00:01RMC, le choix de la rédaction.
00:03Et ce matin on vous parle de la détresse des agriculteurs après cet été marqué par la sécheresse.
00:08Cette semaine, plusieurs représentants syndicaux dont la coordination rurale ont alerté le gouvernement
00:13sur le risque d'une vague importante de démission, voire de suicide dans la profession dans les prochaines semaines.
00:20On attend vos témoignages ce matin dans le secteur agricole au 32-16, n'hésitez pas.
00:24Dans notre choix de la rédaction aujourd'hui, nous sommes allés dans les exploitations en souffrance.
00:28Avec vous, bonjour Pierre Bourgesse.
00:29Bonjour Mathieu, bonjour Élise, bonjour à tous.
00:31Pierre, vous nous amenez ce matin en Dordogne.
00:33Où vous avez suivi une association qui vient en aide aux agriculteurs et qui de plus en plus n'hésite
00:39pas à leur dire tout simplement d'arrêter.
00:41Oui, je voudrais vous présenter ce matin Patrice Brachet.
00:44Il a 68 ans, le regard perçant et toujours le sourire, un sourire indispensable pour sa mission
00:50puisque depuis 5 ans il vient en aide aux agriculteurs en difficulté.
00:54Sauf que ces derniers temps, voilà comment il résume son travail.
00:58Mon rôle à moi, c'est de sauver la vie.
01:01Donc quand on veut sauver la vie des gens, il faut à un moment donné dire arrête.
01:08Et par exemple cette semaine, c'est ce qu'il a dit à Raymond, un agriculteur en Dordogne chez qui
01:12nous sommes allés.
01:13Il nous a présenté sa cinquantaine de bovins qu'il élève pour la viande.
01:17Ils sont élevés en plein air dans des champs désormais sans herbe.
01:20Le peu qu'il reste est complètement noirci par la sécheresse de cet été.
01:242026, c'est un petit peu un coup de massue alors que l'agriculteur essayait de remonter la pente grâce
01:29à Patrice.
01:31Il m'a sauvé la vie.
01:33On se vient de le dire.
01:34La corde, je l'aurais préparée.
01:37Et je l'aurais fait.
01:39Donc quand on reçoit les lettres, la mise en demeure, ceci, cela.
01:43On va vous prendre ça.
01:44Non, mais il faut arrêter.
01:45Un coup de colère, mais je crois que...
01:49Tu crois que c'était un coup de colère ?
01:51Ou un cri de désespoir ?
01:53Peut-être les deux, mais bon.
01:55Après, comme je l'ai dit, je vais retenter une année.
01:58C'est une année de trop.
01:59Ça, on ne sait pas.
02:01Donc il y a des séquelles sur les animaux.
02:02Elles ont souffert.
02:03Elles ont pris quatre canicules.
02:05Raymond me fait peur de vouloir s'entêter à continuer.
02:08Mais quand on aime, les trouver quoi à la place ?
02:12Pour un patron, un agriculteur, c'est une perle.
02:14Il n'a pas de montre.
02:15Et il a l'amour du métier.
02:17Et ça, mon gars, ça n'a pas de prix.
02:18Pour continuer, c'est dur.
02:19Mais pour arrêter, ça va être dur.
02:21Moi, c'est 49 ans.
02:23Depuis que je suis né, je suis là.
02:26Donc ça va être compliqué.
02:30On l'entend très bien, Pierre.
02:31Dans ce témoignage que vous avez recueilli,
02:33ce n'est pas si facile pour les agriculteurs d'arrêter.
02:36Non, pas du tout.
02:37C'est parfois même un crève-cœur,
02:38comme pour Raymond qui a du mal à s'y résoudre.
02:41On l'entend, vous le disiez.
02:42Mais Patrice Brachet n'hésite pas à mettre les agriculteurs
02:45face à ce qui est parfois une évidence.
02:47Pourquoi ?
02:48Eh bien, tout simplement parce qu'il est aussi passé par là
02:51et qu'il sait à quel point c'est difficile
02:53pour les agriculteurs d'arrêter.
02:55Je comprends.
02:56Mais j'essaie de leur dire
02:57« essaie de faire comme j'ai fait ».
02:59Parce que moi, j'ai arrêté.
03:01J'ai voulu me suicider.
03:03Je me suis arrêté à 30 mètres de me pompe.
03:05C'est ce qui a fait ma motivation d'aider les autres.
03:08Parce que je dirais que j'aurais tellement aimé être aidé.
03:12Et moi, on ne m'a jamais aidé.
03:13Je sais ce que ça fait.
03:15Je sais les moments d'errement qu'il y a au départ.
03:18Mon fils est encore plus mal vécu que moi.
03:21Mais aujourd'hui, il ne fera jamais marche arrière.
03:24Il est aux 35 heures.
03:27C'est tout.
03:28C'est le seul mot.
03:30Il est aux 35 heures.
03:31Et des agriculteurs en difficulté, Pierre, il y en a de plus en plus.
03:35Oui, c'est ce que m'expliquait Patrice.
03:36Son association, Zéro Clivage,
03:38suit en ce moment une trentaine de dossiers d'agriculteurs en difficulté.
03:42C'est dans le Lot-et-Garonne et en Dordogne.
03:44Il y a de tout.
03:45Des maraîchers, des éleveurs de vaches laitières,
03:47des jeunes agriculteurs aussi,
03:49qui ont parfois tout juste la trentaine
03:50et déjà plus de 100 000 euros de dettes.
03:53Alors, il avoue, il n'a jamais eu autant de dossiers en même temps.
03:57Sa priorité, ça reste tout de même, il le répète,
03:59d'aider les agriculteurs, de leur trouver des solutions.
04:02Mais il le sait, compte tenu du contexte économique et climatique,
04:06de plus en plus, la seule solution à proposer, ce sera d'arrêter.
04:11Merci, Pierre Bourges.
04:12Vraiment, sur ce sujet-là, on va écouter vos témoignages.
04:14Si vous le souhaitez, vous nous appelez au 32-16.
04:17Est-ce que c'est dur de raccrocher ce sentiment d'abandonner ?
04:22Et en même temps, parfois, c'est pour le meilleur,
04:24c'est pour s'en sortir aussi.
04:25Vous témoignez au 32-16, il y a le contexte économique et climatique
04:28de cet été qu'on vient de connaître.
04:30Et il y a ces réalités-là, ces témoignages recueillis par Pierre Bourges.
04:33Merci, Pierre.
04:34Merci.