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  • il y a 5 minutes
Avec David Smadja, Professeur à l'université Paris Cité, chef de service d'hématologie de l'hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP) et directeur de la commission Santé du think tank Le Laboratoire de la République

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##SUD_RADIO_VOUS_EXPLIQUE_WK-2026-10-10##

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News
Transcription
00:01Sud Radio, le grand matin week-end, 6h-10h, Jean-François Akili.
00:06Il est 7h42, le rappel des titres, la primaire à gauche, le vote est prolongé jusqu'à demain, dimanche 18h,
00:14après la cyberattaque qui a visé la plateforme.
00:18Seulement 20 000 inscrits sur 140 000 avaient voté hier soir.
00:23Les manifs dans les lycées, nouvelle journée de grève et de manifestation prévue ce mardi.
00:273000 professeurs mobilisés en urgence, la plateforme de doléances Agora, ouverte depuis lundi, a déjà recueilli plus de 60 000
00:35contributions.
00:37Un autre appel pour une journée de contestation entre crise des carburants et colère des lycéens est également lancé pour
00:43le samedi 17 octobre.
00:45Enfin, la partie recette du budget rejetée à la quasi-unanimité en commission à l'Assemblée nationale.
00:56Et je rappelle, vous nous appelez au 0826 300 300 pour réagir à l'actualité.
01:02Vous aurez la parole après cet entretien avec vous, David Smadja.
01:07Bonjour et bienvenue.
01:08Bonjour.
01:08Bienvenue dans le studio de Sud Radio.
01:10Je rappelle, vous êtes professeur à l'université de Paris-Cité et chef de service d'hématologie à l'hôpital
01:16européen Georges Pompidou.
01:17Mais vous êtes ce matin dans ce studio pour évoquer un sujet d'une très grande gravité, d'une brûlante
01:23actualité, si je puis dire.
01:24Votre ouvrage qui est paru, un court essai mais édifiant, coédité par le laboratoire de la République et les éditions
01:34de l'Observatoire intitulé
01:35Grandir sans peur, refonder la santé scolaire pour protéger nos enfants.
01:41David Smadja, vous êtes parti d'abord d'une expérience douloureuse que vous avez vécu avec votre garçon, votre fils
01:49Nathan, un enfant de 11 ans à l'époque qui a été harcelé au collège.
01:54Tout à fait, cette réflexion sur la santé scolaire, puisque c'est vraiment le sujet de l'ouvrage, elle est
02:03partie d'une expérience personnelle, je dirais presque une référence intime
02:08de mon job de papa qui est quand même notre premier job dans la vie et en fait de l
02:17'accompagnement qu'il a fallu improviser dans cette situation de harcèlement scolaire
02:23que vivent des milliers de gens aujourd'hui, des milliers d'enfants et je crois que de cette expérience un
02:32peu douloureuse, il faut en sortir avec des idées pour essayer que ça ne se reproduise pas.
02:40Alors votre fils Nathan, âgé de 11 ans à l'époque, vous êtes dans une brasserie, c'est le départ
02:46du récit, il vous dit, vous êtes en train de déjeuner, en famille, il vous dit qu'il faut racheter
02:54une équerre et un compas.
02:55Oui, encore, il a perdu son équerre et son compas.
02:58Ça vous agace ?
02:59Ça m'agace et c'est comme ça que j'essaye de tirer les ficelles de pourquoi je ne le
03:07sens pas bien et c'est comme ça que je me rends compte qu'il est racketté en fait à
03:11l'école, on était à un petit mois de la rentrée
03:13et c'est comme ça que commence une année d'enfer pour lui. Il venait de rentrer en sixième et
03:23cette rentrée en sixième, ce cauchemar du nouvel établissement, nous a montré plein de dysfonctionnements de la prise en charge.
03:34C'est un sujet qui était beaucoup moins dans l'actualité à l'époque, cette expérience c'était en 2015,
03:39depuis c'est vrai qu'on en a beaucoup parlé, mais je crois qu'aujourd'hui...
03:43L'administration de l'école publique à ce moment-là ne vous écoute pas, elle charge votre enfant même.
03:49Bien sûr, à cette époque c'était de sa faute et nous, moi en tant que papa, une incompréhension totale
03:59sur la dichotomie entre les faits, ce qui se passe, ce que Nathan nous raconte
04:06et ce qui est mis en face, la réaction d'un établissement, mais je voudrais aller plus loin que d
04:14'accabler un établissement.
04:15Je crois que c'est vraiment une sorte de système de prise en charge, de détection de problèmes à l
04:22'école qui est défaillant.
04:26Mais aujourd'hui, l'idée n'est absolument pas de faire un procès du système éducatif.
04:31Au contraire, moi je crois qu'il faut qu'on en fasse un vrai sujet de santé publique, parce que
04:37la réalité c'est que, que ce soit le harcèlement,
04:41que comme toutes les autres origines de troubles psychiques ou de problèmes de santé à l'école,
04:48on voit qu'aujourd'hui on a une explosion des troubles de santé mentale chez nos jeunes.
04:53Je crois qu'une des réponses, ça doit être de pouvoir mieux détecter les problèmes, mieux apprécier les problèmes,
05:03et mieux s'occuper des problèmes que peuvent avoir nos enfants à cause du harcèlement, mais à cause aussi d
05:09'autres sujets de l'école.
05:09Alors il y a des données chiffrées qui sont sur la table, je les lis là, je les ai notées.
05:144% des collégiens en situation de harcèlement selon l'auto-évaluation nationale de novembre 2025.
05:2019% des lycéens présentent un risque important de dépression, et ça se ressent peut-être dans ces manifestations qui
05:28courent depuis désormais 15 jours.
05:3123% des lycéens déclarent avoir subi du cyberharcèlement, et 1 sur 5, plus d'un élève du secondaire sur
05:405, déclarent un sentiment de solitude.
05:43Donc quand nous dépassons le phénomène du harcèlement qui est déjà massif, et qui est un énorme problème qui n
05:49'est pas pris en compte,
05:50la santé scolaire plus largement est défaillante, c'est une chaîne qui ne fonctionne plus.
05:57Moi j'ai le souvenir de l'infirmière à l'école quand j'étais gamin, mais ça c'est dans
06:02un autre temps, qui était présente,
06:04on n'avait pas les mêmes problèmes, il n'y avait pas la même massification des problèmes urbains, et même
06:09ruraux dans les écoles.
06:11Aujourd'hui vous dites, David Smadja, j'allais vous appeler Nathan, parce qu'il se trouve je connais votre fils
06:17aussi au passage,
06:18je le connais aujourd'hui, je l'ai rencontré, David Smadja, vous dites qu'il faut enlever la santé scolaire
06:24à l'éducation nationale,
06:25mais pour la confier à qui au juste ? La gestion, et pourquoi ?
06:29Aujourd'hui déjà, je crois qu'il faut qu'on reclasse cette santé scolaire, la santé scolaire et le problème
06:35de santé mentale de nos jeunes,
06:36c'est un problème de santé publique, et cette santé publique, il faut qu'elle existe dans des parcours de
06:44santé publique,
06:44et aujourd'hui la santé scolaire, qui est en manque cruellement de professionnels de santé,
06:51de moyens, mais au-delà d'un moyen, parce que tout n'est pas une question de moyens, réellement,
06:57bien sûr que quantitativement, aujourd'hui, on n'a pas assez de professionnels de santé dans les écoles.
07:02Mais je crois que les organisations aujourd'hui, nos institutions, elles ont été imaginées au siècle dernier,
07:12et on vit avec des organisations et des institutions qui ont été créées au XXe siècle,
07:17et certaines d'entre elles encore plus anciennes, et aujourd'hui, vous l'avez dit,
07:22il y a de multiples causes au problème de santé mentale des jeunes,
07:27vous avez parlé du cyberharcèlement, le sujet des réseaux sociaux,
07:33et de la crainte post-pandémie, de la crainte sur le sujet environnemental,
07:41le monde a changé, et notre système d'organisation, nos institutions,
07:45ne sont pas passées, alors même que le monde a complètement changé,
07:49à une organisation du XXIe siècle.
07:51Et donc, je le redis parce que vraiment, moi, c'est mon message principal,
07:55la santé scolaire, c'est un problème de santé publique.
07:58Pour faire de la santé publique, il faut pouvoir avoir des gens
08:01qui soient connectés aux autres organismes de la santé,
08:05et la santé scolaire, c'est un métier de la prévention.
08:07C'est détecter un enfant qui va mal, c'est apporter des solutions,
08:13on ne demande pas à un professionnel de santé scolaire de connaître toutes les solutions,
08:17mais on demande d'orienter l'enfant, et aujourd'hui,
08:20le fait que la santé scolaire soit purement dans l'éducation nationale...
08:25Il faut en sortir, ce sera votre message de ce matin,
08:28et il faudrait confier, selon vous, cette santé scolaire au ministère de la Santé,
08:33qui est connectée sur toutes les autres structures qui s'occupent de la santé des Français.
08:38Tout à fait, exactement.
08:39On parle beaucoup aujourd'hui de prévention.
08:42La santé scolaire, c'est quand même certainement l'endroit
08:45où on doit faire le plus de prévention,
08:48aussi bien pour détecter, mais que pour éduquer aussi aux questions de santé.
08:52Et aujourd'hui, ces questions de prévention à l'école,
08:55on a quand même beaucoup de mal à y répondre.
08:58On n'a pas de jeunes professionnels de santé.
09:00Ça s'investirait d'avoir un regard extérieur aussi dans l'institution de l'éducation nationale.
09:03Tout à fait, de soutenir le système éducatif,
09:05et aussi de donner envie à des jeunes professionnels de santé
09:08de s'investir dans la santé scolaire, de faire ce métier,
09:12puisqu'aujourd'hui, les jeunes professionnels de santé
09:14n'ont pas accès à des terrains de stage à l'école,
09:16et je pense que les étudiants en médecine, en pharmacie, en soins infirmiers
09:19auraient leur rôle et leur place dans le système éducatif.
09:22Et gérer éventuellement aussi cette angoisse
09:25qui se traduit dans parfois la violence, les colères
09:29que l'on voit aujourd'hui dans le mouvement des lycéens,
09:32mais qui est une angoisse de l'avenir qui est bien réelle
09:36et la confie à des professionnels de santé,
09:38et non pas au sein de l'éducation nationale,
09:40qui n'a pas de personnel suffisamment formé pour se faire.
09:44Merci. Je rappelle le titre de votre ouvrage, David Smadja,
09:47Grandir sans peur, refonder la santé scolaire
09:50pour protéger nos enfants aux éditions de l'Observatoire,
09:53avec le laboratoire de la République auquel vous appartenez également.
09:56Et puis je précise à Nathan, qui a grandi depuis, va bien !
10:00Nathan va extrêmement bien, et je le salue ce matin.

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