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Tous les jours de la semaine, invités et chroniqueurs sont autour du micro de Pierre de Vilno pour débattre des actualités du jour.
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00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre de Villeneuve.
00:04En tour de Gilles Boutin du Figaro, bonsoir Gilles.
00:06Et d'Adrien Matou de Marianne, bonsoir Adrien.
00:08Arthur Delaport, député PS du Calvado, c'est l'invité d'Europe 1 Soir, bonsoir.
00:12Bonsoir.
00:13Merci d'être avec nous.
00:14Est-ce que vous aussi, comme monsieur Bagayoko, vous estimez que la violence peut être légitime ?
00:20Pour moi, il n'y a aucune violence légitime, d'où qu'elle vienne.
00:23Mais par contre, ce que je dis, c'est qu'il faut savoir entendre le cri de colère des lycéens.
00:28Même quand ils agissent de cette façon ?
00:30Je vous dis, le cri de colère des lycéens.
00:32Moi, je crois que l'essentiel des lycéens, l'immense majorité, nous disent une chose.
00:36On a besoin d'être entendus, et aujourd'hui, en fait, on parle dans le vide.
00:40Et s'il y a de la violence, je la condamne.
00:43Évidemment, toute violence, quelle qu'elle soit.
00:45Et j'ai regardé avec effroi ces jeunes, évidemment, certains lancés des mortiers.
00:50J'ai regardé avec effroi ces images aussi de violence policière, ces jeunes étranglés,
00:55ces jeunes qui se prennent à bout portant des tirs de grenades.
00:58Et donc, évidemment que, oui, vous voyez cette violence, et c'est une spirale de radicalisation.
01:03Juste pour vous dire une chose, moi j'ai des amis qui sont professeurs,
01:07je suis professeur moi-même, dans des lycées de banlieue parisienne, à Sarcelles par exemple.
01:1220 camions de CRS ce matin.
01:1320 camions de CRS devant l'établissement.
01:14C'est peut-être pas nécessaire ?
01:15Franchement.
01:17Qu'est-ce que vous dites à M. Lunez ?
01:19Est-ce que vous pensez que ce déploiement de force est proportionné ?
01:24Et j'aimerais entendre le ministre condamner, avec la même fermeté,
01:29les violences qui ont été commises par des policiers à l'encontre des jeunes,
01:33parce que sinon, on rentre dans une spirale infernale.
01:37Et je le dis, moi je condamne sans aucun embâge toute forme de violence, quelle qu'elle soit.
01:42Mais ce que je dis, c'est que cela ne doit pas nous détourner du véritable problème.
01:45Le véritable problème, c'est la situation des établissements scolaires.
01:48Vous voulez entendre Laurent Nunez ? Eh bien, il s'est prononcé, écoutons-le.
01:51Nous déplorons 83 membres des forces de sécurité intérieure qui ont été blessés aujourd'hui, à date.
01:59Et le nombre d'interpellations, donc au moment où je vous parle encore une fois, est de 625.
02:04On a constaté qu'en certains endroits, et on avait la présence d'élus,
02:09on a constaté aussi qu'il y avait en certains endroits des individus qui jouaient un rôle d'agitateur,
02:14qui d'ailleurs passaient d'un établissement à l'autre pour exciter en réalité les lycéens, les élèves,
02:21et les inciter à commettre des exactions.
02:23Bien évidemment, ces individus, chaque fois que c'est possible, ils sont interpellés,
02:26puisque leurs actions tombent sous le coup de la loi pénale, comme vous pouvez l'imaginer.
02:32Est-ce qu'il n'est pas là le problème, Arthur Delaporte, sur le fait qu'il y ait des
02:35agitateurs ?
02:36Et qu'il y ait peut-être des agitateurs de certains groupes politiques ?
02:39Je vais vous dire une chose, le problème, ce n'est pas les agitateurs, il y en a évidemment, et
02:43ça reste un problème.
02:44Mais le vrai problème structurel, c'est l'état des classes, c'est l'état des lycées.
02:48C'est quand vous allez, je vous dis, dans certains lycées d'Île-de-France, il pleut dans les salles
02:53de classe,
02:53et il fait hyper chaud l'été, il fait hyper froid l'hiver, et je vais même vous dire,
02:57pour brûler les poubelles devant son lycée ?
02:59Mais évidemment que non, je vous ai dit, vous avez entendu ce que je vous ai dit,
03:02je condamne toute forme de violence, donc voilà.
03:03D'ailleurs, je constate qu'on a moins condamné les poubelles brûlées par les policiers d'Alliance,
03:08il y a quelques semaines devant l'Assemblée nationale,
03:10que les poubelles brûlées par les C1 devant quelques établissements.
03:12En tout cas, sur ce que vous dites, les GPN, les GPN, la police des polices,
03:15a été saisie de trois enquêtes.
03:16Trois enquêtes, mais si vous regardez les réseaux sociaux,
03:19vous voyez bien plus d'images choquantes que ceux-là.
03:21Si je vois, par exemple, le communiqué de presse...
03:24Je vous prends un communiqué de presse d'avocats au barreau de Seine-Saint-Denis,
03:28qui nous disent, à des élèves qui sont mis en garde à vue,
03:30parce qu'ils sont mis massivement en garde à vue,
03:32et ils ressortent souvent sans aucune charge,
03:34avec des propos du type, si ça ne tenait qu'à moi,
03:37on vous aurait déjà tous dégommé, si je te recroise, je te fracasse.
03:40Vous croyez que ça, c'est une manière de parler à des jeunes ?
03:43Vous croyez que c'est comme ça qu'on va, derrière,
03:46développer des bonnes relations entre la police et la population ?
03:48Donc il y a un malaise, ce malaise, je le dis, il est inacceptable.
03:52Je suis professeur, l'État de l'école, le ministre de l'Éducation nationale,
03:56et moi, j'ai devant moi un député PS qui me dit « violence policière ».
04:00Non, ce n'est pas vrai.
04:00C'est ça votre résumé, Arthur Delacorte ?
04:02Franchement, ce n'est pas sérieux ce que vous faites.
04:04Vous non plus.
04:05Je vous le dis parce que vous ne m'avez pas écouté.
04:07Si, je vous ai écouté, et je pense que les auditeurs ont la même conclusion.
04:11Si vous faites ce résumé, les auditeurs m'ont entendu dire
04:14« Un, je condamne toute forme de violence, quelle qu'elle soit.
04:18Deux, je condamne... »
04:19Mais vous mettez l'accent sur les violences policières
04:21plutôt que de mettre la violence sur le problème.
04:23Non, je mets l'accent parce qu'on parle beaucoup de cela.
04:25Et vous mettez le ministre de l'Intérieur qui dit cela.
04:27Moi, j'aurais aimé le ministre de l'Intérieur avoir la même fermeté.
04:30Très bien.
04:30La même fermeté.
04:31Très bien, vous l'avez dit.
04:31C'est aussi simple que cela.
04:32On va vous interroger.
04:33Oui, donc vous êtes un soutien d'Olivier Faure.
04:35Olivier Faure qui n'est pas connu pour être très prompte
04:37à vouloir créer un cordon sanitaire avec LFI.
04:39Or, les membres de la France Insoumise ont été envoyés par Jean-Luc Mélenchon
04:44pour s'interposer, selon ses mots, entre les policiers et les lycéens qui manifestent.
04:51Mais on voit qu'ils soufflent sur le brèze, en réalité.
04:53Est-ce que cela ne les rend pas définitivement infréquentables à vos yeux ?
04:56Vous savez, je vais vous dire, pour avoir encore eu des échanges
05:00avec des professeurs de lycée qui sont concernés.
05:03Eux, ils n'ont pas besoin de la France Insoumise
05:05pour voir qu'ils n'ont pas de quoi faire leur photocopie.
05:07Oui, mais je m'interroge sur les futures potentielles alliances avec LFI.
05:10Non, mais on parle d'instrumentalisation.
05:11La réalité, c'est que les élèves, ils n'ont pas attendu la France Insoumise
05:14pour manifester. Ce n'est pas vrai.
05:16Donc, il faut arrêter avec cette obsession qui, à la fin,
05:19ne sert qu'une chose, qui donne l'impression que LFI
05:21est le représentant de cette colère
05:23qui est celle des lycéens d'abord.
05:25Et moi, je le dis, demain, je recevrai
05:27avec mes collègues socialistes des lycéens à l'Assemblée nationale
05:29et représentants des lycéens pour entendre leur doléance,
05:31entendre leurs revendications. On ne peut pas se contenter
05:33de dire, c'est LFI, circuler,
05:35il n'y a rien à voir. Non, il y a une colère, elle est
05:37légitime. Pour vous dire un exemple,
05:39vous avez des lycées en Ile-de-France
05:41qui ont été faits pour 700 élèves.
05:43Aujourd'hui, dans ces lycées, vous avez
05:451300 élèves. Vous avez des emplois du temps
05:47qui sont pleins à craquer. Du coup, ça conduit à des heures
05:49de trou. Je pense qu'on est tous conscients de ce problème.
05:51Oui, mais sauf que, non, ce n'est pas vrai.
05:53Valérie Pécresse, par exemple, elle est présidente de la région Ile-de-France
05:55depuis plus de 10 ans. Combien de lycées a-t-elle construit
05:57dans ces quartiers ? Presque pas.
05:59Comment on peut accepter que
06:01la région ait délaissé ces quartiers ?
06:02Vous pensez que Valérie Pécresse est une baguette
06:05magique et qu'elle peut, tiens, tout d'un coup,
06:07construire des lycées ? Valérie Pécresse, je suis désolé,
06:09mais oui, elle a une responsabilité éminente. Et ce n'est pas
06:11faute de l'avoir alertée depuis des années
06:13à la région, d'avoir dénoncé l'état des lycées,
06:15d'avoir dénoncé de l'impréparation, en effet,
06:17face à l'évolution démographique qui était
06:19pourtant prévisible. Quand on arrive au lycée,
06:21aujourd'hui, on a, en général, été au collège
06:23et à l'école primaire. Donc, on sait exactement combien on va avoir
06:25de lycéens à horizon 10 ou 15 ans.
06:26Donc, oui, il y a eu une impréparation des pouvoirs publics,
06:29oui, aujourd'hui, vous avez des
06:31profs qui sont absents, mais ils sont
06:33absents parce que les conditions d'enseignement sont intenables.
06:35Vous avez plus d'élèves par classe
06:37dans les lycées les plus pauvres de France,
06:39alors que vous avez, dans les lycées privilégiés,
06:41un meilleur niveau d'encadrement. Donc, comment
06:43est-ce qu'on peut accepter cette situation ? Comment est-ce
06:45qu'on peut accepter que dans ces lycées, les lycéens se retrouvent
06:47sans solution devant Parcoursup, y compris
06:49des élèves d'excellents niveaux ?
06:50Il faut peut-être supprimer Parcoursup.
06:52Mais ça, je suis d'accord.
06:55On vous rejoint sur votre constat
06:57sur l'état des lycées en Ile-de-France.
06:59Ceci étant dit,
07:00vous n'êtes pas LFI, vous ne vous jetez pas
07:02en soutien de n'importe quel mouvement social
07:04qui se provoque sur le territoire,
07:07en ayant un peu de recul
07:08sur les mouvements sociaux de lycéens.
07:10Moi, je me rappelle, quand j'étais lycéen, il y a eu
07:12le mouvement contre un projet
07:15de retraite, il y a eu le mouvement sur
07:16la CPE, et je constatais
07:18quand même qu'une grande partie des manifestants
07:20lycéens n'étaient pas forcément très au fait
07:23des tenants et des aboutissants de la réforme proposée
07:25et profitaient de l'occasion
07:27pour manifester.
07:28Et là, la question se pose d'autant plus
07:30qu'on a l'impression qu'il y a beaucoup de lycéens
07:32qui prennent prétexte de l'état des lycées aujourd'hui
07:35et de la question des manifestations
07:36pour tout casser.
07:37Donc, comment vous percevez ce mouvement social ?
07:39Je ne dis pas que tous sont ignorants.
07:42Déjà, oui, il y a eu des dégradations,
07:44mais non, tout n'a pas été cassé.
07:46Il y a deux, trois lycées qui ont été fortement dégradés
07:48et à chaque fois, on l'a condamné.
07:49Mais, il faut vous dire que la plupart des lycéens,
07:52il faut arrêter de considérer que c'est des gamins.
07:54C'est des gens qui sont des citoyens de venir.
07:56Et pour avoir moi-même bloqué mon lycée.
07:59Voilà, je fais une confidence sur Europe 1.
08:00C'est un énorme escou.
08:03Vous n'avez pas brûlé de poubelle.
08:04Non, je n'ai pas brûlé de poubelle.
08:05Et je faisais partie de ceux qui, justement,
08:07essayaient de modérer, de créer des espaces de dialogue,
08:09d'organiser des assemblées générales,
08:10où, justement, on essayait de réfléchir
08:12à comment est-ce qu'on arrivait à se sortir de tout ça
08:15et à porter des revendications légitimes
08:17envers les autorités, les pouvoirs publics.
08:18On était en attente de contact avec le politique.
08:21On avait envie de discuter avec le gouvernement.
08:24On avait envie qu'on soit reconnus
08:27comme des citoyens véritablement.
08:28Et on en avait marre d'être méprisés.
08:30Et ça a été, par ailleurs, l'une des sources
08:32de mon engagement politique.
08:33On a, derrière cela, transformé le lycée.
08:35On s'est rencontrés.
08:36On a créé des mouvements qui sont encore durables.
08:39Donc, je tiens à le dire aujourd'hui.
08:41Ce qui se passe aujourd'hui,
08:42c'est aussi un éveil à la politique
08:44de certains jeunes qui ont l'impression
08:46qu'ils ont été abandonnés par l'État.
08:48Et ils n'ont pas tort.
08:49Le budget sera présenté demain au Conseil des ministres.
08:52Sébastien Lecornu a dit cette phrase.
08:54Le réel nous rattrape.
08:55La situation financière est désastreuse.
08:58Il essaie de faire 54 milliards d'euros d'économies
09:02avec, effectivement, des efforts sur les retraités
09:05à plus de 1260 euros par mois.
09:10On a l'impression que ça fait beaucoup.
09:13Mais 1260, si vous préférez, je parle un peu à l'ancienne.
09:16C'est à peine plus que le seuil de pauvreté.
09:17Vous vous rendez compte, on parlait d'un seuil à 2000.
09:19Maintenant, on est à 1260.
09:20Vous voyez bien que le gouvernement se moque du monde.
09:23Il se moque des retraités.
09:24Et il n'a que faire des plus modestes.
09:26Donc, moi, à un moment, comment vous voulez que Sébastien Lecornu...
09:29Il vous a écrit une lettre, socialiste ?
09:31Oui, il a dit, quand même, venez discuter.
09:33Moi, je veux bien aller prendre le thé à Bercy.
09:34Il n'y a pas de problème.
09:35Mais les propositions qu'on a, elles sont connues.
09:37On les a annoncées il y a 15 jours.
09:38On peut aller se rencontrer courtoisement.
09:40Mais ils savent que nous, on cherche à faire de la justice fiscale.
09:43Ce n'est pas juste un grand mot.
09:44C'est de faire en sorte que l'effort, il ne repose pas sur les plus précaires d'entre nous.
09:48Mais il repose sur les plus fortunés.
09:50Ceux qui peuvent payer.
09:50Et je suis désolé, des retraités à 1 200 euros, non, ils ne peuvent pas payer.
09:54Oui, ils ont du mal à finir leur fin de mois.
09:56Oui, ils font partie de ceux qui, parfois, vont aller d'alimentaire.
09:58Donc, à un moment, ça suffit.
10:00Mais pourquoi est-ce qu'on n'irait prendre ni aux riches, ni aux pauvres, ni aux moyens, ni aux
10:05machins ?
10:05Et pourquoi est-ce qu'on ne dépenserait pas moins ?
10:07Parce qu'on ne ferait pas des économies sur le train de l'État ?
10:11Évidemment qu'on a des pistes d'économie, et elles existent.
10:14Mais ce que je peux vous dire, c'est...
10:15Ça veut dire qu'on ne vous écoute pas ?
10:16C'est-à-dire que M. Lecornu n'écoute pas vos propositions d'économie ?
10:19Je veux dire, on peut faire quelques économies.
10:21Je pense, par exemple, à toutes ces économies sur les aides aux entreprises.
10:24Ça coûte 200 milliards d'euros par an à l'État.
10:26Donc, 200 000 milliards.
10:27Non, 200 milliards.
10:28Non, c'est vrai.
10:29200 milliards.
10:29200 milliards, oui.
10:30200 milliards d'euros par an à l'État.
10:31200 milliards, ça serait bon.
10:32C'est un chiffre, je suis quand même assez clé.
10:33Désolé, je me suis emballé.
10:41On ne va pas aller tout supprimer, évidemment.
10:43Mais il y a peut-être un peu à aller chercher de ce côté-là.
10:45Et quand on commence à dire aux retraités,
10:47pauvres, serrez-vous encore plus la ceinture,
10:50je crois qu'on peut comprendre le ras-le-bol qui existe.
10:52Et malheureusement, il y avait des positions qu'on avait sur la table,
10:56la taxe Zuckman, le fait ne serait-ce que d'aller taxer
10:58les marges des super profiteurs de la crise pétrolière.
11:02Elles existent.
11:02Donc, en l'état actuel des choses, c'est non.
11:05C'est censure ou c'est non ?
11:07Évidemment que c'est la censure.
11:08Là, je ne vois pas comment on peut faire autrement.
11:09si le budget qui est annoncé et qui est présenté demain
11:13correspond aux annonces qui ont été faites.
11:14Je ne vois pas comment le gouvernement peut,
11:17sauf si la copie change, évidemment,
11:18échapper une censure de notre part.
11:20Merci beaucoup, Arthur Delaporte,
11:21d'avoir été à l'invité de Repassoir à 19h27.
11:23Le rappel des titres et la suite des débats de Repassoir.
11:25A tout de suite.
11:25Merci.