00:01Est-ce qu'on parle de course à l'échalote ou de se marquer à la culotte ? On ne
00:05sait pas trop.
00:06Toujours est-il que les Républicains ont décidé de prendre par rapport au Front National sans doute une sorte de
00:13longueur d'avance dans la surenchère sécuritaire.
00:16C'est ainsi que mardi, dans leur réunion, ils ont proposé comme mesure phare la création de 20 000 places
00:23de prison.
00:23On peut se dire que c'est un peu pauvre comme vision de l'avenir et en tout cas ça
00:29signe d'une certaine manière une forme de renoncement quand bien même cette mesure apparaît offensive.
00:33Pourquoi renoncement ? Tout simplement parce que ça veut dire que quand on ne songe en premier lieu qu'à
00:38créer de nouvelles places de prison,
00:40ça veut dire qu'on a renoncé à changer les conditions sociales, morales qui est dans un pays qui fait
00:48que beaucoup de gens se retrouvent en prison.
00:50Ça veut dire qu'on a renoncé à une politique des quartiers, ça veut dire qu'on a renoncé ne
00:54serait-ce même qu'à la prévention, à la mise en place d'éducateurs, au rôle des associations, etc.
01:00Donc c'est un renoncement.
01:01En plus de ça, il faut se rendre compte que la création de nouvelles places de prison, c'est justement
01:08une sorte de pari négatif sur l'avenir.
01:13C'est Martwen qui disait « Celui qui ouvre une prison doit savoir qu'on ne la fermera plus. »
01:19Mais dans cette surenchère sécuritaire, il y a une autre question qui paraît moins évidente, peut-être plus subtile,
01:27qui est la volonté de créer un grand ministère de l'Intérieur qui engloberait l'administration pénitentiaire.
01:35Qu'est-ce que ça veut dire ?
01:36Ça veut dire que normalement l'administration pénitentiaire, c'est-à-dire l'exécution des peines, relève de la justice
01:41et du contrôle de la justice.
01:43Confier à l'administration pénitentiaire ou au ministère de l'Intérieur, ça veut dire que l'exécution des peines va
01:50relever en dernière instance de la police.
01:53Alors il y a là un glissement qui est très important et au fond très grave.
01:57Parce que le principe de la séparation des pouvoirs, il est au cœur des démocraties.
02:01Tous les régimes dictatoriaux ont voulu brouiller les frontières entre justice et police.
02:07Et je vais finir là par cette citation d'Albert Camus qui disait dans « Les Justes » en 1949,
02:15« On commence par vouloir la justice, ou tout au moins on dit qu'on commence par vouloir la justice,
02:20et on finit par organiser la police. »
02:23Sous-titrage Société Radio-Canada