- il y a 14 heures
À partir de témoignages de soldats et d’agents, Yuval Abraham et Rachel Szor mettent au jour la mécanique génocidaire déployée par Israël à Gaza, avec l’acceptation de dommages collatéraux. Un documentaire glaçant, toujours interdit de diffusion en Israël.
Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite
Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/
Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr
Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite
Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/
Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:0125 minutes, c'est la durée record de Standing Ovation qu'a reçu le documentaire NASA lors de son passage
00:06à la Mostra de Venise début septembre, festival duquel il est aussi reparti avec le prix spécial du jury.
00:12Or ça y est, le public français va pouvoir découvrir le film puisqu'il bénéficiera d'une sortie en salle
00:17exceptionnelle le sur-deux-jours, les 12 et 13 octobre, après quoi il sera mis gratuitement en ligne sur YouTube,
00:24notamment par The Guardian, le journal britannique qui coproduit le documentaire, et ça ce sera à partir de début novembre.
00:30Alors c'est quoi NASA ? Eh bien le film réalisé par le duo israélien Yuval Abraham et Rachel Zor,
00:35déjà au générique de No Overland en 2024, qui parlait de l'occupation israélienne en Cisjordanie,
00:40traite cette fois des bombardements israéliens sur la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, en faisant témoigner notamment
00:46des officiers du renseignement et des soldats sur les méthodes employées contre les Gazaouis.
00:51Le film fait évidemment polémique en Israël, valant à ses auteurs des menaces de déchéance de nationalité, voire des menaces
00:56de mort.
00:57Pour parler du film et des enjeux politiques autour de sa diffusion et de sa réception, avec moi dans le
01:02studio, Pierre Barbancet,
01:03grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient à l'Humanité. Salut Pierre !
01:06Bonjour !
01:07Pierre, je précise, avant qu'on commence, que tu as vu le film Que c'est pas mon cas,
01:11donc moi je vais me contenter de te poser des questions dans le rôle du spectateur en devenir, curieux de
01:15découvrir le film.
01:16Et bien justement, parlons du film, pour commencer, parlons peut-être de son titre.
01:20NASA, ça désigne dans le jargon militaire israélien la quantité acceptable de victimes collatérales pour l'armée lors d'un
01:26bombardement.
01:27En quoi c'est important de faire un film là-dessus ?
01:28Alors c'est complètement surréaliste quand même, quand on est obligé d'avoir un code comme ça qui s'appelle
01:34NASA.
01:36Je ne ferai pas les parallèles, évidemment, si on change le A, c'est assez étrange.
01:40Mais bon, donc c'est ce que tu viens de dire, c'est en gros, c'est les dommages collatéraux
01:45qu'un bombardement ou qu'une cible peut provoquer.
01:50Donc si Israël se pose la question, j'imagine que toutes les armées du monde se posent la même question.
01:57Mais là, en l'occurrence, d'abord parce qu'Israël mène beaucoup de guerres, et notamment à Gaza, tu le
02:03sais,
02:03moi j'ai couvert quasiment toutes les guerres à Gaza depuis 20 ans, malheureusement,
02:07parce que tous les 2-3 ans, il y a des guerres qui sont menées contre la bande de Gaza.
02:11Celle-là, on ne peut pas y entrer, donc on est complètement empêché d'y entrer.
02:15Je rappelle d'ailleurs que c'est grâce aussi aux journalistes palestiniens qu'on peut aujourd'hui savoir un peu
02:20plus de ce qui se passe
02:20et de ne pas avoir simplement la propagande israélienne.
02:24Et donc c'est intéressant que les deux réalisateurs, nos confrères, notre confrère et notre consoeur,
02:31posent cette question en interrogeant directement les acteurs, en fait, de ce NASA, de ces dommages collatéraux,
02:37puisque visiblement, non seulement, et ça, Yuval Abraham, dans le magazine Plus 972,
02:43avait déjà révélé au début de la guerre, après octobre 2023,
02:48avait révélé l'utilisation de l'intelligence artificielle de la part de l'armée israélienne
02:53pour trouver les cibles, pour frapper.
02:56Et donc évidemment qu'une intelligence artificielle ne va pas comptabiliser exactement le nombre de morts précis.
03:02C'est-à-dire, est-ce que les cibles visées sont bien, comme ils le disent dans leur jargon aussi,
03:07des terroristes du Hamas, ou est-ce que ça provoque des dommages collatéraux,
03:11d'où ce NASA dont je ne connais pas exactement les paramètres de comptage.
03:16Mais en fait, on le comprend un petit peu mieux avec le film.
03:19Alors c'est important ce que tu dises sur le fait que ce sont ces intervalles documentés et journalistiques,
03:24puisque, tu l'as dit, il s'appuie sur des enquêtes préexistantes aussi,
03:27dont le média Plus 972, qui est un magazine d'investigation israélien,
03:30et de The Guardian aussi, qui produit le film, donc le journal britannique.
03:34Le dispositif concrètement, c'est quoi ?
03:36C'est des témoignages d'acteurs, tu l'as dit, du massacre en cours à Gaza,
03:43filmés depuis les toits de Tel Aviv, c'est ça ?
03:45Alors, c'est filmé depuis le toit de Tel Aviv, pourquoi ?
03:48Parce qu'il y a évidemment un besoin d'anonymat pour ces soldats qui témoignent,
03:56qui témoignent d'ailleurs de manière courageuse,
03:57et je dis tout de suite d'ailleurs que les soldats qui témoignent
04:00ne sont pas là spécialement pour dénoncer ce qui se fait.
04:04Alors certains, il y en a un notamment qui dit,
04:06oui je vais participer à un génocide, il le dit très clairement,
04:09mais d'autres, au contraire, sont très à l'aise et disent même,
04:14je savais que si je ne le faisais pas, c'est-à-dire défendre le système,
04:19le système allait s'écrouler, donc il fallait que je le fasse.
04:22Donc l'idée des réalisateurs n'est pas de faire spécialement un film
04:31pour dire, voyez c'est un génocide, on va vous montrer en quoi c'est un génocide.
04:34C'est pas ça qu'il montre. Il montre en fait l'engrenage des choses,
04:38qui participe, que ce n'est pas simplement Benjamin Netanyahou
04:42qui serait le grand Satan qui déciderait de tout,
04:44lui ou ses deux sbires d'extrême droite ou son ministre de la Défense,
04:49mais c'est bien une construction de société.
04:52C'est ça qui est très intéressant dans leur façon de bâtir ce film
04:57et dans le scénario lui-même, qui n'est pas simplement,
05:00donc encore une fois, sur des toits de Tel Aviv avec des faces cachées
05:06et des voix un petit peu truquées pour pas qu'on reconnaisse évidemment ces soldats,
05:12à juste titre d'ailleurs, puisque le chef d'état-major a déjà annoncé
05:16qu'il allait lancer une enquête pour décider...
05:18Oui, précisons que l'armée israélienne a démenti tout ce que le film raconte, évidemment.
05:22Qui avait fait ça.
05:23Et donc ce qu'ils ont voulu, c'est intégrer cette démarche
05:26et cette interrogation de deux manières.
05:29La première, c'est directement évidemment avec ces gens,
05:32ces protagonistes en fait, mais aussi d'interroger la société israélienne.
05:36Et donc en interrogeant la société israélienne,
05:38ils reposent le problème de manière pas simplement morale,
05:42ils posent aussi le problème de manière politique.
05:44La signification pour la société israélienne aujourd'hui,
05:48qui accepte ça, en tout cas la grande majorité l'accepte,
05:52il y a une minorité qui quand même, qui proteste contre,
05:54mais aussi qui pose la question de manière beaucoup plus large
05:57à l'international, puisque ce film va être vu
06:00et qui n'est pas à destination que des Israéliens.
06:03Et donc la situation, c'est cet immeuble à Tel Aviv
06:06au milieu d'autres immeubles, dans lesquels vivent des Israéliens
06:09qui eux vivent leur vie tranquillement,
06:12alors qu'à Gaza, on meurt.
06:13Justement, Tel Aviv, c'est un lieu intéressant,
06:15parce qu'on décrit souvent ça comme la ville qui est une bulle,
06:18un petit peu en Israël, qui vivrait loin de la guerre,
06:20où il y a une activité nocturne,
06:24qu'on voyait un petit peu d'ailleurs dans le film de Ouïe,
06:26de Nadab Lapid aussi, qui montrait qu'il y avait un nightclub,
06:30voilà, une vie, enfin, on s'amuse à Tel Aviv,
06:32on vit, alors qu'il y a la guerre pas très loin.
06:34C'est ça que dans le film, comment il te le montre,
06:36justement, en filmant, tu disais,
06:38les appartements où les Israéliens vivent,
06:41alors qu'il y a quelqu'un d'un génocide juste à côté.
06:43Tu as tout à fait raison.
06:44Le surnom de Tel Aviv, c'est la bulle, the bubble, en anglais.
06:48Pourquoi ? Parce qu'il y a une vie à Tel Aviv
06:51qu'on ne rencontre quasiment nulle part ailleurs en Israël,
06:54et surtout pas à Jérusalem, Jérusalem Ouest,
06:57puisque Jérusalem Est, je le rappelle, est occupée,
06:59et annexée depuis 1967 par Israël.
07:03C'est quasiment une ligne de front.
07:04C'est quasiment limitrophe aussi,
07:06avec Jérusalem Est occupée et avec la Cisjordanie,
07:09alors qu'à Tel Aviv, non, il peut se passer des guerres,
07:13et puis la vie continue, comme tu l'as dit,
07:16il y a les bars, il y a l'école, il y a les boîtes de nuit, etc.
07:19C'est assez hallucinant quand on y pense.
07:23Et quand on couvre une guerre, par exemple à Gaza,
07:25qu'on revient et qu'on va à Tel Aviv,
07:26on se demande si on n'a pas changé de planète, en réalité.
07:29Et donc, c'est un peu ce que montre le film,
07:33c'est-à-dire que pendant que ces soldats témoignent
07:35de choses assez terribles,
07:37je ne sais pas si on va revenir sur les témoignages,
07:39mais avec les progrès scientifiques et techniques aujourd'hui,
07:45un soldat raconte comment les téléphones sont hackés,
07:49et donc ils ne sont pas en train d'écouter
07:51des conversations téléphoniques.
07:52Ils écoutent directement des téléphones qui sont posés,
07:55qui ne sont pas en fonction spécialement.
07:57Ils écoutent ce qui se passe dans la maison,
07:59dans l'appartement.
07:59Ils deviennent des espions, en fait.
08:00Ils deviennent des micros, quoi.
08:01Ils ont décidé de cibler.
08:03Et donc, à un moment donné, ils racontent,
08:05ils veulent cibler un cadre du Hamas,
08:07qui est chez lui, dans sa famille, avec les enfants, la femme.
08:11Il dit, et j'entends la femme crier,
08:13j'entends les enfants pleurer,
08:14et on prend la décision de taper quand même,
08:16parce que le ratio va être de 1 du Hamas
08:20pour 10 ou 15.
08:21Or, on sait que c'est monté presque à 500
08:23pour éliminer un cadre du Hamas.
08:26– D'accord.
08:27Est-ce que tu as d'autres témoignages
08:30qui sont marqués dans ce film, aussi,
08:31sur des décisions iniques
08:33ou l'usage de la technologie ?
08:35Parce que c'est ça, aussi, la rupture, peut-être.
08:37C'est l'accélération technologique dans le génocide, quoi.
08:40– Il y a ça, déjà.
08:42On est quand même assez peu habitués.
08:43Et donc, ce que je disais tout à l'heure,
08:46il y a un des soldats qui dit
08:47« Oui, j'ai participé à un génocide »
08:49et qui regrette profondément d'avoir participé.
08:52Il y en a d'autres, encore une fois,
08:53qui expliquent que s'ils ne l'avaient pas fait,
08:55c'est peut-être Israël même qui allait disparaître.
08:57Parce qu'il faut replacer ça aussi,
08:59peut-être parce qu'on le sait moins en France.
09:02Il y a une propagande,
09:03ce n'est pas de la communication,
09:04c'est de la propagande perpétuelle
09:06de la part des autorités israéliennes.
09:08C'était vrai avant Netanyahou,
09:10ce sera vrai après Netanyahou,
09:12qui consiste à essayer
09:14d'unir tous les Israéliens
09:17sur une base qui est
09:19« On veut nous détruire,
09:21le monde entier nous en veut,
09:22et donc il faut qu'on se défende. »
09:24C'est d'ailleurs un peu le propos
09:26qu'a tenu Benyamin Netanyahou
09:28à la tribune de l'ONU
09:29il y a encore quelques jours.
09:31C'est-à-dire de dire
09:32« Vous ne nous aimez pas,
09:33nous sommes les vilains petits canards noirs,
09:35mais nous, nous faisons le job. »
09:36C'est-à-dire que grâce à nous,
09:37vous êtes encore vivants.
09:38Oui, on ne combat le terroriste,
09:40on est l'avant-poste.
09:41Et tout ça est expliqué.
09:42Donc évidemment que ça ébranle
09:44très certainement une partie
09:45de la société israélienne,
09:47parce que c'est vrai
09:48que l'antisémitisme existe,
09:50c'est vrai qu'il y a des gens
09:51qui voudraient qu'Israël disparaisse,
09:53mais c'est vrai aussi
09:54qu'il y a des gens
09:54qui sont attachés à Israël,
09:56sans être juifs spécialement,
09:58mais qui souhaiteraient
09:59qu'Israël pratique
10:00une autre politique.
10:02Et donc,
10:03est-ce que ce film
10:05va déclencher un choc
10:06de la société israélienne ou pas ?
10:08Parce que c'est assez étonnant
10:10que tu parlais,
10:10on parlait des témoignages.
10:12À un moment donné,
10:13un soldat est interviewé.
10:15Il y a des soldats
10:16et des soldatins,
10:17il y a aussi des femmes.
10:19Et on entend les sirènes
10:20résonner dans Tel Aviv,
10:21donc les sirènes d'alerte,
10:23parce qu'il va y avoir
10:24des roquettes ou des missiles
10:25qui vont tomber.
10:26Donc on ne sait pas très bien
10:26si c'est ceux de l'Iran
10:27ou si c'est ceux du Hamas
10:30en provenance de Gaza.
10:31Et le soldat dit
10:32« Est-ce qu'il y a des abris ici ? »
10:34Oui.
10:34Donc le soldat a peur.
10:36Lui, il veut s'abriter
10:37le même
10:38qui va envoyer
10:40des bombes ou des missiles
10:41sur la bande de Gaza
10:42de manière indiscriminée.
10:44et dans la bande de Gaza
10:45où il n'y a pas
10:47d'abri pour se protéger.
10:48Oui, ça montre aussi
10:49que c'est une société
10:50où c'est présent
10:51dans les esprits,
10:52en fait.
10:53Le long largage de bombes
10:54est dans le quotidien.
10:56Voilà.
10:57Et puis l'autre
10:57qui va de pair
10:58avec ce que je disais
10:59sur...
11:00On a dit aux Israéliens
11:01qu'il faut qu'on se défende
11:02à tout prix,
11:03quel que soit le prix.
11:04Et même si, vous voyez,
11:05on fait quand même
11:06des grands efforts.
11:07Netanelou l'a encore redit,
11:09c'est leur grand credo,
11:10c'est « Nous sommes l'armée
11:11la plus morale du monde. »
11:13Oui.
11:14Et regardez,
11:15on passe des coups de téléphone
11:16avant de bombarder,
11:17on envoie des tracts,
11:18des alertes.
11:21La réalité,
11:22c'est que quand on avertit
11:24quelqu'un une minute avant
11:24dans un immeuble,
11:25de toute manière,
11:26c'est...
11:26Il n'y a aucune chance.
11:27Ce n'est pas ça.
11:27La question,
11:28c'est le geste lui-même.
11:31Mais surtout,
11:32ce qu'on voit bien,
11:33parce que c'est filmé
11:34sur les toits,
11:35c'est qu'on voit les gens
11:36vivre dans leurs appartements.
11:37Alors, on ne voit pas
11:38les figures, évidemment,
11:39des civils
11:40qui sont dans leurs appartements.
11:42Mais on voit
11:42des appartements
11:43cossus,
11:44des canapés,
11:45des appartements
11:46bien mis,
11:47bien décorés,
11:48des télés allumées.
11:49Et les gens suivent
11:50la guerre.
11:50Eux, ils le suivent
11:51sur l'écran.
11:52Alors que les Gazaouis,
11:53eux, ils sont dans l'écran.
11:54En réalité,
11:55c'est eux qui sont
11:56les victimes
11:56de ce qui est en train
11:57de se passer.
11:58Donc, c'est assez glaçant
11:59d'une certaine manière.
12:01Alors, tu parlais justement
12:01de la question
12:02de est-ce que ce film
12:03aura un impact politique.
12:04Il y a eu déjà
12:04des réactions politiques.
12:05Je vais les citer.
12:06Alors, sans surprise,
12:07le gouvernement israélien
12:08n'est pas très content
12:08de la sortie de ce film.
12:10Mickey Zohar,
12:11le ministre de la Culture
12:12d'Israël,
12:12a accusé les deux réalisateurs
12:14de nuire à la patrie
12:15pour recevoir
12:16les applaudissements
12:17des antisémites
12:17du monde entier.
12:18Et le ministre Benvir,
12:20ministre de l'Intérieur,
12:21c'est ça, de l'Israël,
12:22s'il ne me trompe pas,
12:23les a qualifiés
12:24tout simplement
12:24de amis du Hamas.
12:27Le film sort
12:27dans un contexte particulier,
12:29par ailleurs,
12:29puisque le 27 octobre,
12:30il y aura les élections
12:31à la Knesset,
12:32donc au Parlement israélien.
12:34C'est quoi le contexte,
12:35un petit peu ?
12:36Est-ce que le gouvernement
12:37se sent menacé
12:38par ces élections ?
12:39Est-ce que ça peut aussi
12:40jouer sur la réception du film
12:41en se disant
12:41que le film peut être,
12:44alors pas lui tout seul,
12:45changer le cours des élections,
12:46un élément de la discussion
12:47en tout cas politique ?
12:49Ça peut être un élément,
12:51parce que le problème,
12:52c'est que la campagne électorale
12:54israélienne telle qu'elle est menée,
12:56avec des élections
12:56qui auront lieu le 27 octobre,
12:59ne porte pas sur
13:01fallait-il faire la guerre
13:02à Gaza ou pas,
13:03est-ce que c'est un génocide ou pas,
13:05est-ce qu'il faut remettre en cause
13:07l'occupation et la colonisation ?
13:09Le débat porte, en fait,
13:11est-ce que Netanyahou
13:11a fait ce qu'il fallait
13:12pour ramener à temps
13:14les otages israéliens ?
13:16– D'accord.
13:16– Et donc une partie
13:17de la droite israélienne,
13:18mais aussi une partie de la gauche,
13:19c'est-à-dire les partis sionistes,
13:21en réalité,
13:21que ce soit la gauche
13:23ou la droite,
13:25essaient de mettre en place
13:26des coalitions
13:28pour dire
13:29« Ben non,
13:30Netanyahou,
13:31il a failli,
13:31il aurait pu se comporter
13:32différemment,
13:33non pas vis-à-vis des Palestiniens,
13:34mais trouver une autre tactique
13:36pour ramener plus vite
13:38les otages israéliens ».
13:39Et donc c'est ça qui est un peu dramatique,
13:41parce que le principal concurrent
13:43de Benyamin Netanyahou,
13:44qui s'appelle Gabi Eisenkot,
13:45qui est un ancien chef d'état-major
13:47de l'armée israélienne,
13:49parce qu'on oublie trop souvent
13:50qu'Israël est quand même
13:53très largement dominé
13:54par les soldats
13:56et par les officiers,
13:56même si Netanyahou lui-même
13:57n'est pas issu des rangs militaires.
14:02Gabi Eisenkot, lui-même,
14:03est contre la création
14:04d'un État palestinien.
14:06Il reproche à Netanyahou
14:08de ne pas avoir ramené
14:09les otages assez vite,
14:10mais il estime que la guerre
14:12qui a été menée
14:12est une guerre juste
14:13menée par Israël.
14:15Donc ce qui pose une question,
14:16est-ce que le vrai problème
14:18c'est simplement Netanyahou
14:19ou est-ce que le problème
14:20n'est pas beaucoup plus large
14:22sur le régime lui-même ?
14:23Alors j'utilise le mot régime
14:25dans sa vraie définition,
14:27c'est-à-dire que la définition
14:29du régime israélien aujourd'hui
14:30est un régime sioniste.
14:31Et est-ce que ce n'est pas ça ?
14:32La question, ce n'est pas
14:33l'existence d'Israël ou pas,
14:34la question, c'est le sionisme lui-même
14:37qui entraîne Israël
14:38dans l'occupation,
14:39la colonisation
14:40et donc vers un régime d'apartheid
14:42tel qu'il est en train
14:43d'être pratiqué
14:44et plus simplement
14:45dans les territoires
14:46occupés palestiniens.
14:47Et donc c'est ça qui est en réalité
14:50qui est en jeu.
14:51Et Netanyahou le sait pertinemment,
14:53les autres aussi.
14:55Donc c'est pour ça que Netanyahou,
14:56lui, il a choisi d'aller
14:57à l'extrême,
14:58c'est-à-dire qu'il continue
15:00les bombardements
15:00sur la bande de Gaza,
15:01il continue les nettoyages éthiques
15:03en Cisjordanie,
15:04il soutient les colons
15:05qui deviennent son noyau dur
15:07en fait en réalité.
15:09Il n'exclute pas
15:10de continuer à faire une alliance
15:11avec l'extrême droite,
15:13celle de Benvir et de Smotrich.
15:17Et s'il choisit cette voie-là,
15:19c'est qu'il pense
15:19qu'il peut gagner.
15:21Donc évidemment,
15:22il a quelques craintes.
15:22Les craintes qu'ils ont tous,
15:24en réalité,
15:25c'est que se développe
15:26une autre idée
15:26dans le sens de ce que j'ai dit
15:27tout à l'heure.
15:28Et notamment,
15:29c'est pour ça que
15:30la liste du Parti communiste
15:32israélien qui faisait alliance
15:33avec deux partis
15:33nationalistes arabes
15:35est pour l'instant interdite.
15:37Donc pour l'instant,
15:37c'est devant la Cour suprême
15:39qu'il doit statuer
15:40s'ils vont se présenter ou pas.
15:41Un député,
15:42comme le député communiste
15:43Oferkassif,
15:44est lui aussi interdit.
15:45Nous avions reçu
15:46à la fête de l'humanité
15:48l'année dernière,
15:48en 2025.
15:50Et puis un parti arabe islamiste
15:53qui lui aussi est interdit.
15:55Donc si, en plus,
15:56ils prennent des mesures
15:56comme ça pour les interdire,
15:58c'est pour empêcher
15:59que ce qu'on appelle
16:00les Arabes de 1948,
16:01les Palestiniens de 1948,
16:03c'est-à-dire ceux qui sont restés
16:05en territoire israélien
16:06après l'instauration
16:07de l'État d'Israël,
16:08que ces gens-là
16:09se déplacent en masse.
16:10Parce que c'est eux
16:11qui représentent quand même
16:1220% de la population d'Israël.
16:14Et donc ils peuvent changer
16:15le cours des choses
16:16dans ces élections-là.
16:17On sent quand même
16:18une fébrilité d'interdire
16:20des partis.
16:21Ça ne sent pas la démocratie
16:22extrêmement fonctionnelle.
16:23Et on sent qu'il y a une inquiétude
16:24quand même,
16:25on a l'impression.
16:26Est-ce que tu décris là ?
16:27Il y a une inquiétude de tous
16:28parce que je pense
16:28que la société israélienne
16:30réellement est à la croisée
16:31des chemins.
16:32Qu'il y a un certain nombre
16:33d'interrogations
16:35qui traversent
16:36la population israélienne,
16:37particulièrement, évidemment,
16:38la population juive israélienne.
16:41qui se posent bon nombre
16:42de questions.
16:43Et d'ailleurs,
16:45les réalisateurs de NASA
16:47font bien le parallèle
16:48haussier avec l'histoire.
16:49Ils ne font pas un parallèle
16:50pour comparer.
16:51Ils font un parallèle
16:52par rapport à l'histoire
16:54des Juifs israéliens
16:56et notamment de la Shoah
16:57puisqu'il y a des extraits,
17:00je crois,
17:00du film de Claude Lanzmann,
17:03« Shoah ».
17:04Alors, pas les extraits
17:05sur les camps eux-mêmes
17:06en Europe
17:06et les camps nazis,
17:08mais sur la commémoration
17:09de la Shoah
17:10chaque année en Israël,
17:11comme ça se produit
17:12entre le mois d'avril
17:13et le mois de mai,
17:14ça dépend du calendrier,
17:16où ce jour-là,
17:18à midi,
17:18des sirènes résonnent
17:19dans tout Israël
17:20et tout s'arrête,
17:21y compris ceux
17:22qui sont en voiture,
17:22arrêtent leur voiture,
17:23descendent de voiture
17:24et se figent pendant une minute
17:26pour commémorer
17:27la mort de tous ceux
17:28qui ont vécu
17:29le génocide
17:30perpétré par les nazis
17:31contre les Juifs.
17:33Et donc,
17:33en interrogeant ça,
17:34encore une fois,
17:35ce n'est pas la comparaison
17:36de dire « Netanyahou
17:37est un nazi ou pas ».
17:38Je pense que de toute façon,
17:38ça ne sert à rien,
17:39c'est qu'on est reproductif,
17:41mais plutôt de poser la question
17:42par rapport à l'histoire
17:44des Juifs,
17:46notamment en Europe,
17:48qu'est-ce que ça signifie
17:49aujourd'hui,
17:49ce qui se passe à Gaza
17:50et est-ce qu'il ne faut pas
17:51regarder les choses en face
17:53plutôt que de s'abriter
17:55derrière des peurs
17:56qui empêchent évidemment
17:57le raisonnement
17:58et la réflexion.
17:59Vous l'avez compris,
18:00un film qui sort
18:01dans un contexte particulier
18:03en Israël
18:03et qui va évidemment
18:04animer la discussion
18:05pas qu'en Israël
18:06puisque je rappelle
18:06que le film sort en salle
18:08donc avec une sortie exceptionnelle
18:09dans 50 pays.
18:10Tu voulais rajouter quelque chose ?
18:11Oui,
18:12juste une chose
18:13parce qu'il y a une petite bataille
18:16qui se mène
18:16effectivement actuellement
18:17puisque Yuval Abraham,
18:18donc un des réalisateurs du film
18:20a annoncé qu'en ce moment
18:21ils essayent de faire passer
18:23le film
18:23dans les salles de cinéma
18:25israéliennes
18:26ce qui n'est pas gagné d'avance
18:28pas tant
18:29de ce que j'en sais
18:30et pas tant
18:31par le refus
18:32de certains directeurs
18:33de salles
18:34mais par les menaces
18:35par les pressions
18:36qui sont exercées
18:38un peu comme à l'époque
18:40du film de Scorsese
18:41à Paris
18:43où les délices
18:44bien pensantes
18:45catholiques
18:45étaient venus à Saint-Michel
18:47à Saint-Denis-le-Cinéma
18:48pour empêcher les films.
18:52Il y a une vraie question
18:53qui se pose
18:54ça montre
18:55combien ce film
18:56pose une question
18:57je ne dirais pas existentielle
18:58mais une question
18:59qui est quand même
19:00très très profonde
19:01pour l'ensemble des Israéliens
19:02qu'ils soient juifs
19:03ou non
19:04mais particulièrement
19:05pour les juifs d'Israël
19:06sur ce qui se passe actuellement
19:07et sur l'avenir de leur pays.
19:09Oui tout à fait
19:10et donc juste pour
19:11à titre informatif
19:12parce que vous vous demandez
19:12peut-être pourquoi
19:13ils ne sortiraient que
19:13sur deux jours en France
19:15c'est parce que
19:16comme ils doivent sortir
19:16ensuite gratuitement
19:17sur Youtube
19:18il y a un système
19:19qui s'appelle
19:20la chronologie des médias
19:20en France
19:21qui fait que
19:21s'ils sortaient vraiment en salle
19:23sur une sortie classique
19:25c'est-à-dire
19:25sur une semaine
19:26voire plus
19:26et bien ils seraient ensuite
19:28bloqués en VOD
19:28pendant plusieurs mois
19:30donc là l'idée étant
19:31de sortir assez rapidement
19:32de manière gratuite
19:33pour que le plus grand nombre
19:34puisse le découvrir
19:36et bien il sort uniquement
19:38sur deux jours
19:38c'est une sortie exceptionnelle
19:39et je vous invite
19:40à aller le voir
19:41dès qu'il sort
19:41tout à fait
19:42merci beaucoup Pierre
19:43de nous avoir parlé de NASA
19:45et puis on se retrouve
19:46à la prochaine
19:47sur la chaîne de l'Humanité
19:48salut
19:54Sous-titrage Société Radio-Canada
19:56Sous-titrage Société Radio-Canada
19:58Sous-titrage Société Radio-Canada
20:00Sous-titrage Société Radio-Canada