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Nora Hamadi, journaliste et autrice débat ce dimanche 27 septembre avec Raphaël Doan, essayiste et ancien haut fonctionnaire. Ils vont parler ensemble de la crise du carburant actuel, du rôle de Total et de l'Etat dedans, mais aussi du rapport des candidats à la présidentielle face à l’IA.
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00:00Le dimanche à 8h20, l'heure est au débat. Un débat entre Nora Amadi, autrice et journaliste,
00:04notamment sur France Inter et Raphaël Doran, essayiste et ancien haut fonctionnaire.
00:08Bonjour à tous les deux.
00:10Bonjour à tous les deux.
00:11Je vous propose d'entrer dans le vif du sujet avec une première question relative à une crise énergétique
00:15qui n'en finit pas, celle liée au carburant évidemment.
00:18Menace sur l'approvisionnement, des prix à la pompe qui ne cessent de monter depuis le printemps dernier.
00:22Difficile d'imaginer une issue à cette situation qui est liée aux tensions internationales.
00:26Mais alors comment agir au niveau national ?
00:28Nora, on a entendu d'un côté le discours d'Emmanuel Macron, c'était jeudi soir,
00:32tout serait la faute de la géopolitique, un choc totalement exogène,
00:36et de l'autre des oppositions qui estiment qu'on peut faire beaucoup plus.
00:39D'après vous, comment on peut agir concrètement finalement au niveau national ?
00:42Et si oui, comment est-ce que le gouvernement fait vraiment tout ce qu'il peut ?
00:45Alors, il faut quand même replacer, effectivement, les raisons qui ont conduit à cette augmentation énorme du prix du carburant
00:53sont exogènes.
00:54C'est-à-dire que si on n'avait pas eu les tensions géopolitiques en ce moment dans le détroit
01:00d'Hormuz, entre autres,
01:01on n'en serait pas là aujourd'hui.
01:04Effectivement, on est rentré dans une ère du pétrole cher et objectivement, on n'en sortira pas.
01:08C'est-à-dire que quand bien même, à mon sens, on sort de ces tensions géopolitiques par un coup
01:13de baguette magique demain ou après-demain,
01:15ça ne va pas rimer avec une baisse substantielle des prix à la pompe.
01:22On voit bien que c'est aujourd'hui, ces tensions-là conduisent à une cartographie qui démontre qu'on est
01:31rentré dans une nouvelle ère géopolitique.
01:33On n'en sortira pas cet écrit ?
01:35Je pense qu'on n'en sortira pas.
01:36Ça baissera de manière anecdotique, mais je pense qu'on est véritablement...
01:41Mais ça, la plupart des gens qui travaillent sur ces questions le disaient, qu'en fait, à un moment, on
01:45rentrerait dans cette ère du pétrole cher.
01:46Ce qui veut bien dire qu'il faut qu'on change de paradigme, mais on y reviendra sans doute.
01:51Pour ce qui est, en fait, des marges de manœuvre, alors il est clair que quand, par ailleurs, le gouvernement
01:55et M. Lecornu cherchent 54 milliards d'économies à faire,
01:58parce qu'aujourd'hui, la charge de la dette est le premier poste de dépense, c'est clair qu'en
02:02termes de marge de manœuvre, ce n'est pas énorme.
02:04Alors après, la question, c'est est-ce qu'on peut aller chercher des marges de manœuvre ?
02:07Quand on voit effectivement ce que les raffineurs, ce que les pétroliers sont capables aujourd'hui d'avoir comme marge,
02:13peut-être que la possibilité, ce serait d'aller ponctionner un petit peu, typiquement, Total Energy.
02:20Et ça, c'est de la bouche de Patrick Pouyanné, pendant une audition à l'Assemblée en juin,
02:25disait que son groupe, l'activité des raffineries, a permis au groupe de rapporter 500 millions d'euros au premier
02:33trimestre 2026,
02:35générés à l'essentiel au mois de mars.
02:37On va revenir sur Total, évidemment. Un mot quand même sur nos capacités budgétaires.
02:42Raphaël Dohan, la Grèce, l'Italie, l'Allemagne, le Portugal, ces pays ont réduit leurs taxes sur les carburants.
02:49Comment notre incapacité aujourd'hui à agir ? C'est d'abord notre incapacité budgétaire ?
02:55Oui, alors clairement, le prix de l'essence en France, il est en grande partie composé par les taxes.
03:01Donc c'est clair que...
03:01100% !
03:02Voilà. Et c'est au-dessus de la moyenne européenne.
03:04Donc on aurait une marge de manœuvre budgétaire, ça c'est clair.
03:06Ça impliquerait faire des économies ailleurs.
03:08Et le président de la République a dit dans son interview quelque chose comme
03:11« Montrez-moi où faire des économies, je le ferai bien ».
03:13Alors, on sait où faire des économies.
03:15Globalement, c'est quand même beaucoup dans le système social.
03:17Donc c'est ça le grand débat qui n'est pas posé aujourd'hui en finances publiques.
03:20Il y a quand même un débat là-dessus.
03:21Vous dites où c'est, il y a un débat de fonds.
03:22Non, mais en fait, c'est là où on fait la plus grande dépense.
03:24Après, la question c'est de savoir si on veut attaquer là-dedans pour permettre de réduire.
03:27Mais en fait, le problème qui se pose aujourd'hui, c'est un problème de pouvoir d'achat globalement,
03:31qui est dû notamment au niveau des charges et des taxes.
03:34Alors là, il y a un problème spécifique sur les taxes sur le carburant.
03:37Mais en réalité, en fait, il faudrait voir le problème dans son ensemble sur le pouvoir d'achat.
03:40Et je pense que les gens, s'il y a un peu moins de problèmes à faire leur plein à
03:44la source sur l'essence,
03:45si par ailleurs, ils avaient un pouvoir d'achat plus grand.
03:47Vous dites, Nora Amadi, il faudrait d'une manière peut-être prioritaire réduire les marges de Total.
03:55Total répond à cela.
03:56Nous plafonnons déjà les prix dans bon nombre de stations-service.
04:00Et ceci depuis le début de la crise, depuis le printemps.
04:02C'est vrai qu'effectivement, Total a décidé de plafonner de lui-même à 1,99€ l'essence sans plomb
04:0995,
04:10entre autres, ce qui a permis à beaucoup de gens de pouvoir bénéficier d'un prix plafonné, certes.
04:18Mais sur le raffinage, on voit bien que c'est à cet endroit-là.
04:21Total ne fait pas, enfin, vend plutôt à perdre, justement, à cause de ce plafonnement.
04:25Mais c'est son activité de raffineur qui lui permet d'obtenir des marges substantielles.
04:30Qu'est-ce qu'on fait de ces marges ?
04:31La question, c'est, eu égard à la réalité que traversent les Français aujourd'hui,
04:36je vous renvoie, pour ceux qui n'auraient pas eu l'opportunité de les lire,
04:39à des séries qui sont faites notamment par la presse quotidienne régionale,
04:42je pense à West France, qui depuis quelques semaines fait des séries sur les Français
04:45face à l'augmentation, justement, du prix des carburants.
04:48On est face à des gens qui disent « je n'ai pas pu aller voir mes enfants,
04:51je n'ai pas pu aller voir ma mère qui est en EHPAD ».
04:54C'est-à-dire qu'aujourd'hui, 30% de consommation de moins,
04:57il faut quand même se dire ce que ça fait dans la réalité quotidienne des gens.
05:02Dans le quotidien des gens.
05:02C'est-à-dire que c'est des gens qui ne sortent plus,
05:04c'est des gens qui ont des freins à la mobilité,
05:07ce sont des AESH qui disent « en fait, moi, je sors de chez moi juste pour aller travailler,
05:12je ne fais rien d'autre ».
05:13Les AESH sont les personnes qui accompagnent les élèves en situation de handicap.
05:17Oui, notamment, notamment, parce qu'effectivement,
05:18il y a des métiers qui n'ont pas été ciblés par les aides du gouvernement.
05:22Donc, est-ce qu'il n'y a pas quelque part quelque chose à aller chercher
05:25dans ce petit, j'ouvre les guillemets, « trésor de guerre »
05:28que se permettent les raffineurs ?
05:31Là, c'est une question presque de cohésion sociale.
05:34Il y a quand même un problème, je trouve, avec l'idée aujourd'hui
05:37d'aller chercher les marges de Total en 2026
05:40parce que ça vient après plusieurs années où ils n'avaient pas fait de marge,
05:42où les marges étaient négatives, déficitaires sur les années précédentes.
05:46Ça, c'est ce qu'on nous dit en France.
05:47C'est quand même un groupe global.
05:48Il y a d'autres espaces pour des marges ailleurs.
05:51Les marges en France, c'est important,
05:52c'est ce qui permet de garder des raffineries en France aussi,
05:54ce qui est important pour l'approvisionnement pour la suite.
05:56Donc, ce serait un peu dommage quand même de dire à une entreprise comme Total,
05:59quand vous êtes déficitaire, on ne vous soutient pas.
06:01Et puis, en plus, quand vous faites de l'argent en France,
06:03on va venir chercher l'argent que vous allez gagner.
06:05Je trouve que ce serait un peu difficile à assumer
06:06et ce ne serait pas très bon pour le futur de notre industrie pétrolière en France aussi.
06:10Donc, pour vous, c'est une mauvaise idée d'aller chercher des marges
06:14ou d'aller chercher justement de l'argent côté raffinage
06:19alors qu'on voit bien que cette crise leur profite aussi objectivement du point de vue économique ?
06:24Je pense que c'est une mauvaise idée dans la mesure où ils ont eux-mêmes,
06:25effectivement, comme l'a rappelé Nora,
06:27instauré un plafonnement dans l'ensemble de leur station de service.
06:29Donc, il y a déjà un effort qui est fait de leur part spontanément
06:31qui est aussi un effort politique, évidemment,
06:33mais qui permet d'avoir cette...
06:35Sachant qu'on ne peut pas aller beaucoup plus bas non plus,
06:37j'ai entendu des politiques proposer de plafonner des prix,
06:40mais après, il y a un moment où il y a l'offre et la demande sur le marché international.
06:42Donc, les exportateurs ne vont plus voler vendre à la France si jamais
06:45c'est clair qu'ils seront totalement déficitaires dessus.
06:47Qu'est-ce que cette crise, Nora, m'a dit,
06:49dit par ailleurs de notre dépendance plus générale, plus globale au pétrole ?
06:55Est-ce que là aussi, on ne prend pas trop de temps pour diminuer cette dépendance
07:00dans notre quotidien, dans nos façons de nous déplacer, de nous nourrir,
07:04de consommer même, plus généralement ?
07:05Ça dit effectivement que nous n'avons pas su prendre un virage
07:09et nous n'avons pas su anticiper.
07:10C'est-à-dire que ce n'est pas la première crise pétrolière
07:12qui percute, en fait, pas que la France, mais bien le monde entier.
07:17Le premier choc pétrolier, quand même, a 50 ans aujourd'hui.
07:20La question, c'est qu'est-ce qu'on est véritablement capable de faire autrement ?
07:24Ça fait maintenant une décennie qu'on nous parle de la nécessité d'électrifier.
07:29Alors, je veux bien entendre, notamment sur le parc automobile,
07:31on a une forme de leasing social qui est, pardon, anecdotique.
07:35On parle de 50 000 foyers équipés par an,
07:39ce qui, quand même, représente, eu égard au parc automobile français
07:43qui représente 40 millions de véhicules.
07:45Quelque chose de, vraiment, c'est une goutte d'eau.
07:48Qu'est-ce qu'on fait pour ce qu'on appelle le rétrofit ?
07:50C'est-à-dire la capacité, c'est légal, depuis 2020,
07:53de basculer un véhicule thermique en véhicule électrique.
07:55Cuit des aides, c'est quand même des sommes énormes.
07:57Je vous renvoie au prix même d'un véhicule électrique.
08:00Pour la plupart des foyers français, c'est absolument monstrueux.
08:03Enfin, des entrées de gamme à 20 000, 25 000, 30 000 euros.
08:08Donc, on est bloqué, oui.
08:09Ce n'est pas qu'on est bloqué.
08:10C'est qu'en fait, on n'a pas su faire autrement.
08:12Typiquement, il y a une question d'urbanité dans cette question, en fait,
08:17qui est bien plus large que la question juste de la dépendance au pétrole.
08:20Avec des territoires qui ne sont pas forcément...
08:22Avec un étalement urbain qui a conduit à ce que, par exemple,
08:25dans les années 60, figurez-vous que la moyenne du déplacement domicile-travail
08:30était de 3 km.
08:31Il est de 14 aujourd'hui.
08:32Qu'est-ce qu'on fait pour revenir à des métropoles
08:36qui sont finalement un peu barbares aujourd'hui,
08:39qui nous conduisent à avoir une heure, une heure et demie,
08:42deux heures de transport par jour en moyenne,
08:44c'est à peu près la moyenne qui a été qualifiée,
08:48pour revenir à des formes de polycentralité,
08:51c'est-à-dire des villes qui permettent d'avoir des aménités,
08:55des services, des commerces.
08:57Qu'on sorte de cette sectorisation et qu'on sorte de cette concentration,
09:01de cette embolie métropolitaine qui fait que la ville-centre concentre tout.
09:06Et finalement, on voit bien avec les questions de logement
09:08qu'aujourd'hui, qui est capable de s'offrir la ville-centre ?
09:10Plus personne.
09:11Donc, on étale et on se retrouve avec ces problématiques.
09:14Comment dépasse-t-on, Raphaël Dohan, ce modèle de la dépendance au pétrole ?
09:19C'est vraiment compliqué.
09:20Je ne suis pas sûr qu'on aurait pu faire beaucoup, beaucoup plus d'ailleurs
09:21que ce qu'on a fait jusqu'ici.
09:23Ne serait-ce que parce que cela prend du temps ?
09:24Cela prend du temps et il y a des usages qui sont difficiles à remplacer.
09:28La voiture électrique, ça ne se change pas non plus du jour au lendemain.
09:31Et c'est qu'assez récemment, finalement, à l'échelle de l'histoire,
09:32qu'on a pu avoir des voitures électriques qui compensent vraiment,
09:35qui ont les mêmes avantages que la voiture thermique.
09:38Mais c'est vrai qu'en France, on est quand même plutôt bien lotis aussi
09:40grâce au fait qu'on peut électrifier plus d'usages que dans d'autres pays
09:43grâce à notre industrie nucléaire.
09:44Alors, le problème, on va rejoindre le deuxième débat, je pense,
09:47c'est qu'on aura aussi besoin de beaucoup d'électricité
09:49pour l'usage de l'intelligence artificielle.
09:51Donc, les usages seront assez concurrents.
09:53Voilà, je vous adore parce que vous me faites même les transitions, Raphaël Dohan,
09:55parce qu'il est temps de passer, effectivement, à notre deuxième débat.
09:58Je prends un exemple simple.
09:59Vous avez, dans une entreprise, dix comptables.
10:02Et puis demain, vous n'en aurez plus qu'un seul.
10:04On peut se dire, c'est mieux pour l'entreprise.
10:07Elle a économisé neuf salaires.
10:09Oui, elle a économisé neuf salaires.
10:10Mais alors, ces neuf salaires, c'est à la fois neuf cotisations
10:13pour la protection sociale qui ne rentrent plus.
10:15Et puis, c'est neuf personnes qui sont au chômage
10:18et que nous allons prendre ensemble en charge
10:21avec les revenus de solidarité.
10:23Et donc, il y a la nécessité évidente de faire aussi en sorte
10:26qu'à un moment, sur le financement de la protection sociale,
10:30on élargisse l'assiette et qu'on fasse en sorte
10:32que la plus-value soit prise en charge
10:33et qu'il y ait une forme de dividende IA
10:36qui soit versée à la collectivité.
10:38C'était vendredi soir à Marseille.
10:39Il y a un grand débat organisé par BFM.
10:41Le sujet était l'IA.
10:42Les intervenants, sept responsables politiques,
10:44dont Olivier Faure, qu'on vient d'entendre,
10:46et qui a donc lancé cette idée d'un dividende IA
10:48dans un monde du travail qui va vivre
10:50effectivement des bouleversements avec l'IA.
10:52On va pouvoir revenir sur cette proposition
10:54si vous le souhaitez.
10:54Mais auparavant, Raphaël,
10:56on a vécu une semaine un peu paradoxale
10:57parce qu'on a beaucoup parlé de l'IA.
10:59Mais personne n'a regardé ni retransmise ce débat.
11:02Raphaël Glucksmann, Jordan Bardella
11:04et Dominique de Villepin,
11:05qui étaient annoncés, ne sont pas venus.
11:07Les responsables politiques ont-ils réellement
11:09pris la mesure des enjeux qu'impliquent l'IA ?
11:12Non, clairement pas.
11:13La plupart des grands candidats n'ont pas participé
11:15à ces débats alors qu'ils étaient invités.
11:16Eux-mêmes, aucun n'a fait vraiment, pour l'instant,
11:18de grands discours sur sa vision
11:20d'intelligence artificielle.
11:21C'est que des petites propositions,
11:22des petites remarques,
11:23parfois franchement pas très intelligentes,
11:25par-ci par-là.
11:25Donc, il y a un vrai problème de prise de conscience
11:27à la fois de l'urgence du problème,
11:29qui paraît vraiment être très très très grande
11:31et qui demanderait d'avoir un plan
11:33pour agir ici dans les 2-3 ans,
11:34pas dans les 20 prochaines années,
11:36on verra plus tard, etc.
11:38Et aussi un problème de dimension.
11:40Pour un exemple,
11:41Edouard Philippe a dit récemment,
11:42encore une de ses phrases
11:44qui arrivent parties par là,
11:45qu'il voulait doubler la puissance
11:46de calcul française pour l'IA en 5 ans.
11:48Parce qu'en fait,
11:49si vous doublez la puissance de calcul française
11:51d'ici 5 ans,
11:52vous baissez dans la part que la France
11:54dans la puissance de calcul mondiale
11:55parce que tout le monde va aller
11:56beaucoup plus vite.
11:57Si on voulait juste garder notre rang
11:58en termes de puissance de calcul dans le monde,
12:00il faudrait faire x4 ou x6,
12:02pas doubler.
12:03Donc en fait, là,
12:03ce qu'il propose,
12:04c'est quasiment de reculer
12:05dans la course à l'IA.
12:06Il ne faut pas aller sur ce genre de mesures,
12:07d'après vous ?
12:08On peut,
12:08mais il faut aller beaucoup plus loin.
12:09C'est les ordres de grandeur
12:10qui ne sont pas bons.
12:11Il y a un problème de conscience,
12:12de la dimension
12:12que représente l'intelligence artificielle aujourd'hui.
12:15Comme si, en fait,
12:16pour la plupart des politiques,
12:17c'était une sorte de...
12:18C'est un sujet parmi d'autres,
12:20un peu comme il y a justement,
12:21bon, il y a le prix du carburant,
12:22il y a les agriculteurs,
12:24il y a l'assainissement,
12:25et puis il y a l'IA,
12:26bon, parmi d'autres.
12:27Mais en fait,
12:27ça devrait être un sujet majeur.
12:28Comment vous expliquez, Nora Amadi,
12:30ce paradoxe ?
12:31D'un côté,
12:31on a parlé de l'intelligence artificielle
12:33pour expliquer
12:33qu'elle menaçait
12:34la survie même de l'humanité,
12:36et ce,
12:37depuis plusieurs jours,
12:38depuis plusieurs semaines presque.
12:40Et d'un côté,
12:41tous ces candidats
12:41qui ne se rendent pas au débat
12:43qui concerne l'intelligence artificielle.
12:46Ça dit quelque chose,
12:47peut-être,
12:47d'une difficulté
12:51de prise de conscience,
12:52et puis d'une forme
12:53de décalage,
12:54de décalage réel
12:55entre ce qui occupe
12:57l'agenda politique et médiatique,
13:01et les enjeux existentiels
13:03auxquels on fait face.
13:04Ce qui est drôle,
13:04c'est que finalement,
13:05l'homme politique,
13:07le chef d'État
13:07qui a le plus
13:09pris fête
13:10de cette réalité
13:11et des enjeux existentiels
13:13que cela suppose,
13:13c'est le pape,
13:14qui a produit
13:15une encyclique
13:16en mai 2026,
13:17en mai dernier,
13:18justement autour
13:19des questions d'IA,
13:20et qui définit bien
13:22en fait
13:22quels sont ces enjeux-là.
13:23Et c'est assez intéressant
13:24parce qu'on est quand même,
13:26on voit aujourd'hui
13:27la puissance,
13:27entre guillemets,
13:29de mise sur agenda
13:30du pape.
13:30Ça fait quand même
13:31trois jours
13:32que les chaînes d'info,
13:33que nous-mêmes ici,
13:34nous en parlons
13:35de manière extrêmement
13:36importante,
13:37peut-être même un peu trop.
13:39Et pourtant,
13:40cette encyclique-là
13:41n'a même pas eu
13:44la force de débat
13:45que le pape
13:46souhaitait sans doute
13:48poser.
13:48Et c'est ça.
13:49Je pense que c'est
13:49pour une bonne raison
13:50d'ailleurs,
13:50que son encyclique,
13:51quand on la lit bien,
13:52c'est plus une encyclique
13:53sur le numérique
13:53que sur l'IA,
13:54je trouve.
13:54En fait,
13:55il n'a pas vraiment
13:56pris en ce sens.
13:56Sur l'humanité blessée,
13:57sur les implications
13:58de ce numérique.
13:58On voit dans l'encyclique
14:00qu'il n'a pas non plus
14:01vraiment tiré les conséquences
14:03de ce que ça peut représenter
14:03d'avoir une intelligence artificielle
14:05qui serait vraiment concurrente
14:05de toutes les activités
14:06cognitives de l'espèce humaine.
14:08Mais ce que je trouve intéressant
14:09avec la manière
14:10dont le pape pose le débat,
14:11l'idée n'est pas
14:12de faire un débat
14:13sur l'encyclique du pape,
14:14mais c'est qu'il remet ça
14:15dans une perspective historique.
14:17C'est-à-dire que
14:17ce qui nous arrive aujourd'hui
14:19avec l'IA
14:20commençait finalement
14:21avec,
14:21permettez-moi l'expression,
14:22mais l'avènement du web
14:242.0 puis 3.0.
14:25C'est-à-dire que nous sommes
14:26aujourd'hui pas juste
14:27des consommateurs,
14:28nous sommes des acteurs
14:29de cet espace
14:30et les formes d'horizontalité
14:31en fait que cela crée
14:33interrogent en fait
14:34notre place
14:35et la place de chacun.
14:36Donc ça veut dire
14:37que cette reconfiguration-là
14:38a commencé bien avant
14:39et c'est ça que je trouve intéressant
14:40dans cette perspective historique
14:42que pose le pape.
14:43Tout ça pour dire que
14:43si lui est capable
14:45d'avoir cette perspective historique,
14:46qu'en est-il de nos gouvernants ?
14:48Pardon, je vais être
14:49un peu provocatrice,
14:50mais ça dit finalement
14:51aussi un peu
14:54la forme de déclassement
14:56de l'appareil politique
14:57qui est finalement
14:59de moins en moins capable
15:00ni de prévoir
15:01ni d'anticiper,
15:03qui est dans une forme
15:04de réactivité au monde
15:05et qui n'est plus capable
15:07finalement
15:07de véritablement
15:08prendre en charge
15:10ce qu'est la véritable gouvernance,
15:12c'est-à-dire prédire,
15:14prévoir et anticiper.
15:16Et on voit bien
15:16que depuis quelques années,
15:18cette capacité-là
15:18n'est plus du tout assumée.
15:20Est-ce qu'il n'y a pas aussi
15:21Raphaël Dohan,
15:21mais pour tirer le fil
15:22de ce que vient de dire
15:23Nora Amadi,
15:24un problème de compétence
15:26chez nos responsables politiques ?
15:27Peut-être qu'ils ne comprennent pas
15:30fondamentalement
15:30ce qui est en train
15:31de se jouer présentement
15:32avec l'intelligence artificielle.
15:33Si, si, globalement
15:34la plupart ne comprennent pas.
15:36Il y a aussi un problème,
15:36c'est qu'ils sont parfois
15:37conseillés par des gens
15:38qui eux-mêmes en fait
15:39ne comprennent pas
15:40et qui sont parfois
15:41très déconnectés
15:41de ce qui se passe
15:42notamment dans les laboratoires
15:43de frontières américains.
15:44Parce qu'en fait,
15:45plus on s'éloigne justement
15:46des Américains
15:47qui eux vont très très vite
15:48dans la course à l'IA,
15:49moins on a les capacités même
15:50d'avoir des gens
15:51qui peuvent dire
15:52ce qui se passe,
15:53ce qu'il faut faire, etc.
15:54Donc ça c'est un vrai problème
15:55même presque d'humain
15:56autour des politiques.
15:58L'autre problème
15:59c'est qu'ils ne veulent pas prioriser.
16:01Ils veulent tout faire à la fois
16:02et donc pour eux
16:04faire de l'IA
16:05ça veut dire mettre
16:0650 millions quelque part.
16:07Oui, on a l'impression
16:07que c'est presque un gadget
16:08finalement l'IA.
16:09Alors la priorité,
16:10quelle est-elle alors ?
16:10La priorité en fait
16:11parce que par ailleurs
16:12ils ne savent pas non plus
16:13quoi dire
16:13et je pense qu'ils sont tous
16:14un peu tétanisés
16:14à l'idée de
16:15qu'est-ce que je vais dire
16:16à des gens
16:16qui me disent
16:17ah mon emploi va peut-être
16:18être concurrencé par l'IA
16:19je vais perdre mon emploi
16:20à cause de l'IA.
16:21Mais en fait
16:21ça c'est très difficile
16:22d'y répondre.
16:22C'est comme
16:23qu'est-ce que vous dites
16:23à un cocher
16:25au 19ème siècle
16:26quand l'automobile arrive quoi.
16:28En fait c'est très compliqué.
16:29Mais pour moi
16:29le problème des politiques
16:30ça ne devrait pas être
16:30vraiment celui-là.
16:31Ça c'est un problème
16:32disons d'accompagnement
16:33mais il y a d'abord
16:33une chose que l'État français
16:34peut faire
16:35c'est d'essayer justement
16:36d'avoir la puissance de calcul
16:37les modèles
16:38dont on a besoin
16:39pour assurer
16:39notre propre besoin en IA.
16:41Sinon
16:42Olivier Faure parlait
16:42tout à l'heure
16:43de dividendes IA.
16:44Idée débile
16:45par ailleurs
16:46si on faisait ça
16:46pour toutes les révolutions
16:47technologiques
16:47on n'en serait pas là.
16:48Mais surtout
16:49on va vraiment payer
16:50un dividende IA.
16:50Vous avez dit
16:50idée débile
16:51j'ai bien entendu.
16:52Ah oui d'accord
16:52parce qu'avec votre voix
16:53je n'ai pas sur le bain d'or.
16:55Non mais le dividende IA
16:56qu'on va vraiment payer
16:57pour le coup
16:57c'est un dividende IA
16:58aux Américains
16:59ou aux Chinois
17:00parce qu'on n'aura pas
17:00les modèles
17:01et on va devoir payer
17:01des rentes
17:02aux Américains
17:03pour accéder
17:03à leurs propres
17:04intérêts.
17:06Rapidement
17:06il y a quand même
17:07une question
17:07qui va se poser
17:07sur notre modèle social
17:08on parle quand même
17:09de 30 millions d'emplois
17:10potentiellement détruits
17:11et des emplois
17:12de cadres
17:13comme on dit chez nous
17:14de col blanc
17:15ceux qui sont potentiellement
17:17qui participent le plus
17:18à notre système fiscal
17:19donc comment on fait
17:21en termes de redistribution
17:22on renvoie à la taxe robot
17:23que vous souhaitez
17:25mettre en oeuvre
17:26Benoît Hamon en 2017
17:27on est encore en fait
17:28à cet endroit là
17:29comment on va pouvoir
17:30financer notre système social
17:31si ces emplois disparaissent
17:33on voit bien aujourd'hui
17:33la difficulté
17:34notamment des plus jeunes
17:35à rentrer déjà
17:36sur le marché du travail
17:36ils sont eux-mêmes
17:38concurrencés par l'IA
17:39là je pense qu'on a
17:40véritablement un problème
17:41de cohésion
17:41et de contrat social
17:43premièrement
17:43deuxièmement
17:44il y a une question
17:45de ressources aussi
17:46qui va se poser
17:46pardon
17:46mais je veux bien
17:47qu'on soit dans une course
17:49perpétuelle au progrès
17:50en se disant
17:50ça va nous faire avancer
17:51alors déjà je ne crois pas
17:52et deuxièmement
17:53quand on voit
17:54ce que consomme l'IA
17:55en termes de ressources en eau
17:57de ressources en électricité
17:58en eau c'est vraiment pas le problème
17:59on vient de traverser
18:00et nous sommes encore
18:02dans un été
18:02alors nous sommes censés
18:03être en automne
18:04et nous sommes encore
18:04dans une sécheresse absolue
18:05je pense que cette question
18:07de l'accaparement
18:08de la ressource
18:09va être absolument centrale
18:11et elle n'est absolument
18:12pas adressée
18:13encore moins
18:14par ce qu'on entendait
18:14dans ce débat
18:15c'est dire l'ampleur
18:16du défi intellectuel
18:17et politique
18:18oui et je pense
18:18qu'on en reparlera
18:19dans un prochain débat
18:20merci à tous les deux
18:21on vous donne rendez-vous
18:22la semaine prochaine
18:22pour un autre grand débat
18:24de la matinale
18:24à suivre
18:25la revue de presse
18:26de Quentin Laffey
18:26la revue de presse
18:26de Quentin Laffey
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