- il y a 8 minutes
Après le dîner de Marine Le Pen avec la fine fleur du CAC 40, c’est Jordan Bardella qui a été invité à la table du Medef, selon France Inter. Un énième exemple du rapprochement à bas bruit entre le grand patronat et l’extrême droite. Décryptage avec Anthony Cortes, Florent Le Du et Naïm Sakhi.
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0:00 Intro
1:11 Comment voir ce rapprochement ?
9:32 Les intérêts du Medef avec le RN
12:16 L'arnaque sociale du RN
19:54 Patronat : quelle position sur l'immigration ?
25:30 Patrons : des voix s'élèvent-elles contre l'extrême droite ?
33:50 Les pressions sur le RN
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19:54 Patronat : quelle position sur l'immigration ?
25:30 Patrons : des voix s'élèvent-elles contre l'extrême droite ?
33:50 Les pressions sur le RN
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00:01Entre le patronat et l'extrême droite, c'est une affaire qui roule quasiment une romance.
00:06Après le déjeuner entre Marine Le Pen et un aéropage de grand patron, c'était début avril,
00:12Jordan Bardella est attendu à la table du bureau exécutif du MEDEF, ce sera le 20 avril.
00:18Le président du parti pourra donc échanger avec les chefs des plus puissantes fédérations du MEDEF,
00:23de la banque, de l'assurance, du bâtiment, des travaux publics, du commerce, de la métallurgie,
00:27et j'en passe, un signe supplémentaire d'un rapprochement net entre le patronat et le Rassemblement National,
00:34d'autant que ce sera une première.
00:37Jamais l'extrême droite n'avait eu droit à cet honneur officiel auparavant.
00:41Alors faut-il prendre cela comme une façon de légitimer les héritiers du Front National ?
00:46On va en parler avec Florent Ledue.
00:48Salut Flo, bonjour.
00:49Tu es journaliste à la rubrique politique, spécialiste de l'extrême droite,
00:54et on est aussi avec Naïm Saki.
00:56Salut Naïm.
00:57Salut.
00:57Tu es journaliste à la rubrique Capital Travail,
01:00et spécialiste notamment des mouvements syndicaux et aussi patronaux.
01:03Donc voilà, on va rejoindre les deux sujets, l'angle politique, l'angle plus économique.
01:12Alors d'abord, peut-être pour commencer, Flo, je me tourne vers toi.
01:14Comment est-ce qu'on peut interpréter ce dialogue ouvert et assumé entre le patronat et le RN ?
01:22Il y a des enjeux forcément très différents pour les deux parties.
01:27Je pense que d'un côté, c'est l'histoire d'un renoncement, voire d'une compromission.
01:33Donc ça, c'est pour le patronat qui a renoncé à combattre les idées d'extrême droite depuis un petit
01:38moment quand même.
01:40Et de l'autre côté, c'est quand même un petit peu une victoire pour le RN qui, jusqu'à
01:462022, n'arrivait pas à décrocher des rendez-vous avec des patrons.
01:52Alors pourquoi c'est important, pourquoi c'est un enjeu important pour le RN ?
01:57Déjà, lors des fêtes à la présidentielle de 2022, ce qui est identifié pour passer le cap au sein du
02:06parti, c'est d'une part de sortir d'une espèce d'isolement,
02:10de briser définitivement le cordon sanitaire qui est déjà commencé à s'effriter, sortir de l'isolement vis-à-vis
02:18des partis.
02:19Ça a été un peu fait avec Eric Ciotti en 2024, et sortir de l'isolement vis-à-vis des
02:26élites économiques.
02:28D'autant qu'en 2022, le MEDEF, je crois qu'ils attendent l'entre-deux-tours, appelle à voter contre
02:37le Rassemblement national
02:38en disant que le programme économique de Marine Le Pen mènerait le pays à la faillite.
02:45Donc, partant de ça, il y a besoin aussi de... En tout cas, le RN se dit qu'ils ont
02:50besoin de rassurer les principaux acteurs,
02:54les principaux milieux d'affaires, les marchés, même financiers.
02:58Il y avait une phrase, je ne sais plus dans quel journal, excusez-moi, qui était sortie, c'était
03:03« On ne va pas forcément réussir à les convaincre d'être dans notre camp, mais si au moins ils
03:07ne sont plus contre nous, on a déjà gagné ».
03:09Donc l'idée, c'est que c'est un peu une des dernières marches de convaincre, donc à la fois
03:16de rassurer les élites économiques
03:17pour convaincre les électeurs plus bourgeois, des électeurs issus de la droite traditionnelle,
03:25et en fait de marcher, c'est très clairement la stratégie du RN depuis 2022, c'est de marcher sur
03:30deux pieds.
03:31D'un côté, un électorat plus populaire, plus anti-système, qui est plutôt critique envers l'Europe, notamment,
03:43mais aussi convaincre maintenant un nouvel électorat plus libéral, plus bourgeois, qui lui veut rester dans l'Union européenne.
03:54Et par exemple, on en reviendra peut-être un petit peu plus tard, mais c'est pour ça qu'avant
03:59même 2022,
04:01le RN abandonne la sortie de l'euro de l'Union européenne, et abandonne aussi la retraite à 60 ans.
04:08Donc voilà un petit peu dans les grandes lignes du côté du RN, et du côté du patronat, Naïm t
04:15'en parlera un petit peu plus,
04:17mais on voit bien qu'il y a un renoncement à combattre l'extrême droite.
04:22Je pense que la dernière à l'avoir fait, au niveau des grands dirigeants, et en tout cas au niveau
04:28du MEDEF,
04:28si je me trompe, Naïm, c'est Laurence Parizeau qui avait écrit un livre sur Marine Le Pen,
04:33et qui, elle, se basait en partie sur des points de vue économiques, mais aussi du point de vue moral,
04:39du point de vue des valeurs républicaines, et des vraies.
04:44C'est-à-dire que, pour elle, c'était inconcevable en France de permettre l'accession au pouvoir d'une
04:54personnalité de l'extrême droite.
04:56Depuis une petite vingtaine d'années, on n'a plus jamais ce discours-là, c'est-à-dire, dans une
05:02dimension morale,
05:03dans une dimension des valeurs, les patrons, maintenant, ils peuvent encore critiquer l'extrême droite,
05:08mais en disant, regardez leur programme, soit il n'est pas crédible, soit, on l'entend encore aujourd'hui,
05:14il est socialiste, il est communiste, ce qui ne tient sur rien, à part deux votes qui vont vers des
05:24dépenses publiques.
05:25C'est à peu près tout.
05:27Mais voilà, il y a encore de la réticence.
05:29Donc le RN va essayer de rassurer, justement, les patrons là-dessus.
05:33Ça peut être, quand même, juste, je termine là-dessus, ça peut être à double tranchant.
05:37On a, en fait, le RN est persuadé que le patronat ne connaît pas bien le projet économique du RN.
05:43C'est normal, parce qu'il change tout le temps.
05:46Et qu'en fait, il faut les rassurer, et il faut faire de la pédagogie.
05:50Ça revient tout le temps dans leurs mots, il faut faire de la pédagogie.
05:52Sauf que là, le dernier rendez-vous qui a eu lieu, où Bernard Arnault était présent, notamment,
05:58les échos qu'on en a, notamment un article de l'Opinion de ce matin, c'est que les patrons
06:03n'ont pas été convaincus,
06:05notamment par la solidité de Marine Le Pen sur le dossier économique, et sur le côté suffisamment libéral.
06:13Peut-être que Jordan Bardella, justement, sur ce point de vue, les rassurera davantage,
06:17parce que lui est plus l'arme pro-business du RN.
06:21On va en parler tout à l'heure, on va explorer le programme, la stratégie, et les contradictions aussi.
06:27Tu en as un petit peu parlé, mais on va en parler un tout petit peu plus tout à l
06:30'heure.
06:31Mais je me tourne vers toi, Naïm.
06:32Tu étais hier, donc mercredi 15 avril, pour ceux qui nous regardent en différé sur YouTube,
06:38mais tu étais à la conférence de presse de Patrick Martin, président du MEDEF.
06:42D'abord, c'était bien, tu as acquis des points de pénibilité.
06:46Bon, déjà, les conférences de presse du MEDEF, c'est aux abords des Champs-Elysées,
06:49donc ça change de...
06:51C'est autre chose que le siège d'Élysée.
06:52Voilà, ou que là où se trouvent les sièges des confédérations syndicales.
06:57En fait, c'était une conférence de presse pour présenter le dispositif du MEDEF pour 2027,
07:02parce que le MEDEF compte peser dans le débat politique et électoral à venir,
07:06et ça s'est transformé en un jeu de questions-réponses entre les journalistes et Patrick Martin, président du MEDEF,
07:12sur les liens entre, non seulement le MEDEF, mais le patronat et l'extrême droite.
07:15Preuve qu'il y a un sujet qui commence à monter.
07:20Alors, Patrick Martin, tu l'as dit, il va déjeuner avec Jordan Bardella le 20 avril.
07:27Jordan Bardella qui est plus l'autre genre, donc tu as évoqué, plus pro-libéral, pro-business, pro-patron,
07:33par rapport à Marine Le Pen, qui drague un vote plus populaire.
07:37Alors, comment il se défend, Patrick Martin ?
07:39Lui, il dit, premièrement, que tous les chefs d'entreprise ne s'élèvent pas le matin en se demandant s
07:43'ils sont pour ou contre le RN,
07:44mais en s'interrogeant sur l'état de leur carnet de commande et de la concurrence internationale.
07:49Donc déjà, ça pose le débat, et il rappelle que le Rassemblement National, comme d'autres formations de gauche,
07:56sont des partis qui ne sont pas interdits et qui sont représentés au Parlement.
08:01Et que lui, d'un point de vue de la légalité, il ne peut pas contester l'existence du Rassemblement
08:07National et son poids politique.
08:09Et il se défaut en disant que la même semaine, que ce déjeuner avec Jordan Bardella,
08:16il va déjeuner avec Édouard Philippe, avec Marine Tondelier,
08:20qu'il a déjà déjeuné avec Fabien Roussel et Olivier Faure,
08:23et qu'il a invité Manuel Bompard pour la France Insoumise,
08:26et il commente en disant « Curieusement, cela ne suscite pas autant de commentaires ».
08:30Et il faut aussi rappeler qu'à la Rêve, donc la Rêve, c'est les universités d'été du MEDEF
08:35qui ont lieu fin août, donc lors de la dernière édition,
08:40au cours Philippe Châtrier à Roland-Garros.
08:42Il y a eu un débat avec à peu près le casting que je vous ai annoncé.
08:46Je crois que de mémoire, il y avait Attal, Gabriel Attal et Bruno Retailleau en plus de cela.
08:52Et ce qui a été très frappant dans ce débat, c'est que Jordan Bardella,
08:56était déjà en posture de draguer les patrons.
09:01Le MEDEF dit légitimement s'intéresser aux offrogrammatiques de différentes formations politiques.
09:07Et il dit que nous regardons, nous parlons, nous devons de le faire,
09:11mais cela n'induit pas de parti pris.
09:13Et peut-être que tout est dans le parti pris,
09:15parce que si ce que Florent a très bien expliqué sur les barrières
09:19qui sont tombées les unes après les autres,
09:20s'il n'y reste plus que le parti pris,
09:22ça pose quand même question sur les 15 ans qui se sont passés
09:25entre Laurence Parizeau qui a appelé à ne pas tomber dans le piège bleu marine
09:29et aujourd'hui l'attitude du patronat en général.
09:33Alors il s'intéresse au programme, aux lignes programmatiques,
09:36mais j'imagine que ce qui guide le MEDEF,
09:38ce n'est pas seulement une curiosité, c'est des intérêts aussi.
09:40Quel intérêt a le MEDEF justement à inviter Jordan Bardella ?
09:45C'est pour préserver ses intérêts en cas d'accession au pouvoir du RN ?
09:50C'est pour pencher, peser sur le programme du RN, le programme économique ?
09:56Quand Patrick Martin se pose en pragmatique en disant,
09:58nous, ce qui nous intéresse, c'est nos carrières de commande,
10:00en fait, qu'est-ce que ça veut dire ?
10:01C'est-à-dire que le patronat cherche à conserver ses taux de profit
10:04et son accompagnement des richesses.
10:05Et donc si le RN peut apporter une réponse à ses attentes,
10:09évidemment qu'il les prêtera l'oreille.
10:12D'ailleurs, dans son discours hier à Patrick Martin,
10:16moi j'ai noté un petit hic, une phrase qui veut quand même dire un peu,
10:20qui traduit l'attitude aujourd'hui du patronat.
10:23Il a dit, nous avons vu dans un passé pas si lointain le RN
10:27changer de position sur des sujets où nous ne sommes pas forcément insensibles,
10:30comme sur la fiscalité.
10:33Prendre l'exemple de la fiscalité, c'est quand même assez marquant.
10:36Quand on sait, je vais prendre cet exemple-là,
10:39en février 2025, le Rassemblement national s'abstient sur la taxe Zuckman,
10:44ce qui permet d'être en première lecture adoptée à l'Assemblée nationale.
10:47Et quelques mois plus tard, en novembre-décembre,
10:49lors de l'examen de la même taxe Zuckman pour le projet de loi de finances 2026,
10:54ils votent contre.
10:55Donc on voit bien les changements de pied du RN sur cette question-là.
11:00On peut aussi rappeler le soutien du RN à la proposition de loi
11:03qui est à la base centriste, puis LR, puis reprise par Gabriel Attal sur le 1er mai,
11:08qui va de fait contraindre, qui devait contraindre 1,5 million de salariés
11:12de petits commerces à travailler pour 1er mai.
11:14Le RN a soutenu ce texte.
11:15Et puis il faut aussi, par exemple, rappeler la position du RN sur eux,
11:20qui sont les chantres de la souveraineté, de l'indépendance nationale,
11:22la position du RN sur le vote lors de la proposition de loi insoumise
11:28sur ArcelorMittal et la nationalisation d'ArcelorMittal,
11:32qui, au début du débat parlementaire, ils étaient contre.
11:36Puis finalement, ils ont fini par céder pour que la loi soit symboliquement adoptée.
11:41Quand on parle avec des responsables de la CGT de cette attitude,
11:44par exemple, du Rassemblement national sur ArcelorMittal,
11:46eux, ils disent très clairement qu'ils ont besoin de donner des gages au patronat.
11:52Et enfin, je termine sur un autre exemple pour flatter le petit patronat,
11:56mais ça répond quand même à une question aujourd'hui dans le pays,
11:59par exemple, les prix de l'énergie.
12:00Aujourd'hui, le RN a repris la proposition de longue date du Parti communiste
12:05ou de la CGT d'une TVA 5.5 sur les prix de l'énergie.
12:08Aujourd'hui, le RN, à chaque débat parlementaire, à chaque crise énergétique,
12:12remet ça sur le devant de la table, justement, pour draguer un petit patronat.
12:16Alors, tu parlais du changement de pied, Flo, ça représente bien,
12:21disons, à quel point le RN peut être une gigérouette sur les sujets économiques.
12:25On sait que Marine Le Pen, pendant longtemps, a entretenu une sorte de vernis social,
12:30protectionniste.
12:30Bon, ça ne résistait pas à l'épreuve des faits des votes des parlementaires.
12:33Oui, mais même dans le programme, il y avait extrêmement peu de mesures,
12:38quelques renationalisations, par exemple, des péages sur les autoroutes,
12:41qui peuvent être un gain de pouvoir d'achat, effectivement.
12:44Mais sinon, la seule proposition sur les salaires, c'était de proposer au patron,
12:50vous pouvez proposer une petite augmentation de 100 euros, je crois,
12:54c'est peut-être un peu plus.
12:57Mais la seule chose qui compensera, c'est qu'on enlève sur cette augmentation
13:05les contributions patronales, les cotisations patronales, pardon.
13:10Donc, en fait, déjà, rien que sur les salaires, la seule proposition,
13:13elle allait dans le sens du patronat.
13:16Justement, sur les contradictions, on va dire apparentes,
13:20ou en tout cas de changement de ligne, parfois, comment tu l'analyses ?
13:23C'est de l'opportunisme ? Ou est-ce que c'est parce qu'il y a un choc de
13:26lignes,
13:27peut-être, au sein du parti ?
13:28Alors, je pense que c'est les deux.
13:31En fait, il faut comprendre quand même qu'au Rassemblement national,
13:35depuis des années, on a d'une part le grand triptyque
13:40immigration, islam, insécurité.
13:43Là-dessus, il y a des convictions, il y a une ligne.
13:47C'est assez clair.
13:48Sur le reste, c'est quand même principalement ce qui dicte la ligne,
13:52c'est la stratégie électorale.
13:53Et y compris, en matière économique, j'allais même dire,
13:56surtout en matière économique et sociale.
13:59Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas des chapelles au sein du RN.
14:02Il y en a.
14:03Il y a, par exemple, des lignes protectionnistes qui sont représentées
14:08notamment par Jean-Philippe Tanguy, qui est le monsieur économie du RN
14:12au sein de l'Assemblée nationale, mais qui va quand même...
14:16Donc il va porter, lui, peut-être un peu plus des mesures protectionnistes,
14:19mais qui va quand même suivre, ce qui est la ligne principale du parti,
14:23c'est-à-dire d'aller de plus en plus vers un libéralisme qui s'assume.
14:28Et ça, c'est une ligne portée...
14:31Mais alors je pense que là, ce n'est pas tant du domaine des convictions
14:36que du point de vue stratégique, portée notamment par Jordan Bardella
14:40et son cabinet, et ses conseillers.
14:45J'ai interviewé, il y a quelques mois, Pierre-Stéphane Faure,
14:49qui est un journaliste qui a enquêté pendant un peu plus d'un an
14:53sur Jordan Bardella, sa personnalité, la manière dont le RN a vraiment
14:58fabriqué comme un produit marketing une personnalité politique.
15:02Et je l'ai interrogé là-dessus.
15:04Est-ce que, à votre avis, la ligne libérale de Bardella,
15:07c'est une conviction, quelque chose qu'il essaie, lui, de pousser ?
15:10Sa réponse, c'est je.
15:11Je pense qu'à part la xénophobie, Jordan Bardella n'a pas réellement
15:16de conviction politique.
15:17Donc en fait, ce qui est prévu par Marine Le Pen, par son entourage,
15:22par les stratèges du Rassemblement national, c'est de dire
15:25que Marine Le Pen est identifiée comme une figure de quelqu'un
15:30qui va aider les gens socialement.
15:32Ça ne tient sur rien, mais c'est vrai que quand on va en reportage,
15:36on le sent, ça aussi, c'est un peu une marque.
15:40Et les gens font confiance en Marine Le Pen, les gens plus modestes
15:45font confiance en Marine Le Pen pour améliorer leur quotidien.
15:48C'est dur, mais c'est quand même la vérité pour une partie,
15:53en tout cas pour les électeurs plus populaires du Rassemblement national.
15:56Et donc l'idée, c'était de garder ça avec l'image de Marine Le Pen,
16:00mais par contre avec Jordan Bardella, de pousser une ligne pro-business.
16:04Lui le dit lui-même, il dit je suis pro-business, il parle de compétitivité tout le temps.
16:10Et donc forcément, petit à petit, le programme, il évolue.
16:14On a dit déjà avant même 2022, la sortie de l'euro est abandonnée,
16:19la retraite à 60 ans est abandonnée.
16:22À nouveau, législative 2024, on a certaines mesures,
16:25les toutes petites mesures sociales qui restaient,
16:28comme la baisse de TVA sur les produits de première nécessité.
16:31Bardella dit bon, ça finalement, on verra plus tard.
16:36La retraite, pareil, on verra, mais on peut rester comme ça, c'est pas trop grave.
16:41Et on a de temps en temps, notamment en septembre 2024,
16:46un nouveau programme économique, on peut l'appeler comme ça,
16:49il s'appelle Livrer Entreprises.
16:51Et il montre, il est assez intéressant, parce que déjà, rien que sur les photos,
16:57sur la présentation du tract, c'est pratiquement que des photos de Marine Le Pen à,
17:01je ne sais plus comment le prononcer, à la REF, aux universités d'été du MEDEF.
17:08Déjà, il y a un petit message iconographique.
17:11Et ensuite, les mesures, c'est surtout, on réduit les dépenses publiques,
17:18et on augmente, je résume un peu grossièrement, mais c'est ça,
17:21et on augmente les cadeaux aux entreprises.
17:24Si je peux donner un petit peu de pêle-mêle, il y a, par exemple,
17:27l'ambition de réduire à terme de 20% les impôts de production,
17:33qui ont déjà été baissés, tu me dis si je me trompe,
17:37mais sous les mandats d'Emmanuel Macron,
17:40Marine Le Pen va aller encore plus loin,
17:42enfin, en tout cas, l'ERN va aller encore plus loin.
17:44Il y a une suppression de la contribution foncière des entreprises,
17:47qui, aujourd'hui, rapporte 9 milliards d'euros par an.
17:50Il y a une exonération de la contribution sociale de solidarité des sociétés.
17:55Et, bon, voilà, il y a plusieurs autres sur les crédits d'impôt recherche,
17:59alors que, quand bien même ce sont des aides sans contrepartie,
18:03eux veulent aller encore plus loin là-dedans.
18:05Il y a aussi l'introduction de la règle d'or budgétaire.
18:09Et aussi, donc, c'est des mesures qui sont faites très clairement
18:13pour séduire les entrepreneurs, pour séduire le patronat.
18:17Oui, et sur ça, il faut aussi rappeler que l'arnaque ERN,
18:22c'est la proposition d'augmenter les salaires en reniant sur le brut,
18:26de supprimer 100 euros de cotisation sociale pour les données honnêtes.
18:30Et donc, c'est prendre dans la poche du travailleur,
18:31dans sa poche droite, pour le rendre à la poche gauche.
18:33Et ça va attaquer notre modèle social et son financement.
18:37Et ça, par exemple, c'est une mesure qui est totalement Medef-compatible, si je veux dire.
18:42Il y en a une autre, si je peux rajouter, parce qu'on en parle très peu,
18:46mais ça peut être très intéressant et alarmant à suivre.
18:50Il y a une volonté aussi de faciliter, voire même un peu plus,
18:55vraiment de pousser à ce qu'au sein des entreprises,
18:59ce ne soient plus les syndicats tels qu'on les connaît aujourd'hui,
19:02qui soient représentatifs, mais qu'on crée des syndicats maison.
19:05C'est-à-dire qu'ils soient sortis des centrales et qu'il y ait un lien.
19:11L'idée, c'est qu'ils font un lien beaucoup plus direct,
19:14beaucoup plus sain entre le patron et les syndicats,
19:17et des syndicats qui seront représentatifs.
19:20C'est ce que disait Jean-Philippe Nanguille,
19:22représentatifs à la fois des salariés, mais aussi du patronat,
19:26pour aller dans le sens de l'intérêt des salariés et de l'entreprise.
19:29En fait, ce qu'ils veulent, c'est casser le monopole syndical,
19:33qui est aujourd'hui détenu par des confédérations,
19:35ce qui est garant de l'indépendance vis-à-vis des forces de l'argent,
19:39des forces politiques et des forces patronales du syndicalisme,
19:43pour aller vers des syndicats jaunes, des syndicats maison, corporatistes,
19:47qui seraient là pour négocier la couleur de la machine à café
19:51et ne pas poser la condition des rémunérations et des conditions de travail.
19:55Tu as parlé des points constants du ARN, notamment l'immigration, l'islam et la sécurité.
20:02Naïm, du côté du patronat, on n'est pas gêné par les positions du ARN sur l'immigration ?
20:07Justement, ce qui est intéressant dans ce jeu de drague, on va dire mutuel,
20:14c'est que, on l'a dit, le patronat fait ça pour pousser ses pions dans le programme du ARN.
20:20Et hier, par exemple, Patrick Martin a été interrogé sur la question de l'immigration,
20:24puisque Patrick Martin rappelle qu'une étude de l'OCDE dit que la France va avoir besoin
20:30de 3,8 millions de travailleurs issus d'immigration d'ici 2050.
20:33Et ça, par exemple, c'est typiquement une mesure qui n'est pas ARN compatible,
20:36puisque le ARN, Alexandre, elle explique que l'immigration est responsable
20:39absolument de tous les maux du pays.
20:42Il déclare, j'observe que Mme Mélanie n'a pas été la dernière à régulariser
20:47les travailleurs immigrés.
20:50Il incite le ARN à revoir, entre guillemets, sa position.
20:54Il dit, cela peut choquer, mais nous avons besoin d'une immigration économique choisie.
20:58On peut revenir sur ce terme.
20:59Il dit, des pays le font très bien sans que cela suscite de débats passionnels.
21:04Donc, on voit quand même que sur la question de l'immigration, par exemple,
21:10il y a un jeu pour pousser à son avantage dans le programme du ARN.
21:15Mais il y a une espèce de retournement des valeurs.
21:17J'ai l'impression que le MEDEF dit, bon, je voudrais vous le dire,
21:21mais pas trop fort.
21:22En fait, l'immigration, ce n'était pas si mal, attendez.
21:26Et je pense que c'est important, ce côté-là de renversement des valeurs,
21:31notamment au MEDEF.
21:32Je reprends la phrase que tu nous donnais tout à l'heure de Patrick Martin
21:36sur le fait qu'ils ont invité des représentants de gauche
21:40et que cela n'a pas choqué les journalistes.
21:42Parce que je pense qu'eux, en fait, cela les choque plus
21:44de discuter avec la gauche qu'avec l'extrême droite maintenant.
21:49Et le journaliste Laurent Mauduit, qui a écrit un livre qui est paru l'année dernière,
21:54qui s'appelle Collaboration, qui traite justement des rapprochements
21:59entre milieux patronaux et extrême droite,
22:02lui considère qu'il y a eu une bascule vraiment là-dedans,
22:07au moment de la législative de 2024, avec un vrai flip du patronat,
22:14que le nouveau Front populaire puisse arriver au pouvoir.
22:18Et en fait, que là, pour le coup, ça aille à l'encontre de leurs intérêts.
22:22Et donc, il y a vraiment eu ce côté-là.
22:24OK, ça, c'est vraiment l'urgence de combattre ce programme du NFP,
22:30alors qu'en comparaison, il y en a qui disent
22:33« Le programme du RN, il est moins pire », et d'autres, plus nombreux,
22:37qui disent « Là, le programme du RN, il ne nous plaît pas,
22:40mais il est amendable ».
22:41On peut leur faire changer d'avis.
22:44Ils ont conscience qu'il y a quand même un côté plastique
22:47dans le projet économique du RN, et ils peuvent l'influencer,
22:53alors que le programme, un programme vraiment de gauche,
22:57assez ambitieux, ça, ça leur fait vraiment peur.
22:59Alors, sur ça, je vais rebondir, parce que tu as tout à fait raison.
23:04Il se trouve que Patrick Martin a été invité à la fête de l'Humanité en 2024
23:08au forum social, à un débat face à Sophie Binet que j'avais animé.
23:11Et donc, j'avais interrogé Patrick Martin sur son positionnement
23:14au moment de la dissolution,
23:16puisque au moment de la dissolution, Patrick Martin avait déclaré
23:20« Il est quand même extraordinaire que l'on parle de la réforme des retraits
23:23depuis maintenant 43 ans, suite à une décision totalement inappropriée
23:27de la retraite à 60 ans en 1981. »
23:31Et dans la même séquence, il n'avait pas eu de critique aussi dure
23:35face à l'extrême droite, alors que la probabilité était forte
23:39que Bardella rentre à Matignon.
23:41Et donc, j'avais interrogé Patrick Martin sur ce deux poids de mesure,
23:46et sa réponse était, je m'en souviens encore,
23:50très évasive, très défensif, il était mal à l'aise.
23:54Jay, il avait fait un sous-entendu sur son histoire familiale
23:57qui faisait qu'on ne pouvait pas lui prêter de connivance
24:00avec l'extrême droite, mais il a dit qu'il avait dénoncé
24:03les programmes du RN dans les mêmes termes que celui du NFP.
24:07Ce qui veut dire, ce que tu disais, Florence,
24:09c'est-à-dire qu'il ne se base pas sur la question des valeurs,
24:12du pacte républicain qui font de nous une nation,
24:17mais sur la question économique, et on en revient au débat
24:20de pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, il y a un rapprochement,
24:22ou du moins un dialogue, c'est que le patronat
24:25ne veut pas partager le gâteau.
24:27Et donc, si demain, l'extrême droite au pouvoir
24:30permet de maintenir ses avantages, il faudra traiter avec.
24:34Ce qui est très flippant là-dedans, c'est que l'impression
24:38que ça choque personne, et même nous, en fait,
24:41de voir maintenant ces rendez-vous,
24:44alors là, c'est même toutes les semaines,
24:46entre les milieux patronaux et l'extrême droite.
24:49Mais il faut se remettre un petit peu, avant 2022,
24:53c'était inconcevable, c'était proscrit,
24:55c'était dangereux pour les affaires, en fait.
24:58Parce que, bon, cyniquement, c'était comme ça qu'ils réfléchissaient,
25:01c'est toujours comme ça qu'ils réfléchissent.
25:02Avant, c'était dangereux pour les affaires,
25:04parce que l'image du RN, c'était encore,
25:07encore en 2020, 2021, 2022,
25:10l'image de l'extrême droite,
25:12de l'extrême droite qui est contre nos valeurs,
25:15celle de la France, ça, ça a disparu dans plein de domaines.
25:19Mais celui-ci, parce qu'il y a justement le cynisme
25:23des chefs d'entreprise qui est derrière,
25:25il est assez symptomatique, je trouve,
25:27assez symbolique de ce qu'on vit depuis 5 ans ou 10 ans.
25:31Alors, malheureusement, on finit par s'y habitués,
25:32c'est un peu ce que tu disais.
25:35Mais malgré tout, il y a des voix qui s'élèvent
25:36au sein du patronat.
25:38Alors, elles sont rares, mais par exemple,
25:39il y a une tribune du Monde de Pascal Demurger,
25:41qui est patron de la Maïf,
25:43qui a dénoncé une capitulation, carrément,
25:45du patronat, je cite.
25:47Naïm, il est seul, non ?
25:49Il est trop seul du côté du patronat.
25:51On l'entend, c'est peu de patrons sans insurgés.
25:54Oui, visiblement, c'est pas la voix qui porte.
25:58Et quand Marine Le Pen dîne avec les fines fleurs
26:01du capitalisme français,
26:02il faut quand même rappeler,
26:03donc Patrick Pouyané, patron de Total Energy,
26:06le patron d'Accord,
26:08d'Engie, de Renault, de Capgemini,
26:09Cyril Bolloré pour le groupe familial,
26:12Bernard Arnault en personne.
26:13Bon, ça monte quand même
26:14une certaine direction.
26:17Et il ne faut pas oublier que le patronat
26:21compte peser dans le débat politique à venir.
26:26Patrick Martin, attendant,
26:27a compris que, dans la dernière séquence,
26:30le mouvement social et la gauche
26:32ont marqué des points dans l'opinion publique.
26:34Et ça, ça l'a gêné.
26:37Donc, dans sa conférence de presse,
26:39il a dit qu'il voulait remettre l'économie
26:40au centre du débat politique
26:41en combattant les arguments
26:43qui nous paraissaient dangereux et tendancieux.
26:46Bon, ça ne veut tout et rien dire.
26:47Mais plus tard, dans son discours,
26:49il cite des exemples.
26:51Les 211 milliards d'euros
26:53d'aides aux entreprises
26:58chiffrés dans un rapport
26:59fait par Fabien Gué
27:00et sénateur communiste
27:02et directeur du journal Humanité,
27:03il qualifie cette présentation de biaisé.
27:05Voilà, donc ça, par exemple,
27:07ce débat qui a animé quand même
27:08toute une partie de l'année
27:11qui s'est écoulée en 2025,
27:12ça l'a énervé.
27:13Il fucige aussi le rapport
27:15de la Cour des comptes
27:15lors des débats parlementaires
27:16en 2025
27:18sur le pacte d'Eutreuil
27:21relativisant l'efficacité économique
27:23de cet abattement d'impôts
27:26sur la transition des entreprises.
27:28Pareil, ça, il n'a pas aimé.
27:30Il fucige aussi la décision
27:33de suspendre la réforme des retraites.
27:34Il dit, moi, vous voyez,
27:35je discute avec tout le monde
27:36au Parlement.
27:37Je sais qu'il y a des députés
27:38qui étaient contre la suspension,
27:39qui l'ont voté pour des raisons politiques.
27:41Il formait de la rationalité
27:43dans le débat.
27:43Donc, on voit bien
27:44là où on va en venir.
27:45Et c'est ces trois lignes de clivage
27:47qu'il a laissé transparaître.
27:48Aujourd'hui, ce sont trois lignes
27:50qui sont plus ou moins compatibles
27:52avec le RN.
27:53Parce que tu l'as rappelé,
27:54notamment sur les retraites,
27:55Florent,
27:56qui comprend aujourd'hui
27:57la position du RN
27:59sur les retraites.
28:01Alors, avant de te poser
28:02une dernière question
28:03pour conclure,
28:04je vais faire un petit peu
28:06de promo
28:06pour les articles
28:07de l'humanité.
28:08Alors, d'abord,
28:08cet article
28:09de toi, Naïm,
28:10si vous voulez en savoir
28:11un petit peu plus
28:13sur ce que peut dire
28:14Patrick Martin,
28:15président du MEDEF,
28:16sur cette invitation
28:19à déjeuner.
28:22Et Flo,
28:23je dirige vers Florent,
28:24pardon,
28:25j'ai trop l'habitude
28:25de t'appeler Flo,
28:26vers cette enquête.
28:27Ces patrons qui murmurent
28:28aux oreilles du Rassemblement
28:29national.
28:30Elle date de novembre 2025,
28:31il y a quelques mois,
28:32mais elle est toujours
28:32d'actualité.
28:34Et aussi cet entretien
28:35très intéressant aussi
28:36avec Denis Laffey,
28:38avec des parallèles
28:39entre ce qui peut se passer
28:40du côté des Etats-Unis
28:41et ce que promeut le RN.
28:43Je ne sais pas si...
28:43Oui, là-dessus,
28:44on est un peu
28:45sur une autre dimension
28:46qui ne sont pas forcément
28:48tant les grands patrons.
28:49encore qu'il est question
28:52de Bernard Arnault aussi.
28:54Mais aussi dans le...
28:55Voilà,
28:57de chefs d'entreprise,
28:58d'entrepreneurs
28:59dans le domaine de la tech,
29:00notamment,
29:00qui est de l'attirance
29:01de plus en plus grande
29:02vers une forme
29:04plus libertarienne.
29:08Et des gens aussi
29:09qui poussent,
29:10notamment pour que
29:11l'extrême droite
29:11aille dans ce sens-là.
29:13On peut penser,
29:14notamment,
29:14à Éric Ciotti
29:15et à l'UDR.
29:16Mais l'autre papier,
29:18je ne sais pas
29:18si tu voulais aller là-dessus,
29:19un peu,
29:20mais là,
29:21ce qu'on a essayé de faire
29:21avec cet article-là,
29:23ce dossier-là,
29:24sur ces patrons
29:24qui murmurent
29:25au rassemblement national,
29:27c'est de voir...
29:29On a pris,
29:29en fait,
29:30une petite dizaine
29:31de patrons
29:31qui,
29:31avant la vague
29:32de ce mois-ci,
29:34avaient rencontré
29:35soit Jordan Bardella,
29:37soit Marine Le Pen,
29:40soit...
29:40Il y en a un,
29:41c'est plutôt Éric Zemmour,
29:42mais il avait été,
29:43Henri De Castres,
29:45envisagé comme...
29:46envisagé comme ministre
29:48de l'économie
29:48par Jordan Bardella,
29:50en tout cas,
29:50par le cabinet
29:51de Jordan Bardella,
29:52ce qu'il en disait long,
29:54parce que ce monsieur
29:55était le conseiller économique
29:56de François Fillon,
29:58dont le programme
29:58était quand même très loin
30:00de la notion de social.
30:02Et, en fait,
30:03à travers ces petits portraits,
30:07ce qui apparaît,
30:08c'est que ces rencontres,
30:10elles ont une influence directe
30:13sur l'attitude
30:14et sur le programme
30:15du Rassemblement National.
30:17Quelques exemples,
30:18rapidement,
30:19si tu permets,
30:20puisque je trouve
30:20que c'est assez révélateur.
30:22Par exemple,
30:23Sophie de Menton,
30:24qui est à la tête
30:25d'un mouvement patronal
30:26qui s'appelle Ethic,
30:28elle,
30:29elle nous a expliqué
30:30à l'humanité,
30:31on l'a eu au téléphone
30:32plusieurs fois,
30:34elle nous explique,
30:35donc,
30:35il y a eu,
30:36je crois que c'est en 2022
30:37ou 2023,
30:39une réunion
30:40avec plusieurs patrons
30:43sous l'égide d'Ethic
30:45et les députés RN,
30:47dont Marine Le Pen,
30:49autour de la question
30:50de l'augmentation du SMIC.
30:52Et,
30:53si je peux vous redonner
30:54même la réponse
30:55de Sophie de Menton,
30:56c'est ce qu'elle nous dit,
30:57nous lui avons expliqué
30:58que l'augmentation du SMIC
30:59allait décaler
31:00les chaînes de salaire
31:01et que c'était
31:02une trappe à bas salaire
31:03pour tous.
31:04Le discours très basique
31:07du patronat,
31:08vous pouvez lire
31:08plein d'articles
31:10dans l'humanité,
31:11je pense que Naïm
31:11t'a dû écrire aussi
31:12là-dessus,
31:13qui explique en quoi
31:15c'est faux,
31:15que ce ne sont pas
31:16des trappes à bas salaire.
31:18Et voilà,
31:18donc Sophie de Menton
31:19complète,
31:20Marine Le Pen
31:21est repartie en disant
31:22je ne vais pas
31:23augmenter le SMIC.
31:25Donc,
31:25il y a ça,
31:26en fait,
31:26il y a une influence
31:28directe
31:29des patrons
31:30vers le Rassemblement
31:31national.
31:32des fois,
31:33il y a des...
31:34Alors,
31:34on ne peut pas savoir
31:35s'il y a un lien
31:35direct de cause à effet,
31:37mais par exemple,
31:37Henri Proglio,
31:39ancien PDG d'EDF,
31:40qui a été l'un des premiers
31:42à passer justement
31:43le pas,
31:43et c'était il y a peu de temps,
31:45c'était il y a 4 ans,
31:45mais l'un des premiers
31:47à s'afficher,
31:48en fait,
31:50dans un rendez-vous
31:51avec Marine Le Pen.
31:53Lui,
31:53il avait à cette époque-là
31:54un discours vraiment farouchement
31:56contre les énergies renouvelables.
31:59Quelques mois après,
32:00Marine Le Pen
32:00intègre dans son programme
32:01l'arrêt de l'implantation
32:03de nouvelles énergies renouvelables
32:05en France.
32:06Charles-Édouard Leclerc
32:07rencontre,
32:08c'est à peu près
32:09dans la même période,
32:10rencontre Sébastien Chenu.
32:12Il est à ce moment-là
32:13vent debout
32:13sur une loi
32:15qui veut interdire,
32:16en tout cas restreindre,
32:17les grosses promotions
32:18des hypermarchés
32:20et revoir un petit peu
32:22les liens
32:24entre...
32:24les négociations
32:25commerciales
32:26entre la grande distribution
32:27et les fournisseurs.
32:29En fait,
32:30il vient faire du lobbying,
32:31Leclerc,
32:32il n'a pas de problème
32:33avec le fait
32:34que c'est d'abord
32:35ses intérêts marchands
32:36qui comptent
32:37et c'est pour ça
32:38qu'il va rencontrer
32:39le Rassemblement national.
32:41Et bien,
32:41qu'est-ce qui se passe
32:41à propos de ce texte-là ?
32:43Une semaine après,
32:44le RN dépose
32:45une mention
32:46de rejet préalable
32:47de ce texte.
32:48Donc,
32:49on voit quand même,
32:49même si on ne peut pas
32:51établir
32:51le lien de cause à effet
32:53qui a une influence,
32:54que ces rencontres
32:55servent notamment à ça
32:56pour les patrons
32:56de faire avancer
32:59leurs intérêts
32:59et pour le RN
33:00d'amender leur programme
33:01pour plaire à ces milieux-là.
33:03Moi,
33:03je voudrais revenir
33:04sur Sophie Dormantant
33:05et peut-être
33:06pour clôturer l'échange,
33:08il ne faut pas oublier
33:08que c'est elle
33:10qui a déposé plainte
33:10contre Sophie Binet,
33:11secrétaire générale
33:12de la CGT.
33:13Sophie Binet
33:14qui,
33:14alors qu'on connaît
33:15une vague
33:15de désindustrialisation massive
33:18avec plus de 500 PSU en cours,
33:20avec plus de 100 000 emplois
33:23industriels menacés,
33:24qui avaient dit que les rats
33:26quittent le navire
33:26en parlant du patronat.
33:28Et ça,
33:28aujourd'hui,
33:29ça lui vaut une plainte
33:30pour diffamation,
33:32une mise en examen
33:33pour diffamation à Sophie Binet
33:34et finalement,
33:35la boucle est bouclée.
33:36C'est-à-dire que d'un côté,
33:37on prête l'oreille au patronat
33:38et de l'autre,
33:39on attaque les voix
33:41qui critiquent
33:41les choix économiques
33:42et on attaque
33:43un contre-pouvoir essentiel
33:44à la démocratie
33:45reconnu par la loi
33:46que sont les syndicats
33:48et on les criminalise.
33:51Pour conclure,
33:53simplement,
33:53on a parlé
33:54de cette dérive
33:55du patronat,
33:56du lobbying,
33:57en tout cas,
33:57qui peut exercer
33:58vis-à-vis de l'extrême droite
33:59les effets que ça peut avoir,
34:01notamment sur le programme.
34:02Vous avez parfaitement
34:03énuméré et présenté ça.
34:05Mais il y a aussi
34:06le rôle de certains acteurs
34:08qui essaient
34:09de pousser le RN
34:10vers une orthodoxie budgétaire,
34:12on va dire.
34:13On parle notamment
34:14de François Durive,
34:15proche de ce terrain
34:16dans ce rapprochement.
34:18J'avais lu juste avant
34:19l'entretien,
34:20on n'en a pas parlé,
34:20mais le rôle d'Ambrose
34:21de Rencourt aussi,
34:23je crois qu'il est d'Ircab
34:25des députés RN.
34:27Qu'est-ce que tu peux
34:28nous dire
34:29sur ces pressions-là
34:30qui peuvent être faites
34:31par certains personnages
34:32plutôt en interne ?
34:34Là, on ne parle pas
34:34du patronat,
34:35mais plutôt en interne.
34:36Il y a un lobbying
34:36qui se joue là aussi.
34:37Oui, bien sûr.
34:39C'est intéressant
34:40si on prend le cas
34:41de François Durive
34:42parce que lui,
34:43il était le patron
34:44d'Otium Capital,
34:46qui est le fonds
34:47d'investissement personnel,
34:48d'un certain
34:49Pierre-Édouard Sterrin.
34:51Donc, il y a d'ailleurs
34:52cet aspect
34:52dont on n'a pas parlé
34:53au début.
34:54On dit qu'il y a
34:55un renoncement
34:55des patrons
34:56à venir rencontrer
34:58le Rassemblement National,
35:00l'extrême droite.
35:01Donc, il renonce
35:01en fait du MEDEF,
35:03de l'ensemble
35:04des compatriotes
35:04qui renoncent
35:05à combattre
35:06l'extrême droite.
35:07Il y en a aussi
35:07qui, clairement,
35:09font mettre leur argent
35:11au service
35:12des idées
35:12d'extrême droite,
35:13évidemment,
35:13versant Bolloré
35:14et Pierre-Édouard Sterrin
35:15en premier lieu.
35:17Donc,
35:17François Durvie
35:18a cette casquette-là.
35:20Donc,
35:21il a ses entrées,
35:22évidemment,
35:23et ça fait
35:24quelques années,
35:25notamment depuis 2022,
35:27qu'il est,
35:27en fait,
35:28d'une part,
35:29l'entremetteur,
35:30un des principaux,
35:31en tout cas,
35:32l'entremetteur
35:32pour le RN
35:33vers le patronat
35:35pour permettre
35:36ces rencontres-là.
35:37qui permet,
35:39justement,
35:40ce dont on parlait
35:41au tout début,
35:43au RN
35:43de sortir
35:44de l'isolement.
35:45Il fait,
35:46quelque part,
35:47le pont
35:47entre deux milieux
35:49qui ne se parlaient pas
35:50auparavant.
35:51Et,
35:52évidemment,
35:53il a une influence,
35:54il a une influence
35:55assez directe.
35:57L'opposition
35:58du RN
35:59à la taxation
36:00des milliardaires
36:01qui est arrivée,
36:04enfin,
36:04qui s'est densifiée,
36:05en fait,
36:06sur deux,
36:07trois ans,
36:08on peut penser
36:09que François Durvy,
36:12qui est devenu
36:12conseiller à partir
36:14de 2022,
36:15conseiller officieux
36:15de Marine Le Pen
36:16en matière économique,
36:18on peut penser
36:18qu'il y a sa patte
36:19derrière ça
36:20ou sur l'évolution
36:23dans le domaine
36:24des retraites.
36:25Donc,
36:26lui est devenu
36:27plus ou moins,
36:29enfin,
36:29il s'est rapproché
36:30un petit peu
36:30avant 2022
36:31du clan Le Pen.
36:32Il a d'ailleurs
36:33racheté une maison
36:35qui appartenait
36:36au Le Pen
36:37à Saint-Cloud.
36:38Ensuite,
36:39il offre,
36:42enfin,
36:43il met à disposition
36:44son manoir
36:45à Marine Le Pen
36:46pour qu'elle prépare
36:47son débat
36:48d'entre-deux-tours
36:48en 2022.
36:49Et lui,
36:50il va venir aider
36:51à préparer
36:51et à partir
36:52de ce moment-là,
36:53il va devenir
36:53son conseiller économique.
36:55Ce qui est assez étonnant,
36:56c'est que là,
36:56il y a une ou deux semaines,
36:59on a plein d'articles
37:01de presse
37:01qui nous disent
37:01François Durvie
37:02rejoint le RN
37:03en tant que conseiller
37:05économique
37:05de Marine Le Pen.
37:07En fait,
37:08c'est juste
37:08que c'est officiel,
37:09mais c'est déjà
37:10le cas
37:11depuis 3-4 ans.
37:12Alors,
37:12pourquoi ça n'avait pas
37:13été officialisé ?
37:14Je ne sais pas très bien.
37:15Mais en tout cas,
37:16voilà,
37:17ce n'est pas anodin
37:18qu'on ait une figure
37:19comme ça
37:20qui suive
37:22le RN
37:23et qui influence
37:25le RN.
37:26Et il y a aussi
37:27d'autres voix,
37:28Charles-Henri Gallois
37:30qui a une voix
37:32très importante
37:32au sein du RN
37:33et qui pousse,
37:34alors il peut être
37:35un peu plus protectionniste
37:36que François Durvie
37:37sur certains points,
37:38mais il pousse
37:39très clairement
37:39pour un projet
37:41beaucoup plus libéral
37:42ou en tout cas
37:43qui s'assume
37:45beaucoup plus
37:45de ce point de vue.
37:47Merci à tous les deux.
37:49Je crois qu'on a fait
37:49le tour du sujet.
37:51Si vous avez envie
37:51d'en savoir plus,
37:52allez sur le site
37:53de l'Humanité,
37:54allez acheter même
37:55l'Humanité
37:56en papier,
37:57au quotidien
37:57ou en magazine.
37:58Abonnez-vous.
38:00Pour Pierre-Edouard Stérens,
38:01évidemment,
38:02je vous dirige
38:02vers les enquêtes
38:03notamment de Thomas Le Mailleux.
38:05Côté RN,
38:06plutôt de ton côté,
38:07les articles de Florent Ledue.
38:09Et puis pour suivre
38:10l'actualité du mouvement
38:11syndical et patronal
38:12et notamment là,
38:14les dérives du patronat
38:15vers le RN,
38:16je dirige vers
38:17tes papiers
38:17Naïm Saki.
38:19Donc merci à vous
38:20de nous avoir suivis.
38:21Merci à toi.
38:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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