- il y a 12 heures
Reprise du direct avec Loïc Pen, médecin urgentiste à l’hôpital de Creil (Oise). A la veille du 2 juin, le point sanitaire et les mesures de déconfinement, analyse et décryptage du Ségur de la santé, préparation de la journée nationale d’action pour l’Hôpital le 16 juin. Retrouvez le premier Live ici : https://www.facebook.com/humanite.fr/videos/658831038004743/?vh=e&d=n
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NewsTranscription
00:00Loïc Paine, rebonjour. On reprend notre direct...
00:05La censure de l'humanité, c'est terrible.
00:08Pardon, je n'ai pas entendu.
00:09J'ai vécu la censure de l'humanité, c'est terrible.
00:12Oui, c'était une censure directe et sans appel.
00:15Bon, désolé à tous ceux qui nous suivaient, je vois que vous revenez petit à petit.
00:19On a été coupé net dans notre live, donc on va le reprendre maintenant.
00:26Alors, on a abordé ensemble le point sanitaire en ce 1er juin, le déconfinement du 2,
00:33c'est-à-dire demain, toutes les mesures qui ont été annoncées, on en a parlé.
00:37Donc ça, vous pouvez le retrouver dans le live précédent.
00:40On a parlé également du Ségur de la santé.
00:43Vous nous avez fait un décryptage extrêmement précis de ce Ségur de la santé.
00:51Et on en était à parler de la préparation du 16 juin.
00:54Donc le 16 juin, c'est la grande journée d'action nationale pour l'hôpital public
01:00et qui revêt des enjeux très importants, pas seulement pour l'hôpital.
01:05Donc on en était là.
01:06Je vous redonne la parole.
01:07Encore une fois, désolé à tout le monde pour cette coupure.
01:10On continue ce direct tous ensemble.
01:12N'hésitez pas à nouveau à le commenter, à le partager, à poser votre question.
01:18On est en direct avec Loïc Pen et on espère que cette fois, on ne sera pas coupé
01:22et qu'on va pouvoir continuer à discuter tous ensemble.
01:26Pourquoi cette censure ?
01:28La honte, Jocelyne, ce n'est pas du tout une censure.
01:30C'est juste une coupure technique.
01:32On a été coupé techniquement.
01:34Voilà.
01:35Et on reprend.
01:36Et on reprend.
01:48C'est ce qui dit.
01:51Donc, comment ça se prépare ?
01:53Déjà, bon, j'ai du mal à reprendre, évidemment, mais oui, non, c'était un accident.
01:58Voilà, ce n'était pas prévu.
02:00Donc, là, c'est en train de se préparer dans les territoires, finalement.
02:06Hôpitaux par hôpitaux, les gens sont en train de voir comment ils interviennent.
02:09Alors, ce qu'on sent, par contre, c'est qu'il y a beaucoup de gens
02:13qui ont cette date en tête et qui vont venir.
02:15Donc, on a beaucoup plus parce qu'on commence à recenser dans les hôpitaux
02:20les gens qui vont participer.
02:21On le fait à chaque fois.
02:23On est sur des niveaux rarement atteints de mobilisation,
02:26de gens qui annoncent qu'ils vont venir.
02:29Donc, c'est en train de se préparer comme ça parce qu'il faut tout simplement
02:34réfléchir aux moyens de transport.
02:36Dans l'Oise, nous allons monter sur une manifestation parisienne.
02:39Donc, évidemment, c'est des bus.
02:41Et vu les contraintes sanitaires,
02:45ce sera une phase sur deux.
02:46Donc, on est en train de réfléchir vraiment à comment on fait monter
02:49le maximum de personnes.
02:50Et puis, il y aura des initiatives locales.
02:52Alors, nous, évidemment, l'Oise, on est proche de Paris.
02:53Mais je discutais sur une réunion avec un camarade d'Avignon.
02:59Eux, ils vont manifester sur Avignon.
03:01Donc, il va y avoir des manifestations délocalisées.
03:05Il va y avoir une manifestation parisienne.
03:06Et de toute façon, même nous, on va avoir des initiatives locales.
03:11Déjà, on est en train de les avoir puisqu'on prépare ce rendez-vous
03:14avec des initiatives qu'on a appelées les Mardis de la colère,
03:17où la semaine prochaine, il y aura des neufs à Creil.
03:23Il y en a déjà eu à Beauvais.
03:25Il y aura des initiatives.
03:27Je ne sais pas encore pour Compiègne.
03:28Ça va, c'est mon secteur.
03:30Donc, on a déjà des choses qui sont en train de se passer.
03:32Des contacts se prennent aussi entre organisations,
03:35mais avec des élus qui souhaitent participer,
03:38avec des citoyens.
03:40Alors, pour l'instant, beaucoup dans la coordination
03:42des comités de défense en ce qui nous concerne.
03:44Mais on veut toucher finalement tous ces gens
03:48qui ont applaudi les soignants,
03:49ont mis des banderoles du fric pour l'hôpital public
03:53à leur fenêtre.
03:55Ça va être le moment de le dire,
03:56parce qu'on a bien compris que si on laisse enronner le Ségur,
03:59on va avoir un enterrement de première classe
04:01du fameux nombre d'après.
04:03C'est ça qui va se passer.
04:04Parce que rien ne change au Ségur.
04:09Ça ressemble quand même à ça.
04:10Et donc, il y a besoin d'un véritable rapport de force
04:12que les citoyens s'expriment sur ce qu'ils ont pu dire
04:15pendant cette période de confinement.
04:17Et puis, que les professionnels de santé, eux aussi,
04:20alors eux, c'est en train de se faire,
04:22expriment clairement leur colère
04:24et les revendications que nous portons.
04:27Donc, ça se prépare localement.
04:28Il y aura des initiatives locales
04:29et on converge sur un rassemblement parisien.
04:31Et on appelle non seulement les élus
04:34ou les organisations politiques
04:35qui se sont impliquées sur le sujet de la santé.
04:39Moi, je n'oublie pas que j'ai reçu l'habit
04:41des parlementaires communistes
04:42qui avaient fait leur tour de France d'hôpitaux à Creil.
04:45C'était Fabien Roussel qui était venu sur notre hôpital.
04:48Donc, voilà, on sait qu'on va en trouver certains.
04:52J'ai des élus socialistes sur le bassin
04:54qui sont prêts aussi à s'investir sur ces questions-là.
04:57On va essayer de rassembler le plus largement possible
04:59parce qu'en effet, c'est un enjeu de civilisation.
05:04Que voulons-nous pour les services publics ?
05:06Que voulons-nous sur l'utilisation finalement de l'argent public ?
05:09Est-ce que ça sert à donner des concessions privées de la rentabilité
05:12ou est-ce que ça sert à satisfaire les besoins de la population ?
05:15On est à ce niveau-là de débat.
05:17Et donc, oui, il y a besoin d'un grand rapport de force.
05:19On est en train de le construire.
05:21Ça prend une bonne voie.
05:24Mais il faut encore faire connaître cette date.
05:28Faire que ça commence à être bien perçu, bien connu
05:30dans les hôpitaux chez les professionnels de santé.
05:33Il faut que ça explose vers les gens qui ne sont pas des professionnels de santé
05:39parce que beaucoup ont réalisé la catastrophe
05:44que les politiques libérales avaient fait subir à l'hôpital.
05:48C'était perçu.
05:49On avait déjà de la sympathie dans le mouvement
05:50qui a duré depuis un an de l'hôpital.
05:53Mais là, la vision a changé.
05:56Les gens se sont rendus compte que ce n'est pas seulement de la sympathie,
05:59c'est de l'action parce que l'enjeu, il est maintenant crucial,
06:02rapide et on voit avec le bar atteint de ce Ségur
06:06qu'il ne faut pas laisser engronner les choses.
06:09Il faut vraiment intervenir.
06:12Alors, on a un message de Lou qui nous dit
06:15« Tout le monde dehors, sans exception ».
06:18Ça nous fait penser, lors du dernier live,
06:20on en avait parlé ensemble,
06:23« Quid des gilets jaunes »,
06:25grand mouvement de ces derniers mois, de ces dernières années.
06:30Et on l'a vu, des convergences importantes
06:33avec les problématiques de l'hôpital.
06:35Alors, est-ce que, et on le disait la dernière fois,
06:39les gilets jaunes ont toute leur place,
06:41évidemment, dans cette journée nationale d'action du 16 juin.
06:45Quelle forme cela va-t-il prendre ?
06:47On ne sait pas encore, c'est ce que vous nous dites.
06:49Mais vraisemblablement, il y aura des actions locales,
06:52donc partout en France.
06:54Il y aura certainement aussi, donc,
06:56une manifestation nationale à Paris, c'est ça ?
06:59Oui, bien, c'est sûr.
07:01C'est sûr, il y a une manifestation nationale à Paris.
07:04Voilà, c'est des trajets que je n'ai pas encore en tête,
07:06mais la décision, elle est actée.
07:10Et il y aura des manifestations dans d'autres grandes villes.
07:13Donc, non, non, les choses sont claires.
07:15Et puis après, en ce qui concerne les gilets jaunes,
07:17moi, à chaque fois, alors je l'avais dit la dernière fois,
07:19je ne différençais pas les gilets jaunes et les gilets rouges.
07:22Je veux dire, on se retrouve partout ensemble.
07:25C'est quand même une réalité.
07:27Quand il a fallu défendre la maternité,
07:29les gilets jaunes étaient là.
07:31Quand il y a eu des manifs sur l'hôpital,
07:33les gilets jaunes étaient là.
07:34Et je ne vois pas pourquoi ils ne seraient pas encore là.
07:36Ils ont non seulement toute leur place,
07:37mais ils sont partis de la construction de ce mouvement.
07:40Parce que ce qu'ils ont été capables,
07:42avec leur mouvement, de remettre sur le devant de la scène,
07:45c'est des choses que nous, on disait,
07:46depuis des années et où on n'était souvent plus audibles.
07:50Ils ont été capables de les rendre de nouveau audibles,
07:52de remettre des sujets sur la table
07:53qui, malheureusement, n'étaient plus abordés.
07:56Donc, ils sont partie prenante du rapport de force.
07:59Ils ont aidé à créer ce rapport de force.
08:02Ils ont préparé ce qui est en train aussi d'arriver.
08:05Ça ne minimise pas la place des syndicats.
08:07J'en fais partie, je tiens à des organisations de salariés,
08:10à la démocratie sociale.
08:11Ce sont des choses complémentaires.
08:14Et donc, oui, ils vont être là,
08:16mais je ne fais même pas d'appel.
08:17C'est une évidence qu'ils vont être là,
08:19avec leur propre rapport.
08:21Parce qu'on va avoir besoin de toutes les voies
08:24pour construire, finalement, non seulement le rapport de force,
08:27mais y compris la proposition politique,
08:31politique au sens large du terme,
08:33de la gestion de la cité,
08:35qu'on veut porter sur l'hôpital et les services publics.
08:39Alors, on a tout de suite un commentaire d'Alizé qui nous dit
08:42« Espérons que cette prise de conscience soit assez grande
08:44et assez forte pour réellement changer le cours des choses.
08:49Seulement, j'ai peur que la société se fracture en deux, encore,
08:52entre ceux qui n'ont pas vraiment été touchés par cette crise
08:55et ceux qui s'en sortent et les autres. »
08:59Alors, comment effectivement faire en sorte
09:01que tout le monde se sente concerné ?
09:03Peut-être que cette période de confinement
09:05et cette crise sanitaire très importante
09:08a fait que beaucoup de gens se sont finalement posé des questions
09:11sur la société dans laquelle on était
09:14et peut-être qu'un certain nombre de mûrissements ont eu lieu.
09:19Qu'est-ce que vous en pensez ?
09:21Le débat est toujours le même, finalement.
09:24Oui, les questions ont été posées.
09:26Est-ce que les réponses ont été apportées ?
09:27De toute façon, elles ne peuvent pas être figées et finies, les réponses.
09:30Mais c'est ça qu'il faut commencer à travailler.
09:32C'est-à-dire la co-élaboration, la réflexion commune sur ce que nous voulons
09:36et quels moyens nous nous donnons pour le mettre en place.
09:39Parce qu'il ne s'agit pas juste…
09:42Quand je vais manifester, ce n'est pas pour aller prendre l'air.
09:45Ça, je peux le faire sur un vélo.
09:46C'est pour porter une autre façon de faire les choses,
09:50sur l'hôpital là, en l'occurrence.
09:52Et ça, c'est un travail de co-élaboration.
09:55Les gens sont…
09:56Enfin, moi, je n'appelle pas les gens à faire les petits soldats derrière les soignants.
09:58J'appelle les gens à s'emparer des problématiques
10:01et eux-mêmes à formuler des propositions.
10:04Et on doit avoir un vrai débat.
10:06Pas un Ségur, une petite commission qu'enterrera les choses avec le gouvernement
10:10qui donne finalement la ligne à la sortie,
10:13mais un foisonnement démocratique.
10:14Et donc, j'avais dit, il faut remettre en place des assemblées citoyennes
10:18qui permettent de mettre toutes ces choses-là sur la table.
10:21Alors, ça prendra du temps, y compris pour l'instant,
10:23c'est compliqué avec les mesures sanitaires.
10:26Mais rien n'empêche de commencer,
10:28pour tous ceux qui sont les plus investis,
10:30qui ont commencé à entrevoir des propositions,
10:33à discuter avec les voisins, avec les amis, avec le collectif de travail.
10:36C'est comme ça qu'on bâtit les choses.
10:38Moi, j'ai souvenir de deux grands moments de débats politiques nationaux.
10:44C'était le traité de Matriche et plus encore la Constitution européenne.
10:48Ça avait été une vraie leçon sur le fait que tous les Français étaient devenus acteurs
10:54d'un grand débat, proposer des choses, analyser des choses.
10:58Eh bien, c'est presque à ce niveau-là qu'il faudrait aller.
11:01C'est-à-dire reprendre en main les choses de la cité,
11:03ne pas se contenter du pré-bouilly, du pré-maché
11:06qui nous est balancé tous les soirs à 20 heures,
11:10mais aller creuser sur le pourquoi, sur ce qu'on peut proposer,
11:13sur pourquoi, alors qu'on a un système qui nous a enviés par le monde entier,
11:17cette sécurité sociale, par les hommes américains aujourd'hui,
11:20on veut le casser à ce point.
11:22Et j'ai donné, moi, ce que je pense être les enjeux de ce système
11:26dans le live précédent du groupe, parce qu'il y a eu cette coupure,
11:29mais en effet, si on n'a pas en tête que c'est 500 milliards d'euros,
11:33la sécu, un budget d'État à 390, 392 milliards d'euros,
11:38on ne voit pas l'enjeu de ces gens qui veulent récupérer une part de ces richesses.
11:43Oui, on a réussi à redistribuer beaucoup de la richesse créée dans ce pays,
11:48tant mieux, c'est ce qui fait qu'on peut se soigner,
11:50c'est ce qui fait qu'on a une retraite,
11:51ce sont des choses violemment attaquées pour des questions de volonté,
11:56de prédation du capital accumulé.
11:59Et à un moment donné, si on n'arrive pas à comprendre ça,
12:02en effet, on reste entre petits gestionnaires de bonne compagnie
12:06pour voir comment on le fait.
12:07Il faut bien comprendre les enjeux.
12:09Et ça, c'est des débats qu'on doit avoir pratiquement dans toutes les familles,
12:13on n'en fait pas assez de politique, au bon sens du terme,
12:15pas de la politique aérie et de la petite bataille d'égo,
12:18mais vraiment réfléchir sur le fond à comment nous devons gérer notre société.
12:23Alors, je suis un peu grandiloquent quand je dis ça,
12:25mais le 16, ça porte un peu ça, c'est ça que ça doit porter,
12:28c'est cette volonté d'un rapport de force pour imposer d'autres choix de société,
12:33une autre logique qui permette aux soignants déjà de ne plus être dans la souffrance au travail,
12:41mais de pouvoir faire leur travail correctement,
12:43de ne plus se sentir maltraitant parce qu'on a des conditions qui sont dégueulasses pour les patients
12:49et ça nous atteint extrêmement fortement aussi.
12:52Et puis, pour les gens, d'avoir ce à quoi ils ont le droit,
12:55c'est-à-dire une prise en charge des qualités des besoins essentiels de la vie.
12:59Donc, le 16, le 16 juin, c'est très exactement dans 15 jours.
13:04Là, on est lundi, donc c'est lundi, pas de la semaine prochaine, mais de la semaine suivante.
13:08Donc, on a 15 jours, enfin, l'ensemble de la population.
13:12Pardon ?
13:13C'est le mardi 16.
13:14C'est le mardi 16 ? Ah bon, d'accord.
13:16OK. Donc, mardi 16, pardon.
13:18Bon, on vérifiera, mais en tout cas, lundi ou mardi, peut-être plutôt mardi, donc.
13:23Donc, c'est un appel à manifester avec les soignants, avec l'ensemble du corps hospitalier, partout en France.
13:31Et vous le dites, une convergence vers Paris avec une manifestation nationale.
13:37Donc, 15 jours pour préparer cette...
13:40Et des manifestations sur les grandes villes aussi.
13:42Et des manifestations sur les grandes villes.
13:44Donc, on peut imaginer qu'il y a des trains qui vont partir de province, des bus aussi qui vont
13:48monter de province vers Paris ?
13:50Ben, on est en train...
13:52Là, on a un peu de temps.
13:54On est en train de réfléchir à la logistique dans ce contexte très particulier de crise sanitaire.
13:58Parce que ce que je disais, nous, ce sont probablement des bus.
14:01Mais des bus, ça veut dire une place sur deux.
14:03Voilà.
14:04C'est ça qu'on nous demande.
14:06Et donc, ça veut dire aussi un vrai effort de l'organisation syndicale sur le pouvoir financier pour organiser ces
14:14transports de façon importante.
14:15Donc, voilà.
14:16Tout ça est en train de...
14:17Ça faisait partie...
14:19On a eu des réunions syndicales.
14:22Ça faisait aussi partie des sujets qu'on abordait.
14:24Parce qu'on veut organiser une manifestation qui soit safe.
14:29On est les premiers, les professionnels de santé, à dire respectons les mesures barrières et aussi sanitaires.
14:34On va le faire respecter aussi dans notre façon de manifester.
14:37Donc, tout ça est en préparation.
14:39Après, évidemment, si le gouvernement décidait de s'en prendre à la manifestation des soignants
14:43et nous nassait et nous empêchait d'avoir les mesures barrières nécessaires,
14:47on ne manquera pas de signaler leur irresponsabilité.
14:51Ça, par contre, il ne faut pas inverser non plus les problématiques.
14:55Alors, on a Françoise qui nous laisse à l'instant un commentaire qui dit
14:59« Oui, le 16 juin, la population doit être aux côtés des soignants pour défendre l'hôpital public
15:03et notre système de protection sociale.
15:05Un enjeu majeur de société. »
15:09Peu de messages avant... Enfin, quelques messages avant plutôt.
15:13On avait un message de Anna qui nous dit « Je suis américaine et en effet,
15:19il ne faut surtout pas prendre notre modèle.
15:22la sécurité sociale et l'hôpital français sont un trésor. »
15:26Donc, ce sont vraiment...
15:26Anna ne prend pas le modèle américain, on sait très bien.
15:29Et avec votre président de la République, enfin, votre président des États-Unis,
15:32on sait très bien que ça va s'aggraver.
15:34Si vous pouviez le dégager, d'ailleurs, ça nous arrangerait.
15:36Merci, Anna.
15:38Alors, le système américain de santé, justement, en quelques mots,
15:42c'est la caricature du système de santé totalement néolibéral.
15:48Qu'est-ce que vous pouvez en dire en deux, trois mots ?
15:51C'est un système de risque personnel.
15:53C'est-à-dire que ce sont des assurances.
15:55Alors, Obama, que je ne porte pas particulièrement dans mon cœur sur plein de choses,
15:59mais avait eu une démarche de care, en fait, d'assurance publique,
16:05mais qui a été balayée.
16:07Donc, on est sur une situation où, oui, vous pouvez aller aux urgences
16:10quand vous avez quelque chose de grave,
16:11mais dès qu'on vous a réparé l'essentiel,
16:14on passe aux devis pour la suite.
16:16Et là, vous avez les moyens ou pas.
16:18On peut toujours diagnostiquer le cancer,
16:20mais pour son traitement, ça va être un coût qui va être supporté
16:22par votre assurance si vous avez la chance d'en avoir une,
16:24ou si votre société en a pris une,
16:26puisque les grandes sociétés américaines mettent dans le package
16:30pour embaucher quelqu'un l'assurance maladie.
16:34Les individuels sont très chers.
16:36Et puis, si vous n'avez pas eu les moyens
16:37ou si vous avez arrêté vos cotisations d'assurance maladie
16:41parce que vous étiez au chômage,
16:43en ce moment, aux États-Unis, ça va être d'ailleurs une situation critique
16:46puisqu'il y a des millions d'Américains qui se sont recouvés au chômage,
16:49vous n'êtes plus nus.
16:50C'est-à-dire que si vous arrivez quelque chose, vous payez.
16:52Et si vous ne pouvez pas payer, tant pis.
16:54On est quand même dans un truc qui est de l'ordre de la gestion individuelle,
16:59comme si on ne faisait pas société,
17:01on n'avait pas un raisonnement collectif.
17:02Non. Nous, la démarche du modèle 47, ça a été de faire société
17:07et de collectivement assurer les risques de la vie.
17:11Voilà. Moi, je partage cette notion.
17:14Mais on n'est pas les seuls.
17:16Les Allemands avaient lancé ça.
17:19Les Américains, ça va être un sujet fort.
17:21C'était d'ailleurs un des éléments qu'apportait fortement
17:24la campagne de Bernie Sanders avant qu'elle s'arrête.
17:26Alors, quand vous dites « vous n'avez pas les moyens, vous payez »,
17:32vous devez vous soigner, vous payez.
17:34Mais c'est quoi ce « vous payez » ?
17:35En fait, ça chiffre en milliers d'euros.
17:38La moindre opération, le moindre soin à l'hôpital, ça coûte une fortune.
17:43Je vais vous donner un exemple très simple.
17:45J'ai eu l'occasion de soigner une patiente américaine qui était touriste.
17:51C'est un voyage en France.
17:53Il lui est arrivé un problème.
17:55Ça a quand même fini.
17:56C'est une intervention SMUR avec une intubation,
17:59avec un mis sous ventilateur, avec un passage en réanimation.
18:01Alors, je n'ai plus la facture en tête.
18:05Mais quand elle est sortie, il reste une dizaine de gens en réanimation,
18:11c'était une facture de 30 000 euros ou quelque chose comme ça.
18:15Entre ce qui lui avait été fait, le coût de la réanimation,
18:18c'était de cet ordre-là.
18:20Et ils ont fait le chèque.
18:21Voilà, ils ont fait le chèque.
18:26Imaginez-vous dans cette situation.
18:28C'est juste impossible.
18:29Alors après, c'est des gens qui avaient une assurance.
18:31Mais l'assurance ne prend pas, il n'y a pas de tiers payants.
18:36Certains n'auraient pas eu d'assurance.
18:38Et donc, ce serait mis sur des dettes, sur la paille,
18:41ils auraient mis la vie de leur famille en jeu sur les plans financiers.
18:44Parce que, voilà, c'est un système qui n'est pas admissible.
18:48Évidemment, il n'est pas question qu'on aille vers ça.
18:50On se dit, en France, ce n'est pas possible.
18:52On a cet acquis, machin.
18:53Les acquis, ils se défendent.
18:56Et d'ailleurs, ça s'appelle des conquis.
18:57Parce que ce n'est pas quelque chose qu'on a acquis,
18:59c'est quelque chose qu'on a réussi à conquérir.
19:01Et dans un contexte bien particulier.
19:04Mais depuis des années, c'est des coups de canif dans le contrat.
19:07Depuis des années, on a des déremboursements de médicaments.
19:09Et d'ailleurs, quand on dérembourse des médicaments,
19:12on ouvre un marché.
19:13On ouvre un marché aux assurances privées qui peuvent le rembourser.
19:16Quand on dérembourse un acte chez le médecin,
19:19on ouvre un marché.
19:19Quand on dérend, etc.
19:21On est en train d'ouvrir très largement
19:23le marché de la santé aux assurances privées.
19:27Ça devrait être un remboursement 100% sécu.
19:31Les assurances privées ne devraient pas y avoir de place.
19:33C'est exactement ce que je disais sur les actionnaires dans la santé.
19:36C'est la même problématique.
19:38Et tous ces petits déremboursements qui sont présentés comme
19:41« oui, mais c'est du confort ».
19:42Non, non.
19:43Ça sert à ouvrir les marchés.
19:44Il faut bien comprendre à chaque fois ce qui se fait.
19:46De la même façon, on ouvre l'hôpital public au privé
19:49qui vient s'installer.
19:50« Oui, mais il investit, vous comprenez. »
19:52« Non, vous pourrez le faire, nous. »
19:53Parce que le privé n'investit pas par volonté d'âme.
19:57Il investit pour gagner de l'argent.
19:58C'est son boulot.
19:59Et donc, c'est des recettes qui échappent aujourd'hui à l'hôpital public.
20:04En fait, ce sont les parties rentables de la santé.
20:06Si je puis dire comme ça, ce n'est pas joli.
20:08Mais qui sont aujourd'hui confiées au privé
20:11tandis que l'hôpital public socialise finalement les pertes.
20:15Voilà, on est sur toutes ces logiques.
20:18Donc, on a besoin de défendre très largement
20:21ce qu'est la sécurité sociale,
20:23de défendre aussi son financement.
20:24Parce que d'un côté, je vous dis,
20:26on fout des canifs dans le contrat,
20:29on ouvre des marchés de la santé
20:31dans l'hôpital public, dans les remboursements.
20:34Puis de l'autre côté, versant recettes,
20:36on déglingue la cotisation sociale.
20:39On nous dit les charges.
20:41Voilà, c'est un mot affreux, les charges.
20:43Il faut abaisser les charges.
20:44Non, on n'abaisse pas les charges.
20:46On abaisse du salaire.
20:47Parce que la cotisation sociale,
20:49c'est un salaire mutualisé.
20:50Ce sont des sommes qui vont aller abonder
20:52la sécurité sociale, qui sont préaffectées.
20:55Là, on ne peut pas nous les piquer.
20:56C'est à nous.
20:56Et elle nous revient sous forme de service.
20:59En supprimant ces fameuses charges
21:00qui sont des cotisations sociales et du salaire,
21:03qui étaient payées par l'employeur,
21:05on les fiscalise.
21:06Donc déjà, ce n'est plus le même qui paye.
21:07Quand on les fiscalise,
21:08c'est essentiellement le citoyen français
21:12qui les paye.
21:13Et puis surtout, elles ne sont plus aussi préaffectées.
21:15Elles passent par la fiscalité,
21:16donc par l'État.
21:17Les cotisations sociales ne passent pas par l'État.
21:19Elles sont affectées aux caisses de sécu.
21:21Quand ça passe par l'État,
21:23le contrôle de l'État se renforce.
21:24Au début de la création de la sécu,
21:26on n'avait pas un contrôle étatique.
21:27C'était les salariés eux-mêmes
21:28qui géraient la sécurité sociale.
21:30Aujourd'hui, c'est l'État
21:31qui fixe le niveau des dépenses de la sécu
21:33et qui a la main sur une partie de ses recettes.
21:36Je ne suis pas pour étatiser les changes
21:38pour que la gestion soit la plus démocratique
21:41et la plus collective possible.
21:42Il faudrait revenir à une gestion
21:44de la sécurité sociale par les assurés.
21:47On pourrait en passer des heures
21:48sur ces sujets-là.
21:50Oui, tout à fait.
21:51Déjà, on a abordé énormément de points.
21:54On le voit vraiment.
21:55Les enjeux de société sont énormes
21:56autour de cette bataille de l'hôpital public
22:00qui va trouver son point d'orgue
22:02dans une première date qui est le 16 juin,
22:05à laquelle chacun est appelé à participer,
22:08qu'on soit soi-même soignant
22:12ou qu'on soit simple citoyen
22:16depuis notre balcon et salarié.
22:19Enfin, tous ceux qui aujourd'hui
22:20ont à cœur de défendre...
22:23Pardon ?
22:24Il faudra descendre du balcon, là, Paul.
22:25Et il faudra trouver les formes
22:28dehors, dedans, de partout.
22:30La dernière fois, d'ailleurs, vous disiez
22:31qu'on peut aussi utiliser les réseaux sociaux
22:33pour faire passer des messages.
22:35Donc, toutes les formes sont certainement
22:38bonnes à prendre.
22:39Mais en tout cas, il faut une mobilisation générale
22:41de partout car le bras de fer est tendu.
22:45Il y a un énorme bras de fer, on le voit,
22:48avec des tensions très, très fortes
22:50sur ces enjeux-là.
22:52Et s'il n'y a pas une immersion totale,
22:55une intervention totale des citoyens,
22:58on ne pourra pas gagner.
23:00Vous ne pourrez pas gagner ce combat seul.
23:03Ça, c'est une certitude.
23:05C'est un combat très collectif.
23:07Le gain, c'est pour tous les citoyens français.
23:09Ce n'est pas pour un corps de métier.
23:11Nous le représentons parce que nous travaillons
23:13dans ce service public.
23:15Mais c'est vraiment un bien commun.
23:18Si on laisse faire les choses,
23:19quand tout sera privé, on sera privé de tout.
23:20C'était une belle formule,
23:22mais elle résume bien ce qui est en train de se passer.
23:24Bon, mais alors, c'est sur ces beaux mots,
23:26peut-être qu'on va se quitter pour ce double live,
23:29plutôt ce live en deux temps,
23:30ce direct en deux temps,
23:31avec la petite coupure technique au milieu.
23:34On vous invite toutes et tous à le partager.
23:37Pour ceux qui n'ont pas vu le premier live,
23:39allez-y.
23:39Il y a beaucoup d'éléments sur le point sanitaire,
23:42le déconfinement,
23:43mais aussi sur le Ségur de la santé,
23:45un décryptage précis.
23:47Et puis, on se donne rendez-vous certainement la semaine prochaine,
23:51à une semaine du 16 juin,
23:53pour un nouveau direct,
23:55pour répondre à vos questions,
23:57et puis faire le point sur la préparation
24:00de cette manifestation nationale,
24:02à Paris et dans toute la France.
24:05Non, on n'en sera plus sur les trajets,
24:07je pense, à ce moment-là.
24:08Voilà, on sera plus précis.
24:09D'accord.
24:10Merci beaucoup, Loïc Pen,
24:11et puis très bonne journée.
24:14À très bientôt.
24:15Au revoir, Nicolas.
24:17Et merci à toutes et tous
24:18d'avoir encore été présents.
24:20Et on vous dit à la semaine prochaine.
24:22Au revoir.
24:22Sous-titrage Société Radio-Canada