00:00Tout ça pour ça. 15 jours d'intermoiements, de faux-fillants, d'arguments selon lesquels le chef de l'État
00:07prenait son temps, tenait à rester le maître des horloges, etc.
00:11Tout ça pour ça et finalement on a le sentiment que ce n'est pas la montagne qui accouche une
00:16souris, mais tout au plus une topinière qui accouche une souris.
00:19Pourquoi ? Parce que finalement ce nouveau gouvernement, c'est pratiquement un gouvernement de second couteau.
00:26On voit bien qu'il a fallu préserver des équilibres, un modem par-ci, un ancien républicain par-là, un
00:33petit peu de gauche, un petit peu d'ancien PS,
00:36et puis surtout les primes accordées aux élèves méritants du macronisme.
00:42Christophe Castaner obtient enfin le ministère de l'Intérieur dont paraît-il il avait fait, je dirais, un enjeu pour
00:49lui et à la tête de la République en marche.
00:53Donc tout ça donne vraiment un sentiment de bricolage, d'équipe très resserrée où les figures, les grosses pointures sont
01:00totalement absentes.
01:02En plus on peut se poser des questions par rapport à certaines personnalités.
01:05Prenons par exemple Franck Riester au ministère de la Culture, dont on pense que ce ministère a été illustré par
01:12André Malraux,
01:12mais aussi même si on n'était pas forcément d'accord avec lui, avec un Jack Lang qui venait du
01:17monde de la culture,
01:18qui avait passé à portant de ce point de vue-là, eh bien Franck Riester, désolé, mais enfin Franck Riester,
01:23on n'a rien contre lui en tant que personne,
01:25mais c'est quelqu'un qui a fait des études de gestionnaire, qui est un gestionnaire,
01:28et dont la profession avait été finalement de s'occuper de la concession automobile de ses parents.
01:33Donc c'est un politique, certes, un politique républicain qui a évolué vers En Marche,
01:38vers une certaine bienveillance, comme on dit vis-à-vis d'Emmanuel Macron,
01:42mais à quel titre est-il ministre de la Culture ? On n'en sait rien.
01:44C'est le cas pour d'autres. Par exemple, Emmanuel Vargon, c'est une diplômée de HEC,
01:49et elle était directrice des affaires publiques du groupe Danone,
01:53dont vient d'ailleurs Muriel Pénicaud. C'est assez singulier, d'ailleurs, la présence du groupe Danone
01:57dans l'entourage d'Emmanuel Macron, mais bon.
02:00Donc voilà, c'est un gouvernement visiblement sans relief.
02:04Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire tout simplement qu'Emmanuel Macron,
02:08qui se réclamait d'une présidence jupitérienne, est en fait un Jupiter au pied d'argile.
02:14C'est-à-dire qu'en dehors de son élection, je dirais, de l'illusion lyrique qu'il a entourée,
02:19même si au fond, au premier tour, il n'était qu'à 23%,
02:22en dehors du fait qu'il a cette majorité parlementaire écrasante,
02:27élu sur son nom, pour lui, en dehors de son clan,
02:32qu'est-ce qu'il y a véritablement comme ambition politique autour d'Emmanuel Macron,
02:37à part Emmanuel Macron lui-même ?
02:39Et donc, on a vraiment l'impression du gouvernement d'un clan, resserré,
02:44cherchant en vain des appuis.
02:46Si on avait eu le sentiment, après l'élection présidentielle,
02:50qu'il avait fracturé la droite et la gauche,
02:53et qu'il n'avait qu'à faire son marché parmi les uns et les autres
02:57pour trouver des grosses pointures politiques,
02:58eh bien, on se rend compte que ce n'est pas le cas.
03:01Donc, voilà, ce gouvernement resserré.
03:03Mais en même temps, ce qui est inquiétant,
03:05c'est qu'il pense poursuivre cette même politique,
03:07parce qu'au fond, c'est de ça qu'il s'agit.
03:09Il s'agit simplement de poursuivre dans le même sens.
03:11Alors, peu importe, d'ailleurs, de ce point de vue, le remaniement,
03:15il n'y aura pas d'incidence sur le fil suivi par Emmanuel Macron.
03:18Et pour, je dirais, caractériser ce fil,
03:21alors qu'on parle du budget, alors que le budget est en cours de discussion à l'Assemblée,
03:25il y a quand même ces chiffres effarants.
03:29Actuellement, les 20% les plus pauvres vont perdre du pouvoir d'achat,
03:34alors que ceux qui sont les grands gagnants de ce qui s'est passé depuis le début du quinquennat,
03:39ce sont les hyper-riches qui, eux, voient leur revenu progresser de 17%.
03:43C'est une injustice fondamentale.
03:45On a dit dès le départ, souvent, qu'Emmanuel Macron était le président des riches.
03:49Les chiffres sont là. Emmanuel Macron est le président des riches.
03:52Et la théorie, je dirais, selon laquelle l'argent des riches allait profiter à l'emploi,
03:58elle est caduque aujourd'hui.
03:59Il n'y a aucune progression sur le plan de l'emploi.
04:02Il n'y a pas davantage d'investissement, etc.
04:03Donc, on est là dans une situation, je dirais, problématique,
04:07parce qu'on entendait ce matin sur France Inter,
04:10Amélie de Montchalin, vice-présidente du groupe La République en Marche à l'Assemblée,
04:15nous expliquait que oui, mais les pertes de pouvoir d'achat des plus modestes
04:19allaient être compensées par le reste zéro pour les lunettes, etc.
04:22Mais tout ça n'est pas en place.
04:23Tout ça, c'est à échelle fin 19, 2020, etc.
04:27Donc, le discours d'Amélie de Montchalin, parfaitement rodé,
04:32finalement, c'était de la pure langue de bois bien polie.
04:35Voilà. Alors, le problème, eh bien, posons-le clairement.
04:38Le problème, c'est qu'effectivement, le matronisme montre ses limites.
04:41Mais il va durer. Il va durer, pourquoi ?
04:43Eh bien, parce qu'on voit mal les alternatives.
04:45Et au fond, c'est sur cette question qu'on a envie de terminer.
04:49Est-ce que tous les hommes et les femmes de gauche,
04:53tous ceux qui sont attachés au progrès social, à la démocratie,
04:56ils doivent sincèrement se regarder eux-mêmes,
04:58se regarder entre eux, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on fait.