00:06Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro d'Objectif Performance.
00:11Nous recevons aujourd'hui Thomas Bertrand, vous présidez Cellnex France, le leader européen des infrastructures télécom.
00:18Bonjour Nelsen.
00:19Bonjour Thomas. Alors c'est un métier en pleine, pleine expansion j'imagine.
00:24Absolument, les infrastructures c'est le sujet du moment et la France est très active dans le domaine.
00:30Alors j'imagine qu'il y a eu une évolution absolument plus que spectaculaire ces dernières années
00:36et que souvent on dit que nous n'en sommes qu'au début c'est cette phrase, mais là j
00:40'ai l'impression que c'est le cas.
00:42Absolument, on est à l'aube d'un cycle de transformation complète de notre monde numérique avec l'intelligence artificielle
00:50qui va nécessiter plus d'infrastructures, donc c'est le sujet du moment.
00:54Alors j'ai une question toute simple, quel est le rôle de Cellnex dans notre quotidien, dans la vie quotidienne
00:59tous les jours ?
01:00Si vous voyez une colonne vertébrale, la colonne vertébrale ça soutient le corps humain,
01:05et bien en fait Cellnex, nous sommes les architectes de la colonne vertébrale du numérique,
01:11c'est-à-dire que cette colonne vertébrale elle porte toute la collectivité du monde numérique,
01:15ce sont les antennes relais mobiles, c'est la fibre optique, c'est le data center,
01:20et donc nous sommes les architectes de cette colonne vertébrale, nous la concevons, nous la construisons et nous l'opérons.
01:26Vous expliquez que la France a gagné, je vous cite, a gagné la bataille de la couverture mobile,
01:31mais qu'il y a encore des défis à assumer.
01:35Absolument, en fait en Europe on est au bout d'un cycle de sous-investissement dans les réseaux.
01:42De sous-investissement ?
01:43De sous-investissement dans les réseaux mobiles.
01:45La France a pris des mesures pour encourager les opérateurs à continuer d'investir dans plus de couverture
01:53et à rompre ce qu'on appelle la brèche digitale, c'est-à-dire les territoires non connectés.
01:57Et de ce point de vue-là, la France a fait un bon travail, à la fois sur la fibre
02:02optique et sur les antennes relais,
02:03pour couvrir les zones qui n'étaient pas couvertes.
02:05Est-ce qu'aujourd'hui l'ensemble du territoire est... enfin presque ?
02:10À part quelques zones très rurales, on va dire que tout le monde aujourd'hui,
02:1599% de la population française a accès à une connectivité mobile.
02:19On a notamment fait en France ce qu'on appelle le New Deal mobile,
02:22c'est-à-dire qu'en échange de prolonger les fréquences des opérateurs,
02:26on leur a donné des obligations de couverture sur les axes routiers et sur les zones rurales.
02:31Donc ça, ça a été d'un point de vue couverture très positif.
02:34Le problème, c'est qu'on n'a pas gagné la bataille de la capacité, c'est pour ça que
02:36je parle de sous-investissement.
02:37La capacité, c'est en fait la vitesse du débit que vous avez sur votre téléphone
02:42quand vous vous connectez pour regarder une vidéo, faire une conférence téléphonique ou regarder Internet.
02:49Aujourd'hui, il y a beaucoup d'endroits en France où on a un mauvais débit, une mauvaise latence
02:53et la qualité de service n'est pas suffisante pour répondre aux nouveaux usages.
02:57Et donc, il y a besoin d'un sursaut d'investissement en France, plus d'infrastructures mobiles.
03:04En plus, psychologiquement, je pense que vous serez d'accord avec moi,
03:07les gens à qui on ne répond pas tout de suite à ce qu'ils cherchent, ça les insupporte.
03:14Absolument.
03:14Aujourd'hui, on n'est plus habitué à se retrouver dans une situation
03:17où on veut, par exemple, regarder une adresse sur Google Maps.
03:21Par exemple.
03:22Et on voit que le réseau ne répond pas, tout simplement parce que ça m'est arrivé
03:25pas plus tard que la semaine dernière, j'étais à l'île d'Oléron où il y a beaucoup de
03:28tourisme.
03:28Oui.
03:28Et la surcharge de tourisme crée une pression sur le réseau mobile qui fait que les cellules
03:35saturent et ne peuvent plus accueillir de nouveaux usagers.
03:37Même pour vous.
03:38Et donc, voilà, même pour moi, je suis comme tout le monde.
03:40Et donc, je cherchais mon chemin puisque je ne connais pas du tout l'île d'Oléron
03:44et impossible d'avoir Google Maps dans la rue.
03:46J'aimais que la 3G parce que, tout simplement, les réseaux ne sont pas préparés pour des pics de trafic.
03:51Donc là, on est dans une zone touristique, c'est normal.
03:53Le littoral, c'est compliqué.
03:54Mais de manière générale, il y a beaucoup d'endroits en France, même dans les villes,
03:58les centres-villes, les centres urbains où la connectivité n'est pas suffisante,
04:01la qualité de service n'est pas suffisante pour les nouveaux usages.
04:04En fait, cette société s'appelle Cellnext, mais elle pourrait presque s'appeler Cellnext.
04:09Elle pourrait.
04:10Parce que Cellnext, évidemment, c'est un côté.
04:11Exactement.
04:12En fait, nous, notre modèle, c'est le long terme.
04:14C'est-à-dire que l'infrastructure, c'est de l'investissement sur le très long terme.
04:18Nous, nos contrats avec nos clients, c'est 20 à 30 ans.
04:20Parce que l'infrastructure de demain, elle se construit aujourd'hui.
04:23Alors, pardonnez-moi de vous un tour, mais vos clients, quels sont-ils ?
04:25Qui sont-ils ?
04:26Alors, nos clients sont les opérateurs.
04:28Les opérateurs mobiles, en premier lieu, puisqu'on opère beaucoup d'infrastructures mobiles.
04:32Mais aussi les opérateurs de connectivité fixe, puisqu'on a un réseau de fibres nationales
04:37qu'on commercialise comme un grossiste.
04:40Donc, on fournit cette fibre à disposition de tous ceux qui fournissent de la connectivité aux entreprises.
04:45Vous écoutez, c'est intéressant.
04:46Parce que vous alertez en même temps sur le risque de décrochage de l'Europe,
04:50je vous cite en matière, dans la course à l'intelligence artificielle.
04:54Décrochage au profit, j'imagine, USA, Chine.
04:57Exactement.
04:57Aujourd'hui, vous savez, le GSM était inventé en Europe.
05:00Pendant très longtemps, l'Europe était le pionnier de la téléphonie mobile.
05:03On s'est fait aujourd'hui largement dépasser par la Chine et les Etats-Unis,
05:06en termes de qualité de service, de densité des réseaux.
05:10Probablement parce que le marché est très fragmenté en Europe,
05:12et les opérateurs n'ont plus la capacité d'investissement.
05:14C'est pour ça qu'ils ont eu recours à des partenaires comme Cellnex.
05:17Puisque Cellnex, nous, on a un business model d'investissement sur le long terme.
05:21On a apporté 15 milliards d'euros d'investissement en France au service des opérateurs.
05:25Depuis combien de temps ?
05:25Depuis 2016.
05:27Au service des opérateurs mobiles,
05:28qui leur a permis justement d'investir dans cette couverture dont je parlais tout à l'heure.
05:32Donc, ils ont pu, grâce à ça, remplir leurs obligations de couverture et de 5G.
05:37Mais aujourd'hui, il faut continuer à investir.
05:40Il faut soutenir cet investissement si on ne veut pas dépositionner l'Europe
05:43par rapport à la Chine et aux Etats-Unis.
05:46Puisque les usages, aujourd'hui, de l'intelligence artificielle
05:49mettent de la pression supplémentaire et de la demande supplémentaire sur les réseaux mobiles
05:53qui nécessitent de rajouter des antennes relais.
05:56Mais quand vous dites, Thomas Bertrand, que 99, c'est ce que vous avez dit,
06:00il y a quelques minutes, 99% du territoire français à peu près est couvert.
06:04Donc, est-ce que ça veut dire que USA, Chine,
06:08parce que c'est un territoire beaucoup plus grand en plus,
06:10que 100% de leur territoire est couvert ? Non.
06:13En fait, il faut séparer le problématique de couverture de capacité.
06:17La couverture, c'est j'ai un signal, j'ai des barres sur mon téléphone.
06:20La capacité, c'est je peux faire une conférence vidéo sur mon smartphone
06:24de bonne qualité, sans interruption, pendant 10 minutes.
06:27Donc, depuis le fin fond de la muraille de Chine,
06:29je schématise un peu, mais on peut le faire.
06:31Aujourd'hui, en Chine, aux Etats-Unis, on a une très bonne qualité 5G partout.
06:36En Europe, c'est loin d'être le cas.
06:38Si vous prenez les dernières études, par exemple, la France se classe
06:4220e des pays de l'OCDE dans le déploiement de la 5G stand-alone,
06:46qui est en fait la 5G telle que définit le standard.
06:49C'est la vraie 5G, la 5G complète, la 5G avec les usages industriels.
06:52Et donc, on prend du retard et notre attractivité économique va en pâtir.
06:57Dans un panorama, mettons, de 5 à 10 ans, pour vous, un monde idéal,
07:02pour Cellnex, qu'est-ce que ce serait ?
07:03D'ici 5 à 10 ans, d'abord, il faudra densifier les infrastructures des réseaux mobiles
07:08pour faire face à la hausse de la demande
07:11et pour faire face à la rupture technologique qui arrive.
07:16La demande, c'est quoi ?
07:17C'est à peu près x2, x3, d'ici 2030, la demande de données mobiles.
07:23C'est-à-dire, tout simplement, parce que les smartphones sont plus sophistiqués,
07:27parce que les applications demandent plus de données,
07:31parce qu'il y a beaucoup plus de devices connectés,
07:34ce qu'on appelle, par exemple, les véhicules connectés.
07:37Par exemple, il y a beaucoup d'objets connectés aujourd'hui.
07:40Donc, ça crée de la pression sur le réseau.
07:41Donc, il y a une demande qui s'accroît
07:43et il y a un cycle technologique qui va exiger des réseaux
07:47une configuration plus dense,
07:49et c'est les usages de l'IA,
07:51puisque l'IA, finalement, c'est des données qui partent de votre smartphone
07:54et qui vont vers des data centers.
07:56Aujourd'hui, les usages, c'est essentiellement
07:58de la donnée qui vient des data centers.
08:00Par exemple, vous regardez une vidéo
08:01et ça vient vers votre smartphone.
08:04Aujourd'hui, le flux de données, il est descendant.
08:06Et demain, il sera ascendant.
08:08Et donc, il faudra revoir et rajouter beaucoup d'antennes relais
08:12pour supporter cette charge.
08:13Et donc, c'est pour ça que nous, on estime
08:15qu'aujourd'hui, chaque opérateur mobile en France
08:18a à peu près 30 000 antennes relais sur tout le territoire.
08:21Nous, on estime qu'il en faudra au moins 40 000 chacun
08:23pour faire face à la demande de trafic
08:27et à cette rupture technologique de l'IA.
08:30Le temps passe vite en votre compagnie,
08:32ce qui est très bon signe.
08:34Nous arrivons déjà au terme de cet entretien.
08:37J'ai l'impression, parce que dans le sport,
08:38on dit que le sommet de l'iceberg, c'est la performance,
08:41mais il y a tout ce qui vient en préparation, etc.
08:44J'ai l'impression que dans votre fonction, c'est la même chose.
08:47Tout à fait.
08:47Avec l'analogie du sport, j'utilise très souvent avec mes équipes.
08:50Je veux dire, on n'est pas dans une course de sprint.
08:53On est dans une course de fond,
08:54puisque c'est du long terme
08:56et que les besoins de demain se préparent aujourd'hui.
08:58C'est plus un marathon qu'un 100 mètres.
09:00Voilà, c'est plus un marathon qu'un 100 mètres.
09:02Et donc, les besoins de demain se construisent aujourd'hui.
09:04Vous savez, quand les premiers forfaits Internet ont été vendus en 1997,
09:08les réseaux fibres n'existaient presque pas.
09:10Et il a fallu 20 ans pour les construire,
09:12pour finalement répondre à tous les usages Internet.
09:15L'iPhone est apparu en 2006.
09:17Les réseaux mobiles n'étaient pas prêts du tout
09:18pour l'usage des smartphones.
09:20Il a fallu 15 ans pour construire des réseaux mobiles 5G
09:22qui vraiment répondent à tous les usages des smartphones
09:25et des iPhones en particulier.
09:26Eh bien, l'IA, c'est pareil.
09:28On est aujourd'hui à l'aube d'un cycle de 20 ans.
09:30Et il faut construire aujourd'hui
09:32et investir massivement dans les infrastructures
09:34pour pouvoir répondre à tous les usages
09:37que l'IA va apporter demain.
09:38Et ça se construit aujourd'hui.
09:40Super.
09:41Écoutez, Thomas Bertrand, merci beaucoup.
09:43Merci aussi d'avoir fermé votre téléphone pendant l'entretien,
09:46même si c'est un 5G, j'imagine.
09:48Oui, il vaut mieux parce que sinon, ça me dérange.
09:51Ça vibre comme tout le monde.
09:53Bon voyage à l'île de l'Heron.
09:54Merci beaucoup.
09:55Merci beaucoup Thomas Bertrand.
09:57C'était un vrai plaisir.
09:58Entretien souriant comme nous les aimons.
09:59Et à bientôt pour d'autres aventures
10:01avec d'autres objectifs, performances.
10:03Bonne journée à vous tous.
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