00:00Good morning business, parole de patron.
00:05Adrien Courret, bonjour.
00:06Bonjour Brigitte Poché.
00:07Vous êtes directeur général d'AEMA Group qui réunit Massif, Aesio Mutuel et Abeille Assurance.
00:11Combien de vos clients ont été impactés par les incendies et les méga-feux de cet été ?
00:15A peu près 3000. On a eu 3000 déclarations de sinistre.
00:183000 sur combien ?
00:193000 sur 12 millions de personnes assurées.
00:21Mais vous savez, la réalité pour ces personnes, c'est ce qu'elles ont vécu.
00:24Et on a vécu des situations dramatiques, des maisons qui ont été brûlées, des évacuations.
00:29Là, c'est plutôt près de 10 000 personnes qui ont été concernées.
00:33Et maintenant, c'est le temps de l'accompagnement, c'est le temps de la reconstruction.
00:36Et on a eu un été, au niveau du groupe AEMA et des assureurs,
00:39qui a été un été de grande mobilisation.
00:41La reconstruction, elle va maintenant prendre du temps.
00:44Alors, vous en êtes où justement des indemnisations ?
00:46Combien de demandes vous avez reçues ?
00:48Parce qu'on accuse évidemment la lenteur des assureurs.
00:51Alors, sur ce type d'événement, vous avez une concentration de demandes.
00:53On a aujourd'hui à peu près trois quarts des expertises qui ont été réalisées.
00:56On a un suivi très fin qui se fait avec les autorités locales.
01:00Sur ce type d'événement exceptionnel, on mobilise des moyens très forts.
01:03Par exemple, la Massif a appelé l'ensemble de ses sociétaires de la région
01:06pour vérifier s'ils allaient bien.
01:08Aïsio Mutuel mobilise des fonds d'action sociale sur la question de ses cotisations.
01:14Ça prend du temps, c'est normal.
01:16Et maintenant, on est dans l'accompagnement.
01:17Ok. Est-ce que les experts vont se déplacer à chaque fois sur place ?
01:20Ah oui, bien sûr. Il y a des binômes entre les salariés de notre groupe
01:24et puis les experts qui sont présents.
01:26On mobilise le maximum de nos équipes pour répondre au sujet.
01:29Et puis, vous savez également qu'on a participé au relogement
01:32des personnes qui ont été touchées.
01:34C'est vraiment pour nous un événement nouveau exceptionnel.
01:36On n'a jamais connu ça sur ces 20 dernières années.
01:39Jusqu'à quand les assurés ont-ils pour faire leur déclaration de sinistre ?
01:42Parce que généralement, c'est quelques jours, mais là, ça a été prolongé.
01:44Alors, on a pris un choix en tant que secteur, dès l'événement exceptionnel,
01:49de prolonger les délais de déclaration de sinistre.
01:51Il y a jusqu'à la fin du mois pour le faire.
01:53Il reste vraiment quelques jours, là.
01:55Oui, mais je pense que l'essentiel a été fait.
01:57On parle d'un événement qui a eu lieu il y a maintenant un peu plus d'un mois.
02:00Un arrêté a été publié le 31 juillet pour permettre aux assureuses
02:03de verser jusqu'à 80% d'acomptes sur leurs indemnités
02:06aux agriculteurs qui sont assurés et affectés par la canicule.
02:11Pour eux, c'est une question de jour.
02:12Ils vont bientôt être indemnisés ?
02:13Alors oui, mais il faut savoir que sur ce type d'événement,
02:16nous, assureurs, et nous, au niveau du groupe AEMA,
02:18nous apportons tout un tas de souplesse.
02:19Il y a évidemment le contrat, mais on est conscient
02:22que nos sociétaires, adhérents et clients,
02:24vivent des situations très dramatiques.
02:26Donc, on apporte des éléments de souplesse sur ces sujets-là.
02:29Et la question des accomptes, ce n'est pas forcément
02:30que pour les agriculteurs, ça peut être également
02:32pour les familles qui ont été touchées.
02:34Il y a beaucoup de déconvenus d'assurés
02:36qui, tout d'un coup, réalisent que dans leur contrat,
02:40ils ne sont pas couverts ?
02:41Alors, pas pour ce qui concerne les assureurs
02:43de notre groupe, et d'une façon générale,
02:45au niveau du secteur, dans des moments aussi dramatiques,
02:49on parle de maisons qui ont été totalement disparues,
02:51on a généralement une lecture un peu plus souple
02:54de nos contrats et d'accompagnement.
02:55Sachant qu'il faut que vous sachiez,
02:57sur ce type d'événement, il y a souvent des cellules
03:00de liens entre les personnes qui ont été touchées,
03:03les pouvoirs publics, et donc toutes les situations
03:05sont considérées individuellement de façon extrêmement précise.
03:09Quand la maison a brûlé, par exemple,
03:11vous proposez une indemnité de quel ordre ?
03:14Est-ce que c'est suffisant pour racheter une maison ?
03:16Pour reconstruire une maison ?
03:19On a une logique d'indemnisation à l'identique
03:22de la valeur de la maison qui a été détruite.
03:25Donc, véritablement, l'assurance ici,
03:26elle intervient dans la globalité,
03:28un modulo, la question des franchises.
03:30Il faut que vous sachiez qu'en France,
03:33la protection, la reconstruction, l'indemnisation
03:35fait partie de la plus couvrante d'Europe.
03:38Donc, véritablement, l'assureur, il intervient
03:40pour la reconstruction de la maison
03:41et sur la valeur qui était la valeur de la maison
03:43au moment où elle a été détruite.
03:45Comment vous évaluez les risques ?
03:46Est-ce que vous avez revu votre échelle de risque
03:48avec le dérèglement climatique ?
03:50Alors, on le fait depuis longtemps.
03:52Le changement climatique, c'est une réalité
03:54pour le secteur de l'assurance depuis une dizaine d'années.
03:56Ce que nous indemnisons sur le climatique
03:58a doublé en 10 ans et va continuer à doubler.
04:02Donc, oui, on l'évalue, et notamment,
04:03ce sont les évolutions tarifaires.
04:05Nos remboursements augmentent,
04:07donc nos tarifs augmentent.
04:09Tout ça dans une mutualisation,
04:10c'est-à-dire que les territoires qui sont touchés
04:12peuvent être indemnisés grâce à des territoires
04:15qui ne sont pas touchés par certains types d'événements.
04:17C'est-à-dire qu'il y a une sorte de péréquation ?
04:18On appelle ça la mutualisation.
04:20Alors, la grande difficulté qu'on a aujourd'hui,
04:21là, vous parlez beaucoup des incendies,
04:23mais l'été a été très particulier.
04:25On vient de le vivre encore cette nuit,
04:26puisque les incendies ont coûté.
04:28Mais on a également des grêles
04:30qui ont été également l'événement le plus coûteux
04:32sur l'été, la sécheresse.
04:34De violences d'orage ?
04:35Aujourd'hui, pour notre groupe,
04:37on évalue l'impact à une centaine de millions d'euros
04:39sur l'ensemble des événements climatiques qui ont eu lieu.
04:42Reste à évaluer la sécheresse,
04:44qui sera probablement extrêmement coûteuse à l'avenir.
04:46Est-ce qu'il y a certains endroits
04:48que vous refusez d'assurer,
04:49tout simplement parce que vous estimez
04:51qu'il y a des risques qui sont trop importants ?
04:53Alors, hormis des situations très particulières,
04:55comme par exemple des maisons qui sont dans le lit d'une rivière
04:58ou des maisons qui sont sur du trait de côte
05:00qui est en train de s'effondrer,
05:02nous ne pratiquons pas une sélection agressive du risque.
05:06C'est une question qu'il faudra se poser à l'avenir
05:08au niveau du secteur,
05:09parce que le risque climatique est en train de bouger très fort.
05:11Une façon de l'empêcher,
05:13ce serait de développer une politique de prévention,
05:15d'adaptation du territoire beaucoup plus forte,
05:18parce qu'on connaît aujourd'hui les zones du territoire
05:20qui sont exposées à la submersion marine,
05:22à des inondations, aux incendies.
05:24Et donc là, il faut mettre en place des mesures de prévention,
05:26de sécurisation,
05:28qui n'existent pas toujours au niveau local.
05:29Et ça nécessite de travailler ensemble, d'anticiper.
05:32On n'est pas très forts aujourd'hui sur le sujet.
05:35Ça peut être un bon élément de débat présidentiel, par exemple.
05:40Avec le dérèglement climatique, vous le disiez,
05:42ça va coûter plus cher.
05:44Ça correspond à combien en plus pour un contrat d'assurance,
05:48pour un particulier, par exemple ?
05:49Je vous disais,
05:51on a doublé l'indemnisation de notre sinistralité climatique en 10 ans.
05:58Elle va encore doubler à l'avenir.
05:59On a eu le renforcement d'une surprime sur le régime catenade de 12 à 20%.
06:04Ça a représenté sur les contrats à peu près une vingtaine d'euros par an.
06:09Il faut s'imaginer que ça va augmenter graduellement.
06:11Mais ce sur quoi je voudrais insister,
06:13c'est que cette assurance, elle est très peu chère,
06:15quand en face, vous avez la promesse de pouvoir reconstruire votre maison.
06:18C'est un filet de sécurité qui est absolument fondamental pour les Français.
06:22Vous le disiez au début,
06:233 000 personnes qui vont être indemnisées sur 12 millions.
06:27On sait que les canicules en Europe ont causé 43 milliards d'euros de pertes économiques.
06:30Ce sera plus aussi en 2026.
06:32Ça, c'était le chiffre de 25.
06:34Et pourtant, les insureurs n'ont indemnisé qu'à hauteur de 500 millions.
06:37Est-ce que vous mettez trop de clauses ?
06:38Est-ce que la couverture proposée est insuffisante ?
06:41On a l'impression qu'il y a quand même des angles morts dans les contrats.
06:43Alors, vous donnez un chiffre au niveau européen.
06:45Il y a une réalité assurantielle en Europe,
06:47qui est que les taux de couverture ne sont pas les mêmes.
06:49Et la France fait partie des pays où les taux de couverture sont les plus élevés,
06:52parce que les Français déjà s'assurent.
06:54Pourquoi dans certains pays, il y a moins de...
06:56C'est parce que dans certains pays, les gens ne s'assurent pas.
06:59Donc les Français sont bien assurés.
07:00On a une mutualisation du risque,
07:02c'est-à-dire une solidarité entre les territoires qui est extrêmement forte.
07:06Et la France est aujourd'hui un peu le champion du monde
07:08de la couverture assurantielle publique et privée.
07:10Et puis il y a le régime des catastrophes naturelles,
07:12qui n'intervient pas sur les incendies,
07:14mais qui apporte une couverture très forte.
07:16Donc on a un modèle de protection français qui est très bon.
07:18Il faut s'assurer qu'on puisse le maintenir dans le temps,
07:21notamment en prenant ces mesures de prévention,
07:24d'aménagement du territoire que j'évoquais juste avant.
07:27Côté médical, le plafond des franchises sera relevé de 100 à 140 euros.
07:32L'État va aussi se désengager de nouveaux frais dentaires,
07:34de transports sanitaires, de médicaments à services médicaux rendus
07:38considérés comme faibles ou modérés.
07:39Ça, ce sera à compter du 1er janvier 2027.
07:42Est-ce que vous, vous allez couvrir ces nouveaux transferts de charges ?
07:46Ou est-ce qu'en fait, c'est la mutuelle qui va augmenter pour les assurer ?
07:51Alors, ces transferts de charges,
07:52ce sont les transferts de la sécurité sociale vers les mutuelles.
07:54Donc c'est des charges que nous allons prendre en compte.
07:56Est-ce que vous allez répercuter ça sur les contrats ?
07:58Oui, très probablement.
08:00Parce qu'en réalité, aujourd'hui...
08:00Dans quelle proportion ?
08:02Écoutez, on verra, on est en train de faire les calculs,
08:04mais ce que je veux dire par là, c'est qu'aujourd'hui,
08:06les mutuelles santé, elles sont à marge nulle.
08:07Donc si on nous transfère des coûts, il faudra qu'on les répercute.
08:10Moi, ce que je regrette là-dedans, c'est la méthode.
08:12Comme chaque année, ce sont des décisions descendantes
08:16de la part des pouvoirs publics.
08:17Et finalement, que ce soit la Sécu qui paye,
08:19ou les mutuelles qui payent,
08:21ce sont les Français qui payent au bout.
08:23Le vrai sujet, il n'est pas adressé.
08:24C'est quoi ?
08:24C'est l'augmentation des dépenses de santé,
08:26parce que les Français sont de moins en moins en bonne santé.
08:30Là, on est en train de discuter de mesures budgétaires,
08:32alors qu'il faudrait parler d'une politique de santé publique
08:34sur les maladies chroniques,
08:38sur un certain nombre de sujets qui, aujourd'hui,
08:39ne sont pas adressés.
08:41Et ça, ça fait des années, on le regrette.
08:43Par ailleurs, on est sur des décisions des pouvoirs publics
08:46qui sont des décisions annuelles, des décisions budgétaires.
08:48Il faudrait faire une programmation pluriannuelle sur ce sujet.
08:51On est bien capables de le faire pour la défense.
08:53Il faut le faire sur la santé des Français.
08:56Merci, Adrien Couré, d'avoir été notre invité ce matin.
08:59Directeur général d'AEMA Group,
09:01qui réunit Massif, Asio Mutuel et Abeille Assurance.