00:00Retour en France avec la suite de ce plateau, avec un échange avec Patrick Werner et Pierre-Henri Lab.
00:08Pierre-Henri Lab, bonjour.
00:10Bonjour.
00:10Vous êtes journaliste au service social de l'humanité et Patrick Werner, vous êtes un responsable syndical CGT chez Nokia.
00:18Plus de 1200 suppressions d'emplois projetées chez Nokia.
00:22Et en même temps, on l'a vu, des formes nouvelles un peu de contestation, de manifestation.
00:29On a vu des salariés qui ne se laissent pas faire, n'est-ce pas Pierre-Henri ?
00:32Alors Patrick, pour commencer, peut-être pour nos spectateurs, qu'est-ce que c'est que Nokia Alcatel en France
00:40?
00:40Qu'est-ce que ça produit ? Combien ça emploie de personnes ?
00:43Alors Nokia en France, effectivement, c'est un équipementier de télécom.
00:50C'est l'ancien Alcatel Lucent qui a été racheté par Nokia en 2016.
00:57Et actuellement en France, c'est dans les 5000 personnes et sur plusieurs filiales.
01:04Donc la filiale Alui, celle dont il est question aujourd'hui, est la plus importante avec 3700 personnes.
01:10Et répartie sur deux sites.
01:13Le site de l'Agnon avec 750 personnes, un lieu historique des télécoms.
01:19Et le site de Nokia Paris-Saclay, près de Saclay, près de Marcosi.
01:26D'accord.
01:27Et donc vous produisez pour la téléphonie, vous m'avez dit.
01:30Oui, alors c'est un groupe de télécommunications.
01:34En France, on est tourné essentiellement vers les réseaux mobiles, c'est-à-dire la 4G, la 5G.
01:44Donc les antennes qui relaient nos appels de téléphone.
01:47Voilà, c'est essentiellement l'accès radio.
01:50Et il y a également une activité plus modeste, mais importante aussi,
01:54dans les logiciels dédiés aux opérateurs de télécom pour gérer leur réseau.
01:59D'accord. Alors qu'est-ce qui se passe chez Nokia, Patrick ?
02:02Alors chez Nokia, depuis le rachat d'Alcatel par Nokia, en 4 ans,
02:09on a eu 3 plans de suppression d'emplois qui ont vu dégager 1200 postes.
02:16Et là, ils nous en mettent un quatrième avec 1233 suppressions d'emplois.
02:22Ils vont concerner tous les sites ?
02:25Alors, ces 1233 suppressions d'emplois,
02:30concernent plus de la moitié du site de l'Agnon.
02:32C'est pour ça que nos camarades lagnonnais sont très inquiets.
02:36Et puis 800, donc, sur le site parisien.
02:39D'accord.
02:40La direction dit qu'on a des difficultés économiques.
02:44C'est pour ça qu'on licencie.
02:47Vous, qu'est-ce que vous en pensez ?
02:49Alors, la direction de Nokia, depuis le rachat, a versé 5,7 milliards d'euros aux actionnaires.
03:04Ce qui a fait baisser la trésorerie nette, qui n'est pas négative.
03:10Et c'est tout le temps la même chose.
03:12Et ils harquent la concurrence avec Ericsson, parce qu'on est au même niveau qu'Ericsson.
03:17On est les deuxièmes ou troisièmes mondiaux.
03:21Et c'est tout le temps.
03:23Il faut réduire les coûts.
03:26Vous m'avez parlé aussi du crédit impôt recherche.
03:30Vous m'avez dit que le CICR, c'est une manne financière pour Nokia.
03:34Alors, oui.
03:36Moi, j'ai vu le chiffre de 280 millions d'euros pour le crédit impôt recherche.
03:39C'est ça. Il y a 280 millions d'euros qui ont été soutenus via la filiale française, à lui,
03:45à l'État français.
03:46Parce qu'ils font la comptabilité de telle manière que, structurellement, ils mettent la filiale en déficit.
03:54Et donc, ils touchent directement le crédit impôt recherche, c'est-à-dire nos impôts.
03:59Et ça va directement en Finlande.
04:04La ministre...
04:05Oui, juste, dans l'humanité, parce que vous l'avez évoqué,
04:09et dans l'humanité, l'un des cadres de Nokia nous expliquait qu'en fait,
04:13ils ont l'impression de vivre PSE sur PSE,
04:17d'être à cheval, en fait, sur plusieurs PSE à chaque fois.
04:20C'est aussi le sentiment que vous avez ?
04:22Tout à fait. Ils viennent de lancer le nouveau PSE en juillet.
04:28Juste à la fin, ça coïncidait avec les engagements qu'ils avaient pris envers Emmanuel Macron
04:34à l'époque du rachat, quand il était ministre des Finances.
04:38Alors que le PSE 3, il est encore en cours.
04:42On a encore 150 départs qui sont prévus jusqu'à la fin de l'année.
04:47Les PSE se recouvrent les uns les autres.
04:50Il y en a un qui n'est pas fini, qu'ils en lancent un autre.
04:54Quatre en cinq ans.
04:57La ministre déléguée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, a dit que c'était un plan inacceptable.
05:04Vous vous sentez donc soutenu par le gouvernement ou pas ?
05:07Merci.
05:09Alors, quand il y a eu l'annonce du plan en juillet, le ministère a crié que ce n'était
05:19pas normal,
05:19qu'il fallait que Nokia revoie sérieusement sa copie.
05:23Ensuite, les vacances sont passées.
05:26Et là, Mme Pannier-Runacher est allée à l'Agnon.
05:30Elle a fait des déclarations.
05:32Elle a dit qu'elle allait voir M. Pekka Lundmark,
05:35qui est le nouveau PDG qui a remplacé Rajiv Suri en août, au 1er août,
05:43pour faire le point avec lui, puis qu'il apprécie la situation selon lui.
05:50Et malheureusement, elle nous a un peu inquiétés,
05:52parce qu'elle a dit aux camarades de l'Agnon qu'il y aurait un avenir dans le Trégor,
05:58avec ou sans Nokia.
06:00Donc en laissant déjà un petit peu mou du genou pour défendre les emplois dans les télécoms,
06:06qui sont quand même un secteur stratégique selon le gouvernement lui-même,
06:11parce qu'il n'a que le mot « souveraineté télécom » à la bouche depuis des années.
06:15Pourquoi c'est important, cette souveraineté télécom que vous défendez ?
06:20Pourquoi c'est important, la souveraineté télécom ?
06:24C'est quand même un secteur éminemment stratégique.
06:30Tout le monde sait, par exemple, ce que les Américains font pour contrer le leader,
06:37qui est le chinois Huawei.
06:39Oui, s'ils le font, c'est parce que c'est stratégique pour la nation.
06:47Ce qui se joue finalement dans votre lutte, c'est défendre un acteur européen des communications.
06:55Il n'y a plus que deux acteurs européens.
06:58Il y a Ericsson et Nokia, qui sont à peu près 50-50.
07:01On a le même chiffre d'affaires, Ericsson étant uniquement sur le mobile, les téléphones mobiles.
07:09Et Nokia est un portefeuille beaucoup plus large avec les routeurs et la transmission optique.
07:18Peut-être la dernière question, puisqu'il va être le temps de conclure.
07:22Pierre-Henri, une dernière question ?
07:23Est-ce que vous avez des échéances prochaines, de nouvelles manifestations, de prévues ?
07:29Une nouvelle journée d'action, peut-être ?
07:31Oui.
07:31Donc après, on a fait une belle manifestation à Paris.
07:35En juillet, il y en a eu une très importante à Lagnon, avec la population du Trégor qui a suivi.
07:41Et les camarades de Lagnon ont lancé une opération silhouette pour symboliser les 400 suppressions d'emploi qu'il y
07:51a sur leur site.
07:52On va leur emboîter le pas et on se propose d'aller faire une manifestation à Lagnon, ensemble, en plantant
08:01nos silhouettes sur une plage en Bretagne ou devant la préfecture, je ne sais pas encore.
08:06Et puis ensuite, une nouvelle manifestation à Paris.
08:09Et j'imagine que 1200 silhouettes sur une plage de Bretagne, ça va faire causer.
08:15Merci Patrick Werner d'être venu témoigner de la lutte des Nokia.
08:19Sans transition, comme on dit à la télévision, on passe à une séquence bien plus musicale.
08:24On va vous diffuser un concert historique, celui d'Iggy Pop.
08:29Alors, Iggy Pop, on ne peut pas dire que c'est un habitué de la fête de l'humanité, n
08:33'empêche qu'il est venu en 2017, quand il avait 70 ans.
08:36Nous, on va vous diffuser le concert de 2007, lorsqu'il avait 60 ans.
08:41Et vous allez constater qu'à 70 ans comme à 60 ans, l'Iguane est encore au top.