00:00Alors la première chose qu'il faut en effet rappeler, c'est que pour la CDU de Merz, c'est
00:03en effet un cataclysme
00:04de voir un parti qui est quand même relativement récent sur l'échiquier politique allemand
00:10contester l'hégémonie des chrétiens démocrates sur la droite allemande,
00:14hégémonie qui dure maintenant depuis plus d'un demi-siècle.
00:17Et ces victoires, loin d'être un coup de tonnerre, sont en réalité l'aboutissement d'une lente et progressive
00:23montée en puissance de l'AFD.
00:26Et peut-être faut-il revenir brièvement sur l'histoire de ce parti pour comprendre de quoi on parle exactement.
00:31Alors rappelons que ce parti naît en 2013 dans le siège de la crise de la zone euro.
00:36Il est fondé par un économiste plutôt de tendance libérale qui s'appelle Bernd Lucke.
00:42Et ce parti va contester la gestion de la crise de la zone euro, c'est-à-dire les plans
00:46de sauvetage
00:47qui, selon leurs détracteurs, pénalisent l'épargnant, le contribuable allemand
00:52pour subventionner le laxisme budgétaire de l'Europe du Sud, des pays comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne,
01:00même l'Irlande qui est un peu plus au nord.
01:03Et ce parti manque d'entrée au Parlement fédéral à 0,3% de voix près en 2013.
01:11En 2015, il y a un tournant qui s'opère lors du congrès d'Essonne.
01:15Ce parti prend une tournure beaucoup plus nationaliste, identitaire et très critique de l'islam et de l'islamisation de
01:22l'Allemagne
01:22sur fond, cette fois-ci, de crise des réfugiés.
01:25Dans le contexte, on s'en souvient, de la guerre civile syrienne, du développement de l'État islamique,
01:32de l'instabilité en Irak et de l'effondrement de la Libye.
01:36Et en 2017, l'AFD provoque un séisme politique puisqu'il fait pour la première fois son entrée au Bundestag,
01:43le Parlement fédéral allemand, en recueillant environ 13% des voix, devenant la troisième force politique du pays.
01:50Et en 2025, ce parti devient donc la deuxième force politique du pays après les élections fédérales,
01:56à l'issue desquelles il obtient un peu plus de 20% des voix.
01:59Alors entre-temps, l'AFD a agrégé des thématiques supplémentaires.
02:04Il s'est montré très critique de l'Energiewende, la transition énergétique allemande,
02:09a critiqué la politique environnementale d'Angela Merkel, la fermeture du parc nucléaire
02:15qui a livré l'industrie allemande à la dépendance aux énergies fossiles.
02:19C'était en effet l'une des plus graves catastrophes et sabotages industriels et écologiques de la période récente.
02:24Et le parti nationaliste a aussi traité la question de la natalité, de l'économie,
02:31avec des positionnements parfois plutôt libéraux sur les questions fiscales.
02:37Alice Weidel, par exemple, se dit être une grande admiratrice de Margaret Thatcher.
02:41Donc c'est ce qui a inscrit effectivement ce parti dans une tradition plutôt libérale-conservatrice.
02:45Et il est vrai qu'en politique étrangère, c'est un parti qui manifeste une complaisance
02:49à l'endroit de la Russie de Vladimir Poutine.
02:51Toutefois, c'est bien la fermeté du parti sur les questions migratoires
02:55et son opposition farouche à l'islamisation de l'Allemagne
02:59qui constitue la spécificité de ce parti et qui explique en grande partie sa popularité.
03:04Intéressant. Précisément d'aucun prétexte cette ligne ferme à l'égard de l'immigration et de l'islam
03:09pour soutenir que le vote AFD serait essentiellement du coup un vote fasciste ou encore un vote nazi.
03:15Oui, alors on connaît le refrain « toute inquiétude vis-à-vis des conséquences de l'immigration musulmanette assimilée à
03:20du fascisme ».
03:21On est habitué à cette inversion accusatoire qui consiste à voir de l'intolérance dans tous les replis des sociétés
03:27européennes
03:28mais qui ne voit aucune intolérance, en revanche, dans les cultures importées en Europe.
03:32Et ceci même quand ces cultures sont parfois originaires de sociétés bien plus fermées
03:38à la différence que ne le sont les pays occidentaux.
03:41parce qu'avec toute affection que j'ai pour la Syrie, l'Irak et la Turquie,
03:45je ne suis pas certain que ces pays soient à l'heure où nous avons cette conversation
03:49en mesure de donner des leçons d'égalité aux Européens et aux Allemands de manière générale.
03:56Et ceci d'autant plus en réalité que le procès en fascisme, comment dire, oublie quelque chose de fondamental,
04:01c'est que la plupart des études d'opinion montrent qu'en Allemagne les stéréotypes racistes et xénophobes
04:06tendent à être à la baisse en réalité.
04:09Je renvoie par exemple aux études de la fondation Friedrich Hebert,
04:13c'est une fondation qui est très proche du parti social-démocrate,
04:16qui est un institut qui tous les deux ans cherche à mesurer la prévalence
04:20des idées racistes et d'extrême droite dans l'opinion.
04:24Et entre 2022-2025, cette fondation a estimé par exemple
04:28que la vision du monde d'extrême droite est retombée de 8 à 3%,
04:33que la xénophobie a reculé de 16 à 7%,
04:36que le racisme de 24 à 11% soit une division par deux.
04:41Et encore, j'ai vérifié la définition du racisme que propose cet institut
04:45est quand même assez extensive, parce qu'on mêle à la fois des considérations biologiques
04:49et des critiques d'ordre culturel,
04:51ce qui revient en réalité à surestimer la prévalence de ces préjugés.