00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03On peut tout de suite démarrer là-dessus d'ailleurs avec Frédéric Ducrozet pour Piquet West Management.
00:07Bonjour Frédéric.
00:08On est ravis de vous retrouver.
00:09Alors on voit plein de propositions des candidats à la présidentielle qui sont en train de s'exprimer en plus
00:13à Roland-Garros là,
00:14puisque beaucoup de ses candidats participent à la REF, la grande messe de rentrée du MEDEF.
00:21Alors on voit des propositions baroques, on voit aussi par exemple François Hollande proposer la retraite par capitalisation.
00:26C'est une vraie surprise parce qu'il y a 14 ans, quand il avait été élu, il voulait combattre
00:30la finance sans visage.
00:31Et puis maintenant là, François Hollande, qui n'est pas encore officiellement candidat, dit vouloir prôner la retraite par capitalisation.
00:36C'est un vrai changement.
00:37Donc il y a à prendre, il y a des choses à moins prendre dans ces différentes annonces et propositions
00:44des candidats à la présidentielle.
00:45Comment est-ce que vous regardez en tout cas la réaction des marchés et le fait qu'une vigilance particulière
00:49sur la France aujourd'hui se manifeste ?
00:51Je pense qu'on est à un moment particulier, la campagne démarre, la campagne même s'intensifie très fortement,
00:57mais on est quand même autour de personnalités et de programmes, vous l'avez dit, un peu particuliers.
01:02Le Parti Socialiste n'a pas de grandes chances de gagner l'élection présidentielle aujourd'hui, peut-être de peser.
01:07On est encore dans un contexte un peu plus global.
01:10Si je prends un peu de recul, le marché doit digérer plusieurs informations.
01:14Je ne dis pas ce qui se passe aux États-Unis a un effet sur la France, mais quand même,
01:18on est dans un environnement global de taux d'intérêt sous pression sur la partie longue.
01:23Donc le sujet budgétaire en France, qui est un maillon faible, on le sait, le déficit public français reste très
01:29élevé.
01:30Et en termes relatifs par rapport à tous ces pays voisins en Europe, est probablement dans une situation la plus
01:35préoccupante aujourd'hui.
01:36L'exécution budgétaire cette année est catastrophique.
01:38Les discussions du budget 2027 vont être très difficiles.
01:42Et ça, c'est avant même de parler d'un potentiel séisme politique l'année prochaine.
01:46C'est un peu trop tôt, à mon avis, pour intégrer vraiment des mesures aujourd'hui, des programmes, c'est
01:51une campagne.
01:51En revanche, c'est bien assez tôt déjà pour le marché de prendre la mesure de la place de la
01:55France dans cet environnement-là.
01:57Et les banques françaises qui sous-performent, je ne pense pas que ce soit vraiment un programme de telle ou
02:02telle personne politique
02:04qui, pour le moment, en est vraiment aux prémices.
02:06C'est plutôt un contexte global défavorable aux OAT, aux obligations françaises qui pèsent notamment sur ce secteur-là.
02:15Les perspectives de certains partis plus radicaux peut-être de taxer certains secteurs.
02:20On a d'ailleurs le sujet en Italie aussi.
02:22Ce n'est pas que la France qui est dans ce cas-là.
02:24Et puis, dernier point, moi, qui me touche un petit peu plus particulièrement,
02:27c'est qu'on réouvre le sujet du week-end dernier du débat autour de l'annulation d'une partie
02:32de la dette française détenue par la BCE.
02:34Et je crois que ça, simplement ce mot-là, balancé entre guillemets dans le débat public,
02:40en l'occurrence par quelqu'un qui ensuite donne des leçons d'économie à Olivier Blanchard,
02:45ça fait vraiment tâche dans ces discussions.
02:48Et ça, c'est quelque chose qui est de nature à inquiéter beaucoup les marchés.
02:50Ce quelqu'un, dans les sondages, désormais est placé au deuxième tour, Jean-Luc Mélenchon.
02:54Donc, on a aussi des sondages qui montrent une dynamique dont les marchés commencent peut-être aussi à prendre conscience.
03:00L'état des forces en présence et des forces intellectuelles en présence ici en France.
03:03Demain, Fitch doit actualiser la note de la France.
03:06À quoi vous attendez-vous, Frédéric ?
03:08Alors, probablement des changements de perspective seulement et pas de notation pour Fitch en particulier.
03:14C'est un point de détail assez technique qui sont a priori.
03:16Et ce serait une énorme surprise quand même de dégrader directement la notation de la France
03:20sans passer par une dégradation des perspectives.
03:22Mais la direction, elle est très claire pour toutes les agences de notation.
03:26Je pense qu'on va débattre dans les mois et les années peut-être à venir, malheureusement,
03:30du nombre de crans de baisse qu'on peut potentiellement voir subir la dette française en l'occurrence.
03:37Parce que ce n'est qu'une réflexion là aussi, un reflet de la situation budgétaire qui est dégradée.
03:41Parfois, ce n'est même pas la faute, entre guillemets, du gouvernement
03:44quand on a des événements comme cet été qui ont été particulièrement coûteux.
03:47Mais tout vient s'accumuler, s'ajouter à une situation structurellement dégradée depuis des années et des années.
03:54Donc là, le sujet, si vous voulez, comme dans d'autres pays, même aux États-Unis,
03:59je reviens à une situation qui est très différente,
04:01mais le sujet n'est pas de la réduction du déficit français.
04:05On sait très bien qu'on parlera dans le meilleur des cas d'une consolidation, d'une stabilisation.
04:09Le sujet, c'est plutôt d'éviter des scénarios, je pense, catastrophiques, plus extrêmes,
04:14d'extrême droite, d'extrême gauche, peu importe quelque part de la mesure ou l'idéologie qui est derrière,
04:20mais qui sont de nature vraiment à remettre en cause le statut de la dette française.
04:24C'est ça qui est au centre de tous les sujets.
04:26La BCE ne peut pas défendre, par exemple, le pays, la France,
04:29si on remet en cause de statut vraiment de la dette qui est derrière l'Allemagne,
04:35quand même encore le plus grand marché, le plus sûr,
04:38et qui attire toujours autant de capitaux étrangers.
04:40Et si ça s'est remis en question, là, ça change la donne.
04:43Frédéric, alors malgré cette légère pointe d'inquiétude autour de la dette française,
04:49on a le sentiment que les choses se sont un petit peu tassées cet été.
04:53On n'est plus sur ces effets de débordement sur le disant américain,
04:56sur ce disant allemand qui a tendance à chagriner Gilles Mouèque régulièrement.
05:04On n'est plus sur ce sentiment que les choses débordent.
05:08Est-ce que vous avez le même genre de sentiment ?
05:11Oui, mais c'est vrai, et les taux rebaissent plus tôt.
05:14Et quelque part, vraiment, la conclusion la plus simpliste dans ce cas-là,
05:19c'est que les taux montent en général pour des bonnes raisons.
05:21Si ce n'est pas le cas, ça a plus de croissance, un peu plus d'inflation.
05:24La BCE qui monte ses taux, tout ça, c'est quelque part au fond des bonnes raisons quand même.
05:29Si ce n'est plus des bonnes raisons, que c'est que de l'inflation,
05:31que c'est qu'un choc qui vient des États-Unis ou du Japon,
05:34alors ce n'est pas soutenable.
05:35Les taux finissent par baisser.
05:36Ce qu'on a en ce moment, c'est plutôt un tassement.
05:39Je suis d'accord avec vous, une consolidation, une stabilisation,
05:41parce que Scott Besant, le ministre des Finances américain, est intervenu,
05:45parce que la Fed n'a pas monté les taux,
05:47parce que les données américaines ont été un petit peu plus accommodantes de ce point de vue-là.
05:52C'est un coup de chance presque, si vous me passez l'expression.
05:54Ce n'est pas du tout le fait d'un gouvernement ou d'une action européenne.
05:58Donc pour le moment, une petite accalmie.
06:00Ce qui m'inquiète, c'est que si on a au contraire un cocktail,
06:03un réalignement à nouveau de facteurs défavorables avec des taux qui montent partout dans le monde,
06:07et qu'en plus vous avez des Américains, des Japonais ou autres
06:10qui ne vendent pas de la dette française,
06:12mais qui ont d'autres opportunités plus sûres, dans leur perception en tout cas ailleurs,
06:17ça risque d'être un problème pour la France à un moment,
06:19parce que le coût de la dette, ça ne vous apprendra rien,
06:22ne fait qu'augmenter.
06:23La charge de la dette, elle, commence à vraiment devenir un vrai problème sur le budget français.
06:26Et pendant ce temps, Mario Draghi plaide toujours pour plus d'intégration européenne.
06:29Il vient créer son think tank, figurez-vous, pour faire avancer ses propositions.
06:32Peut-être une façon de moins dépendre aussi de la Commission européenne,
06:35dont les mises en œuvre sont jugées peut-être trop lentes.
06:36Retrouver une liberté de ton et des préconisations peut-être encore plus engagées.
06:39Ce think tank qui va réunir 55 experts.
06:42Voilà ce qu'on a appris.
06:42Donc Mario Draghi lance son think tank.
06:44Merci beaucoup à Frédéric Ducrozet,
06:46qui nous a accompagné depuis les bureaux de Pictet West Management.