00:01Parole de patron
00:067h17 sur BFM Business et sur RMC Live, Canal 25, notre invité dans Parole de Patron, Arnaud Noury.
00:12Bonjour !
00:13Bonjour, merci de m'accueillir.
00:14Et bienvenue à vous, confondateur, PDG de Les Nouveaux Éditeurs.
00:18Votre groupe a été créé il y a deux ans, compte neuf millions d'éditions,
00:21et vous vous apprêtez à sortir 150 livres cette année.
00:24Qu'est-ce qui fait le succès de ce modèle ?
00:26Alors, Les Nouveaux Éditeurs, c'est une famille d'éditeurs.
00:32Nous avons neuf maisons qui vont de la littérature au manga, à la bande dessinée,
00:37en passant par la jeunesse, les savoirs, les beaux livres.
00:40On couvre à peu près tous les segments de l'édition, ça c'est déjà quelque chose de très spécifique.
00:45C'est une famille d'éditeurs, c'est une famille indépendante.
00:48Nous n'avons de lien capitalistique avec aucun groupe,
00:51aucune puissance extérieure dans le monde de l'édition.
00:54Les salariés sont actionnaires ?
00:55Alors, les fondateurs des maisons, ça c'est le côté disruptif,
00:59les fondateurs des maisons d'édition, donc de ces neuf maisons,
01:01ils sont parfois deux à la tête d'une maison,
01:04ils sont tous actionnaires de manière assez, pas symbolique, importante.
01:10Donc ça c'est très nouveau.
01:11C'est une famille d'édition, de groupe d'édition agile.
01:16Les cellules éditoriales, c'est deux, trois personnes, quatre parfois,
01:18et cette famille partage une équipe commune, ça aussi c'est tout à fait original.
01:24C'est une famille engagée, engagée pour la liberté d'édition,
01:28qui est secouée un peu, on l'a vu ces derniers mois, ici ou là.
01:32Et donc une famille disruptive, on a le côté actionnariat des fondateurs,
01:37mais aussi nous avons des contrats pour les auteurs qui sont bien plus favorables
01:40que ceux de la profession en général.
01:43Alors à cette entrée littéraire, quels sont les livres que vous souhaitez mettre en avant ?
01:46Je suis venu faire un peu de réclame, regardez, je ne vous demande pas l'autorisation,
01:50mais je recommande à tous vos auditeurs ce livre qui s'appelle Economica,
01:53Economica, c'est une relecture de la place des femmes dans l'économie depuis l'origine des temps.
01:59Je l'ai démarré il y a quelques jours, c'est absolument formidable.
02:04Moi j'ai trois coups de queue, évidemment, dans les maisons de mon groupe.
02:07Décolorer sa fille, d'une autrice qui s'appelle Lucie Bérard, aux Intranquilles.
02:12Ceux qui nous frappent, d'Anaïs Lobay aux Léonides.
02:16Et puis les agités de Kamizaka à la tribu.
02:20Alors, sur les 150 livres.
02:22Je présente mes excuses.
02:24Pour tous les autres, effectivement, j'imagine.
02:26Nous avons neuf romans de rentrée littéraire, et donc je parlais que de trois livres, ce n'est pas beaucoup.
02:32Je disais 150 livres que vous allez éditer cette année.
02:34Vous espérez combien de prix littéraire ?
02:35On sait qu'il y a les candidats au Goncourt qui vont être connus dans la semaine.
02:39Oui, on est tout jeunes dans cette profession.
02:44Si nos livres rentrent dans des listes de prix, on sera très très heureux, c'est déjà le cas.
02:50Vous savez, on a eu quand même déjà cinq prix littéraires prestigieux.
02:54Le prix L, le prix de l'Obs, le prix France Télévisions, le prix RTL Lire.
02:58Pour une entreprise aussi récente, c'est une reconnaissance magnifique.
03:02On n'a pas d'ambition d'avoir un grand prix littéraire cette année, peut-être dans quelques années.
03:07Mais là, ça serait bien prétentieux.
03:08Avec des très belles ventes pour l'affaire de la rue Transnonna, Jérôme Chantereau.
03:1230 000 ventes.
03:14Quand serez-vous à l'équilibre ?
03:15On vise 2028.
03:17Ce n'est pas une chance exacte.
03:19D'autant plus que le marché de l'édition, c'est un marché très saisonnier,
03:22où les dernières semaines de l'année pèsent lourd.
03:25Donc, 2028, ça serait une belle réussite.
03:28Parce que créer un petit groupe d'édition et le rentabiliser en quatre ans,
03:33là aussi, c'est assez original.
03:35En cette rentrée, il y a un peu moins de romans qu'en 2025.
03:38Vous avez une explication ?
03:40Aucune.
03:41Aucune.
03:42La baisse est là.
03:43Je crois qu'elle a déjà eu lieu les années précédentes.
03:47On parle de peut-être 450 au lieu de 458.
03:50Je ne suis pas certain que ça change profondément l'analyse.
03:53Vous savez, on a l'habitude de critiquer la rentrée littéraire.
03:56Mais le livre, c'est la première industrie culturelle en France.
03:59Et cette rentrée littéraire, qui est originale,
04:01puisque ça n'existe dans aucun autre pays, à ma connaissance,
04:04c'est un temps fort en termes de présence du livre,
04:07en termes de communication autour du livre.
04:09Il y en a dans les magazines, il y en a chez vous,
04:12il y en a un peu partout.
04:13C'est formidable qu'il y ait cette occasion de parler du livre.
04:16Est-ce qu'il y a trop de romans publiés ?
04:18Je laisse aux éditeurs le soin de décider d'en publier moins
04:21si ça donne plus de chance à ceux qui sont sur les tables des libraires.
04:25Ce n'est pas vous qui allez nous dire en tout cas le contraire.
04:27Vous le disiez, c'est assez audacieux de créer comme ça
04:28une nouvelle maison d'édition.
04:31Surtout que cette rentrée est placée sous le signe de la crise de la lecture.
04:34Les gens lisent moins.
04:35On a vu aussi que Jiber et le Furet du Nord ont été placés en redressement judiciaire.
04:39Est-ce que vous, vous restez optimiste pour l'avenir du livre ?
04:43– Mais alors totalement.
04:46Parfois j'ai l'impression d'être un des derniers.
04:48C'est peut-être parce que ça fait longtemps que je suis dans ce métier
04:50et que des crises, j'en ai vu passer d'autres.
04:52On nous dit par exemple que 2027 va être épouvantable
04:55parce que c'est une année d'élections présidentielles.
04:58On a regardé sérieusement, avec le recours à des outils d'intelligence artificielle,
05:03sur les quatre dernières élections présidentielles,
05:05le marché du livre n'a pas baissé.
05:07On voit des tout petits phénomènes, plus d'essais politiques, moins de littérature,
05:10mais il n'y a pas cet impact.
05:12Vous savez, encore une fois, c'est la première industrie culturelle.
05:15Les gens lisent un peu moins, c'est sûr.
05:17– Les gens lisent moins.
05:18Il y a quand même la concurrence des écrans, de l'intelligence artificielle.
05:20– Le vieillissement de la population nous amène des gens qui ont plus de temps pour lire.
05:22Donc vous voyez, il y a d'autres phénomènes dont on ne parle jamais
05:25et qui sont positifs pour nous.
05:27Il y a encore quelques années, la croissance démographique en France
05:29nous amenait plus de lecteurs.
05:31Il n'y a pas d'effondrement, on ne le voit pas non plus dans les autres pays.
05:36– Et les gens le lisent sur les tablettes et moins le livre ?
05:39– Non, les gens ne lisent pas beaucoup sur les tablettes, très peu.
05:42Ça représente, dans mon métier qui est en dehors de l'édition professionnelle
05:46pour les avocats et les médecins, c'est 3% peut-être et ça bouge peu.
05:51Les gens écoutent de plus en plus les livres.
05:53Ça c'est intéressant parce que c'est un vecteur de croissance, le livre audio.
05:57Je crois que beaucoup de gens, dans l'analyse qu'ils font du marché du livre,
06:00oublient que le marché aujourd'hui est toujours au-dessus du point haut
06:05qu'était 2018-2019.
06:08Alors c'est vrai que depuis 21, ça baisse parce qu'il y a eu un rebond incroyable
06:12au moment du Covid, des confinements.
06:14C'est la même chose d'ailleurs dans les jeux de société.
06:16Mais le marché du livre ne se porte pas si mal.
06:18Vous faites allusion à des faillites ou des grandes difficultés financières
06:21de quelques chaînes de librairies.
06:25– Il faut décorrer les deux de l'édition.
06:26– Je le regrette parce que c'est des clients importants,
06:30c'est souvent, je pense à Sorampes, à Montpellier,
06:32des points de vente éminents à l'échelle nationale même.
06:35Et je crois simplement que c'est des difficultés qui leur sont propres,
06:38qui les amènent à cette impasse financière.
06:41Ce n'est pas le marché du livre.
06:42Il y a 3 000 livres à l'avis en France et elles se portent bien pour la plupart,
06:45même si c'est difficile.
06:47– Le monde de l'édition, comment aborde-t-il l'essor de l'IA,
06:50de l'intelligence artificielle par exemple ?
06:52Est-ce que vous savez forcément que les manuscrits que vous recevez,
06:55ne sont pas rédigés par l'intelligence artificielle ?
06:57Est-ce que vous avez moyen de le détecter ça ?
06:59– Alors le détecter à l'échelle d'un groupe comme le nôtre petit,
07:03c'est à peu près impossible.
07:05Ce qu'il faudrait qu'on consacre des ressources colossales
07:08pour suivre les progrès de l'IA.
07:11Et donc on ne le fait pas, même si on y a pensé il y a quelques mois.
07:15On demande contractuellement à nos auteurs
07:17de s'engager à ne pas fournir de textes qui soient créés par l'IA.
07:22Ça ne veut pas dire qu'ils n'ont pas le droit d'utiliser l'IA
07:23pour des travaux de recherche ou des choses ponctuelles.
07:25Mais donc on leur demande de s'engager.
07:29Peut-être un jour d'ailleurs il y aura un label,
07:31pas fait par l'IA, pourquoi pas ?
07:33Je crois qu'en Corée ce genre de choses existe.
07:36Il y a deux domaines différents dans l'interface,
07:40l'interaction entre l'édition et l'IA.
07:42Il y a la création.
07:43Moi je ne crois pas que les lecteurs aient une quelconque envie
07:47de se précipiter vers des textes qui sont créés par des machines.
07:50Je ne crois pas que l'intelligence artificielle soit capable de comprendre le monde aujourd'hui.
07:56Et donc quand on ne comprend pas le monde,
07:58on n'avance pas, on ne crée pas de choses fondamentalement différentes.
08:01Donc je ne pense pas que dans le domaine de la création,
08:03on soit face à une menace.
08:05A l'inverse, comme toute entreprise,
08:07on est devant des opportunités de productivité,
08:11de choses passionnantes,
08:13grâce à l'IA dans les tirages,
08:16la mise en place,
08:18la partie qu'on appelle peu élégalement
08:20le back-office dans nos maisons d'édition.
08:21Dernière question, comment vous avez vécu la crise chez Grasset,
08:24la reprise par Bolloré ?
08:25Je n'ai aucun commentaire à faire sur cette situation.
08:29J'ai été 18 ans le patron d'Achette,
08:31donc j'ai été le patron de Grasset.
08:32Olivier Noras était un ami.
08:34Je ne fais aucun commentaire sur
08:37ce qui s'est passé chez Grasset.
08:38Et du reste, je suis engagé contractuellement.
08:40Vous avez récupéré des auteurs ?
08:42Je ne peux pas le faire.
08:43On n'exclut pas d'en récupérer des auteurs.
08:45J'ai lu qu'Olivier voulait publier 30 à 50 titres par an.
08:48C'est la moitié de ce que faisait Grasset.
08:50Donc il y a des auteurs qui se chercheront une autre maison.
08:53Mais encore une fois,
08:53je souhaite les meilleures chances à Olivier,
08:57qui est un ami.
08:58Merci à vous, Arnaud Noury,
09:00d'avoir été avec nous sur le plateau de BFM Business
09:02ce matin, cofondateur PDG de Les Nouveaux Éditeurs.
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