait, au fond,
06:43ce serait peut-être un peu plus logique
06:45de partager avec ceux qui consomment.
06:48Et dans ceux qui consomment,
06:48il y a aussi les retraités, évidemment.
06:51Donc, évidemment que c'est une idée.
06:53Mais derrière tout ça, si vous voulez,
06:55le MEDEF a le sentiment
06:56qu'il n'y a pas un homme politique
06:57qui est prêt à proposer des mesures courageuses
07:00pour nous sortir de là où nous sommes.
07:02Alors, 2% ou pas 2% sur la TVA,
07:05en plus, selon vous, Jean-Michel Salvatore ?
07:06Quelle est la pertinence économique
07:08de cette proposition ?
07:09Ça, c'est un vrai choix politique,
07:10si vous voulez.
07:11Évidemment que la gauche sera contre,
07:13les centristes seront partagés,
07:14et la droite sera plutôt pour.
07:16Parce qu'évidemment, c'est un impôt
07:18qui taxe tout le monde indifféremment.
07:21La gauche vous dira que ce n'est pas très juste.
07:23Que ce n'est pas très juste.
07:24Mais c'est vrai qu'une augmentation d'un point
07:27ou de deux points de la TVA
07:28est extrêmement efficace
07:29parce que ça rapporte énormément d'argent.
07:31Or, on a besoin de beaucoup d'argent
07:33pour boucher les trous.
07:33Et c'est quasiment indolore.
07:35C'est plus ou moins quand même.
07:38Sur un paquet de pâtes à 1,50€,
07:41il y a 5% de TVA sur un paquet de pâtes.
07:43Je ne suis pas persuadé que 2% changent grand-chose.
07:46Quand même, mais sur un plein,
07:51forcément, ceux qui sont à l'euro près,
07:52et il y a beaucoup de Français qui sont à l'euro près,
07:54évidemment, ça peut peser.
07:55Mais au-delà de ça, si vous voulez,
07:58le sujet, me semble-t-il, numéro 1,
08:00ce n'est pas d'augmenter les impôts,
08:02ce n'est pas de trouver des impôts supplémentaires,
08:04même si on voit bien qu'on sera sans doute obligé d'y passer,
08:06mais c'est de faire des économies.
08:09– Et alors, sur quoi ?
08:12Parce que 2%, ça ne fera pas l'unanimité.
08:15Sur la TVA, lorsqu'on propose d'imposer les plus riches,
08:20ça ne fera pas l'unanimité.
08:21Chacun défend son précaré.
08:23La France escalée, pays irréformable.
08:26Comment vous voulez faire, Jean-Michel Salvatore ?
08:28– Il y a plein d'idées.
08:30On ne va pas dans ce studio faire un plan de relance
08:33ou faire un plan de sauvetage de l'économie française.
08:35Mais il y a quand même des idées qui sont sur la table.
08:37– Croyez-vous sans une mise sous tutelle ?
08:40De la part de la BCE ou du FMI ?
08:43– Écoutez, moi quand j'écoute la France Insoumise
08:46et le Rassemblement National, je ne suis pas très rassuré.
08:48Et quand j'écoute Édouard Philippe,
08:50qui pour l'instant est le favori du Bloc Central,
08:52nous expliquer qu'il faut encore augmenter les salaires des profs,
08:56je ne suis pas optimiste non plus.
08:59Donc j'ai un peu le sentiment que chez nos élus,
09:02et on l'a vu d'ailleurs depuis la dissolution de 2024,
09:06il y a une incapacité totale à proposer des économies,
09:11à proposer des efforts.
09:13On l'a vu au Parlement, le seul sujet qui est débattu,
09:17c'est l'augmentation des impôts.
09:18C'est toujours la même chose, mais il n'est jamais question d'efforts.
09:21Or, on ne s'en sortira pas si on ne fait pas d'efforts.
09:23Donc là, on ne s'en sortira pas d'efforts.
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