00:00Good morning business, parole de patron.
00:04Pierre-Jean Leduc, bonjour.
00:06Bonjour.
00:06Vous êtes président de DMJ Group, président de Polivia,
00:09syndicat national des industriels de la plasturgie et des composites
00:12avec plus de 1400 entreprises adhérentes.
00:15Vous êtes vous-même spécialisé dans les solutions plastiques
00:17et composites de haute performance pour l'aéronautique, la défense,
00:20le spatial, l'automobile, le médical ou l'énergie.
00:22Et vous allez dévoiler demain votre livre blanc
00:26intitulé Le choix de la souveraineté.
00:28Ce sera à l'occasion de la REF.
00:30Est-ce que vous pouvez nous livrer les idées-forces ?
00:33Oui, alors évidemment, on est dans une période électorale
00:37et donc les livres blancs vont arriver avec profusion.
00:43Donc on a nous au niveau de la filière plasturgie,
00:45que vous avez très bien décrite,
00:46donc une filière stratégique,
00:48c'est la quatrième filière industrielle française
00:51avec 1400 adhérents à Polivia,
00:53mais à peu près 3000 entreprises en France
00:55pour un chiffre d'affaires d'à peu près 80 milliards
00:58et plus de 230 000 salariés.
01:02Donc en fait, c'est très très important.
01:04Et donc la souveraineté est au cœur
01:09justement des idées-forces qui sont sorties de ce livre blanc
01:14qui a été un travail collectif au travers de toutes nos entreprises
01:18adhérentes à Polivia et DMJ est quelque part
01:22un des représentants de cette filière
01:25puisque nous, acteurs de la plasturgie,
01:28on travaille énormément pour l'aéronautique,
01:30pour le spatial et la défense.
01:32Et donc les plastiques, c'est pas uniquement l'emballage
01:35tel qu'on l'en...
01:36Et donc en fait, on peut se dire
01:37« Oui, bon, l'emballage, c'est pas stratégique. »
01:40Mais si, aujourd'hui,
01:41même des activités qui peuvent être assez classiques,
01:46assez banales,
01:47sont aujourd'hui des éléments très importants.
01:50Je m'explique pourquoi.
01:51Si vous prenez l'emballage qui pèse
01:52à peu près 40% de l'activité des plasturgistes,
01:55donc qui n'est pas du tout l'activité de DMJ,
01:58eh bien aujourd'hui, on est dépendant
02:00de fournisseurs qui se trouvent au Moyen-Orient.
02:02Donc à partir du moment où on a arrêté
02:06de pouvoir produire ces matières plastiques en Europe,
02:10eh bien demain, peut-être que nos emballages,
02:13alors qu'ils sont pour certains très importants
02:15dans le médical, mais aussi dans l'alimentaire,
02:17pour préserver, je dirais, tous les légumes,
02:24on peut perdre, en fait, toutes ces matières-là
02:28et en fait, devenir de plus en plus dépendant des autres.
02:31Et donc, la souveraineté...
02:32Donc on comprend bien que c'est un enjeu de souveraineté.
02:34C'est un enjeu de souveraineté,
02:35mais c'est aussi un enjeu économique derrière ça.
02:37Alors comment on la préserve, justement, cette souveraineté ?
02:39Eh bien, on la préserve tout simplement
02:41en protégeant nos activités en Europe,
02:46puisqu'en fait, le but, c'est pas de dire
02:47on va rentrer en autarcie
02:48et la France toute seule et le reste du monde.
02:51Non, c'est de dire, il y a certains secteurs
02:54qui sont stratégiques, il faut les protéger
02:57et nous, acteurs, c'est-à-dire transformateurs,
03:00on n'est pas les chimistes, on n'est pas les producteurs de résine.
03:02Mais nos fournisseurs, qui peuvent être des gros chimistes
03:05comme Arkema, par exemple, qui est un peu le fleuron français,
03:09si Arkema ne produit plus de matière plastique en Europe,
03:13ça voudra dire qu'on sera dépendant soit des États-Unis,
03:15soit de l'Asie, soit du Moyen-Orient.
03:17Et ça, c'est pas acceptable dans le contexte économique actuel.
03:20Donc, ce qu'on dit, nous, c'est qu'il faut réussir
03:24à préserver en Europe
03:26toutes ces activités qui sont stratégiques,
03:28c'est-à-dire la production de matière plastique,
03:30la transformation de matière plastique,
03:32et évidemment, le consommateur, à la fin,
03:34c'est lui qui est le décideur,
03:36c'est lui qui achète.
03:37Mais il faut que toute cette filière-là,
03:39aujourd'hui, on ait conscience que
03:41les matières plastiques, ça intervient
03:43dans des éléments qui sont
03:46assez classiques, c'est-à-dire
03:47la vie de tous les jours,
03:49mais aussi dans la construction des avions.
03:51Nous, on fait énormément de pièces,
03:52on est le leader mondial sur les pièces
03:54d'intérieur cabine d'avions.
03:55Quand vous prenez l'avion,
03:56vous avez tout un tas de pièces
03:57qui sont aujourd'hui en matière plastique
04:00et en composite.
04:01Si c'est matière plastique,
04:02on est dépendant des États-Unis
04:04ou on est dépendant de l'Asie,
04:08moins du Moyen-Orient,
04:09puisque le Moyen-Orient,
04:10c'est plus autour des commodités,
04:12donc des matières plastiques,
04:13on va dire, plus tournées vers l'emballage.
04:15Au passage, depuis les problèmes
04:18du Détroit d'Ormouz,
04:19ces matières plastiques ont pris
04:21plus de 30%, 30 à 40%.
04:23Ça veut dire que nous, consommateurs,
04:25on peut le voir,
04:28si on arrive, nous, transformateurs,
04:29à impacter dans nos prix de production,
04:32ce qui est un peu le combat actuel
04:33de tous les transformateurs,
04:34c'est de réussir à impacter
04:37nos prix de vente de ces hausses
04:39qui viennent actuellement
04:41des problèmes du Détroit d'Ormouz.
04:42Quand vous dites qu'il faut protéger
04:43le secteur, ça veut dire
04:45qu'il faut aussi que ce secteur-là
04:46il se développe,
04:47il fasse de l'AR&D,
04:48et puis qu'il soit compétitif ?
04:50Tout à fait.
04:51Alors ça, ça fait partie,
04:52on va dire, des grands atouts
04:53de la France,
04:54puisqu'en fait, la France
04:55est un des pays leaders mondiaux
04:57dans le domaine de la plasturgie
04:58et des composites.
04:59À ce titre, on a un salon
05:00tous les ans
05:02qui est le salon mondial
05:04des composites en France.
05:06Donc, on est vraiment
05:08un pays référent
05:09dans le domaine des composites.
05:10On est un des pays historiques
05:11au niveau des matières plastiques,
05:13de la transformation,
05:14de la fabrication
05:15des matières plastiques.
05:16Donc, tout ça,
05:17il faut qu'on le garde.
05:17Donc, nous, au niveau de Bolivia,
05:18on a notre centre technique.
05:20On a notre centre technique.
05:2154% du marché français
05:23des produits plastiques
05:23en 2025 est importé.
05:25Tout à fait.
05:26Donc, ça veut dire
05:27qu'il y a quand même
05:27une dépendance déjà qui existe.
05:29Il y a une dépendance
05:30et c'est là où aujourd'hui,
05:31ça permet de prendre conscience
05:32qu'il y a cette dépendance.
05:34Et derrière cette dépendance,
05:35il y a un enjeu qui est majeur,
05:36c'est celui du recyclage.
05:38C'est-à-dire que
05:39si on veut éviter d'importer,
05:42et bien on a quand même
05:44un grand levier
05:45qui est celui de la recyclabilité
05:48puisque la plupart
05:49des matières plastiques
05:50sont recyclables
05:51et notamment dans le domaine
05:52de l'emballage.
05:53Vous avez tous vu
05:53que les bouteilles plastiques
05:54aujourd'hui sont de plus en plus faites
05:55à partir d'une résine
05:57qui s'appelle le PET
05:57qui est, lui, recyclable.
06:00Et donc, si on veut
06:01moins importer
06:02ou si on veut moins être dépendant...
06:04Il faut plus recycler.
06:05Il y a un règlement européen
06:06sur les emballages
06:07et leurs déchets
06:08qui est entré en vigueur
06:09le 12 août
06:09et qui affiche justement
06:11des objectifs
06:11de réduction.
06:13Ça, ça va dans le bon sens ?
06:14Ça va dans le bon sens.
06:15Et là, la France,
06:16on prend du retard
06:17parce que quelque part,
06:19aujourd'hui,
06:20on a...
06:21Le paradoxe,
06:22c'est qu'on a une filière
06:24qui aujourd'hui
06:25doit transformer
06:26de plus en plus
06:27de matières plastiques recyclées
06:28et en même temps,
06:29les recycleurs
06:30ont de plus en plus
06:31de problèmes
06:32parce que les unités
06:34se vendent
06:35puisque le prix
06:35des matières plastiques recyclées
06:36est plus cher
06:37que le prix
06:38des matières plastiques vierges
06:39pour certaines matières,
06:40les commodités,
06:41celles qui sont utilisées
06:42dans les emballages.
06:43Et donc,
06:43à ce titre-là,
06:44aujourd'hui,
06:45les clients,
06:46nos clients à nous,
06:47préfèrent qu'on utilise
06:48des matières plastiques vierges
06:50qui sont moins chères
06:50plutôt que des matières
06:51plastiques recyclées.
06:52D'où la nécessité
06:54de forcer
06:56un pourcentage
06:57de matières plastiques
06:58recyclées
06:58dans les produits.
06:59Donc,
06:59on arrive à cette...
07:00Pour passer d'un taux
07:02de 26% actuel
07:03de matières plastiques
07:04recyclées
07:05au niveau des emballages
07:06pour passer à un seuil
07:07qui sera beaucoup plus important
07:08et d'arriver à 80-90%.
07:11Alors,
07:11aujourd'hui,
07:11on n'en est pas là.
07:12C'est pas moins cher en recyclé
07:13alors que le pétrole,
07:13justement,
07:15augmente
07:15et donc la matière plastique ?
07:17Oui,
07:18mais aujourd'hui,
07:20il y a encore
07:22sur certaines matières
07:23la possibilité
07:24de produire
07:25et c'est pour ça
07:26que je dis
07:26qu'on est dépendant
07:27parce que
07:27quand vous faites venir
07:28de la matière d'Asie
07:30quand vous faites venir
07:30de la matière
07:31du Moyen-Orient
07:32alors c'est un peu
07:32moins vrai aujourd'hui
07:33vous pouvez avoir accès
07:35à des gisements de matières
07:35qui ont des prix plus faibles
07:37que ceux qui sont produits
07:38en Europe.
07:39Mais on en est toujours
07:40à la même chose
07:41c'est que
07:42est-ce qu'aujourd'hui
07:43on veut rentrer
07:44dans cette stratégie
07:45de souveraineté
07:46ce qui était la thématique
07:47du moment
07:50donc prendre conscience
07:51que si on ne rentre pas
07:52dans ces axes-là
07:54c'est-à-dire
07:54de protéger
07:55nos transformateurs
07:56de protéger
07:57nos chimistes
07:59pour qu'ils puissent
08:00produire en Europe
08:01et protéger
08:01notre filière de recyclage
08:03en acceptant
08:04de temps en temps
08:04à payer plus cher
08:05parce que c'est
08:06de la matière plastique
08:07recyclée
08:07sur notre territoire
08:08et bien là
08:09on rentre vraiment
08:11dans une logique
08:11de souveraineté
08:12et c'est donc
08:13cette logique-là
08:14qui est importante
08:14parce que
08:15la plupart du temps
08:16et c'est là-dessus
08:17que je voudrais insister
08:18c'est que
08:18les matières plastiques
08:19qui arrivent
08:20en Europe
08:21qu'elles soient vierges
08:22ou qu'elles soient recyclées
08:24ne sont pas conformes
08:26aux critères
08:27européens
08:27de
08:29je dirais
08:29à la fois
08:30au niveau de la nocivité
08:31au niveau
08:32du contrôle des lots
08:33donc en fait
08:34utiliser des matières
08:35plastiques européennes
08:36c'est une garantie
08:38au niveau
08:40de l'aspect sanitaire
08:41par exemple
08:42c'est totalement garanti
08:43ce qui n'est pas du tout
08:44le cas des matières plastiques
08:45qui viennent d'Asie
08:45Dernière question
08:46puisque vous serez à l'AREF
08:47il y a une étude
08:47Opinion Web
08:48pour le MEDEF
08:49qui est sortie ce matin
08:49ils ont interrogé
08:5066 000 dirigeants
08:5182% sont inquiets
08:53la politique
08:54qui sera menée
08:54par le prochain président
08:5529% très pessimistes
08:57et 66% pensent
08:58que leur entreprise
08:59pourrait être fragilisée
09:00est-ce que vous faites partie
09:01de ces 66 000 dirigeants ?
09:03Alors à titre de Demj
09:03non parce que nous
09:04l'activité elle est très tournée
09:05autour de l'aéronautique
09:06le spatial
09:07la défense
09:07donc je ne suis pas
09:09vraiment inquiet
09:09par rapport à ce secteur-là
09:10partons si je prends
09:11le volet automobile
09:12par exemple
09:13qui est un des secteurs
09:15technologiste
09:16là on peut être
09:16vraiment inquiet
09:17quand on voit
09:17la déferlante
09:18d'électronique
09:20ou même
09:21de véhicules
09:22qui viennent d'Asie
09:23et qui vont vraiment
09:25impacter
09:25la filière automobile
09:26européenne
09:27Merci Pierre-Jean Leduc
09:28d'avoir été avec nous
09:29ce matin
09:30dans Good Morning Business
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