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L'éclairage économique de Marc Touati sur la dette publique française.

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Transcription
00:00Marc Toitier en direct avec nous, bonjour Marc.
00:03Bonjour Romain, bonjour à tous, ravi de vous retrouver.
00:05Ah bah ravi également, ravi de vous retrouver Marc tous les matins dans la matinale.
00:10Je suis même à l'étranger, je reste avec vous, je ne vous blâche pas.
00:12Mais oui, vous êtes là, vous êtes là, vous êtes dans la matinale, on vous retrouvera même à 8h30 également.
00:18Le ministère de l'économie vient d'annoncer que la dette publique française avoisinerait les 122% du PIB,
00:24donc de la création de richesses sur un an, donc on est endetté d'un montant qui est supérieur aux
00:31richesses qu'on crée pendant un an.
00:33Donc ça c'est pour 2027.
00:35Vous nous dites que la France cette année ressemble de plus en plus à celle de 2010 et à la
00:41Grèce de 2010 ?
00:43Oui tout à fait, vous allez voir les ressemblances sont vraiment troublantes.
00:47Alors déjà on parlait effectivement de cette dette publique, elle a augmenté de 23 points de PIB,
00:52et vous rendez compte en 10 ans, 23 points d'augmentation, c'est fou, c'est le pire résultat de
00:56toute la zone euro.
00:58Et figurez-vous que 10 ans avant la crise grecque, le ratio de dette publique sur PIB en Grèce avait
01:03augmenté de 20 points.
01:04Donc moins que chez nous, vous voyez.
01:06Et c'était juste avant effectivement le début de la crise.
01:09En fait, il y a cinq grandes ressemblances, si vous voulez, entre la crise d'aujourd'hui en France
01:15et celle de la Grèce qui nous montre que justement ça pourrait là aussi déraper.
01:19D'abord justement, c'est le dérapage incontrôlé des comptes publics.
01:22Ça c'est assez incroyable, je vous ai fait un petit graphique.
01:25Aujourd'hui la France est vraiment le cancre de la zone euro, voire de l'Union Européenne en termes de
01:30dérapage des comptes publics,
01:31exactement comme la Grèce en 2009-2010.
01:35Vous voyez donc, par exemple, là c'est les derniers chiffres du premier trimestre 2026,
01:40on aura bientôt les chiffres du deuxième trimestre,
01:42mais on voit que la France est avant dernière.
01:44Il y a la Bulgarie qui fait pire que nous, mais tout de même, on est sur un déficit public
01:47qui sera de l'ordre de 5,1 à peut-être même 6% du PIB séné.
01:51Donc ça, c'est la première grande ressemblance avec la Grèce.
01:55Deuxième grande ressemblance, c'est qu'il y a des écarts énormes
01:58entre les chiffres annoncés par le gouvernement et finalement la réalité.
02:02C'est-à-dire qu'on avait la même chose en Grèce en 2009,
02:05on avait notamment le premier ministre Papandriou qui disait
02:07« Écoutez, désolé, on s'est trompé, en fait les chiffres ce n'est pas tout à fait exact.
02:11On n'avait pas 5% de déficit, on avait plutôt 7 ou 8%. »
02:15Là, c'est exactement depuis, en fait, même de 2010, si vous voulez, à 2019,
02:20quand on regarde la différence entre les chiffres annoncés et la réalité,
02:24à chaque fois, le gouvernement annonce en moyenne un déficit public
02:27de l'ordre de 3,2% et dans la réalité, c'est 4,3% de déficit.
02:31On a exactement la même chose cette année.
02:33Rappelez-vous, il y a un an, le gouvernement,
02:34« Non, non, non, mais ne vous inquiétez pas, on va réduire le déficit,
02:37on va passer sous les 5%, etc. »
02:39Vous voyez qu'on va être au moins à 5,2%,
02:41on va même peut-être 6% et cette année et l'an prochain.
02:44Donc ça, c'est la deuxième grande différence.
02:46Troisième grande différence, c'est également le fait que
02:49le gouvernement, comme en Grèce, est absolument incapable
02:52et surtout n'est pas crédible pour réduire les déficits.
02:55On le voit aujourd'hui, il essaye d'annoncer une réduction de ce déficit,
03:00mais on sait très bien que ce ne sera pas le cas.
03:01Et donc voilà, il va y avoir une augmentation des impôts,
03:04une augmentation des dépenses publiques,
03:05on commence à avoir les premières annonces.
03:08Donc tout ce qu'on vous avait promis, ça ne sera pas le cas.
03:10Hausse d'impôts, hausse des dépenses publiques.
03:12Et donc, déficit public cette année, 6%, exactement comme en Grèce,
03:16aucune crédibilité pour réduire le déficit.
03:18C'est troublant, ces ressemblances.
03:20Les deux dernières, quelles sont-elles ?
03:23Alors voilà, en fait, les deux dernières, c'est les plus graves, j'ai envie de dire.
03:26D'abord, on en a parlé la semaine dernière.
03:27C'est les taux d'intérêt qui explosent.
03:29Alors, le taux d'intérêt à 10 ans de la dette publique française a frôlé les 4,6% la
03:35semaine dernière.
03:36Et tenez-vous bien, en octobre 2019, à combien était le taux d'intérêt grec ?
03:414,6% également.
03:43Le même niveau avant que, justement, une certaine banque américaine, Goldman Sachs,
03:48développe des produits pour spéculer sur la Grèce.
03:50Et ensuite, les taux d'intérêt vont exploser.
03:52Et que s'il passait la semaine dernière ?
03:53Exactement la même chose.
03:55La banque, donc, Goldman Sachs, a développé des produits pour spéculer contre la France.
04:00C'est-à-dire, une nouvelle hausse d'étoyer.
04:02C'est complètement fou, je dirais, ces ressemblances.
04:04Et puis, dernière ressemblance, c'est le déni de réalité.
04:07Moi, ce qui m'effare, si vous voulez, c'est qu'encore aujourd'hui, et depuis déjà des années,
04:11on nous dit, non mais, ne vous inquiétez pas, tout va bien en France, tout est sous contrôle.
04:15J'entends exactement les mêmes phrases qu'à l'époque de la crise grecque,
04:18parce que je l'ai vécu de l'intérieur, j'étais pas mal en Grèce à l'époque,
04:20où, justement, les dirigeants grecs disaient, non mais, ne vous inquiétez pas, nous sommes la Grèce,
04:24nous ne sommes pas l'Argentine, il ne peut rien nous arriver.
04:27Aujourd'hui, on a le même discours en France.
04:28Ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas la Grèce, il ne peut rien nous arriver.
04:32Et malheureusement, on voit ce qui est en train de se passer, c'est en train de déraper.
04:35Marc, rassurez-nous, il y a bien des différences, quand même, entre la France et la Grèce.
04:40Oui, quand même, il y a une différence de taille.
04:42La vraie différence, c'est qu'en 2009-2010, la Grèce n'arrivait pas à lever l'impôt.
04:47Parce qu'évidemment, aujourd'hui, elle s'est rattrapée.
04:49Mais à l'époque, c'était compliqué, il y avait des déclarations sur l'honneur
04:52pour faire des déclarations d'impôt, mais bon, donc elle ne récupérait pas l'impôt.
04:55Aujourd'hui, la Grèce a fait ses efforts.
04:57Par contre, alors nous, on nous dit, oui, en France,
04:59on est numéro un du monde de la récolte d'impôt.
05:01Tout le monde fait ses impôts en France, il y a des fraudes, mais pas tellement, finalement.
05:05Mais attention, c'est le problème du trop d'impôt tu l'imposes.
05:07C'est-à-dire que si jamais on continue d'augmenter les impôts,
05:09et c'est ce qu'a annoncé le gouvernement, alors là, ça risque de faire mal.
05:13Et on risque, justement, de ne pas récupérer les impôts qu'on avait annoncés.
05:17Donc nous aussi, attention, on risque d'avoir beaucoup moins de recettes fiscales
05:20que ce qu'il y a annoncé, donc plus de déficit, donc plus de dettes.
05:24Alors justement, pour terminer, vous nous dites que la crise française
05:26pourrait être pire que celle de la Grèce.
05:29Pourquoi ? Parce qu'on est plus gros ?
05:30En fait, c'est très simple.
05:31La crise grecque, à l'époque, la dette publique grecque, c'était 350 milliards d'euros de dettes.
05:37Nous, en France, aujourd'hui, il y a un zéro en plus.
05:40C'est 3 500 milliards.
05:42Donc c'est vrai qu'à l'époque, on a pu sauver la Grèce, le FMI, l'Union Européenne,
05:45même la France, l'Allemagne.
05:47Donc on a pu sauver la Grèce.
05:48C'était facile d'adonner 350 milliards d'euros de dettes pour leur reprêter.
05:51Nous, 3 500 milliards, même le FMI ne pourra pas nous aider.
05:55Donc c'est là où ça devient extrêmement dangereux.
05:58Et donc certains nous disent, oui, mais vous savez, en anglais, on dit « too big to fail ».
06:01Ça veut dire « trop gros pour faire faillite ».
06:03Moi, j'aurais plutôt tendance à dire « too big to save ».
06:06C'est trop gros pour sauver, on ne pourra pas.
06:08Il n'y a personne qui peut aujourd'hui sauver la France.
06:10Et pour terminer avec une note d'humour, parce qu'il faut un petit peu d'humour quand même,
06:13à l'époque de la crise grecque, j'avais découvert une anagramme.
06:15Le Premier ministre, c'était Papandréou.
06:18Et j'avais découvert que l'anagramme de Papandréou, c'était « n'a pas d'euros ».
06:22Donc c'était annonciateur de la crise.
06:24Bon, en France, on a Sébastien Lecornu.
06:28Anagramme, que je ne titrerai pas parce qu'elle est un peu vulgaire.
06:30J'en ai trouvé une quand même, c'est « est-ce lecornu, ça fait reculons ».
06:33Voilà, excusez-moi, on s'amuse comme on peut quand on est économiste, mais on y est dedans.
06:38Bon, Papandréou n'a pas d'euros, lecornu, reculons.
06:41Oui, j'espère qu'on va avancer quand même, qu'il va falloir avancer,
06:44se remonter les manches, comme on dit.
06:46Mais c'est limpide, votre réflexion, votre comparatif.
06:52C'est triste, mais malheureusement, on est en plein dedans.
06:55Voilà, on est en plein dedans, on est au milieu du guet.
06:57On va voir ce qu'on va réussir à faire et ce que les Français vont décider en 2027 également.
07:03Parce qu'accessoirement, les Français vont mettre un bulletin dans l'urne l'année prochaine.
07:08Quand on voit les programmes, effectivement, ça fait penser justement à Papandréou,
07:12justement, il y a d'autres qui disaient à l'époque,
07:14non, non, les pièces ne sont pas vides, on peut encore augmenter les dépenses,
07:17on peut encore augmenter les impôts, tout va bien se passer.
07:19Et puis voilà, on a vu ce qui s'était passé.
07:21Là, c'est exactement pareil.
07:22En France, il y a tellement de ressemblances que malheureusement, c'est inévitable.
07:26Sous-titrage Société Radio-Canada
07:27Sous-titrage Société Radio-Canada
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